Le drapeau de l’archipel des Marquises ; Flag of the Marquesas

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Le drapeau des Marquises, de ratio 2:3, est divisé horizontalement jaune-rouge (1:1) avec un triangle blanc placé sur le pont élévateur et s’étendant sur  la moitié de la longueur du pavillon. Un tiki noir est placé dans le triangle. Les couleurs prescrites sont le rouge Pantone 185C, le jaune Pantone 111C, le noir Pantone 8C.

Les trois couleurs et la tête d’un « tiki » représentent ce à quoi sont attachés les Marquisiens. Le blanc est le symbole de la paix et le tiki avec les yeux ouverts est caractéristique de la culture des Marquises. Le jaune fait référence directement à la teinte du « Eka », dont les hommes et les femmes de l’archipel s’enduisaient le corps, lors des cérémonies festives. Le rouge était réservé aux symboles de la royauté marquisienne

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Le drapeau  des îles Marquises a été soulevée pour la première fois le  14 Décembre 1980, à l’ouverture de l’aéroport de Nuku Hiva, et a été régulièrement utilisé depuis 1994. Une version simplifiée, sans le dessin du tiki, est parfois utilisé.

Le décret du 4 Décembre 1985 du gouvernement territorial, portant règlement de l’affichage du drapeau de la Polynésie française prévoit que les drapeaux des archipels et des îles de la Polynésie française peuvent flotter  avec le drapeau  territorial et le drapeau national.

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Flag of the Marquesas

The flag of the Marquesas Islands was first raised on December 14, 1980, upon the opening of the airport on Nuku Hiva, and has been regularly used since 1994. A simplified version, without the tiki design, is sometimes flown. The Territorial Government decree of 4 December 1985 governing the display of the flag of French Polynesia stipulates that the flags of the archipelagos and islands of French Polynesia may be flown next to the Territorial and National flags.

The flag of the Marquesas, of ratio 2:3, is horizontally divided yellow-red (1:1) with a white triangle placed along the hoist and stretching over the half of the flag length. A black tiki is placed in the triangle. The colours are prescribed as red Pantone 185c and yellow Pantone 111c.

White represents peace and the tiki with open eyes is characteristic of the culture of the Marquesas. Yellow recalls the eka dye used by the inhabitants of the archipelago to coat their body during traditional festivals. Red was the symbol of the kings of the Marquesas.

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Le tambour marquisien, te pahu

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Te Pahu, le tambour d’une civilisation, de tout un peuple qui ressent son résonnement jusqu’au plus profond de ses entrailles, ce symbole de la culture marquisienne avait quasiment disparu. Il a subi tout comme les autres symboles de la culture « Enana », une concurrence déloyale avec ceux du monde des « Hao’e ». Après un siècle de quasi absence, il revient au début des années 1960.

Historiquement, le « pahu » tenait une place d’honneur dans la société marquisienne. Il rythmait la vie au quotidien.

Plusieurs types de «pahu » existaient avec une apparence et une fonction spécifiques. Ainsi, ils se différenciaient comme ceci :

Pahu mea’e, le plus grand des tambours faisant plus de deux mètres de hauteur  sur lequel deux « moa », serviteurs du « tau’a »  le prêtre, frappaient lentement en cadence avec le poing fermé ou les mains plates. Ces tambours étaient placés en contre bas d’une plate-forme en pierre. Les batteurs debout sur le « paepae » étaient alors à bonne hauteur.

Pahu’ua, un grand tambour double.

Pahu topete : long et étroit servi par un seul exécutant.

Le « tutu » : petit tambour pour accompagner les grands, les battements

Sont plus rapides et les doigts entrent enjeu.

Pahu oe’oe : petit tambour réservé à l’accompagnement des chants.

Ils étaient fabriqués par le « tuhuka a’aka pahu » qui utilisait un tronc de mi’o ou de cocotier évidé, longuement frotté au « pani », recouvert d’une peau de requin tendue par de cordelettes de «pu’u ».

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Ainsi les «pahu » résonnaient pendant plusieurs heures sur le « tohua » lors des fêtes invitant les tribus voisines, redoublant de résonance pour les accueillir. Le «pahu » exprimait encore toute sa force lors des repas pantagruéliques où parfois jusqu’à une centaine de porcs étaient sacrifiés pour l’occasion. Le jour de l’union entre un jeune homme et une jeune femme,   le futur marié accompagné par ses amis, s’approchait de la maison en faisant raisonner le «pahu ». Réunis dans une étoffe de « tapa », le jeune couple reçoit les « tau’a » au son du «pahu mea’e » qui entre en scène. Les « Tau’a » scandent des cantilènes des heures durant dans un dialecte qui leur est propre. Des mets sont offerts à la famille de la femme et un autre «pahu » bat le rappel sur le « tohu’a ko’ika ». Tels sont les fragments du savoir sur l’utilisation ancestrale du « pahu ».

Aujourd’hui le «pahu » apparaît dans toutes les manifestations culturelles, religieuses, touristiques et autres. Il résonne pour annoncer le début d’un événement, pour inviter la population à une fête, pour accueillir des invités de marque ou pour la préparation d’un spectacle.

Il rythme les chants et les danses. Il réapparaît en grand nombre à chaque manifestation culturelle. On ne conçoit pClus une danse sans le « pahu » car il contribue de nos jours à démontrer la spécificité de la culture marquisienne.

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On suppose qu’autrefois, les batteurs de «pahu » étaient des initiés, mais aujourd’hui les batteurs s’intéressent dès leur plus jeune âge au «pahu ». Ils deviennent performants après des heures de répétitions.

Peu de personnes connaissent les techniques de fabrication d’un « pahu ». La préparation pour ce festival fut une occasion de transmettre ce savoir à toute génération.

Retrouver les techniques des anciens en examinant de près les pahu, les tambours anciens conservés dans les musées, intéressent quelques passionnés, les nouveaux « tuhuka a’aka pahu ». « C’est l’ensemble du choix des matériaux qui caractérise un bon pahu…et le rendra unique ». Fabriquer un bon tambour comme autrefois exige un savoir-faire. Il faut respecter les proportions. « Tu as l’impression que le volume est le même de haut en bas, voire plus grand en haut, mais en réalité il est beaucoup plus fin en haut qu’en bas ! » déclare Tuarai Peterano, le sculpteur de Hiva Oa. « Il faut ne jamais fendre en deux le bois du tronc dans lequel on va creuser la caisse ». Le tumu me’i, l’arbre à pain, est le meilleur bois pour une bonne sonorisation du pahu. Mais le temanu, le tou, le miro… peuvent aussi donner de bons tambours. Si on utilise aujourd’hui la peau de bœuf ou de chèvre, la peau de requin présente de meilleures qualités sonores et d’usure. Mais il faut alors trouver la peau et celui qui saura la préparer, tresser les liens avec de la fibre de bourre de coco. Il faut tout étudier, pour obtenir la meilleure sonorité : le système des attaches, caller le nombre de trou dans la peau, la répartition pour que cette peau tendue fasse corps avec les points d’ancrage sur le bois. C’est un travail long, de plusieurs mois pour un grand pahu.

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Tambour des îles Marquises

Début du XIXe siècle

Bois, étoffe d’écorce, fibre de coco, peau, fibres végétales

H.: 112 cm

Lille, MHN: 990.2.1141

Acquis en 1850; ancienne collection Alphonse Moillet (Notter et al., 1997, p. 57-64).

Exemple extrêmement rare de tambour complet avec son enveloppe et ses attaches. Onze feuilles d’étoffe d’écorce non décorée placées verticalement entourent la caisse. Les motifs sont constitués par des fils de « trame » irréguliers en cordelettes noires et bruns/rouges de fibre de coco tressé. Une « ceinture » et une «jupe » sont constituées par six feuilles verticales d’étoffe d’écorce. Les huit pieds présentent des attaches en fibre de coco à la base et sont retenus sous la jupe par un cerceau en bois, auquel sont attachées les cordes verticales cachées qui tendent la peau de poisson. Il existe une cavité entre la caisse et la base creuse.

L’anthropomorphisme du tambour est ici évident et permet d’avancer l’hypothèse selon laquelle le tambour est considéré comme l’image d’un dieu faiseur de son. Un exemplaire comparable, mais en partie détérioré, a été décrit par Panoff (1995, p. 124).

In Arts et Divinités 1760-1860 Steven Hooper 2008

 

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Ce phénoménal objet est un tambour de 2,45 mètres de haut dont on ne connaît au monde qu’un seul autre exemplaire plus petit, conservé au musée de Tahiti. Doté d’une circonférence à la base de 45 cm, il est taillé d’une seule pièce dans un tronc de cocotier. La membrane est constituée d’une épaisse peau de requin, tendue par de grosses tresses en fibres de bourre de coco. Ces fibres sont fixées indirectement à la membrane, au moyen d’un laçage complexe de cordelettes plus fines, la technique utilisée étant typique des îles Marquises. Une belle tresse plate entoure le tambour vers sa base, venant maintenir les cordes de tension.

Il était utilisé au cours de cérémonies qui se déroulaient dans un espace nommé me’ae. Il s’agissait d’un lieu tabou dont l’accès était réservé aux prêtres et aux personnes de haute lignée. Il servait lors des célébrations des cérémonies funéraires au cours desquelles des sacrifices humains étaient pratiqués. Il était constitué de plusieurs terrasses en pierre entourées de statues, les tiki, représentations des ancêtres déifiés.

Le tambour, appelé pahu me’ae, était placé au pied d’une plate-forme. Les batteurs se tenaient sur la terrasse supérieure. Ils étaient accompagnés de tambours plus petits, de 1,60 mètre de haut, les pahu vanana, et de conques marines, les putona.

Ce magnifique tambour est un don fait au Muséum  de Grenoble en 1846 par Henri Murgier, alors juge suppléant au tribunal de Tahiti.  Il a été restauré en 2007 et est actuellement présenté au public dans la salle d’accueil du muséum. Karl von den Steinen en a publié une description dans Die Marquesaner und ihre kunst primitive Südseeornamentik (1925).

Le réveil des Marquises

Le musée du quai Branly rend hommage à l’art de Polynésie et à ses traditions aujourd’hui réinventées. Reportage aux îles Marquises, au cœur d’une culture en plein renouveau.

par Hortense Meltz, envoyée spéciale du magazine « Beaux Arts »

« Les Marquises, c’était l’archipel du silence. Mes parents refusaient de me raconter les rituels, les légendes marquisiennes car, pour eux, « c’était diabolique. Ils avaient été « lavés » par les missionnaires. On ne dansait plus sur les rythmes marquisiens, l’artisanat était en plein déclin, quelques vieux sculpteurs continuaient à travailler dans l’indifférence générale.» Nous sommes en 1968.

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Benjamin Teikitutoua, Président du Comité organisateur du festival des Marquises en décembre2007. Photographie prise lors du départ des délégations

À l’époque, Benjamin Teikitutoua est adolescent, à Ua Pou, l’une des six îles habitées de l’archipel marquisien. Aujourd’hui, il préside le festival des arts des Marquises. En décembre 2007, pendant une semaine, Ua Pou, célèbre pour ses douze necks, de hautes colonnes basaltiques qui lui donnent un modelé grandiose, a vu sa population passer, le temps du festival, de 2000 à 5500 habitants. Pourtant l’île est difficile d’accès, trois heures d’avion de Papeete à Nuku Hiva, puis encore une demi-heure de Twin Otter pour atterrir enfin à Ua Pou. Le festival des Marquises, organisé tous les quatre ans, est devenu l’événement phare de la vie culturelle polynésienne. Hier encore, personne n’aurait pu imaginer ce renouveau.

«Le peuple marquisien se meurt, il n’y a rien à en tirer»… À partir de 1887, les rapports sur l’état des Marquises se succèdent, ne pouvant que constater la rapide disparition d’un peuple. En 1842, après son annexion par la France, la situation de l’archipel continue de décliner car aucun moyen financier ou humain n’est mis en œuvre pour sauver la population. Les hommes

sombrent dans l’alcool, la drogue, et succombent aux épidémies apportées par les marins.

Sur 20 000 habitants en 1842, on n’en dénombre plus que 2000 en 1918. Il faut attendre le début des années 1920 et la politique démographique du docteur Rollin, administrateur des Marquises, pour enrayer la chute de la courbe de natalité. Au même moment, la lente évangélisation casse les structures traditionnelles en interdisant la pratique du tatouage, la danse et le chant. Les tiki, symboles païens, sculptures emblématiques en bois et pierre, sont détruits ou envoyés en Europe comme preuve de la conversion de la population. La culture de tradition orale n’y résiste pas. Paradoxalement, c’est un évêque, monseigneur Hervé Le Cléac’h, qui sera l’un des animateurs du réveil identitaire. «À mon arrivée, en 1971, j’ai d’abord regardé le paysage, puis j’ai étudié le comportement des gens et j’ai cherché à découvrir ce qu’était leur histoire. Les Marquisiens ne la connaissaient plus», raconte-t-il.

 

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Vue du tohua, grande place communautaire, île de Ua pou. Construit entre le XVIe et le XVIIIe siècle, il était utilisé lors des cérémonies festives. Abandonné au XIXe, il a été restauré à l’occasion du dernier festival. Au premier plan, une oeuvre  contemporaine en tuf rouge sculptée à Nuku Hiva et offerte à Ua Pou lors du festival .

Avec la prise de conscience de son identité et le réveil linguistique, une culture nouvelle s’ébauche aux Marquises.

Pour sauver cette culture en voie de disparition, Hervé Le Cléac’h lance une vaste enquête auprès de la population. « Connaissez-vous vos ancêtres ? Parlez-vous votre langue ? Que pensez-vous de vos traditions ? » En 1979, l’association culturelle Motu Haka (le rassemblement) est créée à l’initiative de l’évêque pour sauvegarder le patrimoine marquisien. Cette première prise de conscience s’accompagne d’un réveil linguistique en réaction à la décision du gouvernement territorial d’imposer, en 1982, des cours de langue tahitienne à l’école (différente du marquisien). Motu Haka obtient la reconnaissance officielle de la langue de l’archipel et la création d’une académie marquisienne.

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Danseur traditionnel pendant le festival des Marquises, en 2007. Vêtu d un costume en feuilles d’auti (plante sacrée), il exécute la danse du guerrier. Son casse-tête indique sa fonction de chef de danse.

Un salutaire retour aux sources

Sur sa lancée, l’association inaugure, en 1987, le premier festival des arts aux Marquises. « On a commencé à recueillir les souvenirs des personnes âgées, ensuite on a effectué des recherches sur la base des travaux des ethnologues et des navigateurs », raconte Benjamin Teikitutoua, alors instituteur à Ua Pou et membre fondateur de Motu Haka. La musique, qui rythme les chants et les danses (dont les fameux haka), est au cœur de ce processus de reconquête de la mémoire. Jadis, le pahu, un tambour traditionnel, était la base de la musique marquisienne et régnait en maître. Herman Melville, dans Taïpi, qui raconte son séjour à Nuku Hiva, en 1842, a évoqué une fête, centrée autour de pahu gigantesques, dont on jouait continûment pendant plusieurs jours. Ce tambour sur pied, un fût en bois évidé pouvant atteindre deux mètres de haut, était recouvert d’une peau de requin fixée par de la fibre de coco. Sa fabrication avait été abandonnée et même oubliée jusqu’à la création du festival qui vit renaître les grands pahu. Le musicien et chanteur marquisien Jean-Paul Landé a entrepris de fabriquer un pahu à l’ancienne à l’occasion du festival de 1991. «Je me suis rendu avec le sculpteur Tuarae Peterano au musée de Tahiti pour mesurer le pahu des Marquises qui y est conservé. J’ai aussi travaillé à partir de photographies. On s’est rendu compte que le même procédé était utilisé pour tous les tambours, quelle que soit leur taille. La difficulté du travail tenait au respect des proportions et à la reconstitution du système d’attaches. Pour les premiers pahu, nous avons attaché, détaché, attaché de nouveau, jusqu’à trouver la bonne technique.»

Cette mobilisation de la population à la recherche de ses racines a permis à monseigneur Le Cléac’h de se réjouir: «Il est certain qu’une culture nouvelle s’ébauche aux Marquises.»

Les voyagistes ne s’y trompent d’ailleurs pas, les îles Marquises sont devenues une destination recherchée et haut de gamme malgré la difficulté d’accès, le manque de vols internationaux et d’infrastructures locales.

Par quel miraculeux tour de force 8000 Marquisiens ont-ils réussi à faire renaître leur culture et revendiquer leur identité ? Débora Kimitete, première adjointe au maire de l’île de Nuku Hiva, capitale des Marquises, avance une explication : « C’est peut-être parce qu’en 1920 ils n’étaient plus que 2000. Un peu comme sur l’île de Pâques. Ce sont les survivants d’une culture qui a bien failli disparaître.» Une culture aujourd’hui bien vivante à l’image des tiki en bois ou en pierre qui envahissent les marchés et les maisons. Symbole du renouveau de la sculpture marquisienne, le tiki est le demi-dieu le plus connu du panthéon marquisien, en sa qualité de créateur de l’homme. La tête incarne le mana (la puissance), le visage est dévoré par d’immenses yeux en amande qui témoignent de ce pouvoir surnaturel alors que la bouche étirée, laissant voir la langue, ou parfois les dents, défie l’ennemi et l’adversité. Aux moments clefs de la vie de la tribu, il devenait indifféremment réceptacle de la divinité ou des ancêtres légendaires.

Symbole du renouveau de la sculpture marquisienne, le tiki est le demi-dieu le plus connu du panthéon local.

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Tiki  contemporain en cocotier (1,60 m de haut) sculpté par Philippe Amedé Teikitohe

Des tiki, Séverin Taupotini en vend beaucoup. Installé à Nuku Hiva, il sculpte avec ses deux derniers fils de 16 et 17 ans dans l’atelier qu’il a construit dans son jardin. Séverin fait partie de la vieille génération, celle qui a réussi à maintenir la sculpture en vie. Ce n’était au début qu’un complément de revenus dans une économie de subsistance. « En 1958, j’avais 13 ans, j’ai commencé à sculpter mais je faisais aussi le coprah, les cochons, les bananes et la pêche.»

Son neveu Damas Taupotini, installé quelques centaines de mètres plus loin, a aussi un coup de patte sans égal pour copier des pièces traditionnelles. À partir d’un catalogue d’exposition, il sculpte un magnifique casse-tête dans du bois de fer, commandé par un client de Papeete pour 250 000 francs CPF (2000 euros). Aujourd’hui, à 40 ans, il cherche sa propre inspiration.

De copiste à artiste

Il fait partie de ces sculpteurs que Débora Kimitete aurait aimé emmener avec elle, à New York, en mai 2005. Le Metropolitan Museum of Art inaugurait alors «L’art des îles Marquises». «Parmi nous, il y a des artisans.

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Le u’u (massue, casse-tête) était la propriété des guerriers. La partie supérieure porte le motif de la tête, censé  augmenter le mana (pouvoir). Les stries qui cernent les yeux représentent un motif de tatouage arboré par les guerriers.

Aujourd’hui, quelques-uns sont de vrais artistes, pas seulement des « reproducteurs ». Je voulais les faire voyager pour enrichir leur imaginaire et qu’ils posent un regard neuf sur le travail de leurs ancêtres. » Une idée que partage Mate Bruneau qui a hérité son nom d’un lointain ancêtre breton. Après avoir travaillé sur l’atoll de Mururoa, comme maçon puis agent de police, Mate commence à sculpter à son retour à Ua Pou. Pendant cinq ans, il ne réalise que des répliques. «Il y a une dizaine d’années, j’ai rencontré un sculpteur venu de France qui m’a dit de sculpter selon mes envies. À l’époque, je réalisais des objets culturels, du marquisien type. La première fois que j’ai vraiment créé quelque chose, il m’a fallu du temps. Le problème était dans ma tête, j’avais peur que l’on m’accuse de renier ma culture. Maintenant, j’en suis convaincu, quand tu crées, c’est universel, tu es toi, tu fais partie de l’univers et des Marquises aussi.»

Désormais, ils sont quelques-uns à signer leur œuvre, non à la demande du touriste qui veut s’assurer que son tiki n’est pas d’importation chinoise mais pour revendiquer une création à part entière. Art traditionnel et art contemporain sont étroitement associés à l’affirmation de l’identité culturelle des Marquises.

Trois questions à… Tara Hiquily, chargé des collections ethnographiques du musée de Tahiti et ses îles, Papeete

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Les danseurs portent des ornements en plumes de coq sauvage, en coquillages, en os de cochon ou de cheval.

Quel est le statut de l’œuvre d’art polynésienne ?

Un musée ne prend pas du tout en compte, et c’est normal, les dimensions immatérielles attachées à l’objet. On parle de réalisations sur lesquelles on a peu d’informations. On les réduit à une dimension esthétique. Dans la civilisation polynésienne, il y avait un goût pour les belles choses, une recherche de l’objet extraordinaire et de la difficulté. Mais la dimension esthétique était en arrière-plan. Un objet était le symbole du mana, le pouvoir d’une chefferie, de son principal ancêtre et l’incarnation de cette généalogie.

Qu’est-ce qu’un objet « authentique » ?

On parle d’objets « authentiques » jusqu’au milieu du XIXe siècle, c’est-à-dire au sujet des productions dans la lignée des objets avant le «contact» (Wallis débarque à Tahiti en 1767, Bougainville en 1768, Cook en 1769). On ne prend pas en compte ce qui va être créé à la fin du XIXe siècle dans un style acculturé, destiné uniquement à la vente et que l’on appelle «curios». Ici, il y a assez peu d’art populaire, comme les selles marquisiennes qui sont, par ailleurs, superbes.

Quel regard les polynésiens portent-ils sur leur patrimoine ?

Le statut de l’objet polynésien a évolué en Occident grâce au regard des artistes du XXe siècle. Depuis quelques années, on lui reconnaît le rang de chef-d’œuvre artistique. En Polynésie, nous n’en sommes pas là. Il y a eu un regain d’intérêt pour deux raisons. Ces objets ont symbolisé une quête identitaire qui passait par la revendication de leur propriété. Et parce que le monde commençait à s’y intéresser. Avant, les Polynésiens chrétiens les abandonnaient quand ils n’avaient plus d’utilité (herminettes en pierre, hameçons en nacre) ou les ont détruits ou déposés dans des lieux tapu (interdits, sacrés), comme pour les statues de divinités. Ces objets ont aussi servi de monnaie d’échange avec les étrangers.

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Pour contacter l’auteur de cet article, merci d’adresser vos e-mails à : courrier@beauxartsmagazine.com

A lire :

Polynésie – Arts et divinités (1760-1860), catalogue de l’exposition sous la direction de Steven Hooper, coéd. Musée du quai Branly / RMN, 288 p., 300 ill.

 

« Le réveil des Marquises » : Texte original paru dans Beaux Arts Magazine Juillet  2008, publié ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Festival des Marquises : Cérémonie du kava

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Une cérémonie du kava à Hiva Oa en 1913 par Frederick O’BRIEN

Note : En 1913, le journaliste américain Frederick O’BRIEN visita pendant un an les îles Marquises. Entre autres, il assista à l’une des dernières cérémonies du kava en Polynésie française. (A Tahiti, la dernière cérémonie du kava eut lieu vers 1880). Récit extrait de « White shadows in the South Seas », écrit en 1913 traduit et publié par A. W. du Prel dans « Tahiti-Pacifique Magazine » n° 175, novembre 2005

Kivi, le vagabond qui habite en haut de la vallée, descend un soir à mon paepae pour m’inviter à une fête dans la vallée d’Atuona organisée pour les hommes de Motopu qui avaient été merveilleusement favorisés par le dieu de la mer. Kivi m’explique que des mois d’orages avaient secoué beaucoup de cocotiers de Taka-Uka et emporté des milliers de noix de coco mûres dans la baie d’où le courant, qui traverse le détroit, les avait fait dériver vers Motopu sur l’île de Tahuata. Les hommes de ce village, avec peu d’effort, avaient ainsi fait une riche récolte. Puis ils vinrent à Atuona vendre le coprah séché et ensaché. Sept cent francs la tonne, c’est ce qu’ils reçurent de Kriech, le marchand allemand de Taka-Uka, celui-là même qui possède les plantations que les orages avaient pillées.

Demain, sur leurs pirogues chargées de marchandises, ces hommes navigueraient pour retourner sur leur île. Ils avaient transporté, de la goélette à la propriété, les planches de bois rouge nécessaire à la construction de la maison de Kivi et celui-ci organise une fête avant leur départ pour les en remercier. Il y aura beaucoup à manger et il y aura du kava en abondance. Il me demande de le joindre pour cette fête qui fera revivre le bon temps du kava, aujourd’hui quasiment oublié.

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J’ai souvent entendu parler du temps des cérémonies de kava, avant que les missionnaires n’aient interdit la boisson bien aimée des indigènes. Les commerçants avaient encouragé les interdictions vertueuses des prêtres, car le kava ne coûtait rien aux insulaires alors que le rhum, l’absinthe et l’opium pouvaient leur être vendus avec de beaux bénéfices.

C’est ainsi que le kava fut éliminé et après des décennies de consommation de stimulants et de narcotiques bien plus puissants, les indigènes avait perdu goût pour la boisson plus légère de leurs ancêtres.

La loi française interdit la vente, le troc ou le don de n’importe quelle boisson alcoolique à tout Marquisien. Mais la loi est une lettre morte, car c’est seulement avec du rhum et du vin que l’on peut inciter les Marquisiens à travailler. Et je ne peux même pas les condamner pour leur nouvel amour de la boisson : celui qui n’a pas vu une ethnie en voie d’extinction ne peut pas comprendre la prosternation d’esprit avec laquelle ces gens dépérissent. Le fait qu’ils sont polis et hospitaliers – et cela envers le Blanc qui les a ruinés – dévoile un peu de leur ancienne joie de vivre et de leur abondante générosité. Maintenant qu’aucun espoir ne leur reste et que leur seul avenir est la disparition, on ne peut pas les blâmer de vouloir s’octroyer quelques moments de distraction.

Quelques années auparavant, lors de la première amertume d’une soumission sans espoir, la population entière s’était plongée dans l’ivresse. Dans beaucoup de vallées, les chefs dirigeaient la fabrication illicite du namu ‘enata, l’alcool fait avec la sève de cocotier. Frais, ça a un goût de bière très légère et crémeuse, c’est délicieusement rafraîchissant et légèrement enivrant. Mais après une fermentation plus poussée, le namu devient aigre et un vrai tord-boyaux, bien plus puissant que le mauvais whisky. En boire consiste en deux épisodes : l’ingurgitation et l’intoxication. Il n’y a pas d’intervalle. Le namu fermenté fait que les Marquisiens retournent à la plus sinistre sauvagerie et il est à l’origine de bien des meurtres. On n’ose pas en fabriquer sous le regard du gendarme, mais la majorité des vallées n’ont pas de policier et la moitié des gens habitant les centaines de ruines de paepae s’adonnent à l’intoxication. J’ai vu une vallée totalement ivre avec des hommes et des femmes nus exécutant les danses anciennes dans une indescriptible orgie d’abandon et de bestialité.

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Les découvreurs et les premiers habitants blancs de la Polynésie n’avaient pas noté d’ivresse, sauf celle, calme, du buveur de kava. C’est l’Européen, ou l’Asiatique amené par le Blanc, qui a récemment introduit l’alcool de cocotier plus vicieux, de même que le rhum, le vin et l’opium, et ce sont ces boissons qui ont été un facteur essentiel dans la disparition des autochtones.

Ce n’est pas à moi de spéculer sur les conceptions du destin des Marquisiens. Le kava avait été la boisson ordonnée par les anciens dieux avant que les hommes blancs n’arrivent. Son utilisation est maintenant presque un art perdu. Et comme je ne connais pas d’homme blanc qui ait bu du kava, c’est donc avec un empressement certain que je me mets à suivre Kivi.

Un sauvage costaud avec des boucles d’oreille en dents de baleine nous attend sur le chemin et, ensemble, nous partons à la recherche d’un buisson de kava. Alors que nous grimpons le long de la piste étroite pour scruter les masses de lianes et d’arbrisseaux enchevêtrés, Kivi raconte avec tristesse les jours dégénérés qu’il vit. « Laisse les autres fabriquer secrètement du namu, laisse d’autres faire des génuflexions devant les Blancs pour avoir du rhum », explique Kivi. Pas lui ! La boisson de ses pères, la boisson de sa jeunesse, est assez bonne pour lui !

Il n’a pas la peau rugueuse, ni les yeux injectés de sang de celui qui abuse du kava. Je me rappelle d’un homme éclairé par ma lampe sur une piste sombre : une créature rabougrie dont le visage et le corps étaient devenus d’un vert terne, et le souvenir de ce fantôme horrible me fait frémir.

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Le Marquisien costaud nous appelle et dit qu’il a trouvé un bon buisson. Le kava, de la famille des poivriers, peut pousser à plus de deux mètres de hauteur. Le spécimen que nous avons trouvé est plus haut que nos têtes. La décoction, explique Kivi, vient de la racine, et nous nous mettons à creuser. C’est énorme, comme une gigantesque igname, et après l’avoir difficilement arraché du sol, il faut la force et l’agilité de deux d’entre-nous pour le porter au paepae où la fête doit se tenir. Une douzaine de vieilles femmes, expertes du râpage du mei, le fruit de l’arbre à pain, pour faire la popoi, nous attendent accroupies en cercle sur la plate-forme. La racine, bien lavée dans la rivière, est posée sur les pierres et les femmes la grattent avec des coquillages de porcelaines, la transformant en lanières, comme de la choucroute mais plus consistante, comme du gingembre. Elles remplissent un grand tanoa, un grand bol en bois de fer.

Le grattage commence et alors que nous nous reposons de nos travaux à l’ombre en fumant des cigarettes de pandanus, apparaît une demie douzaine des plus belles jeunes filles du village, vêtues dans leurs plus beaux atours. Teata, avec toute l’arrogance de la beauté acclamée, marche en tête portant une robe en tissu avec des pièces en dentelle, évidemment copiée dans quelques revues de mode oubliées.

Elles s’assoient sur les nattes placées autour du bol et se mettent à mâcher la racine râpée de kava. Après une mastication minutieuse, elles la recrachent dans des récipients en feuille de bananiers. Cette mastication de la racine est essentielle pour l’utilisation du kava comme boisson car le ferment de la salive sépare l’alcaloïde du sucre et libère le narcotique. Seules les plus saines et le plus belles des filles sont choisies pour mâcher la racine, un privilège recherché, une tâche d’honneur qui est refusée à celles dont les dents ne sont pas parfaites ou qui ne sont pas « de toute fraîcheur ».

Le grand tanoa est rempli avec la racine mâchée et, en groupe ou en couple, les filles partent pour aller se baigner dans la rivière. Là-bas d’autres invités arrivant les rejoignent et le son de rire et d’éclaboussures remontent dans l’obscurité jusqu’au paepae où les flambeaux sont allumés. Des lumières apparaissent un peu partout en haut de la vallée sombre car chaque ménage fait son feu pour rôtir le fruit de l’arbre à pain ou griller le poisson, et des lanternes sont pendues sur les palissades en bambou qui marquent les limites de propriété ou les enclos des cochons préférés.

Le dernier baigneur revient du ruisseau, rafraîchi et paré de fleurs. Tous sont d’une humeur joyeuse, prêts pour la nourriture et l’amusement. Une demie douzaine de flambeaux illuminent les visages tatoués et souriants, les corps mats et les couleurs vives des fleurs attachées dans les cheveux. Tous regardent Kivi qui ouvre deux noix de coco vertes fraîchement cueillies, puis verse l’eau de coco sur le kava mâché. Il brasse le tout avec soins et fait avec le mélange visqueux des boules qu’il presse pour en extraire le jus dans un autre tanoa à la patine bleu foncé et brillante, preuve de son utilisation fréquente pour le kava. Quand ce bol est rempli du liquide boueux, il le filtre adroitement en le balayant avec une sorte de filet en fibre de coco. Ce faisant, il chante avec une voix profonde l’ancienne chanson de la cérémonie.

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« U haanoho ia te kai, a tapapa ia te kai ! » « Venez souper ; tout est prêt ! » chante-t-il avec solennité lorsque le dernier rite est exécuté.

« Menike » me dit-il, « tu sais que pour boire le kava il faut avoir l’estomac vide. En boire après manger te rendrait malade. Si tu ne manges pas aussitôt après en avoir bu, tu ne pourras pas l’apprécier. Bois-en maintenant, puis va manger rapidement. » Il trempe une coquille de noix de coco dans le tanoa, jette quelques gouttes du breuvage par-dessus son épaule pour apaiser le dieu des buveurs de kava, puis place la coquille dans mes mains.

Beuh ! L’alcool a un goût de terre mélangé à de l’eau, un peu sucré pour un court moment, puis âcre et amer. C’est dur à avaler, mais tous les hommes boivent le leur d’un seul coup, et lorsque Kivi me donne une autre coquille, je suis leur exemple.

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« Kai ! Kai ! Mangez ! Mangez ! » crie alors Kivi. Les femmes se dépêchent avec la nourriture sur laquelle nous nous précipitons avec ferveur. Le cochonnet rôti et le popoi, le mei, les patates douces, les fruits et le lait de coco sont vite passés des plats en feuilles larges aux bouches grandes ouvertes. A peine un mot est prononcé. Comme il voit certains ralentir, Kivi répète vigoureusement : « Kai ! Kai ! » Le repas se fait rapidement, dans le silence, seul est audible le son doux des femmes marchant rapidement pieds nus.

Je m’assoie le dos contre le mur de la maison et bientôt je sens le besoin de ce soutien. La fête terminée, les invités s’allongent sur les nattes. Les femmes et les enfants dévorent les restes sur les plats en feuilles. Les torches sont éteintes, sauf une. Sa lueur scintillante tombe sur le visage âgé de Kivi et le blanc de ses yeux reflète la lumière. Le tatouage qui les encadre apparaît comme des trous noirs dans lesquels brillent mystérieusement des étincelles, et le kava montant à son cerveau (ou le mien) donne une impression d’horreur qui me fascine dans mon état somnolent, mais lucide.

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Beaucoup plus tard, un bruit commence dans mes oreilles, comme lorsqu’on y tient un coquillage et on entend le bruit des vagues. Ma cigarette est tombée de mes doigts. Un vent chaud souffle sur moi, chaud, étouffant. Kivi rit et, faiblement, j’entends sa question :

« Veavea ? » (Il fait chaud ?)

« E, mahanahana. » (J’ai très très chaud.)

Je lutte pour répondre. Ma voix me semble comme celle d’un autre. Je m’appuis plus fort contre le mur et je ferme les yeux. Une paix que ne peut comprendre celui qui n’a pas goûté au kava m’envahie. La vie est d’un calme langoureux ; pas une inertie pesante, mais une activité, comme si l’esprit se promenait dans un jardin de beauté et le corps, au-delà de toute souffrance, toute sensation du passé, s’était lui-même résigné à la quiétude.

J’entends faiblement les chants des hommes lorsqu’ils commencent à improviser. Je suis parfaitement conscient d’être soulevé et porté par plusieurs femmes dans la maison où je suis posé sur les nattes qui paraissent douces à mon corps, comme les eaux d’une mer calme. C’est comme si les anges me portaient sur un nuage. Toute peine, tout effort sont terminés. Puis soudain je suis un géant qui, avec une aise interminable, peut toucher la chute d’eau au point le plus haut de la vallée en même temps que la berge de la mer alors qu’autour de moi courent avec beaucoup d’agitations les habitants d’Atuona, des petites créatures qui ne me dérangent pas du tout.

Je dormis huit heures.

MATAVAA : LA RENAISSANCE DE LA CULTURE MARQUISIENNE

Le Festival des Arts de Iles Marquises a évolué depuis sa création, devenant peu à peu plus ambitieux et plus complet dans ses objectifs.

MATAVAA o te FENUA ENATA, l’éveil des îles Marquises, thème du premier festival organisé à UA POU en 1986, a donné le nom marquisien du Festival des Arts. Il marquait la volonté sous l’impulsion de l’association culturelle MOTU HAKA o te FENUA ENATA d’assumer pleinement l’héritage culturel marquisien à travers les chants, les danses, les légendes et l’hospitalité des fêtes ancestrales. Les marquisiens (seules les trois grandes îles avaient des groupes de danse) ont réappris à fabriquer et à jouer du tambour, à vivre sans honte une culture longtemps réprimée. Les visiteurs ont été frappés par l’authenticité et la permanence des prestations.

Le Festival, dès 1988 à NUKU HIVA, a été l’occasion de remettre en valeur des lieux archéologiques d’un grand intérêt historique et culturel, laissés à l’abandon depuis la conversion au christianisme dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Devant l’ampleur de la tâche, UKI donna le nom de TEMEHEA au site qu’il construit à côté du «paepae» PIKIVEHINE. La maison marquisienne décrite dans la légende a été reconstruite chronologiquement, c’est-à-dire de la tombée du jour aux premières lueurs du jour suivant, pour les délégations sur le site de PIKIVEHINE à Taiohae. Cette maison marquisienne ainsi reconstruite, symbolisait d’une part la création du FENUA ENATA par les demi-dieux ATEA et ATANUA, son épouse et d’autre part l’importance de chaque élément de la construction et donc de chaque île, dans la solidité de l’union marquisienne. Les danses et les chants ont pris de l’importance, les hommes de TAHUATA sont venus montrer leurs tatouages anciens.

En 1991, à HIVA-OA, le choix a été porté sur la généalogie «MATATETAU» ou la recherche des liens entre les générations et entre les îles (dans la mythologie marquisienne, toute partie de l’univers [ les dieux, les hommes, les astres, les plantes, etc. ] a une généalogie qui permet de la situer par rapport au reste de l’univers). Les groupes de danses se sont étoffés, atteignant une centaine de personnes, sept grands tambours ont été fabriqués et pour la première fois d’immenses plats communautaires traditionnels «IPO» et «HOANA» ont refait leur apparition. Deux sites, le «MEAE OIPONA» à Puamau et le «TOHUA UPEKE» de Taaoa ont été partiellement restaurés et un Tohua à l’ancienne a été reconstitué au centre d’Atuona. Une publication sur HIVA-OA a été faite par l’archéologue Pierre OTTINO et deux expositions sur SEGALEN et des peintres polynésiens ont été présentées au public.

En 1995, à UA-POU, le thème «TE MEVAHA», la dispersion, est un appel à l’ouverture. Pour l’île de HIVA-OA, la première pirogue de style traditionnel reconstituée avait entrepris la traversée jusqu’à UA-POU avec beaucoup de difficultés. Un site archéologique a été restauré et des légendes anciennes ont servi de fil directeur à la plupart des spectacles. La médiatisation tant écrite que télévisée a permis de donner plus d’ampleur à l’événement.

Le Festival de l’an 2000 organisé en décembre 1999 à NUKU-HIVA a confirmé l’ouverture par la présence de plusieurs délégations de Polynésie Française et du Pacifique (Tuvalu, Rapa Nui, Hawaii). On a pu constater une présence permanente et très importante des différents médias. L’accueil traditionnel des pirogues de HIVA-OA, UA-POU et UA-HUKA sur la plage de Taiohae a été le premier temps fort. Pour la première fois, toutes les îles marquisiennes ont présenté des spectacles et les délégations étaient très importantes et bien préparées : le festival a enfin conquis toutes les Marquises. Encore une fois, l’organisation de cet événement a été l’occasion d’acquérir et de restaurer, sous la conduite d’archéologues émérites, des sites grandioses comme «KOUEVA» à Taiohae et «KAMUIHEI» à Hatiheu. Le thème posait la question du devenir des marquisiens à l’aube du troisième millénaire. Ce festival, inscrit dans le cadre des festivités de l’an 2000, a contribué au rayonnement régional de la culture marquisienne. Les participants, auxquels s’ajoutaient les visiteurs et les passagers du paquebot de croisière Paul GAUGUIN et du cargo mixte ARANUI, furent nombreux et enthousiasmés par la magie des lieux et le caractère particulièrement chaleureux et convivial de l’ambiance générale.

En 2003, le Festival de HIVA-OA doit poursuivre la recherche de nouvelles ambitions en mesurant le chemin parcouru. Le programme, en accord avec le thème «TE HEI TEMEII 0 TE ATI ENATA» affiche clairement ces ambitions. Après avoir recherché les traces du passé et remis en valeur une partie du patrimoine marquisien de demain, ce Festival sera une véritable porte ouverte à la jeunesse, aux générations actuelles, pour s’exprimer artistiquement et culturellement dans ses savoir-faire traditionnels (sculptures, tatouages, dessins, gravures, danses, chants…) pour un attachement encore plus profond à ce qui est l’essence même de sa culture.

Pour cette 7ème édition, nous avons retenu « TE TUHUKA » (les maîtres, savants, techniciens). Terme générique définissant les fonctions spécifiques de tous ceux et celles qui détiennent les savoirs, les savoir-faire, ceux qui communiquent avec les Dieux et divinités, ceux qui ont contribué au peuple marquisien de vivre ou de survivre au « HENUA ANANA » : Terre des Hommes.

Ce Festival doit poursuivre la recherche de nouvelles ambitions et perspectives en mesurant le chemin parcouru depuis déjà vingt ans !

Il est essentiel pour nous de mesurer, de sonder et de faire une synthèse sur toutes les actions culturelles traditionnelles acquises par notre jeunesse depuis le premier MATAVAA jusqu’à ce jour.

Le programme, en accord avec le thème « TE TUHUKA » affiche clairement ces ambitions… Chaque TUHUKA possède des dieux tutélaires. Prenons par exemple : pour les « TUHUKA HEE TAI » (maîtres navigateurs) leurs dieux sont TEAHUMOANA, dieu principal de la mer, MOEATAI dieu des navigateurs au loin dont le nom signifie « couché à la mer ». Les incantations, les chants et danses, l’art culinaire, le tatouage, les objets sculptés, les outils servant à naviguer (rames, cops, voiles, pirogues, balanciers…) sont dédiés aux dieux pour obtenir leur protection : tout un rituel !

On nous demande parfois : « A quoi sert un festival culturel ? », nous répondons : « La culture est l’essence même de la vie ou de la survie d’un peuple. Elle nourrit la pensée et l’esprit de l’homme. Elle est le miroir de l’âme ! ».

Le Festival est d’abord la rencontre des Marquisiens autour de leur culture et de leur identité. Même si l’identité culturelle marquisienne saute aux yeux de tous les visiteurs, même polynésiens, il convient de prendre conscience de sa fragilité et de la renforcer. En effet, l’évolution des modes de vie conduit à abandonner certaines pratiques et savoir-faire jugés inutiles ou peu valorisants. Les rapports humains, notamment entre les générations, étant rendus difficiles par une différence d’éducation et de mentalité, la transmission des connaissances traditionnelles doit être repensée et stimulée.

On comprend bien que l’organisation du Festival des Arts des Marquisiens ne correspond pas à un réflexe de repli sur soi mais à un accompagnement de l’ouverture au monde. Cette dernière permet notamment aux marquisiens d’aujourd’hui de mieux percevoir leur originalité culturelle et leur valeur à travers le regard des autres. Elle permet aussi de mieux appréhender leurs liens culturels, affectifs et institutionnels.

Mais le Festival n’est plus seulement une opportunité de rencontre entre marquisiens. Il s’est élargi à d’autres délégations de Polynésie et du Pacifique qui apportent un soutien dynamique à la renaissance de la culture marquisienne.

La médiatisation est aujourd’hui un élément important dans la réussite d’une manifestation d’envergure. Sur le terrain, elle devra être organisée pour qu’elle ne gêne pas le déroulement du festival. Il convient enfin de prendre en compte et de protéger les droits des artistes marquisiens dont les idées sont souvent pillées.

Benjamin TEIKITUTOUA

La mort vers 1880-1890, Alfred Testard de Marans

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     Au bout de deux ou trois ans, suivant le désir des parents, les ossements étaient recueillis par la famille. La tête se cachait dans un endroit éloigné et mystérieux, s’il s’agissait d’un chef, et dans un tronc creusé d’arbre des banians s’il s’agissait d’un pauvre hère. Ce qui restait, enveloppé d’herbes et de tapa nouvelles, était enfoui dans l’ancienne case du défunt qui était abandonnée et frappée du tapu d’interdiction. Cette translation des ossements donnait lieu à un mau, ou fête d’anniversaire pour la famille et les amis, et même, s’il s’agissait d’un chef illustre, à une koika ou fête générale de toute la tribu.

     Fouille archéologique d’une grotte funéraire en 1983 : abri_papahavaiki_hakahau_ua_pou.pdf

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