Festival des Marquises, Ua Pou, 19 décembre 2007 : Hakamanu, la danse de l’oiseau

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Une femme, fascinante et détentrice du secret de sa forme humaine, transmet à sa lignée les pas de sa danse. Bien qu’elle apparaisse humaine pour les siens, elle se sait surnaturelle et promise à une fin mystérieuse.

Les danseuses de la danse de l’oiseau vues à Atuona le 1er janvier 1881 étaient vêtues de tapa blanche, jaune et rouge, de façon à figurer une courte robe à larges plis raides ; des écharpes en tapa se croisaient sur la poitrine, laissant les seins à découvert. Elles portaient un énorme chignon fait de chevelures humaines et par-dessus une sorte de casque ou de diadème ressemblant à celui de la reine de Vaitahu. Elles avaient à chaque main une touffe de longues plumes blanches de phaéton qu’elles agitaient en dansant. Tout le corps des danseuses était peint en jaune et leurs joues en rouge.

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La légende de la danse de l’oiseau, haka manu

Dans la vallée de Hatih’eu à Nuku Hiva, Tahiatemata la sœur du grand chef des Taipi vient de mourir.

Toute la tribu s’est réunie pour célébrer solennellement les funérailles.

Chacun sait que l’esprit d’un défunt dispose de trois jours pour quitter définitivement son corps. Ce délai est mis à profit pour rappeler tous les plaisirs de la vie.

C’est ainsi que le dernier jour, la belle jeune femme choisit d’exécuter le  » hakamanu « , la danse de l’oiseau.

La mélopée du chœur des femmes l’accompagne dans ses mouvements.

Les gens de la vallée sont pétrifiés : la grâce et la majesté de Tahiatemata n’ont à leurs yeux jamais été égalées par aucune autre danseuse de la tribu.

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Seulement, lorsque la dernière note du  » hakamanu  » s’éteint, l’esprit de la belle s’envole sur un rayon de soleil, ne laissant à l’assistance que son corps qu’il faut maintenant sécher et enduire de  » pani  » [monoi] et d’autres huiles odorantes.

Comme toutes les âmes des habitants de la Terre des Hommes, celle de la danseuse part vers le cap Kiukiu , au levant de l’île de Hiva-Oa.

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A ce même moment, dans la baie de Puama’u, à Hiva-Oa justement, un jeune pêcheur assis sur un rocher au bord du rivage lance sa ligne et la ramène.

Les vagues viennent se briser sur les galets, et lorsqu’elles repartent vers le large, une image de plus en plus nette se dessine sur le sable aux pieds du pêcheur : elle a la forme humaine !

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Alors, à la manière d’un oiseau qui rassemble ses ailes pour son envol, Hi’imoana le pêcheur saisit dans ses bras l’image de sable déposée par la mer

Elle vient toute entière : c’est une femme merveilleuse !

Il la porte à son  » ha’e  » [sa maison], la baigne et lui porte les fleurs les plus rares.

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Déjà, il sait qu’il l’aime… Bientôt un fils va naître et grandir aux côtés de Hi’imoana et de la femme étrange. Ils vont l’appeler Poena’iki. Quelquefois, la mère raconte à son enfant l’histoire de sa famille qui règne à Nuku-Hiva dans la vallée de Hatihe’u, sur le peuple de Taipi.

Poena’iki a dix ans. Curieux de connaître le berceau de ses ancêtres, il décide de se joindre à un parti de jeunes guerriers de Puama’u pour une expédition de chasse à l’homme le long des rivages de la lointaine île rivale.

Hélas, les navigateurs manquent d’expérience.

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Ils tournent autour de Nuku-Hiva, abordent au mauvais endroit, se font prendre et manger par les hommes de Hatihe’u. Seul le jeune garçon est épargné ; mais on le jette dans une fosse à  » ma « [fruits de l’arbre à pain fermentés et conservés dans un trou].

Un minuscule orifice, juste assez large pour la bouche et le nez, lui est laissé entre les pierres…

Le pauvre enfant se lamente sans cesse, criant son nom et celui de sa mère avec désespoir.

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Un jour, un grand  » toa  » [un guerrier] tend l’oreille aux lamentations du prisonnier et croît reconnaître le nom de la sœur de son chef, morte depuis longtemps. Il courut vers le chef, le  » hakaiki.

–  » Uhutete, as-tu autorisé quelqu’un à porter le nom de ta sœur défunte ?

– Bien sûr que non ! Pourquoi ?

– Je l’ai entendu prononcer par le jeune captif. Il prétend que c’est sa mère.

– C’est impossible ! Qu’on aille le chercher ! « 

Le  » toa  » exécute l’ordre et amène Poena’iki

–  » Si tu es le fils de cette femme, tu dois reconnaître son corps « 

Deux hommes robustes apportent la pirogue dans laquelle gît le cadavre desséché et le présent à l’enfant. Celui-ci, éperdu, reconnaître sa mère dans la  » vaka tupapa’u « , la pirogue cercueil.

–  » Alors, dit le chef Uhutete, si cette femme qui à ma connaissance n’a jamais enfanté est ta mère, elle a dû t’enseigner un rite particulier qu’elle seule était en mesure d’exécuter « .

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Poena’iki ne sait pas ; sa mère ne lui a rien révélé de pareil .On le remet dans la fosse.

Pendant ce temps, à Hiva-Oa, dans la vallée de Puama’u, les parents s’inquiètent du sort de leur fils et le père décide de partir à sa recherche. Alors, Tahiatemata, sentant le moment venu de dévoiler sa vraie nature, raconte :

–  » Je suis une âme errante. Je n’ai pas accepté en son temps d’aller rejoindre les autres  » kuhane  » dans le  » havaiki  » des morts ; j’aimais trop la vie ! C’est pour cela que tu m’as trouvée sur la plage. Avant que tu partes chercher notre fils, je vais t’enseigner le  » hakamanu « . Moi seule en connais les gestes et la grâce qui en est capable de plonger les hommes et les femmes dans le plus grand émerveillement « . C’est ce qu’elle fait.

Et Hi’imoana, plus amoureux que jamais, il part pour l’île de Nuku-Hiva sans savoir qu’il ne reverra plus jamais Tahiatemata vivante. Vaste est l’océan pour l’homme solitaire…

La voile et la pirogue unissent longtemps leurs efforts pour mener le pêcheur jusqu’à la baie de Hatihe’u. Une feuille de  » ‘auti  » brandie en signe de paix, il arrive devant le  » haka’iki « . Uhutete lui présente le corps desséché dans le  » vaka tupapa’u  » et lui dit :

–  » Tu prétends que ma sœur morte est ta femme. Tu affirmes être le père du prisonnier. Prouves-le ! « .

Hi’imoana, brisé d’émotion mais fort de son secret, demande qu’on le libère son fils et que l’on convoque les femmes qui chantent le  » hakamanu « .

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A Hatihe’u, sur le grand  » tohua  » [place publique] de Hikoku’a, les voix entament la mélopée, et le père exécute avec la justesse et la grâce enseignée par sa femme, la merveilleuse danse de l’oiseau devant l’assistance médusée.

–  » Qu’on apporte à manger à mon neveu et à mon beau-frère !  » parvient seulement à dire Uhutete…

La nuit était maintenant tombée sur la baie de Taiohae. Teikikeuhina, le chef de danse, se leva du  » paepae  » Pikivehine [terrasse en pierres sèches sur laquelle la maison était bâtie] , pour rejoindre les tambours et les danseurs qui l’appelaient. Il avait entendu Mokohe la frégate : il allait faire renaître la danse légendaire.

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De Nuku-Hiva à Ua-Pou, de la pirogue des jeunes guerriers à la pirogue cercueil, entre le monde des vivants et des morts, la danse de l’oiseau c’est la danse de l’amour et de la vie sur la Terre des Hommes…

Texte original de Lucien Kimitete

plus de photos…

Festival des Marquises Ua Pou 2007 : Parures de tête, coiffes et diadèmes

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Les ornements anciens les mieux connus sont des parures de tête. Le ta’avaha est une coiffe constituée des plumes caudales de très nombreux coqs.

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Chaque coq n’ayant que deux de ces longues plumes majestueuses, et chaque coiffure en comptant plus de cent, on peut imaginer l’aspect que pouvaient avoir ces fiers volatiles.

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Le uhikana est composé d’un disque de nacre ou de coquillage, monté sur un bandeau de fibres tressées, sur lequel se détache une plaque d’écaille très finement travaillée et ajourée, de même forme et légèrement plus petite.

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Le paekaha, formé lui aussi de plaques d’écaille cette fois rectangulaires et courbées, ressemble fort à un diadème ; il aurait cependant été porté à la façon d’une visière bien que la position des motifs indique plutôt une position inverse. L’écaille se détachait en alternance sur des plaques blanches tirées habituellement d’un triton -Charonia tritonis-. La tradition veut que les plus prestigieux paekaha soient originaires de Fatu Hiva dont ils étaient la spécialité. A ces coiffures étaient parfois ajoutées des touffes de plumes caudales de phaëton -Phaeton aethereus, toake, ou de barbe blanche, pavahina.

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Les femmes, pour leur part, portaient d’élégants agencements de bandeaux de tapa.

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Les parures qui ont été conservées sont principalement les peue ei constitués d’innombrables dents de dauphins agencées en épais bandeaux et portés sur le front. Ces couronnes étaient une spécialité de Ua Pou.

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Il y avait aussi les hieku’a, ou peue ku’a, faits de plumes dorées rouges de coq. Ce type d’ornement relativement courant fut également réalisé en divers autres matériaux légers : plumes noires, ou de couleurs mêlées, bois orné de graines rouges et noires. In « Images dune mémoire océanienne » P. et M-N. OTTINO 2003. Photographies Michel Musa

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