Une stèle avait été érigée en 1991 pour commémorer le bi-centenaire de la venue d’Etienne Marchand à Hapatoni.

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Cette stèle n’est plus sur son socle d’origine mais repose à même le sol, en bord de mer

A 8 heures du matin du 191, je partis dans un canot avec trois de mes officiers pour aller visiter les anses qui se trouvaient au Sud de la baie que nous occupions, pour voir ce qu’on pourrait y faire. La première qu’on ren­contre sur cette route, qui est la plus petite et dans laquelle nous n’entrâmes point, est nommée par les naturels Anapoho, la seconde Anatevaho, et la troisième, qui est beaucoup plus grande que les deux autres, Apatoni et que je nommai Anse des Amis à cause de la manière honnête avec laquelle nous y fûmes reçus.

Nous y débarquâmes au milieu de plus de six cents naturels, parmi lesquels nous distinguâmes un chef qui paraissait jouir de quelque consi­dération, car c’est lui qui nous fit asseoir sous un grand arbre, et qui fai­sait écarter la foule lorsqu’il voyait que nous étions trop pressés. Comme il pleuvait à verse, il nous proposa d’entrer dans une grande case, ce que je ne voulus point accepter. Quoique j’eusse en eux toute la confiance pos­sible, je trouvai toujours plus prudent de m’en méfier. Tout le temps que dura notre marché, il tint le bout de sa lance sur notre sac de mar­chandise et nous disait souvent d’y faire attention, parce qu’il connaissait la disposition au vol qu’avaient ses compatriotes.

Nous nous procurâmes dans cette anse douze cochons pour des clous, des miroirs, des peignes etc., parmi lesquels il y en avait six encore au lait, les autres pouvaient peser de 20 à 30 livres. Nous y achetâmes aussi cinq têtes de volailles.

La houle brisait partout avec force sur le rivage et on ne se débarquait et ne s’embarquait qu’avec peine.

Les naturels nous parurent beaucoup plus réservés que ceux qui habi­taient les deux anses de notre baie, car ils n’essayèrent jamais de nous voler et nous portèrent sur leurs épaules, lorsqu’ils s’apercevaient que nous avions de la peine à marcher sur les rochers.

J’avais amené avec moi en partant du navire, le chef qui avait dîné avec moi un jour et qui m’avait fait présent d’une poule. Il me fut de quelque utilité.

Les habitants de cette anse paraissent beaucoup plus à leur aise que ceux de la baie où nous étions mouillés. Leurs maisons sont plus grandes, et mieux faites ; on y voit une très grande quantité de cocotiers, d’arbres de fruits à pain, et beaucoup plus de cochons et de volailles. Les arbres du bord de mer, sous lesquels se trouvent les maisons, qui sont plantés avec symé­trie, et ceux des croupes des collines voisines qui le sont dans le désordre agréable de la nature, forment le coup d’œil le plus pittoresque. Nous y vîmes une infinité de belles femmes et plusieurs de nos Messieurs se laissè­rent séduire par leurs charmes.

Lorsque nous vîmes que les naturels n’apportaient plus rien à notre marché, nous nous rembarquâmes.

Nous fûmes de là, visiter l’anse qui gît au Nord de celle-ci, nommée comme je l’ai déjà dit Anatevaho ; mais, ce que je n’attribuai qu’au mauvais temps qu’il faisait, nous n’y achetâmes que deux cochons : ce qui me décida de retourner à bord, où nous arrivâmes tous très mouillés, car il n’avait jamais cessé de pleuvoir pendant toute notre promenade.

Nous aurions été obligés en nous débarquant et en nous embarquant dans cette dernière anse, de faire plus de deux cents pas sur de gros rochers très glissants ; mais les naturels qui furent on ne peut pas plus honnêtes et plus obligeants, nous portèrent tant en allant qu’en venant. Nous les récom­pensâmes avec des grains de verre dont ils parurent très satisfaits.

Notre aiguade étant complétée et me proposant d’appareiller dans la nuit suivante, avant de quitter le bord j’avais donné ordre d’embarquer la chaloupe et le second canot, ce qui fut exécuté.

Extrait pages 115 à 117

Le voyage du Capitaine Marchand, les Marquises et les îles de la Révolution Odile Gannier & Cécile Picquoin

Au Vent des îles 2003


1 Dimanche 19 juin 1791 

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