Îles Marquises : Des mots sur les blessures, réflexions suite à « Instantanés du Monde » une émission radiophonique

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Instantanés du Monde, une émission radiophonique extraordinairement merveilleuse. Une voix sublime, une écriture poétique, une illustration sonore qui nous transporte instantanément. Mieux que l’image photographique qui cadre notre vision, la bande son nous fait humer la terre et ses senteurs végétales, entendre le chant des coqs, sentir l’âme des Marquises.

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Patrice Chef de danse à Hiva Oa

Le témoignage de Marie-Victoire, la grand-mère de Poe, est bouleversant. Ses réponses, ses silences, sa difficulté à trouver ses mots laissent transparaître les blessures jamais cicatrisées d’un peuple qui faillit disparaître au début du siècle dernier. Elle évoque sa vie au pensionnat de l’école Sainte-Anne à Hiva Oa où les filles étaient scolarisées afin d’être soustraites à l’inceste, et devenir de ferventes catholiques et par-dessus tout, des mères d’une généreuse fécondité. Les missionnaires avaient compris qu’ils n‘obtiendraient rien des garçons mais qu’ils réussiraient l’acculturation par la voie des filles. Son aïeule conserve apparemment un doux souvenir des heures passées à l’apprentissage des savoir-faire d’une civilisation aux antipodes de la sienne (Il y avait à Sainte-Anne une sœur d’origine allemande). Mais, elle semble avoir oublié la sévérité des méthodes de l’école des sœurs : les privations alimentaires, les corvées matinales auxquelles les pensionnaires ne pouvaient échapper, les châtiments corporels, les terreurs nocturnes, l’éloignement de leur famille dès le plus jeune âge, dès l’âge de six ans pour certaines. Un éloignement qui durait une année pour les Marquisiennes des autres îles de l’archipel, une année avant de pouvoir retourner sur l’île natale pour quelques semaines en famille, après un long voyage de plusieurs heures voire des plusieurs jours en baleinière. C’est ainsi que la population dévastée remonta ses effectifs grâce à la Mission et conjointement l’assistance sanitaire et persévérante du gouverneur, le Docteur Rollin.

Les plus petites familles comptèrent six, huit enfants tandis que la plupart en voyait naître entre douze et quinze et qu’un grand nombre de femmes mettaient au monde plus d’une vingtaine d’enfants, tous vivants.

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Fatuiva 1937 Photo prise par Thor Heyerdhal

Alors lorsque Poe essaie de retrouver les traces d’un passé disparu, perçoit-elle parmi toutes les violences subies, celle entre autres d’apprendre à manger assis à table avec une assiette et une fourchette lorsque les parents assis tailleur à même le sol en rond autour d’un plat central et unique saisissaient la nourriture avec les doigts ? Un exemple trivial direz-vous ? Manger avec les mains, danser pied nus le corps recouvert de végétaux sont des éléments identitaires de la culture marquisienne renaissante. Patrice, le fils, est le chef du groupe de danse qui représente Hiva Oa à chaque festival des Arts des Îles Marquises. La danse comme une thérapie corporelle pour se réapproprier sa langue maternelle nous dit Poe, la comprendre et surtout pouvoir la parler.

 

En écoutant Marie-Victoire, on entend sa résistance à la pratique de la langue française et on devine la pénibilité que fut pour elle l’apprentissage forcé de cette langue. Toutefois les Marquisiens restent très attachés à la France et à la religion catholique. Ils donnent des prénoms français à leurs enfants. Or à Tahiti, depuis une quinzaine d’année, les adultes manifestent une nette préférence pour leur prénom ma’ohi.

On pourrait se demander si aux îles Marquises, la population n’est pas victime du syndrome de Stockholm, son attachement à la France et à l’Eglise, autrement dit son identification à son agresseur, son envahisseur historique et occidental, lui offrirait pour un temps une possibilité de survie à l’enfer des années 1850-1920 ? Ce n’est pas si éloigné dans le temps, 1920 c’est quatre générations ; 1920 c’est à quelques années-près la naissance des arrières grands-parents de Poe.

On pourrait se demander aussi si parfois cette identification ne se retourne pas au contraire en une agression nouvelle contre la reconquête de la culture marquisienne ? Récemment il y a eu la dégradation du tiki de Upeke (une oreille détruite) et l’incendie de la pirogue de Nuku Hiva. Des symboles, des vestiges du passé sont détruits et drogues et alcools ne suffisent pas à éclairer ces actes.

Comment se penser à travers des statues que les ancêtres ont dû sous la contrainte détruire, comment jouer du tambour dans une église alors que les ancêtres ne devaient plus les faire résonner ?

 

« Comment puis-je apprendre leur langue maternelle aux enfants alors qu’il me fut interdit de la parler à l’école ? » me dit un jour un instituteur des îles Australes. C’était extrêmement douloureux pour lui.

Pour un historique de l’école des sœurs, lire l’article de Patrick Chastel

A Taiohae (Marquises) le 21 mars une petite délégation sur le front de mer perpétue le souvenir du chef Marquisien Pakoko.

Ce jour marque l’anniversaire de la mort de Pakoko, illustre chef marquisien de Nuku-Hiva, exécuté hâtivement le 21 Mars 1845 par le Capitaine Amalric. Pour lire la suite  du communiqué de Teaki Dupont-Teikivaeoho, cliquez ici : CP Teaki Dupont Pakoko 210312

RENCONTRES EN POLYNESIE Victor Segalen et l’exotisme : Abbaye de Daoulas, Chemins du patrimoine en Finistère du 22 avril au 6 novembre 2011

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À l’extrême pointe de l’Europe et d’une péninsule étirée entre mer et océan, Chemins du patrimoine en Finistère réunit cinq sites patrimoniaux majeurs et tisse entre eux les liens d’une nouvelle politique culturelle.

Le projet culturel de « Chemins du patrimoine en Finistère » : la diversité culturelle

Dans un monde qui tend à uniformiser et à gommer les distances, les temps et les lieux, la question de la diversité est au cœur du projet culturel de l’Établissement public de coopération culturelle Chemins du patrimoine en Finistère. Cette question s’envisage dans le contexte de la Bretagne, d’une culture qui a su préserver ses traditions sans se départir d’une ouverture au monde et à la modernité. L’enjeu de ce projet réside dans ce double mouvement : le maintien d’un espace et d’un temps en prise avec l’ici sans oublier l’ailleurs, le proche sans oublier le lointain. La (re)connaissance des cultures est une condition de cette diversité.

Le projet ainsi défini donne un cadre aux expositions de l’Abbaye de Daoulas en même temps qu’il spécifie et oriente la « rencontre » des cultures autour du rapport à la fois banal et complexe entre le Même et l’Autre et la façon toute aussi complexe dont il peut être envisagé dans sa restitution aux publics.

En 2011, l’exposition « Rencontres en Polynésie, Victor Segalen et l’exotisme » aborde la rencontre avec l’Autre par le biais du premier grand voyage que fit l’écrivain breton en 1903-1904 en Polynésie.

Philippe Ifri, directeur général

segalen-lexotisme.1305369355.jpgGeorge-Daniel de Monfreid (1856-1929) Portrait de Victor Segalen, 1909 Huile sur toile Collection particulière. La toile peinte dans l’atelier de Monfreid, 4 rue Liancourt à Paris, représente Segalen lisant une Histoire de la Peinture française sur fond d’œuvres de Gauguin données à Monfreid : La Barque et l’Idole à la perle, bois sculpté à Tahiti, aujourd’hui au musée d’Orsay.

 

La pensée de Victor Segalen constitue un outil étonnamment actuel d’exploration pour la rencontre avec l’Autre. Il renouvelle radicalement la notion d’exotisme au début du 20e siècle et la modernité et la singularité de sa pensée persistent encore aujourd’hui. Très tôt dans son œuvre, il soulève le problème des cultures et des traditions extra-européennes en voie de disparition sous l’effet de la colonisation (poids économique et joug religieux imposés par les colons). La vision d’une culture en déclin (en l’occurrence les Maoris) lui fait « comprendre que, désormais, sa tâche sera de sentir et d’exprimer la saveur du Divers » en explorant le monde.

 

L’exposition met l’accent sur la période polynésienne de la vie de Segalen, avant ses grands voyages en Chine. Elle présente des œuvres et des objets européens, en dialogue avec des pièces venues de Polynésie, jouant la carte du « mélange d’exotismes ».

 

pages-de-segalen-lexotisme1.1305368891.jpgÎles Marquises Tiki, 19e siècle Boulogne-sur-Mer, Château-Musée. Cet objet a été offert par Ernest Hamy, fondateur du musée du Trocadéro, au musée de Boulogne en 1878. Il s’agit d’un magnifique exemple de tiki de bois au visage encore marqué par les ciselures du tatouage.

 

Le Breton débarque aux îles Marquises en 1903, il a vingt-cinq ans, et y découvre une culture pour laquelle il se passionne. Au contact de ses habitants, il élabore peu à peu une nouvelle conception de l’exotisme, qui trouve parallèlement sa source dans l’art de Paul Gauguin, profondément admiré par Segalen. Revêtant le costume de l’ethnologue, il écrit un roman publié en 1907, Les Immémoriaux, par lequel il tente de raviver les anciennes traditions polynésiennes qui sont, selon lui, sur le point de disparaître. À travers ce texte, Segalen donne la parole aux « naturels » eux-mêmes, qui témoignent dans le passé comme dans le présent des échanges et des relations qui se sont noués entre les indigènes et les « hommes à la peau blême ».

 

La Bretagne quant à elle apparaît comme le seuil de la découverte de lointains mystérieux, comme une première étape vers un retour aux origines, mythe très prégnant dans l’histoire de la pensée européenne dont Segalen ne se départit pas. Mais le désir de voyage et de confrontation avec le Divers naît aussi à cette époque d’un ensemble de phénomènes culturels et sociaux importants : la littérature et les arts orientalistes, les Expositions universelles, le développement de la philologie et de l’anthropologie.

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L’exposition a pour ambition de vérifier la modernité des idées de Segalen au début du 20e siècle, dans un contexte colonial qui mêle conquêtes marchandes et territoriales et discours sur l’altérité. Elle invite également le visiteur à s’approprier ces idées pour évaluer leur résonance aujourd’hui. Elle souhaite enfin montrer la part de métissage qu’ont connue les sociétés des mers du Sud, sans nier la violence dont elles ont été les victimes.

 

Article publié avec l’autorisation des Chemins du patrimoine en Finistère

 

Exposition : du 22 avril au 6 novembre

  • Avril, mai, juin, octobre et novembre :

tous les jours (sauf le lundi) de 13h30 à 18h30

  • Juillet et août :

tous les jours de 10h30 à 18h30

  • Septembre :

jusqu’au 18, tous les jours de 10h30 à 18h30

à partir du 19, tous les jours (sauf le lundi) de 13h30 à 18h30

bracelets-de-cheveux-humains.1305372835.jpgÎles Marquises Bracelets de cheveux humains, vers 1840-1844. Rochefort, musée d’Art et d’Histoire. Ces pièces ont été rapportées par l’océaniste Pierre-Adolphe Lesson au 19e siècle. Les bracelets de cheveux (parfois ceux des victimes de guerre) servaient comme ornement de poignets des grands chefs, qui, par ce biais, s’accaparaient la force du vaincu.

Catalogue de l’exposition :

Rencontres en Polynésie – Victor Segalen et l’exotisme

Ouvrage sous la direction de Roger Boulay et Patrick Absalon

coédité avec l’Abbaye de Daoulas (Finistère)
Exposition à l’abbaye de Daoulas (Finistère) du 22 avril au 6 novembre 2011

Editeur : Somogy 192 pages, 160 illustrations broché avec rabats 22 x 27 x 1,6  cm Poids : 930 g  35 €

Code article ISBN-9782757204627 paru le 4 mai 2011.

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Dossiers Enseignant  Presse

 

Copyright Les chemins du patrimoine en Finistère

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Marquises – La mort de Pakoko, le récit du soldat vosgien Georges Winter

 

     Lors du Vème festival des îles Marquises, en décembre 1999, il fut présenté dans la bonne humeur une série de sketchs racontant à la manière locale des faits de l’histoire des îles Marquises. Ces scènes ayant été filmées et diffusées sur les ondes de RFO, toute la Polynésie a pu en prendre connaissance. Deux grandes figures rebelles du passé furent évoquées : celles du « roi » Iotete de l’île Tahuata et celle du chef de guerre de Nuku Hiva Pakoko. L’histoire de Iotete est assez bien connue ; mais celle de Pakoko ne l’est presque pas. Pourtant la dignité, le courage et la droiture incontestables de ce chef marquisien devrait servir de modèle pour tout jeune Polynésien d’aujourd’hui, surtout que les témoignages publiés ci-dessous sont irréfutables. Il ne s’agit pas, dans cet article, de raviver un quelconque passif, mais de restituer l’Histoire aux populations telle qu’elle a été (et non telle qu’on voudrait qu’elle ait été) et qu’il faut assumer les brûlures de celle-ci. Il s’en dégage de grandes leçons, qui permettent de mieux comprendre le message d’espoir que vivent les populations actuelles à travers la reconnaissance de leur culture et de leurs particularismes au sein de l’entité de la Polynésie française. Il me paraît temps, surtout pour la génération montante, de la considérer assez adulte pour assumer l’héritage de son legs, aussi triste ait-il été à certaines époques. Et certainement, comme dans les histoires d’amour, étant bien informée sera-t-elle à mieux de pardonner.

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     L’annexion militaire de l’archipel des îles Marquises par la France au milieu du XIXème siècle ne se passa pas sans quelques heurts avec les populations locales : au groupe Sud, à Tahuata, le « roi » Iotete déclara la guerre aux Français, assiégea le fort de leur garnison au fusil et au canon et dix sept marins et officiers devaient y perdre la vie. Dans le groupe Nord des Marquises, à Nuku Hiva, le chef Pakoko commandita le massacre de cinq soldats à Taiohae, le 28 janvier 1845. Le 21 février, après toute une série de représailles envers la population, Pakoko se rendit avec trois de ses guerriers au lieutenant Almaric, lequel commandait la garnison. Il fut jugé dans les formes légales et fusillé. De ses trois complices, l’un fut acquitté, les deux autres condamnés à la déportation à Eiao où ils y restèrent jusqu’en 1852.

     Pakoko était chef de guerre à Nuku Hiva ; son influence y était grande et certains étrangers voyaient en lui l’homme qui possédait la stature pour prétendre à être reconnu comme roi de l’île, davantage que le « roi » Temoana qui était une création de circonstance pour servir à la légitimité des actes de prise de possession de l’île. Il est certain que Pakoko représentait la seule véritable opposition à l’ordre nouveau représenté par Dupetit-Thouars et les missionnaires.

     Les circonstances qui ont amené l’ouverture des hostilités entre les Marquisiens de Nuku Hiva et les troupes françaises, n’ont été et ne seront jamais parfaitement élucidées. Selon l’écrivain de marine Max Radiguet1, Pakoko aurait été humilié du fait que ses filles n’auraient pas été admises à monter à bord des navires de guerre au mouillage. Selon la vox populi, qui étrangement subsiste près d’un siècle et demi après les faits et continue de colporter sa version, la plus jeune fille de Pakoko aurait été surprise à la rivière par une bande de soldats venus y laver leur linge et aurait subi leur viol collectif. Cette version s’avère plausible.

     Un témoin direct des événements, le soldat G. Winter, raconte dans le style et avec les mots de son époque les événements dans son journal « Un vosgien tabou à Nouka-Hiva », publié dans le Bulletin de la Société de Géographie de l’Est » à Nancy en 1882.

 Jean-Louis CANDELOT

r-gillotin_-baie-de-taiohae_dec1844.1289684365.jpg     René Gillotin – Baie de Taiohae – Décembre 1844

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radiguet_case-marquisienne.1272493788.jpg    Max Radiguet – Case marquisienne

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radiguet_-rade-de-taiohae_fort-collet-a-gauche.1272560865.jpg    Radiguet – Rade de Taiohae – Fort Collet à gauche

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radiguet_-des-guerriers.1272493260.jpg    Max Radiguet – Guerriers Marquisiens

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le-breton_morai-d-un-chef_nouka-hiva.1272493455.jpg    Le Breton – Morai d’un chef à Nouka Hiva

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gillotin_indigenes-au-corps-peint-devant-leur-case.1272561056.JPG    R. Gillotin – Indigenes au corps peint devant leur case -1844

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max_radiguet_-pae-pae_taiohae.1272561536.jpg     Radiguet – Cases & tohua (taha koika) – Taiohae

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le-breton_figuier-gigantesque.1272460392.jpg    Le Breton – Figuier gigantesque à Nouka Hiva – 1836

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le-breton_corvettes-baie-nouka-hiva.1272494373.jpg    Le Breton – Corvettes dans la baie de Nouka Hiva

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le-breton_case-des-naturels_-nouka-hiva.1272459086.jpg     Le Breton – Cases des Naturels à Nouka Hiva – 1836

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radiguet_le-fort-collet_taiohae.1272562445.jpg    Radiguet – Taiohae & le fort Collet

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rene-gillotin-portaits-aquarelles-nouka-hiva-1844.1272460774.jpg    René Gillotin – Portrait de Pakoko – Décembre 1844

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lieu-de-l_execution-de-pakoko_.1272459465.jpg     Rocher contre lequel eut lieu l’exécution de Pakoko

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goupil_funerailles_nouka-hiva.1272457642.jpg     Goupil – Scène funéraire à Nouka Hiva -1836

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Bibliographie :

Candelot, Jean-Louis. « Chronique du passé – 1845 : La mort de Pakoko, chef de guerre et martyr de Nuku Hiva ».  Tahiti-Pacifique magazine, n° 113, septembre 2000

Jacquin, François. « De Constantinople à Tahiti : seize ans d’aquarelles autour du monde en suivant René Gillotin ». Paris : Karthala, 1997, 174 pages.

Winter, Georges. « Un Vosgien tabou à Nuka-Hiwa, Souvenirs de voyage d’un soldat d’infanterie de marine». Résumé par J.V. Barbier. Bulletin de la Société de Géographie de l’Est, tome 4. Nancy, 1882

Radiguet, Max. « Les derniers sauvages : la vie et les mœurs aux îles Marquises (1842-1859) ». Paris : Duchartre et van Bugenhoudt, 1929, 240 pages.

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Autre témoignage : La mort de Pakoko, le récit de Maximilien-René Radiguet

Marquises : Portrait de Pakoko par René Gillotin, portrait d’une opportunité tragique…

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Source : « De Constantinople à Tahiti, seize ans d’aquarelles autour du monde, 1840-1856, en suivant René Gillotin »  de François Jacquin – Editions KARTHALA, 1997 (réédition, 2007).

      Comme le titre l’indique, ce livre de format et de composition élégante, convie à un périple autour du monde, sur les traces d’un officier de marine doué d’un réel talent d’observation, René Gillotin. L’auteur, son arrière petit-neveu, souligne qu’« il dessinait pour son seul plaisir ».

     Agrémenté d’archives de l’époque : journal de bord, notes de collègues ou d’amis proches, réflexions d’écrivains ou d’artistes, le texte restitue l’atmosphère et l’histoire des lieux arpentés par le navigateur dont la carrière fut brillante mais courte, car très peu de temps après avoir été promu capitaine de vaisseau, il est mort paralytique et dément, en 1861, à l’âge de 46 ans.

     René Gillotin s’inscrit dans la lignée de ces marins qui s’improvisaient dessinateurs, et rapportaient de leur longues traversées des croquis ou des peintures comme autant de souvenirs de voyage.

     Tour à tour, le lecteur aborde en sa compagnie de multiples rivages en Amérique, en Orient, dans le Pacifique et en Afrique.

     Le musée du quai Branly a acquis récemment 236 de ses dessins, soit la majeure partie de son travail. Cet ensemble d’aquarelles, mines de plomb, pastels, sépias, oubliés dans un grenier pendant cent trente années, constitue un inestimable témoignage sur le plan documentaire et ethnographique.

     Ce sont dans ses aquarelles que la sensibilité picturale de René Gillotin se manifeste avec le plus d’évidence. La précision de son trait, son sens de la perspective, la fraîcheur de ses coloris, les nuances et les dégradés de ses bleus, de ses gris, de ses ocres, laissent entrevoir un tempérament d’artiste qui se plaît à jouer sur les vibrations, particulièrement belles dans les pays du Levant. Les œuvres semblent prendre vie au gré de la lumière.

     Ses portraits, essentiellement ceux qui ont été brossés à Tahiti ou dans les Marquises, sont délicats, souvent expressifs, et ses scènes de marché animées par un sens indéniable du pittoresque. Cet ouvrage invite à la rêverie et à la redécouverte d’un siècle où les missions scientifiques n’étaient jamais dénuées de romantisme. Marine Degli

Voir aussi :

http://tahitinui.blog.lemonde.fr/2008/06/18/la-mort-de-pakoko/

 

http://www.oceanien.fr/article-la-mort-de-pakoko-41310016.html

Iles Marquises — Fête donnée à Noukahiva — Extrait d’un rapport fait à M. le contre-amiral Dupetit-Thouars, par M. Collet, capitaine de corvette, commandant l’île de Noukahiva

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Taiohaï, Fort Collet, le 30 octobre 1842.

     Depuis longtemps une grande fête se préparait, ce qui m’engageait à presser les travaux du fort, ignorant ce que pouvait occasionner la réunion de quatre peuples à Taiohaë ; cette fête se remettait de jour en jour, afin de pouvoir en faire les préparatifs, qui ne se terminaient pas ; enfin, le 13 octobre parut être celui fixé pour la solennité. Voulant bien disposer tout le monde de la baie, je profitai d’un dimanche pour aller chez tous les chefs, les voir et leur faire quelques petits présents qui leur fussent agréables pour la cérémonie. Je me fis accompagner par M. Rohr, lieutenant d’artillerie, qui commence à parler le kanak. Tous me reçurent on ne peut mieux; partout sur mon passage je fus appelé et obligé d’entrer dans une foule de cases, pour y prendre du lait de coco, du fruit à pain, ou une espèce de popoye qu’on faisait à l’instant. A la vérité, cela valait un collier à une femme, une paire de boucles d’oreilles à une autre, un couteau à celui-ci, un rasoir à celui-là, cependant le plus souvent rien, ce qui ne modifiait nullement la satisfaction que chacun paraissait éprouver. Je rentrai au fort, extrêmement satisfait des dispositions que j’avais trouvées chez tous les sauvages, sans la moindre exception. Le 12, à deux heures de l’après-midi, Témoana, escorté de quelques indigènes en grand costume, vint m’inviter, ainsi que toute la garnison, à aller au koïka, ce que j’acceptai pour moi et un officier, mais je refusai pour les troupes, par des raisons que je ne lui donnai pas ; il me supplia de me faire accompagner d’au moins 80 hommes armés, me faisant valoir que les Hapas et les Taïpiis ne venaient que pour nous voir, et que les Français étant à Noukahiva cette fête était probablement la dernière de ce genre ; que particulièrement les Taïpiis n’étaient jamais venus et qu’ils ne reviendraient probablement jamais ; qu’il avait dit que nous étions leurs amis et qu’ils ne nous connaissaient pas ; je cédai enfin à ses instances, me promettant de prier le commandant de la Boussole de m’envoyer quelques hommes en remplacement de ceux que j’emmenais avec moi, ce qu’il m’accorda peu après dans la visite que je lui fis avec le roi, qui se rendit à son bord pour lui faire la même invitation. Il fut arrêté que la Boussole m’enverrait 40 hommes au fort quand je le quitterais, et qu’elle ferait un salut de 9 coups de canon à huit heures en hissant le pavillon. Témoana me dit qu’il viendrait le lendemain me chercher pour me montrer le chemin et faire son entrée au koïka, en même temps que les Français qui devaient m’accompagner.

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     Le 13, à 6 heures du matin, le rappel fut battu, on distribua à chaque homme deux paquets de cartouches, l’un avec et l’autre sans balles : on chargea les armes ; le roi vint nous chercher comme il me l’avait promis. A 6 heures 3/4, confiant au capitaine Fouques la garde du fort avec 120 hommes qui lui restaient, plus les 40 de la Boussole, nous partîmes à la tête de 80 hommes, composés de 15 tirailleurs, 25 marins, 40 soldats et 2 tambours, 3 officiers dut fort et 4 de la Boussole. Arrivé au sentier qui conduit au koïka, je fis former les troupes sur un rang ; elles furent suivies d’une cinquantaine de kanaks aussi en armes, qui nous attendaient sur la plage. Après avoir, pendant trois quarts d’heure, parcouru un sentier étroit et difficile, qui conduisait dans le ravin assez profond où nous nous rendions, j’aperçus parmi les arbres le lieu de la fête : nous étions à 50 pas des maisons qui entourent le koïka. Je fis faire halte et former sur deux rangs. Nous n’avions jusque-là rencontré que peu d’indigènes ; je les supposais déjà au rendez-vous. Nous étions à peine en ordre qu’une voix assez forte prononça quelques paroles qui furent suivies du cri de guerre des sauvages ; il fut répété trois fois avec un ensemble d’autant plus étonnant, qu’il paraissait poussé par trois ou quatre cents hommes portant de ces larges poitrines que vous leur connaissez : l’épaisseur du bois et les accidents de terrain nous dérobaient leur vue. La férocité de ces cris, répétés par l’écho du silencieux ravin et des vallées voisines, produisit sur les figures une impression d’étonnement dont je ne pus me défendre moi-même. Je fis faire le roulement, et nous entrâmes, tambour battant, dans un carré long entouré de maisons en appentis, sans façades intérieures, et placées sur une élévation d’un mètre qui forme un trottoir tout autour de la place intérieure, plantée de grands arbres qui y donnent un ombrage éternellement frais. A ma grande surprise, je n’aperçus que peu d’hommes, mais 6 à 700 femmes étaient accroupies sous les appentis et sur le trottoir du pourtour, qui, entre les maisons et la cour, occupe un espace de 3 à 4 mètres. Nous fûmes reçus par les vieillards, qui toujours président les fêtes, et par le grand-prêtre, qui, me prenant par la main, me désigna les maisons et le trottoir du petit côté de droite, qui nous étaient réservés. Je remarquai sur toutes les figures de ces vieux sauvages un air de contentement de nous voir parmi eux, ce qui contribua à me convaincre que la marque de confiance que nous leur donnions nous faisait faire un grand pas dans leur affection. Je dirigeai les troupes à la place qui leur était désignée, et après quelques recommandations aux hommes et aux officiers, je fis reposer sur les armes pour attendre les événements dans cette position. Cette précaution prise, je descendis dans le milieu du koïka ; j’allai voir les femmes des chefs que je connaissais déjà. Partout je fus accueilli avec une cordialité vraiment touchante : c’était à qui me prendrait la main. Le roi, qui me suivait, m’indiqua la place qu’occupaient les femmes des trois peuples qui, comme nous, étaient ses hôtes : les Hapas étaient à notre droite dans les cases du grand côté, à leur suite et vis à vis de nous étaient les Teiis, à notre gauche les Taioas et les Taïpiis-oumis de la baie du Contrôleur. J’avais à peine terminé, que Témoana me demanda si je voulais qu’il fît entrer les hommes, ce à quoi je répondis affirmativement. L’intérieur alors se remplit d’indigènes dans toute la beauté et l’originalité de leur parure : on fit prendre les tams-tams dans la maison tabou, on les plaça au milieu de la cour, ils furent aussitôt entourés de kanaks qui s’accroupirent et furent eux-mêmes enveloppés d’un cercle de guerriers en grand costume, se tenant debout et faisant face au centre ; c’étaient les Teiis qui allaient chanter leur tamaï. Témoana me fit placer dans l’intérieur de cette réunion, qui me reçut avec un orchestre composé principalement de trois tams-tams de différentes grandeurs, deux petits, un très grand : ce dernier était entouré de tapa blanche et rouge et surmonté d’une tête de mort sans chairs : la peau sur laquelle on devait battre était celle d’un requin (elle était tendue par un moyen analogue à celui en usage chez nous). On comptait, en outre, dans l’orchestre, autant d’instruments qu’il y avait de mains, dont le battement se mariait aux voix avec une cadence et un ensemble surprenant. Un vieillard donna la voix, et le calme profond des collines fut de nouveau troublé par le cri de guerre que nous connaissions déjà ; il fut suivi du tamaï des Teiis. Ce concert dura quelque temps ; il fut terminé par une décharge de mousqueterie, que Témoana fit faire à ses hommes, les seuls qui eussent apporté des fusils. Au même instant on vint porter devant le front de bataille de nos troupes assez de feuillage pour en couvrir le trottoir qu’elles occupaient, puis on y déposa des cochons sortant du four, des fruits à pain coupés en deux, des cocos et des cannes à sucre. Je fis former les faisceaux, et le repas des makaoui (nom qu’ils nous donnent) commença. Là ne se bornèrent pas toutes les attentions qu’on eut pour nos hommes. Comme on s’aperçut qu’ils ne quittaient pas leurs rangs et que personne ne pouvait boire dans des espèces de petites pirogues pleines d’eau qui avaient été apportées en même temps que les comestibles, une dizaine de sauvages, pendant tout le temps que dura la fête, furent chargés de leur donner à boire dans de grands bambous fermés par une extrémité, taillés en sifflets de l’autre, contenant environ deux sceaux d’eau. La longueur de ces vases permettait de servir les consommateurs à cinq ou six pas, ce qui leur procurait l’avantage de se rafraîchir sans bouger de leurs postes. Après le chant des Teiis, celui des Hapas eut lieu dans le même ordre ; vint ensuite celui des Taioas, puis enfin celui des Taïpiis, dont le cri de guerre parut encore plus féroce que celui des trois premiers peuples ; mais, à part cela, toutes les figures indiquaient le plaisir et la confiance ; et, chose étonnante, que j’avais déjà remarquée dans d’assez nombreuses réunions, où il était cependant question de partages d’intérêt, jamais de dispute, la plus grande soumission aux injonctions des vieillards ou des chefs, quelle que soit leur exigence, sans empressement, il est vrai, mais en gens qui ont l’air de dire avec indifférence : « Nous allions faire telle ou telle chose, les vieillards et les chefs ne le veulent pas, faisons ce qu’ils disent, ils savent mieux que nous ce qui doit avoir lieu. » Quelques sauvages vinrent danser devant nos hommes, comme pour leur montrer leur agilité et la vigueur de leurs poses. Une femme taïpii y vint aussi sans aucun vêtement. Les étrangers demandant à voir le cheval de Témoana, on l’envoya chercher ; le roi le monta et fit quelques tours au trot, puis au galop, sans avoir pris la précaution de se faire faire place ; mais elle ne manqua pas, car tous se sauvaient sur son passage avec l’expression de la crainte. Cependant une espèce de colosse taïpii, plus brave que les autres, et se croyant sans doute d’une grande force, ce qui devait être, dit : «Qu’est-ce que c’est que ce cochon-là ; » (car vous savez qu’ils appellent le cheval Pouaca Piki Kenana, cochon qui porte l’homme) «Ce n’est rien, je suis plus fort que ça.» Témoana qui avait entendu l’espèce de défi du présomptueux, lança son cheval ; le Taïpii sortit de la foule et se mit en devoir d’exécuter ce qu’il avait dit. Témoana, qui avait été piqué de cette audace, heurta cet homme debout au corps, l’envoya rouler dans la poussière à deux ou trois mètres, et continua comme si de rien n’était. Le malheureux se releva avec là plus piteuse figure que j’ai vue de ma vie. Attribuant cet événement à une maladresse, le docteur et moi nous nous approchâmes, et grande fut notre surprise de le trouver entouré de gens qui, au lieu de le plaindre, lui riaient au nez, en ayant presque l’air de demander bis : c’est alors que j’appris ce qui avait donné lieu à l’accident.

     Chaque peuple ayant terminé ses chants et payé son écot, nous nous mîmes en devoir de régler le nôtre. Je fis descendre les troupes, que je fis placer dans le sens de la longueur de la cour, et elles exécutèrent des feux de peloton, de division et de deux rangs, à poudre, avec un ensemble qui leur attira de nombreuses marques d’admiration de tous les indigènes qui étaient présents. Je fis, en dernier lieu, charger les armes à balles, et nous sortîmes du koïka, tambour battant, et enchantés les uns des autres. Le roi nous reconduisit ; de retour au fort, je fis faire, à sa prière, une salve de neuf coups de canon, pour que, disait-il, ses invités entendissent de près le bruit du pouiketa. Il parut fier de nous avoir pour amis, et heureux de la confiance que nous lui avions montrée en tenant prendre part à la fête qui venait d’avoir lieu, et à laquelle assistaient pour la première fois des troupes européennes, Comme moi, Amiral, vous conclurez, sans doute, que pour le moment nous sommes on ne peut mieux avec les Teiis, ce que, du reste, leur conduite à notre égard me prouve chaque jour.

in Annales maritimes et coloniales Tome 83 Revue coloniale 1843

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William Leblanc raconte à sa manière cette fête dans un livre publié à Paris, 52 années plus tard !

     Je me souviens que, quelques mois après notre arrivée à Nouka-Hiva (17 décembre 1842), je fus témoin d’une grande koïka, fête en l’honneur de l’amiral Dupetit-Thouars. Té Mohana, roi de la baie de Tahiohaé, vint inviter M. Collet, gouverneur, et tous les Français à y assister. Ce cas était extraordinaire, car, sui­vant les coutumes, je le répète, les étrangers sont exclus de toutes les cérémonies indigènes.

     Le lendemain, dès le matin, le roi, accompagné de tous les chefs de la baie, vint au fort, en grand costume de guerre, cher­cher les autorités françaises, et, vers dix heures, l’état-major, accompagné d’un peloton de cinquante hommes de troupe, se mit en marche. Une heure après, l’on arrivait au houla-houla, qui ne sert qu’aux grandes solennités.

     Une multitude innombrable remplissait déjà l’enceinte ; à notre entrée, elle poussa le cri mille fois répété de : Kaoha, Farani, meïtaï Farani / Bonjour, Français, bons Français !

     On fît ranger le peloton au fond du quadrilatère qui forme l’enceinte, et l’on fît manœuvrer, puis exécuter quelques feux de peloton, des charges à volonté qui produisirent une grande joie parmi les naturels.

     Une des cases avait été préparée pour recevoir les chefs ; la chaire du grand prêtre était entourée d’une quantité de cochons rôtis, de fruits à pain également rôtis, de cocos et de grandes calebasses de popoye.

     La foule n’attendait que le signal du grand prêtre pour man­ger ; il le donna enfin, et tous se mirent à jouer des mâchoires.

     Les officiers mangèrent du cochon rôti et du fruit à pain, ce qui parut faire beaucoup de plaisir à tous ces bons sauvages. Les soldats trouvèrent le cochon excellent ; aussi, plus d’un en empor­ta-t-il un morceau pour son repas du soir.

     Le festin terminé, deux jeunes garçons et deux jeunes filles sor­tirent de la foule et exécutèrent des danses très échevelées, sautant en ouvrant les bras avec force et les ramenant ensuite gracieusement au-dessus de leur tête ornée de fleurs. Tout cela était accompagné des chants de la foule et des sons assourdissants de leur tam-tam, du papaki et des battements de main de tous les assistants.

     À un signe de Pakoko, tous les bruits cessèrent, et le plus grand silence régna.

     Le roi Té Mohana monta un cheval qu’il avait reçu en cadeau de l’amiral, et fit trois ou quatre fois le tour de l’enceinte au galop ; cette démonstration fit beaucoup d’impression sur les naturels qui poussaient des exclamations à n’en plus finir, car c’était le premier cheval que l’on vît dans l’île. Le roi se tenait sur la bête aussi solidement que l’eût fait un singe de cirque. Les danses recommencèrent un moment, et, quand elles furent ter­minées, le grand prêtre harangua la foule.

     Les chefs entrèrent en conférence, et nous nous retirâmes, accompagnés des mêmes cris qui nous avaient accueillis à notre arrivée.

in William Leblanc Souvenirs d’un vœux Normand 1895   Réédité « Au vent des îles » 2006

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Le cannibale avait de si bonnes dents de Sagesse

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Cannibale recueilli par la Mission après avoir lui-même échappé à un clan voisin lorsqu’il transportait une victime humaine destinée au site sacré de sa vallée sur l’île de Hiva Oa. Photographie de Louis Gauthier

 

En 1888, Louis Stevenson écrivait : « C’est une escroquerie. J’avais classé ces îles comme celles ayant la population la plus bestiale ; ils sont en fait bien meilleurs, bien plus civilisés que nous le sommes. Je connais un vieux chef, Koomua, un vrai cannibale en son temps, qui dévorait ses ennemis à son retour chez lui, après les avoir trucidés. Or c’est un parfait gentilhomme, excessivement aimable, franc et homme de bon sens ».

Les musées de Metz Métropole présentent du 16 janvier au 30 mars 2009 une exposition intitulée : « La massue des Marquises »

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La massue des Marquises

    Premier opus du nouveau cycle « Inventaire à la Prévert », cette exposition est organisée autour d’une très belle et énigmatique massue en bois provenant des îles Marquises en Polynésie. À la fois arme véritable et symbole de pouvoir, l’objet comporte d’étonnants motifs sculptés caractéristiques de l’art marquisien. Conservée dans les réserves des musées de Metz Métropole, cette arme est présentée pour la première fois.                                                      

la-massue-des-marquises-musee-metz.1232957652.jpgDes dessins, des gravures, des livres et des cartes anciennes, datant essentiellement des 18ème et 19ème siècles, expliquent la provenance, la fonction et le contexte de cet objet très éloigné de nos propres références culturelles et esthétiques. Complétant la présentation, deux exceptionnelles statuettes en bois d’une divinité marquisienne sont mises en relation avec la massue. Quelques textes introductifs permettent de faire le lien entre les documents présentés et la massue placée au centre de l’exposition.

    Cette exposition a aussi pour objectif d’évoquer les « terres lointaines » et les grands voyages qui ont mis aux Européens en contact avec ces territoires et ces populations aux traditions si différentes.

    Cette exposition bénéficie des prêts consentis par quatre institutions détenant des œuvres majeures permettant d’éclairer l’histoire et le parcours de la massue de Metz. Il s’agit de cartes anciennes et d’ouvrages de James Cook conservés à la médiathèque du Pontiffroy, à Metz ; de statuettes prêtées par le musée de la Castre, à Cannes ; de dessins originaux et de gravures provenant du musée des Beaux-Arts de Chartres ; de photographies anciennes et de dessins originaux prêtés par le département Marine du service historique de la Défense, à Vincennes.

    Ainsi inauguré, le cycle de petites expositions intitulé «Inventaire à la Prévert» sera prioritairement consacré à la présentation d’œuvres conservées dans les réserves du musée. Il s’agit d’objets méconnus, souvent singuliers et rares. Ces objets n’ont jamais été montrés ou ne l’ont pas été depuis très longtemps. Le choix des œuvres sera volontairement éclectique et, essentiellement, hors des grands domaines patrimoniaux pour lequel le musée est principalement connu. Ainsi les collections ne faisant pas l’objet de présentations permanentes seront-elles privilégiées : ethnologie, histoire naturelle, souvenirs historiques …

    Cette manifestation est accompagnée d’un petit journal présentant l’objet en détail et fournissant des éléments d’explication, textes et images, sur son contexte culturel, historique et les circonstances de son arrivée à Metz.  

    L’iconographie contenue dans ce petit journal, pour partie différente de celle de l’exposition, est un complément et un prolongement de la visite.

    Deux Visites Passion sous la conduite du commissaire de l’exposition auront lieu le dimanche 25 janvier à 15h00 et à 16h00 (réservation obligatoire).

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Source http://musees.ca2m.fr/site/medias/Ressources_presse/DP-marquises.pdf  & http://musees.ca2m.fr/site/element_111.php

Marquises : Code Dordillon, Règlement du 20 mars 1863, sur la conduite des indigènes de l’île Nuka-Hiva.

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Le Commandant des îles Marquises et autres Établissements français de l’Océanie, Commissaire Impérial aux îles de la Société, aux îles Marquises,

PAROLE pour rendre meilleure la terre de Nuka-Hiva.

TITRE PRELIMINAIRE.

1° Le grand chef de l’île Nuka-Hiva commande à toute la population indigène.

2° Les chefs de district commandent dans leurs districts.

3° II y aura dans chaque district un chef, un juge, un chef mutoi et deux conseillers. Ces trois fonctionnaires seront nommés par le Directeur des affaires indigènes.

CHAPITRE I. Du grand-chef.

4° Au grand-chef de l’île Nuka-Hiva appartient de diriger le peuple. C’est à lui de faire exécuter les lois pour le bien du pays.

5° C’est au grand-chef qu’il appartient de régler les querelles de district à district.

6° C’est au grand-chef qu’appartient la direction des fusils, de la poudre et autres munitions de guerre.

7° C’est au grand-chef qu’il appartient de juger les fautes commises par les chefs, ou par les personnes notables, et les fautes graves des habitants.

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CHAPITRE II. Des chefs de districts.

8° Les chefs veilleront dans leurs districts respectif à l’exécution des lois et soutiendront de leur autorité les juges et les mutois.

9° Les chefs feront connaître au peuple les lois du Gouvernement.

10° Les chefs feront connaître au grand-chef tout ce qui se passe d’important dans leurs districts.

11° Ils enverront chaque mois un messager pour informer le grand-chef de ce qui se passe dans leurs districts.

CHAPITRE III. Des juges de districts.

12° Les juges sont chargés de juger les infractions aux lois. Ils doivent sans s’occuper des personnes n’avoir égard qu’à la justice et ne recevoir aucun présent de la part des parties.

13° Les juges feront connaître au chef le jugement qu’ils ont porté.

14° Les jugements n’auront lieu ni le dimanche ni les jours de fêtes.

CHAPITRE IV. Des chefs mutois et des mutois.

15° Les mutois sont chargés de la police de l’île chacun dans leur district.

16° Ils feront connaître au chefs de leurs districts les noms de ceux qui auront commis quelqu’infraction au lois ou qui auront troublé la tranquillité publique, ils les conduiront chez le chef ou chez le juge.

17° Les mutois n’emprisonneront personne sans sujet. Ils s’acquitteront fidèlement de leur charge ; sans quoi ils seront punis eux-mêmes.  

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CHAPITRE V. Du mariage.

18° II est expressément défendu à une femme d’avoir plusieurs maris et à un homme d’avoir plusieurs femmes, sous peine d’emprisonnement et de travaux publics.

19° Lorsqu’un homme et une femme auront été validement unis par le mariage, leur union sera indissoluble.

20° Lorsque la femme légitime viendra à mourir, alors seulement le mari pourra prendre une autre femme. Il en sera de même pour la femme à la mort de son mari.

21° Que le mari et la femme ne se séparent pas sans sujet. Le mari qui, sans sujet, quittera sa femme, ou la femme qui, sans sujet, quittera son mari, sera condamné à cinq jours au moins d’un travail public, et à un mois au plus, et de plus à se réunir.

22° C’est au mari à choisir le lieu d’habitation pour la femme. C’est au mari à gouverner, c’est au mari à fournir à sa femme la nourriture, les vêtements et tout ce qui lui est nécessaire. Qu’ils s’aiment mutuellement, qu’ils vivent en paix. Que personne ne prenne la femme de son prochain.

23° Celui qui aura abusé de la femme d’un autre, sera condamné un travail public de dix jours au moins, et de quarante jours au plus et à autant de jours de prison.

24° Que les femmes ou les filles n’aillent point à bord des navires ; c’est expressément défendu. La femme ou la fille qui ira à bord d’un navire, sans permission, sera emprisonnée et condamnée à un travail public de dix jours au moins et de vingt jours au plus.

25° Que les garçons et les filles aillent à l’école dans toutes les vallées. Les parents qui n’enverront pas leurs enfants à l’école seront condamnés à un travail public de un jour, et de cinq jours au plus pour chaque jour d’absence de leur enfant.

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CHAPITRE VI. De la propriété.

26° Les propriétaires conservent leurs droits sur leurs propriétés comme par le passé.

27° C’est au propriétaire de la terre à régler les droits de l’usufruitier.

28° C’est au propriétaire de la terre à régler les droits de celui auquel il a été accordé l’usage des fruits de sa terre.

29° L’usufruitier n’est qu’usufruitier.

30° Celui auquel le propriétaire n’accorde que l’usage des fruits, n’aura pas d’autre droit.

31° Que l’usufruitier n’abatte pas les arbres à pain, ni les cocotiers, les mio, les tamanu, ni les autres grands arbres sans la permission du propriétaire.

32° Que celui qui habite sur une terre dont la propriété ne lui a pas été contestée jusqu’alors, soit regardé comme en étant le propriétaire véritable.

33° S’il s’élève quelque contestation au sujet d’un terrain, on prendra des arbitres qui décideront en dernier ressort et sans qu’aucun des contendants puisse se plaindre de la décision. Que personne n’abatte les arbres d’un autre sans sa permission.

34° Celui qui aura abattu les grands arbres qui ne lui appartiennent pas, sera condamné à deux jours au moins d’un travail public et à vingt jours au plus et de plus à payer les arbres.

35° Que personne ne cueille, sans permission, les fruits à pain d’un autre. Celui qui cueillera sans permission, les fruits à pain d’un autre, sera condamné à deux jours au moins d’un travail public et à cinq jours au plus.

36° Que personne ne cueille les cocos d’un autre sans sa permission. Celui qui cueillera sans permission les cocos d’un autre, sera condamné à un travail public de deux jours au moins et de dix jours au plus.

37° Que personne ne coupe les feuilles de cocotier d’un autre sans sa permission. Celui qui coupera sans permission les feuilles de cocotier d’un autre, sera condamné à un travail public de cinq jours au moins et de vingt jours au plus.

38° II est expressément défendu de cueillir sans permission les fruits à pain ou les cocos d’un autre qui se trouvent auprès de l’habitation, mais on peut cueillir à la montagne des fruits à pain ou des cocos, si l’on a faim ou soif, mais on ne peut pas en emporter sans permission.

39° II n’y a point de cochons sauvages. Les cochons errants dans la vallée appartiennent au chef de la vallée. Il en est de même des poules et autres animaux dits sauvages. Celui qui aura tué ou volé le cochon d’un autre, sera condamné à le payer et de plus à un travail public de deux jours au moins et de cinq jours au plus.

40° Les animaux qui portent la marque d’un propriétaire appartiennent à ce propriétaire.

41° On ne chassera pas sans permission, les cochons et les poules dits sauvages. Lorsque le propriétaire des cochons voudra aller à la recherche de ses cochons errants dans la vallée, il en préviendra auparavant le chef, et, s’il y consent, il pourra alors les chasser, et s’il parvient à prendre un cochon, il le fera voir au chef et ne l’emportera pas auparavant. Il en sera de même des poules et autres animaux.

42° Lorsque l’usufruitier abandonnera la terre sur laquelle il avait permission de rester, il pourra emporter ses cochons et ses poules, mais s’il les laisse ils appartiendront au propriétaire de la terre et il ne pourra plus les réclamer. Il en sera de même pour celui qui n’a que la permission de se nourrir des fruits de la terre.

43° Que personne ne s’empare de la terre d’un autre.

44° Que personne ne prenne injustement les richesses d’un autre. Celui qui aura volé les richesses d’un autre, sera condamné à le payer et de plus à un travail public de dix jours au moins et de quarante jours au plus. S’il y a eu des circonstances aggravantes, comme par exemple l’effraction, il pourra être condamné à une peine proportionnée à la gravité de la faute.

45° Les richesses appartiennent à leur propriétaire, comme par le passé, il peut en faire ce que bon lui semble.

46° Les cochons appartiennent à leur propriétaire, comme par le passé, il peut en faire ce que bon lui semble.

47° La case ou la maison appartient à son propriétaire, comme par le passé, il peut en faire ce que bon lui semble.

48° Les bœufs du Gouvernement restent la propriété du Gouvernement. Il est défendu de les tuer, et il sera donné une récompense à ceux qui prendront soin de ces animaux et qui les conduiront à Taio-Hae.

49° Les baleinières, les pirogues appartiennent à leurs propriétaires, comme par le passé, ils peuvent en faire ce que bon leur semble, ils en ont seuls la jouissance.

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CHAPITRE VII. Défenses diverses.

50° Qu’on ne fasse plus dessécher les morts, qu’on les enterre le lendemain du décès. Celui qui fera dessécher un mort, sera condamné à vingt jours de prison au moins et à quarante au plus, et de plus il travaillera autant de jours sur la voie publique.

51° Qu’on ne fasse plus d’eau-de-vie de coco, qu’on n’achète pas d’eau-de-vie des étrangers et qu’on n’en donne pas aux autres. Celui qui fera de l’eau-de-vie de coco, qui achètera de l’eau-de-vie des étrangers ou qui en donnera aux autres, sera condamné à un jour de travail public au moins et dix jours au plus.

52° II est défendu de battre le tambour à la manière païenne. Celui qui battra le tambour à la manière païenne sera condamné à un travail public de cinq jours au moins et de vingt au plus.

53° Les chants païens et indécents sont défendus. Celui qui chantera des chants païens ou lascifs, des Uta, des Mumu, etc., sera condamné à un travail public de un jour au moins et de dix au plus.

54° II est défendu de s’oindre d’Eka ou d’huile de coco, de porter des colliers de fruits de pandanus et des habits couverts d’odeurs. Celui ou celle qui se couvrira d’Eka, qui portera des colliers de fruits de pandanus ou qui portera des habits couverts d’odeurs et d’huile de coco sera condamné à un travail public de cinq jours au moins et de vingt jours au plus.

55° Le tatouage est défendu. Le tatoueur et celui qui se fera tatouer, l’un et l’autre seront condamnés à dix jours de prison et à un travail public pendant deux mois au moins et trois mois au plus.

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56° II est défendu d’aller nu, de se baigner nu, soit sur le bord de la mer soit dans les ruisseaux. Celui qui ira nu sur la voie publique, qui se baignera nu dans les ruisseaux ou sur le bord de la mer sera condamné à un travail public de un jour au moins et de dix jours au plus.

57° Les Mau ou repas pour les morts à la manière païenne sont défendus. Celui qui donnera un Mau à la manière païenne sera condamné à un travail public de dix jours au moins et de vingt jours au plus et de plus à la prison pendant le même temps.

58° Que tous les lieux sacrés des païens soient rendus profanes. Que toute œuvre servile cesse les jours de dimanche et de fête. Celui qui travaillera les jours de dimanche et de fête sera condamné à un travail public de deux jours au moins et de dix jours au plus.

59° Que personne ne maltraite son prochain, ne le frappe ou ne le tue. Celui qui aura frappé ou maltraité de coups son prochain sera puni d’un jour de prison au moins et de dix jours au plus et de plus condamné à un travail public de un jour au moins et de deux mois au plus.

60° Celui qui aura tué un autre sera emprisonné jusqu’au jugement et sera condamné à mort, mais la sentence ne sera mise à exécution qu’après confirmation du jugement par l’autorité supérieure.

61° Que les fusils et la poudre soient réunis dans une case indiquée par le grand-chef. Il est défendu d’acheter des fusils et de la poudre sans permission. Celui qui, sans permission, aura acheté des fusils et de la poudre, sera condamné à deux jours de travail public et les fusils et la poudre seront confisqués et déposés chez le grand-chef.

62° II est défendu au propriétaires des embarcations et des navires de transporter sans permission les indigènes dans une autre terre pour y habiter, sous peine de prison et d’un travail public de dix jours au moins et de vingt jours au plus.

63° II est défendu de s’en aller à bord des navires sans la permission du grand-chef.

64° Celui qui sans permission se fera embarquer à bord d’un navire sera à son retour condamné à dix jours au moins et vingt jours au plus de travaux publics.

65° II est défendu d’exciter à la guerre. Celui qui excitera à la guerre sera condamné à deux jours au moins et à vingt jours au plus de travaux publics.

66° II est défendu de répandre de faux bruits de guerre. Celui qui répandra de faux bruits de guerre sera condamné cinq jours au moins et à vingt jours au plus de travaux publics.

67° II est défendu de menacer et de faire semblant de vouloir tuer quelqu’un, soit avec un fusil, soit avec une hache, sous peine de deux jours de travaux publics au moins et de dix jours au plus.

68° II est défendu de mettre le feu aux broussailles de la vallée, sans en avoir demandé l’autorisation au chef, sous peine de cinq jours au moins de travaux publics et de vingt jours au plus.

69° II n’appartient qu’au propriétaire de mettre le feu aux broussailles de sa propriété, après en avoir obtenu la permission du chef, afin d’éviter tout accident.

CHAPITRE VIII. Des routes.

70° Les routes ou chemins publics sont destinés à faciliter les communications de district à district, afin de maintenir la bonne harmonie parmi les populations.

71° Tout habitant condamné à des journées de travail, sera tenu de travailler aux routes.

72° Les journées de travail pourront cependant être rachetées au prix de un franc par journée et au profit du district sur le territoire duquel se trouve le chemin.

73° Le Directeur des affaires indigènes est spécialement chargé de surveiller les travaux ci-dessus spécifiés et du tracé des chemins.

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CHAPITRE IX. Dispositions générales.

74° Qu’on aille et qu’on vienne dans toute l’île, soit par terre, soit par mer, de vallée en vallée et de baie en baie, sans que personne soit maltraité.

75° Que tous soient unis et s’aiment mutuellement.

76° Les juges, afin de réprimer les infractions au présent règlement, pourront appliquer de un à dix jours de prison et trente journées de travail public. Les infractions méritant une punition plus sévère que celles laissées à l’appréciation des juges sont déférées au grand-chef de Taio-Hae.

77° Le Directeur des affaires indigènes des Marquises est chargé de la publication en langue marquésane des dispositions précédentes dans le Messager de Nuka-Hiva.

78° Le Secrétaire Général est chargé de l’exécution du présent règlement, qui sera enregistré au premier bureau du secrétariat général.

Fait à Papeete, le 20 mars 1863

Signé : E. G. De La RICHERIE.

Par le Commandant Commissaire Impérial :

Le Secrétaire Général pre, Signé : HUBERT.