Un festin Chez Yvonne

paul-simier_7.1207278679.jpg 

ILE DE NUKU HIVA, Marquises . Après avoir effectué deux escales six jours plus tôt sur l’île de Nuku Hiva, l’Aranui 3 y est revenu, cette fois dans la baie de Hatiheu, sur la côte nord de l’île.Un paysage à couper le souffle, deux sites archéologiques et un festin marquisien Chez Yvonne sont à inscrire au carnet de bord.

Quelques centaines d’habitants vivent dans ce village donnant sur la baie.

Le cargo mixte mouille à quelques encâblures du quai. Toutes les trois semaines, comme dans les autres villages des six îles habitées de l’archipel des Marquises, le bateau apporte les biens commandés à Papeete (et emporte les produits exportés vers Papeete, sur l’île de Tahiti).

Cela concerne aussi bien les matériaux de construction, par exemple, que les produits alimentaires introuvables sur l’île.

La routine de l’accostage


Dès que l’on mouille l’ancre, commence entre le bateau et le quai le ballet des deux barges du bord, alimentées par deux grues qui extraient des cales et du pont les plateaux, conteneurs et caissons contenant le fret.

Sitôt ce travail effectué, les marins, de sympathiques gaillards, d’origine marquisienne pour la plupart, prennent leur poste les uns sur l’échelle de coupée, les autres à bord des deux baleinières –à moins que ce ne soit à bord d’une grande barge munie de banquettes, quand il n’y a pas de houle–pour le transbordement des passagers.

Le paysage qu’offre la baie de Hatiheu est spectaculaire. Tandis que la vallée est noyée dans les plantations de cocotiers, un côté de la falaise est orné d’une succession de pics découpés comme de la dentelle, dont les détails se révèlent au fur et à mesure que change la luminosité, sous un ciel facilement nuageux.

Sites archéologiques
Deux sites archéologiques d’importance se situent dans les hauteurs à quelques dizaines de minutes du village. Dans ces lieux, restaurés pour l’occasion, s’est déjà déroulé le Festival des arts des Marquises, une manifestation authentique et grandiose organisée tous les quatre ans.

(Le 7e Festival des arts, du 16 au 20 décembre 2007, affiche complet depuis longtemps, tant à bord de l’Aranui 3 que sur l’île de Ua Pou, où il doit se dérouler.)

Le premier des deux sites est le tohua de Hikokua, lieu de rassemblement où se déroulaient autant les cérémonies sacrées que les jeux et les danses dans la société polynésienne de jadis.

Un peu plus haut, le site de Kamuihei est tout aussi spectaculaire avec ses roches gravées (pétroglyphes) et son gigantesque banian (une variété de ficus), arbre sacré dans la société polynésienne, qui compte 400 ans d’âge et environ 14 mètres de circonférence.

La visite de ces lieux, à 20 minutes de marche l’un à l’autre, s’effectue aisément, surtout avec la température fort agréable de la matinée.

Comme à toutes les escales, les organisateurs de l’Aranui 3 proposent toutefois aux voyageurs une alternative à la marche, un service de navette en véhicule tout terrain.

Chez Yvonne
Le repas de midi organisé pour les passagers de l’Aranui 3 était prévu dans le seul restaurant du village. Yvonne est une maîtresse femme, restauratrice mais également mairesse de Hatiheu.

En guise de repas, ce fut un véritable festin, qui a réuni une centaine de passagers. Une vingtaine de croisiéristes avaient choisi de ne pas débarquer. Ils ne savent pas ce qu’ils ont manqué!

Un groupe composé d’hommes du village s’est mis à jouer de la musique (tambour, ukélés et guitares) et à chanter en marquisien (une langue différente du tahitien).

Aux abords du restaurant, deux employés s’affairaient à faire griller de la langouste.

Le four marquisien

Le grand moment, avant que le repas commence, était prévu pour midi et demi. Cela faisait alors près de quatre heures que cuisait le plat principal et il s’agissait d’ouvrir le four traditionnel polynésien.

À l’aide de pelles, les employés du restaurant ont raclé la terre qui couvrait le four, une fosse rectangulaire creusée dans le sol. Leurs gestes devenaient plus précautionneux au fur et à mesure qu’ils voyaient apparaître la toile de jute protectrice.

Puis, sont apparues les feuilles de bananier et de pandanus qui recouvraient les deux cochons et les fruits (bananes rouges et fruits de l’arbre à pain).

La technique de ce four consiste tout simplement à faire chauffer au bois dans la fosse des roches volcaniques poreuses (qui n’éclatent pas), lesquelles permettent de cuire à l’étouffée les aliments ainsi enterrés.

La viande de porc ainsi cuite et les légumes qui l’accompagnaient étaient succulents, de même que la langouste grillée. Les plats de poisson cru et de beignets de crevettes, qui tenaient lieu d’entrées, étaient eux aussi délicieux.

Yvonne, elle, pendant que l’on servait la centaine de convives, avait l’œil à tout.

Tout le monde a mangé de bon appétit. Même les passagers français n’en revenaient pas de cette qualité et de cette opulence…

Paul Simier – Journal de Montréal 2007

psimier@journalmtl.com

Nuku Hiva, l’île capitale

 paul-simier_6.1207280034.jpg

NUKU HIVA, îles Marquises (23 mai 2007) | Au petit matin, l’Aranui 3 se trouve à quai à Taiohae.

Ici se situent les services officiels chargés d’administrer l’ensemble de l’archipel des douze îles des Marquises, dont six sont habitées.

Dans la baie mouille une nuée de voiliers.

Les manoeuvres de débarquement du fret occupent toute la plateforme du quai où le ballet des commerçants de l’île commence autour des conteneurs; chacun, liste de commandes en main, inspecte la livraison.

Capitale


Face à la mer, à l’ombre des flamboyants, se succèdent les services: la poste, la gendarmerie, la mairie, etc.

Au centre artisanal sont exposées les habituelles créations artisanales. Les sculptures sur bois notamment sont superbes: cannes, statuettes (tikis), plats à fruits, etc. Les bijoux faits de nacre et de coquillages sculptés le sont tout autant.

Sous un abri au centre du village, des produits artisanaux, colliers de graines et tissus imprimés sur l’île, sont également exposés.

Une armada de véhicules tout-terrain appartenant aux membres de l’association des chauffeurs de taxi attend les passagers pour une balade d’une journée à travers l’île.

Baie cratère
La caravane s’ébranle vers les hauteurs de l’île par une route bétonnée en parfait état, pour finalement atteindre le col de Muake.

Une aire de pique-nique comprend des tables et un abri. C’est là que les membres de l’équipage ont apporté plats et boissons pour nourrir la centaine de passagers.

De là-haut, la baie révèle sa vraie nature. En forme de trois quarts de cercle, Taiohae se situe dans l’ancien cratère du volcan qui a constitué l’île. Le paysage est tout simplement grandiose.

La végétation est partout luxuriante. Vers l’intérieur, parmi les espèces tropicales poussent également des pins.

Le long de la route, des vaches ruminent ou paissent tranquillement. De nombreux chevaux vivent également en liberté.

La caravane de véhicules met ensuite le cap sur la vallée de Taipivai, où se situe un petit village. La rencontre de l’eau de la rivière et du courant de la marée y crée un impressionnant mascaret.

Sur le terrain de foot, c’est l’heure de l’exercice physique pour les jeunes de l’école locale.

Un autre centre artisanal rassemble là aussi les créateurs de la vallée. Les statuettes du sculpteur local sont attrayantes. Elles sont à l’image des tikis situés à flanc de montagne, que l’on atteint au terme d’une trentaine de minutes de marche.

Coco et coprah
Sur un versant, une vaste cocoteraie occupe la majeure partie du terrain. Il s’agit de la première ressource pour les gens de la vallée. La pulpe de la noix de coco, une fois séchée sur une plateforme ou dans un four rudimentaire quand persistent les pluies, forme le coprah.

Cette matière première, exportée à bord de l’Aranui 3 vers Papeete, sur l’île de Tahiti, sert à fabriquer l’huile de coco ( monoi) employée dans les produits cosmétiques, les savonnettes, les produits antimoustiques, etc.

Emballé dans des sacs de jute de 50 kilos, le coprah est payé l’équivalent d’un peu plus de 1 $ le kilo pour la première qualité, et de 0,80 $ le kilo pour la seconde qualité. La production varie tout simplement parce que les hommes s’adonnent à cette activité quand ils ne trouvent pas d’autre travail, m’a-t-on expliqué.

Parti sans ses passagers de la baie de Taiohae, le bateau mouille en baie de Taipivai. Pendant que les marins transfèrent à terre à l’aide d’une barge les marchandises destinées au village et chargent les sacs de coprah, les baleinières ont entamé leur navette pour rembarquer les passagers.

Ce soir, on met le cap sur l’île de Hiva Oa où nous avons rendez-vous avec deux personnages de légende : Paul Gauguin et Jacques Brel.

Paul Simier – Journal de Montréal 2007

psimier@journalmtl.com

Messe du dimanche à Vaitahu

paul-simier_5.1207280492.jpg

ILE DE TAHUATA, archipel des Marquises. Ce dimanche, la première baleinière est réservée aux passagers désireux d’assister à la messe en l’église de Vaitahu. L’escale sera courte, l’Aranui 3 doit mettre ensuite le cap sur le village de Hapatoni, situé dans une baie distante d’une heure.

À l’entrée du village, trois adolescentes me demandent de les prendre en photo et de leur envoyer des épreuves. Entendant cela, la mère de l’une d’entre elles s’interpose et rabroue vertement les filles, affirmant : « On n’est pas des mendiants ; cela ne se fait pas.  »

Dans aucune des six îles des Marquises, durant cette croisière, je n’ai vu quelqu’un (enfant ou adulte) solliciter les visiteurs pour demander de l’argent ou des cadeaux, ni même pour tenter de vendre des objets.

Les marchandes de souvenirs et les sculpteurs se montrent quant à eux très réservés, laissant les touristes regarder, toucher, sans jamais pousser à la vente. Quand on adresse des remerciements aux hôtes pour leur accueil, à leur tour ils vous remercient, affirmant que votre seule visite représente pour eux une grande joie.

À la messe à Vaitahu
L’église catholique (un petit temple protestant se dresse également non loin de là) est pleine grâce aux renforts fournis par les passagers du bateau. Les gens du village – des femmes, des enfants, des hommes – ont revêtu leurs habits de fête pour l’office.

Pour l’étranger, le charme de la messe réside dans les cantiques en langue marquisienne interprétés par la chorale et rythmés par un orgue électrique et un tambour. Tous les textes sacrés sont lus en marquisien, ce dimanche, à l’exception d’un seul. Comme l’office s’étire, les tout jeunes enfants s’impatientent.

Les femmes de Hapatoni se chargent de l’accueil des visiteurs.

Ce sont alors leurs grands frères ou leurs grandes soeurs qui se chargent d’eux, les sortant quelques instants sur le parvis, où des touristes, ayant décidé de ne pas franchir le pas de la porte, filment et photographient la messe, sans aucun respect, comme si c’était un spectacle.

Sur la petite place du village, quelques sculpteurs présentent leurs créations: sculptures sur bois ainsi que sur os, de mammifères terrestres surtout. La haute qualité du travail de sculpture est une constante d’une île à l’autre. Les motifs font toujours référence aux croyances anciennes et à la culture marquisienne.

Une plaque commémorative rappelle qu’est passé par là, en 1595, Mendaña, le navigateur espagnol qui baptisa les Marquises en l’honneur du vice-roi du Pérou, mais qu’en réalité le véritable nom de l’archipel en langue marquisienne est Fenua Enata, ce qui signifie « Terre des hommes ».

L’accueil de Hapatoni
Au village de Hapatoni, également situé sur la côte ouest de l’île de Tahuata (682 habitants), l’accueil réservé aux passagers de l’Aranui 3 est exceptionnel. Un groupe de femmes attend sur le quai pour fleurir les visiteurs et leur souhaiter la bienvenue.

Les sculptures et les objets d’artisanat, principale source de revenus avec le coprah (noix de coco séchée) et le noni (fruit dont on extrait le jus), sont présentés sur des tables dressées le long de la mer.

Dans la salle commune sont dressés des plats contenant des spécialités que les femmes du village tiennent à faire goûter aux visiteurs. Le buffet proprement dit comprend des salades et des grillades débarquées du bateau.

Sur l’aire voisine ombragée par un grand arbre, deux femmes battent les grands tambours, d’autres femmes ont sorti guitares et ukélés. Une troupe composée de jeunes garçons et filles entre en scène, sous la gouverne de l’une des femmes.

Les filles interprètent la danse de l’oiseau, puis les garçons des figures martiales, sur le thème de la danse du cochon. Dans la culture marquisienne, les animaux tiennent souvent lieu de symboles.

Avant de rembarquer, les plus vaillants des croisiéristes effectuent une randonnée jusqu’à un point offrant un point de vue sur la baie de Hapatoni et sur la nature de l’île. Le point culminant de Tahuata se trouve à 1 050 m d’altitude.

Les six îles habitées des Marquises sont montagneuses et d’origine volcanique. Le point culminant de l’archipel, à 1252 m d’altitude, se situe sur l’île de Ua Pou.

http://www2.canoe.com/archives/voyages/general/2007/06/20070620-152814.html

 

Iles Marquises : Jojo et la Maison du jouir

paul-simier_4.1207281215.jpg

 

Deux génies ont fait connaître mondialement l’île de Hiva Oa (îles Marquises): le peintre Paul Gauguin, à la fin des années 1890, et le chanteur Jacques Brel, dans les années 1970. Tous deux ont vécu environ trois ans à Atuona et sont inhumés au cimetière de ce village.

Durant sa croisière de deux semaines dans l’archipel des Marquises, l’Aranui 3 fait escale à deux reprises, à deux jours d’intervalle, dans l’île de Hiva Oa, la première fois à Atuona, sur la côte sud, la seconde dans deux villages situés dans des vallées de la côte nord.

En fin de matinée, le cargo mixte est amarré au quai d’Atuona, situé à l’entrée de la magnifique baie des Traîtres. Aucun fait historique ne permet de retracer quelques traîtres que ce soit dans la région.

Pour interpréter cette étonnante dénomination, il faut plutôt se référer à la navigation à voiles carrées des premiers navigateurs, qui interdisaient de remonter contre le vent, d’où les eaux «traîtres» sans doute mentionnées sur les cartes anciennes, m’a expliqué Georges Gramont, propriétaire du Relais Moehau, petit hôtel familial situé à Atuona.

Georges, qui préside l’association touristique locale, est féru de l’histoire et de la culture des Marquises.

Dans le haut du village, au restaurant Chez Mamie, la centaine de passagers de l’Aranui 3 ont découvert une nouvelle fois la cuisine propre à l’archipel. Le buffet était tout simplement pantagruélique, combinant des spécialités marquisiennes, polynésiennes et chinoises.

Il faut préciser que les descendants des immigrés chinois, que l’on a fait venir pour fournir des bras aux plantations de coton au XIXe siècle, ont une grande influence tant culturelle qu’économique sur la Polynésie française.

La quête du «sauvage»
Au centre du village d’Atuona, au niveau de la mer, se trouve le centre culturel Paul Gauguin. Toutes les peintures exposées sont des copies réalisées par divers peintres de passage.

Il s’agit d’autoportraits de Gauguin et de quantité d’oeuvres de ses périodes polynésiennes (Tahiti et Marquises) et bretonne (Pont-Aven). Ces reproductions servent à retracer l’itinéraire de l’artiste dans une quête où il visait, obsessionnellement, à se rapprocher dans ses oeuvres du «sauvage» qui réside dans l’être humain.

Sur le terrain se dresse une reconstitution de la Maison du jouir, nom que l’artiste avait donné à sa demeure. Dans son atelier, une statue de cire de Gauguin montre l’artiste en train de peindre.

Le centre culturel abrite par ailleurs des cabanons conçus pour accueillir des artistes en résidence. La commune de Hiva Oa leur fournit le gîte à la condition qu’ils cèdent au moins une de leurs oeuvres réalisées sur place à la collectivité.

L’avion de Brel
Tout près du centre culturel Paul Gauguin se trouve un vulgaire hangar de tôle de couleur verte. Baptisé Espace Jacques Brel, le lieu évoque la vie et l’oeuvre du génial chanteur belge dont les chansons sont diffusées en continu.

Les panneaux d’information transpirent l’amateurisme, comme si l’héritage de Jacques Brel n’était pas pris ici en considération.

La pièce maîtresse figurant dans ce lieu est l’avion que possédait et pilotait Jacques Brel durant sa vie aux Marquises. Baptisé Jojo, du sobriquet de son ami de toujours, l’avion a été entièrement restauré par des experts français.

Grâce à cet avion, Brel avait réussi à s’intégrer à la vie des Marquises, assurant le transport urgent de biens et de personnes vers Papeete, la capitale territoriale, distante de près de 1 500 kilomètres.

Jacques Brel, en se retirant à Hiva Oa, voulait d’abord fuir les paparazzis qui le pourchassaient depuis qu’on le savait malade. Aux Marquises, il était quasiment inconnu, comme en témoigne cette anecdote que m’a rapportée Pascal, un Marquisien de l’île de Ua Pou, qui la tient de bonne source.

Dès que les Marquisiens se réunissent, rapidement sortent les tambours, les ukélés et les guitares. Un jour, Jacques Brel se joint à un groupe. «Tu joues de la guitare?» lui demande-t- on. Et Brel de se mettre à chanter sa fameuse Amsterdam. À la fin de la chanson, l’accueil fut poli, mais on lui a repris la guitare qui fut passée à un Marquisien pour qu’il joue de la «vraie» musique…

Les tikis de Puamau
Sur son trajet de retour, l’Aranui 3 a mouillé successivement en baie de Puamau et de Hanaiapa, sur la côte nord de Hiva Oa.

Là, un site archéologique abrite les plus grands tikis de Polynésie. Ces statues sculptées dans la pierre volcanique représentent, dans la croyance polynésienne, des dieux ou des héros divinisés.

Paul Simier – Journal de Montréal

psimier@journalmtl.com

Deux tombes fleuries

paul-simier_3.1207281697.jpg

 

Deux génies ont fait connaître mondialement l’île de Hiva Oa: le peintre Paul Gauguin, à la fin des années 1890, et le chanteur Jacques Brel, dans les années 1970.

Deux tombes fleuries
Pour l’admirateur de ces deux artistes, les moments d’émotion surgissent au cimetière du Calvaire d’Atuona, qui domine la baie des Traîtres.

On y accède par un chemin pentu en béton. La tombe de Jacques Brel est située près de l’entrée. Ombragée par des arbustes aux feuilles folles, il s’agit d’une simple surface de terre battue où les admirateurs laissent des fleurs sauvages, d’ibiscus ou de tiaré, ou encore des colliers de coquillages. Sur la pierre frontale est apposé un médaillon où se trouve sculpté le portrait de Jacques Brel en compagnie de sa compagne Madly.

Trois rangées plus haut se trouve la tombe de Paul Gauguin. Sur une roche volcanique, on a tout simplement gravé grossièrement «Paul Gauguin 1903». Le monument funéraire se compose de roches naturelles de couleur rougeâtre et forme un ensemble massif. Un frangipanier a poussé à l’extrémité de la tombe. À un angle du monument est scellée une reproduction de la statuette baptisée Oviri (qui signifie «sauvage» en tahitien) que Gauguin avait expressément demandé que l’on installe sur sa tombe. Là aussi sont accrochés quelques colliers de coquillages offerts par des admirateurs, ainsi qu’une petite roche gravée offerte par une admiratrice slovaque.

Une fois descendu du cimetière, comme le service de navette vers le quai avait pris fin, j’ai été pris en charge par une famille de Réunionnais (lui est enseignant en mécanique à Atuona) qui s’en allait prendre un verre à bord de l’Aranui 3.

«Toutes les trois semaines, lorsque le bateau fait escale, cela constitue pour nous une sortie, car on a vite fait le tour des bars et des restaurants d’une île de 2 285 habitants», m’ont-ils expliqué au bar de l’Aranui 3, où officiaient les joviaux Yoyo et Steeven.

Paul Simier – Journal de Montréal
psimier@journalmtl.com

Renaissance culturelle

paul-simier_2.1207282275.jpg

La première terre marquisienne que l’Aranui 3 a abordée ce matin, nimbée de nuages lourds, paraissait bien mystérieuse. De temps à autre, l’un ou l’autre de ses nombreux et spectaculaires pics de basalte arrivait quand même à émerger du ciel laiteux.

À peine le navire a-t-il accosté au quai de Hakahau que les manoeuvres de débarquement du fret commencent. À terre, les commerçants sont venus prendre livraison des commandes qu’apporte l’Aranui 3.

Les passagers descendent à leur guise, pressés pour la plupart d’aller découvrir ce côté de l’île. Un chemin mène, au terme d’une quarantaine de minutes de marche, au sommet de la butte qui domine le port, la baie et le village.

La vue est saisissante, surtout lorsque l’un des pics qui émergent de la montagne sur ce côté de l’île se dégage des nuages.

Hakahau…
La centaine de passagers s’égaient le long de la plage où les artisans sont venus exposer leurs créations sous une grande paillote: bois sculpté, bijoux de nacre, os sculptés, colliers de graines multicolores.

L’église catholique renferme une massive chaire sculptée dans un bloc aux formes d’étrave de bateau de pêche au pied duquel s’étale un filet rempli de poissons.

Au bureau de poste, le système Internet est en panne. Le marchand d’appareils électroniques qui offre également ce service n’est pas décidé à ouvrir tout de suite, ayant encore des commandes à aller chercher au bateau, nous précise-t-il.

En fin de matinée, à l’ombre d’un arbre à pain, une troupe de musiciens et de danseurs a vite convaincu les spectateurs que ce qu’ils interprètent n’est pas du folklore à bon marché. Chanter et danser sur les rythmes ancestraux fait ici à nouveau partie de la vie quotidienne.

À midi, le repas est servi Chez Tata Rosalie, une vénérable Marquisienne dont la famille a préparé diverses spécialités de l’île, soit de la pieuvre, du poisson cru mariné, de la viande de porc accompagnée de deux sortes de bananes, de fruits de l’arbre à pain et de riz, et enfin un dessert au lait de coco. C’est un véritable et authentique festin marquisien.

… et Hakahetau
Le navire a largué les amarres en début d’après-midi pour mouiller l’ancre une heure plus tard dans la baie de Hakahetau. Dans ce petit hameau, quelques artisans sont également présents au rendezvous pour présenter leurs produits.

Adrien et Nadia – qui vont sans doute se marier en juillet prochain – font griller des brochettes. Sur une table, du jus de noni est proposé à la dégustation.

Ce produit aurait toutes les vertus, croient les gens de l’île qui cultivent ce fruit. C’est également ce que croient les Américains qui achètent la production de noni à travers toute la Polynésie.

Paul Simier – Journal de Montréal
psimier@journalmtl.com

Le rêve d’un parc patrimonial

paul-simier_1.1207282823.jpg

Depuis quelques années, la mobilisation des habitants de Ua Pou est très forte. Le retour aux sources se traduit par un projet de parc patrimonial visant à recenser et à faire valoir tous les aspects de la culture marquisienne, autant ce qui a trait à la flore, la faune et la géologie que ce qui touche aux traditions.

Un musée consacré à l’arbre à pain, dont on a recensé une vingtaine de variétés différentes sur l’île, va être créé.

Une équipe de dix travailleurs s’occupe à plein temps de sentiers de randonnée qui totalisent quelque 150 kilomètres. Des guides, dûment formés, ont obtenu leur certification.

Hakahetau, de plus, est organisé en village d’accueil permettant aux visiteurs de vivre, en logeant chez l’habitant, un contact étroit avec la population.

Tous les gens que j’ai rencontrés le temps de cette courte escale – qui ont en commun l’amabilité et la simplicité -m’ont donné rendez-vous pour la semaine du 16 décembre, alors que Ua Pou accueillera le 20e Festival des arts marquisiens.

Non seulement les habitants des cinq autres îles des Marquises participent activement à cette fête, mais des « cousins  » viennent aussi des autres archipels du Pacifique Sud qui partagent avec les Polynésiens la même culture océanienne.

L’objectif ultime des gens de Ua Pou est d’arriver à faire figurer (en 2009 ou 2010) tout l’archipel des Marquises au Patrimoine mondial de l’humanité, tant du point de vue naturel que sur le plan culturel.

Paul Simier – Journal de Montréal
psimier@journalmtl.com