La vie aux Marquises en 1978, il y a trente ans

Paradis des vacanciers, les îles sont dures à vivre pour leurs habitants : l‘envers des Marquises

Un paysage exceptionnel, un relief difficile, les îles dispersées des Marquises dorment au milieu du Pacifique, attendant on ne sait quel bouleversement pour s’épanouir à la consommation… L’isolement de ces « morceaux » de France est un attrait pour le voyageur qui s’émerveille du rythme du soleil, du pas des chevaux sauvages, de la lenteur de la nature. Mais il est difficile d’y vivre.

La vallée de Puamau est l’une des vallées privilégiées de l’île d’Hiva Oa puisqu’une piste récente et mouvementée y conduit (50 km = 4 heures). Marie-Antoinette Katouba, adjoint au maire de Puamau, explique « Avant la route, il fallait douze heures à cheval par les crêtes, je l’ai fait quand j’étais enceinte pour aller accoucher à Atuona. Ici, il n’y a qu’un infirmier. »

Marie-Antoinette a été pensionnaire chez les sœurs d’Atuona, elle parle bien français ; pas son mari. Comme dans la majorité des couples marquisiens, elle est plus instruite parce que, aux Marquises, l’enseignement des garçons s’arrête plus tôt que celui des filles, faute d’écoles.

On bavarde en se protégeant des moustiques propagateurs de l’éléphantiasis. En bas sur la plage, c’est le festival des nonos, minuscules bestioles invisibles, nocives au point de rendre certaines vallées inhabitables.

Marie-Antoinette s’occupe de la « phonie » (la radio), seul moyen de télécommunication à heure fixe. En cas de panne, il ne reste que la Land Rover, les quelques pirogues ou la très éventuelle goélette. Son mari, Vohi Heita chasse les animaux « divaguants » (bœufs, chevaux, cochons retournés à l’état sauvage), pêche et casse le coprah.

Impossible, à cause du relief, d’utiliser des machines pour la culture. Tout se fait à la main pour gagner, les mois fastes, environ 2 500 F Pacifique (137 F)1. Le riz, la bière sont un luxe. Bien sûr on mange des bananes, du poisson pour rien mais tout le superflu si nécessaire est hors de prix. Les trois commerces font crédit mais pas trop longtemps sous peine de faillite. Sur la cinquantaine de maisons éparpillées dans la vallée, beaucoup sont vides. Les Marquisiens partent vers Tahiti et ne reviennent plus.

Autrefois la vallée était prospère, bruissante de vie. Il faut lire Typee, un éden cannibale, d’Herman Melville, pour en avoir l’idée. Aujourd’hui tristesse et morosité, les jeunes surtout, s’ennuient et ne peuvent trouver d’emplois. La seule distraction est la prière dominicale chantée en commun dans la petite église qui depuis bien longtemps n’a plus de curé pour dire la messe. Cette vallée, ni la plus riche ni la plus pauvre, ressemble à toutes les autres. Un espoir pourtant : le nouvel aéroport en construction à Nuku Hiva qui permettra aux long-courriers d’atterrir (en 1980 ?) et qui insufflera peut-être aux îles une énergie nouvelle.

Avec l’aimable autorisation de l’auteur – Copyright : Catherine Domain – Article publié dans le journal « Le Matin de Paris » le 22 juin 1978

http://www.ulysse.fr/Ecrits/Marquises.html

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1 2500 FCP ~ 20 euros

Un commentaire sur “La vie aux Marquises en 1978, il y a trente ans

  1. j’avais lu la nef des fous à mon arrivée , étonnant de la part de ce jeune prof de philo , mort si jeune , depuis je l’ai prêté et je ne sais plus à qui …la vie dans les îles est donc si difficile ..moi je l’ai vécue comme un cocon « loin de toutes les agressions extérieures  » mais je ne me suis pas vraiment confrontée aux autres , j’ai fait en sorte d’éviter les conflits …..

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