MATAVAA : LA RENAISSANCE DE LA CULTURE MARQUISIENNE

Le Festival des Arts de Iles Marquises a évolué depuis sa création, devenant peu à peu plus ambitieux et plus complet dans ses objectifs.

MATAVAA o te FENUA ENATA, l’éveil des îles Marquises, thème du premier festival organisé à UA POU en 1986, a donné le nom marquisien du Festival des Arts. Il marquait la volonté sous l’impulsion de l’association culturelle MOTU HAKA o te FENUA ENATA d’assumer pleinement l’héritage culturel marquisien à travers les chants, les danses, les légendes et l’hospitalité des fêtes ancestrales. Les marquisiens (seules les trois grandes îles avaient des groupes de danse) ont réappris à fabriquer et à jouer du tambour, à vivre sans honte une culture longtemps réprimée. Les visiteurs ont été frappés par l’authenticité et la permanence des prestations.

Le Festival, dès 1988 à NUKU HIVA, a été l’occasion de remettre en valeur des lieux archéologiques d’un grand intérêt historique et culturel, laissés à l’abandon depuis la conversion au christianisme dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Devant l’ampleur de la tâche, UKI donna le nom de TEMEHEA au site qu’il construit à côté du «paepae» PIKIVEHINE. La maison marquisienne décrite dans la légende a été reconstruite chronologiquement, c’est-à-dire de la tombée du jour aux premières lueurs du jour suivant, pour les délégations sur le site de PIKIVEHINE à Taiohae. Cette maison marquisienne ainsi reconstruite, symbolisait d’une part la création du FENUA ENATA par les demi-dieux ATEA et ATANUA, son épouse et d’autre part l’importance de chaque élément de la construction et donc de chaque île, dans la solidité de l’union marquisienne. Les danses et les chants ont pris de l’importance, les hommes de TAHUATA sont venus montrer leurs tatouages anciens.

En 1991, à HIVA-OA, le choix a été porté sur la généalogie «MATATETAU» ou la recherche des liens entre les générations et entre les îles (dans la mythologie marquisienne, toute partie de l’univers [ les dieux, les hommes, les astres, les plantes, etc. ] a une généalogie qui permet de la situer par rapport au reste de l’univers). Les groupes de danses se sont étoffés, atteignant une centaine de personnes, sept grands tambours ont été fabriqués et pour la première fois d’immenses plats communautaires traditionnels «IPO» et «HOANA» ont refait leur apparition. Deux sites, le «MEAE OIPONA» à Puamau et le «TOHUA UPEKE» de Taaoa ont été partiellement restaurés et un Tohua à l’ancienne a été reconstitué au centre d’Atuona. Une publication sur HIVA-OA a été faite par l’archéologue Pierre OTTINO et deux expositions sur SEGALEN et des peintres polynésiens ont été présentées au public.

En 1995, à UA-POU, le thème «TE MEVAHA», la dispersion, est un appel à l’ouverture. Pour l’île de HIVA-OA, la première pirogue de style traditionnel reconstituée avait entrepris la traversée jusqu’à UA-POU avec beaucoup de difficultés. Un site archéologique a été restauré et des légendes anciennes ont servi de fil directeur à la plupart des spectacles. La médiatisation tant écrite que télévisée a permis de donner plus d’ampleur à l’événement.

Le Festival de l’an 2000 organisé en décembre 1999 à NUKU-HIVA a confirmé l’ouverture par la présence de plusieurs délégations de Polynésie Française et du Pacifique (Tuvalu, Rapa Nui, Hawaii). On a pu constater une présence permanente et très importante des différents médias. L’accueil traditionnel des pirogues de HIVA-OA, UA-POU et UA-HUKA sur la plage de Taiohae a été le premier temps fort. Pour la première fois, toutes les îles marquisiennes ont présenté des spectacles et les délégations étaient très importantes et bien préparées : le festival a enfin conquis toutes les Marquises. Encore une fois, l’organisation de cet événement a été l’occasion d’acquérir et de restaurer, sous la conduite d’archéologues émérites, des sites grandioses comme «KOUEVA» à Taiohae et «KAMUIHEI» à Hatiheu. Le thème posait la question du devenir des marquisiens à l’aube du troisième millénaire. Ce festival, inscrit dans le cadre des festivités de l’an 2000, a contribué au rayonnement régional de la culture marquisienne. Les participants, auxquels s’ajoutaient les visiteurs et les passagers du paquebot de croisière Paul GAUGUIN et du cargo mixte ARANUI, furent nombreux et enthousiasmés par la magie des lieux et le caractère particulièrement chaleureux et convivial de l’ambiance générale.

En 2003, le Festival de HIVA-OA doit poursuivre la recherche de nouvelles ambitions en mesurant le chemin parcouru. Le programme, en accord avec le thème «TE HEI TEMEII 0 TE ATI ENATA» affiche clairement ces ambitions. Après avoir recherché les traces du passé et remis en valeur une partie du patrimoine marquisien de demain, ce Festival sera une véritable porte ouverte à la jeunesse, aux générations actuelles, pour s’exprimer artistiquement et culturellement dans ses savoir-faire traditionnels (sculptures, tatouages, dessins, gravures, danses, chants…) pour un attachement encore plus profond à ce qui est l’essence même de sa culture.

Pour cette 7ème édition, nous avons retenu « TE TUHUKA » (les maîtres, savants, techniciens). Terme générique définissant les fonctions spécifiques de tous ceux et celles qui détiennent les savoirs, les savoir-faire, ceux qui communiquent avec les Dieux et divinités, ceux qui ont contribué au peuple marquisien de vivre ou de survivre au « HENUA ANANA » : Terre des Hommes.

Ce Festival doit poursuivre la recherche de nouvelles ambitions et perspectives en mesurant le chemin parcouru depuis déjà vingt ans !

Il est essentiel pour nous de mesurer, de sonder et de faire une synthèse sur toutes les actions culturelles traditionnelles acquises par notre jeunesse depuis le premier MATAVAA jusqu’à ce jour.

Le programme, en accord avec le thème « TE TUHUKA » affiche clairement ces ambitions… Chaque TUHUKA possède des dieux tutélaires. Prenons par exemple : pour les « TUHUKA HEE TAI » (maîtres navigateurs) leurs dieux sont TEAHUMOANA, dieu principal de la mer, MOEATAI dieu des navigateurs au loin dont le nom signifie « couché à la mer ». Les incantations, les chants et danses, l’art culinaire, le tatouage, les objets sculptés, les outils servant à naviguer (rames, cops, voiles, pirogues, balanciers…) sont dédiés aux dieux pour obtenir leur protection : tout un rituel !

On nous demande parfois : « A quoi sert un festival culturel ? », nous répondons : « La culture est l’essence même de la vie ou de la survie d’un peuple. Elle nourrit la pensée et l’esprit de l’homme. Elle est le miroir de l’âme ! ».

Le Festival est d’abord la rencontre des Marquisiens autour de leur culture et de leur identité. Même si l’identité culturelle marquisienne saute aux yeux de tous les visiteurs, même polynésiens, il convient de prendre conscience de sa fragilité et de la renforcer. En effet, l’évolution des modes de vie conduit à abandonner certaines pratiques et savoir-faire jugés inutiles ou peu valorisants. Les rapports humains, notamment entre les générations, étant rendus difficiles par une différence d’éducation et de mentalité, la transmission des connaissances traditionnelles doit être repensée et stimulée.

On comprend bien que l’organisation du Festival des Arts des Marquisiens ne correspond pas à un réflexe de repli sur soi mais à un accompagnement de l’ouverture au monde. Cette dernière permet notamment aux marquisiens d’aujourd’hui de mieux percevoir leur originalité culturelle et leur valeur à travers le regard des autres. Elle permet aussi de mieux appréhender leurs liens culturels, affectifs et institutionnels.

Mais le Festival n’est plus seulement une opportunité de rencontre entre marquisiens. Il s’est élargi à d’autres délégations de Polynésie et du Pacifique qui apportent un soutien dynamique à la renaissance de la culture marquisienne.

La médiatisation est aujourd’hui un élément important dans la réussite d’une manifestation d’envergure. Sur le terrain, elle devra être organisée pour qu’elle ne gêne pas le déroulement du festival. Il convient enfin de prendre en compte et de protéger les droits des artistes marquisiens dont les idées sont souvent pillées.

Benjamin TEIKITUTOUA