
De loin, Fatu Hiva se profile comme une masse sombre et mystérieuse à l’horizon, austère et intimidante ; et même en s’approchant, les contours sinistres de la côte ne s’adoucissent pas. D’imposantes masses de basalte, usées, sillonnées et déchirées par mille tempêtes, s’élèvent à pic depuis les profondeurs de l’océan. Ci et là, un bois de fer noueux et tordu a enfoncé ses racines ténues dans la face balafrée de la falaise, son feuillage clairsemé, balayé par le vent, est blanc du sel incrusté par la mer agitée. En dessous, dans les bouches noires des cavernes obscures, les vagues incessantes lancent leurs bataillons à crêtes blanches avec un rugissement monotone, pour projeter à nouveau et encore des gerbes d’écume et d’embruns.
Au loin, ses pics déchiquetés, perçant les nuages, sans aucun arbre ni arbuste, s’élèvent comme le bord brisé d’un grand cratère, se dressant aujourd’hui, comme ils se sont dressés au fil des siècles, tel un monument aux feux volcaniques qui ont propulsé cette masse en fusion au-dessus de la mer mugissante, pour refroidir et se fissurer en un fantastique enchevêtrement de crêtes dentelées, de précipices imposants et de gorges infranchissables.
On comprend aisément l’émerveillement et la joie de Mendaña lorsque son navire passa devant les imposantes falaises noires gardant l’entrée de Hanavave. La baie étroite fut formée par l’effondrement d’une partie de la paroi du cratère, et à travers cette ouverture, encadrée par des piliers gigantesques et grotesques et des dômes de roche noire s’élevant à des centaines de mètres dans le ciel, on aperçoit directement le grand creux de la montagne dont le bord nu et brisé était visible depuis la côte.
Mais quel contraste ! Là où autrefois brûlaient les feux telluriques, la végétation luxuriante des tropiques envahit désormais l’immense amphithéâtre dans une profusion exubérante. C’est comme si la nature, dans un élan de repentir, déversait ses dons sans retenue pour couvrir les cicatrices et la désolation causées par la fureur volcanique.
Arbres et lianes, fleurs et arbustes recouvrent les flancs abrupts, presque verticaux, du grand bassin et grimpent jusqu’au sommet des crêtes tranchantes comme des couteaux. Ils étouffent les ravins et les vallées profondes avec leur masse prolifique de fleurs et de feuillage, et, rampant en abondance presque jusqu’au bord de l’eau, escaladent les falaises de basalte noir qui dominent la baie, cherchant ainsi à adoucir leurs contours abrupts et déchiquetés sous une végétation luxuriante de lianes et de mousses.
De grandes cascades, jaillissant du haut de la roche vivante sur le flanc de la montagne, bondissent par-dessus de puissants précipices, scintillant comme des fils d’argent à la lumière du soleil, pour se perdre dans les profondeurs mystérieuses des gorges sombres loin en contrebas. Ces eaux serpentent à travers des ravins humides et tortueux et forment le torrent qui dévale rapidement entre les collines sinueuses jusqu’à la vallée escarpée de Hanavave, où il se précipite sur son lit rocheux pour se jeter dans les eaux bleues de la baie tranquille.Traduction d’un extrait du texte de John W. Church paru dans le National Geographic en octobre 1919

Sous le regard de John W. Church, Fatu Hiva apparaît comme une île à la fois menaçante et fascinante, marquée par la puissance des éléments et la beauté sauvage de sa nature. Dès les premiers mots, l’île se présente comme une « masse sombre et mystérieuse », austère, presque hostile, qui impose le respect par la dureté de son paysage. Les « immenses masses de basalte », usées mais toujours imposantes, « fissurées et déchirées par mille tempêtes », incarnent cette nature puissante, presque indomptable, qui semble défier le temps et l’homme. Le lexique choisi — « lugubre », « menaçante », « sinistres », « rugissement monotone » — crée une atmosphère dramatique et immersive, où le lecteur peut presque entendre le fracas des vagues et sentir le vent salé fouetter les falaises.
Cette première partie souligne la dimension géologique et volcanique de Fatu Hiva, dont le relief accidenté est le fruit d’une genèse tumultueuse. Les « pics dentelés, perçant les nuages » et le « bord brisé d’un grand cratère » rappellent la violence des feux volcaniques qui ont sculpté l’île, donnant naissance à un paysage à la fois spectaculaire et infranchissable. Le volcan, symbole ambivalent de création et de destruction, incarne ici la force originelle qui façonne la nature dans sa dualité. La permanence de ces formes, dressées « au fil des siècles », confère à l’île une majesté intemporelle, un véritable « monument aux feux volcaniques » qui témoigne de l’histoire géologique et de la puissance des éléments.
Au cœur de cette rudesse minérale, un contraste saisissant s’impose : la luxuriance de la végétation tropicale qui envahit désormais les flancs abrupts de l’île. Là où la roche noire et déchiquetée évoquait la désolation, la nature semble vouloir réparer ses blessures. La baie de Hanavave, formée par l’effondrement d’une partie du cratère, se présente comme un immense amphithéâtre où la végétation exubérante « déverse ses dons sans retenue » pour « couvrir les cicatrices et la désolation » laissées par le volcan. Cette image poétique anthropomorphise la nature, lui attribuant une volonté réparatrice et une capacité de résilience remarquable. Ce contraste entre austérité et luxuriance illustre la dualité fondamentale de la nature : à la fois destructrice et généreuse, capable de renaissance et de régénération.
La richesse du vocabulaire naturaliste employé pour décrire la flore renforce cette impression de vitalité et de diversité. Les « arbres et lianes », « fleurs et arbustes » forment une masse prolifique qui « étouffe les ravins profonds » et « grimpe les falaises de basalte noir », adoucissant les contours abrupts du paysage. Les détails sensoriels — « bois de fer noueux et tordu », « feuillage clairsemé », « mousses », « cascades scintillant comme des fils d’argent » — offrent une vision tactile et visuelle très riche, qui immerge le lecteur dans un écosystème dense et vivant.
Enfin, la présence dynamique de l’eau, avec ses cascades jaillissantes et ses ruisseaux serpentant à travers la vallée, apporte une dimension supplémentaire au tableau naturel. L’eau symbolise la vie, le renouvellement et la continuité, animant le paysage et accentuant son caractère spectaculaire. Ces éléments fluides et lumineux contrastent avec la dureté des roches, renforçant encore une fois le jeu des oppositions qui traverse tout le texte.’émerveillement historique de Mendaña, navigateur ayant découvert l’île, inscrit cette description dans une perspective humaine et temporelle, soulignant la fascination que suscite ce lieu sauvage et monumental. La baie de Hanavave, avec ses « piliers gigantesques et grotesques » et ses « dômes de roche noire », apparaît comme un décor naturel théâtral, digne d’un amphithéâtre naturel.
L’émerveillement historique de Mendaña, navigateur ayant découvert l’île, inscrit cette description dans une perspective humaine et temporelle, soulignant la fascination que suscite ce lieu sauvage et monumental. La baie de Hanavave, avec ses « piliers gigantesques et grotesques » et ses « dômes de roche noire », apparaît comme un décor naturel théâtral, digne d’un amphithéâtre naturel.
Conclusion
La description de Fatu Hiva est un texte d’une grande richesse évocatrice, qui dépasse la simple évocation géographique pour offrir une méditation profonde sur la nature, le temps et la beauté sauvage. Par son style lyrique et naturaliste, il met en lumière la puissance brute et la majesté intemporelle d’un paysage façonné par des forces volcaniques extrêmes, tout en célébrant la résilience et la luxuriance de la vie végétale qui renaît sur ses terres. Ce texte invite à une contemplation respectueuse et émerveillée d’un monde où la dureté et la douceur, la destruction et la régénération, cohabitent dans un équilibre fascinant, rappelant la complexité et la fragilité des écosystèmes naturels face au passage du temps.

























