Lettre des Marquises, Vaitahu le 1er mars 1839

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  En ce début d’année 1839, la voilure toute blanche d’une goélette glissait vers le nord. Mgr Rouchouze, premier évêque d’Océanie se dirigeait sur l’archipel des îles Marquises Il avait pris avec lui sept jeunes missionnaires. Leur Supérieur et Préfet apostolique était le P. Caret, un Breton à l’œil ardent. La « petite troupe » comptait deux autres Bretons : le P. Ernest Heurtel, de Saint-Brieuc ; le P. Mathias Gracia, des environs de Rennes ; un Normand de l’Orne, le P. Potentien Guilmard ; un Mayennais de Laval, le P. Saturnin Fournier ; un Tourangeau, le P. François de Paule Baudichon et le Frère coadjuteur Ladislas Ruault, de l’Ille-et-Vilaine. Les plus âgés n’avaient pas quarante ans ; le plus jeune en avait vingt-six à peine, tous animés de la même décision apostolique. De l’archipel qu’ils allaient conquérir à la foi, ils ne savaient que de peu de choses. La préoccupation de l’évêque et de ses compagnons s’en allait vers leurs trois confrères arrivés à Vaitahu six mois plus tôt… Le 3 février, dans la nuit, les missionnaires en robe blanche découvraient les masses sombres de la hautaine île Tahuata dévalant en gorges étranglées jusqu’aux rivages*.

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In Annales de la Propagation de la Foi Tome 12 Janvier 1840 pages 92-94

*Secrets, candeurs et ferocites de cannibales : Aux iles Marquises / R.P. Mouly Dalmas ; illustrations de P. Clouet – Paris : Editions de l’Arc, 1949

Marquises : île de Ua Pou, Eglise de Hohoi, Oeuvre de Garrick Yrondi

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     Après une formation aux Beaux Arts de Naples, Garrick Yrondi s’installa aux Marquises où il vécut pendant plusieurs années en harmonie avec la Terre des Hommes, pêchant et chassant, s’émerveillant à chaque instant de la beauté des îles et de la grande générosité de l’accueil marquisien. Il a réalisé cette fresque « L’Annonce faite à Marie » dans la chapelle de Hohoi à Ua Pou, oeuvre que l’artiste semble-t-il offrît à la communauté. Les habitants du village (qui n’étaient que 49 à ce moment-là) peuvent se reconnaître dans les scènes de la vie quotidienne tels ces deux pêcheurs qui reviennent portant au bout de leur rame, des grappes de poissons… « C’est mon grand-père, le deuxième, il est toujours vivant » me confie une jeune adolescente heureuse du plaisir que j’ai à découvrir ce tableau magnifique caché au fond d’une vallée, totalement ignoré des touristes, comme uniquement réservé au recueillement. Elle se souvenait de l’artiste et de sa présence dans la vie du village à l’époque de la création de la fresque, mais elle avait oublié son nom. http://www.yrondi.pf/ Garrick Yrondi vit actuellement à Bora Bora.

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Correspondance (mai 2006) avec l’auteur de la fresque :

J’ai été ému et admiratif lorsque j’ai découvert cette œuvre à Hohoi. Les jeunes gens de là-bas, la première fois que je les ai rencontrés, ne pouvaient se rappeler votre nom. Récemment c’est le tumu pure qui m’a renseigné correctement.

En fait j’aurais dû penser à vous  puisque j’ai souvent vu vos œuvres à la Galerie Winkler à Papeete, plus particulièrement vos grands découpages en 2002.

Votre œuvre dans l’église de Hohoi m’a renvoyé à Cocteau, à la chapelle qu’il avait décorée dans le midi de la France !

Il y  si peu de touristes (de l’Aranui ou du paquebot Gauguin) qui connaissent cette fresque à Hohoi. Qu’en pensez-vous ? Peut-être que cela vous laisse indifférent.

Les enfants de Ua Pou ont là quelque chose d’admirable à voir pour découvrir l’art.

La petite église de Hohoi va être agrandie car il y a maintenant presque 80 habitants dans le village, la fresque sera  totalement conservée puisque c’est du côté de la rivière que l’extension se fera, du côté du mur où il n’y a aucune fresque.

Je vous remercie de l’attention que vous portez à ce message  et sincères salutations.

Réponse de l’artiste :

     C’est avec une joie dense que j’ai parcouru votre blog ; cela m’a ramené à ma dernière année passée aux Iles Marquises.

     La réalisation de cette fresque à pris trois mois, une aventure initiatique, qui m’a fait comprendre la magie qu’opère l’image, quand on a rien ! Et l’apaisement que donne la parole devant un milieu aussi elliptique que peuvent être les îles Marquises.

     Je dois cela, au discernement de Monseigneur Le Cleac’h qui était venu me rendre visite dans l’atelier que j’avais à l’époque à Taiohae.

     Les fresques ont bien failli disparaître… A la demande de Monseigneur  Le Cleac’h ,je suis allé les restaurer en 2001.

     Monseigneur était désireux que je décore la grande église de Hakahetau, j’attends depuis que le père Michel se prononce, peut être a-t- il d’autres intérêts…

     Ua Pou est l’île que je préfère, elle me donne de l’énergie ; Hohoï m’est nécessaire quand je suis dans le creux de la vague. Je la vois Jaune et la population si nous l’écoutons parler a un accent chantant…

     Bien sûr, ma vanité n’est pas satisfaite par l’ignorance que portent les touristes quand ils visitent l’île. Mais ce n’est pas le but que je recherche.

     Je vois cela comme une mission ; et puis il faut vous dire que les Marquises ont été un parcours qui m’a initié, pour me donner une vue de l’esprit qui répond à mes interrogation profondes. Voilà,

     Merci pour l’intérêt que vous apportez à mon travail, et peut être, je le souhaite, à sortir de l’oubli cette image  d’une histoire qui dure depuis des siècles…

     Cordialement. Garrick Yrondi le 28 mai 2006.