Larmes et colère à Ua Pou « Tahiti Infos »

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Photo : Lionel Tehaamoana, Polynésie la 1ère

Photo : Lionel Tehaamoana, Polynésie la 1ère

Papeete, le 7 octobre 2019 – « Un sentiment de colère » dominait lundi à Ua Pou après le décès du nourrisson de trois mois, Hoane Kohumoetini, lors de son évasan. Alors qu’une marche blanche de près de 600 personnes a été organisée sur l’île aux Marquises, le grand-père de la victime, le chanteur Rataro, dénonce des manquements dans le diagnostic et la prise en charge de l’enfant. La présidence a annoncé l’ouverture d’une enquête administrative.

Au lendemain du décès du nourrisson de trois mois, Hoane Kohumoetini, lors de son évasan entre Ua Pou et Tahiti, c’est un sentiment de tristesse et de « colère » qui dominait chez les proches de la victime et dans la population de l’île des Marquises. Le grand-père du jeune enfant, le chanteur Rataro, a réagi dès lundi matin auprès de Tahiti Infos pour demander aux autorités de « clarifier les choses » après « l’enchainement de difficultés » qui a précédé le décès de son mo’otua.

« Comment est-il possible qu’en deux semaines, lorsque les parents ont emmené leur enfant en pleurs, l’on ne soit pas arrivé à diagnostiquer la maladie alors qu’on a deux médecins et quatre infirmiers sur place », interroge d’abord le chanteur. Pour Rataro, la décision de l’évasan a été prise trop tardivement, au mépris du principe de précaution. Mais c’est ensuite, et surtout, le problème du transport du jeune malade qui interpelle le grand-père de la victime. En effet, en l’absence de moyens aériens disponible sur Ua Pou, le nourrisson a d’abord été transporté pendant une heure et demi en speedboat vers Nuku Hiva, où un avion d’Air Archipels devait le conduire vers Tahiti. Hélas, l’enfant est décédé à Nuku Hiva dans l’attente de son transfert.

« Il fallait anticiper ce problème. On est obligatoirement confronté à ce problème à Ua Pou. Il n’y a que le bateau pour évacuer rapidement un malade », s’énerve Rataro, qui dit ne pas comprendre pourquoi l’hélicoptère Dauphin a pu être mobilisé pour retrouver trois randonneurs à Hiva Oa début septembre, et qu’il n’a pas pu l’être pour « ce bébé qui lutte contre la mort ».

Une enquête ouverte et confiée à l’Arass

En début d’après-midi, la présidence a annoncé dans un communiqué l’ouverture d’une enquête administrative. « Le président Edouard Fritch a confié à l’Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale (ARASS) le soin d’ouvrir immédiatement une enquête afin de faire toute la lumière sur les circonstances et les responsabilités éventuelles qui ont pu présider au décès tragique d’un nourrisson de trois mois au cours de son évacuation sanitaire depuis l’île de Ua Pou vers Nuku Hiva et le Centre hospitalier de Taaone à Tahiti ».

Dans la foulée, ce sont les rapporteures de la « mission d’information portant sur les conditions de prise en charge des patients bénéficiant d’une évacuation sanitaire inter-îles » actuellement en cours à l’assemblée, Sylvana Puhetini et Eliane Tevahitua, qui ont signé un communiqué de « condoléances »« Malheureusement ce drame témoigne, une fois de plus, de la nécessité absolue de mener ces travaux sur un sujet vital très attendu par toute la population des archipels auquel nous nous attachons à apporter des solutions pour y remédier », précisent les rapporteures qui affirment que « la mission d’information met actuellement tout en œuvre pour redéfinir l’organisation de l’aide médicale d’urgence et la prioriser sur tous les transports sanitaires existants afin que plus jamais de tels événements puissent survenir dans de telles conditions au fenua ».

Marche blanche à Ua Pou

Lundi après-midi, le corps de la victime a été rapatrié à Ua Pou par bateau. Sur place, près de 600 personnes ont participé à une « marche blanche » depuis le quai de Hakahau jusqu’au domicile familial.

​Rataro, grand père de la victime : « il fallait anticiper »

Vous avez souhaité réagir au décès de votre mo’otua dimanche durant son évasan depuis Ua Pou ?

« Il y a un sentiment de colère parce qu’il y a eu un enchainement de difficultés par rapport au décès de ce bébé. Je pense qu’il faut clarifier les choses. J’espère pouvoir user à mon niveau de ma notoriété pour faire entendre notre voix sur ces problèmes. »

Qu’est-ce qui a posé problème lors de cette intervention ?

« Il y a deux débats. Le premier, c’est le problème du diagnostic de départ. Comment est-il possible qu’en deux semaines, lorsque les parents ont emmené leur enfant en pleurs, l’on ne soit pas arrivé à diagnostiquer la maladie de l’enfant alors qu’on a deux médecins et quatre infirmiers sur place. En 2019, je suis outré quand je vois un corps médical qui n’arrive pas à poser un diagnostic sur un enfant dont les parents sont venus plusieurs jours consulter. C’est une colère que je n’arrive pas à ravaler. J’ai travaillé pendant 20 ans dans cet hôpital. Aux Marquises, dans le doute et par précaution, il faut évacuer. Là, on a une décision qui a été prise tardivement et un diagnostic qui n’a pas été bien posé. On a des avions tous les jours sauf les mercredis et les jeudis. Donc dans le doute, on aurait pu l’envoyer à Tahiti. »

Le deuxième « débat », c’est celui des conditions de l’évasan, notamment avec le transport en speedboat entre Ua Pou et Nuku Hiva ?

« A Ua Pou, et quand il y a un bébé à plus forte raison, on sait très bien que les questions du transport vont se poser dans le cas d’un évasan. Donc il fallait anticiper ce problème. On est obligatoirement confronté à ce problème à Ua Pou. Il n’y a que le bateau pour évacuer rapidement un malade. Et en plus, on a bien déclenché l’intervention de l’hélicoptère pour aller chercher trois popaa perdus en montagne à Hiva Oa il y a quelques jours. Et pour ce bébé qui lutte contre la mort, on n’a pas d’hélicoptère ? Non, on ne peut pas nous faire avaler ça. C’est au territoire et à l’Etat de prendre leurs responsabilités. On vient d’avoir une réunion pour parler de ces problèmes d’évacuations sanitaires et de prise en charge avec les autorités à Hiva Oa. Et là apparemment, rien n’a été fait. Je ne sais pas. Je ne comprends pas. »


Rédigé par Antoine Samoyeau le Lundi 7 Octobre 2019 à 19:09 | Lu 1015 fois

Nécrologie : L’ archéologue Michel Charleux est décédé

Michel Charleux invité de notre journal en novembre dernierMichel Charleux invité de notre journal en novembre dernier

Lundi 15 Octobre 2018 à 10:14 

HOMMAGE – Archéologue connu pour ses recherches à Eiao, passionné de tapa à l’origine d’un ouvrage sur cet art, Michel Charleux s’est éteint dimanche à l’âge de 73 ans.

Malade et hospitalisé en métropole à Marseille, Michel Charleux s’est éteint dimanche à l’âge de 73 ans.

Michel Charleux est né à Paris en 1945. Après une licence de Sciences naturelles, il entre à l’Éducation nationale. Tout en enseignant les Mathématiques ou les Sciences naturelles au gré des postes, il reprend des études d’archéologie préhistorique à l’Institut d’Art et d’Archéologie de la rue Michelet (Paris I).Il obtient sa licence et participe à la mission CNRS-ORSTOM de 1973 pour restaurer certains marae de la vallée de la Vaitapiha et débuter la restauration du marae Ta’ata.Plus tard, il obtient un poste au Vanuatu et démarre des recherches de sites Lapita sur l’îlot de Malo. Dans les années 1975, des tensions politiques l’amènent à mettre un terme à ses recherches. Il se lance ensuite dans un travail ethnographique sur les paniers en feuille de cocotier verte utilisés par les femmes du marché.

> La Polynésie…

Michel Charleux reprend ses recherches archéologiques en Polynésie à partir de 1977. Il anime un stage d’initiation à l’archéologie , participe à diverses manifestations au Musée de Tahiti et prend la direction de la fouille du site noyé de Vai’hi sur Raiatea. Dans les années 1980, il entreprend avec l’accord du Département Archéologie du CPSH (Centre Polynésien des Sciences humaines) et avec l’aide de la municipalité de Paea et d’une troupe d’Eclaireurs, le débroussaillage et la restauration du marae Ta’ata , alors très dégradé.

Grâce au soutien de Maco Tevane et de Anne Lavondes, il est chargé d’animation au Musée de Tahiti et des Îles et crée les fameuses muséo-valises destinées à « transporter une petite partie du musée dans les îles ».

Il convainc la Marquisienne Titi Petersde se prêter au tournage d’un film sur le tapa. À cette époque-là, plus personne ne bat les écorces. Ce film est tourné et monté en U-Matic avec l’aide l’Unité de Production Vidéo du Haut-Commissariat. Il est copié sur support VHS et intégré à la muséo-valise sur le tapa.
Avec la complicité de Titi PETERS, il anime plusieurs ateliers tapa au MTI, pour les enseignants, des classes et des associations. Il rédige un livret-guide sur certaines salles du musée. D’autres muséo-valises suivront, impliquant des contributions de professeurs de disciplines aussi variées que le Français, l’Histoire, les Sciences naturelles ou même l’Anglais, l’objectif étant que les enseignants trouvent dans la muséo-valise tous les outils pour une utilisation du thème dans leur cours.

L’an dernier, il présentait un livre, Tapa, de l’écorce à l’étoffe, art millénaire d’Océanie de l’Asie du Sud-Est à la Polynésie occidentale.  Une véritable bible sur cet art, à laquelle une soixantaine d’auteurs internationaux ont contribué.

>>> Lire aussi : Un ouvrage pour tout savoir sur l’art du Tapa 

Fait chevalier de l’Ordre de Tahiti Nui en juillet dernier, Michel Charleux était connu pour ses travaux d’archéologie, notamment sur l’île de Eiao aux Marquises. C’est en 1987 qu’il part pour sa première mission de 32 jours sur cette île, avec le soutien de la Marine nationale.

Nommé à un haut poste à la french French-Australian Telopea Park School de Canberra, il suspend ses recherches. Il ne les reprendra qu’en 2007.

Michel Charleux  lors de sa mission de 50 jours sur l’île déserte de Eiao (Marquises nord)

Rédaction web avec www.culture-patrimoine.pf
Message de condoléances du gouvernement
C’est avec une vive émotion que nous avons appris le décès de Michel Charleux.  Homme de convictions et de culture, Michel Charleux a œuvré toute sa vie au service de la Polynésie française. Afin d’honorer son engagement, il avait été décoré Chevalier de l’Ordre de Tahiti Nui en juin dernier, mais malheureusement, déjà affaibli par la maladie, c’est depuis la métropole qu’il avait suivi la cérémonie.Scientifique de formation, Michel Charleux a su mener de front avec son activité d’enseignant une riche carrière d’archéologue qui l’a conduit, tantôt en Afrique, tantôt au Vanuatu, mais principalement en Polynésie, dans les îles de la Société, les Marquises mais aussi à l’île de Pâques dont il est un des spécialistes reconnus.Sa facilité d’adaptation dans tous les milieux, sa force de caractère, son endurance et son immense savoir, alliés à une capacité de travail ont fait de Michel Charleux un « personnage » exceptionnel, dans le meilleur sens du terme.Ses travaux, que ce soit dans la recherche, sur le terrain ou en laboratoire, font référence dans le domaine de l’archéologie du Pacifique sud tout comme ses connaissances dans d’autres domaines aussi divers et variés que le pandanus ou le tapa pour ne citer qu’eux.Michel Charleux a marqué de son empreinte le milieu de l’archéologie et du patrimoine de la Polynésie française. Les multiples rapports, études et publications dont il est l’auteur viennent, si besoin était, en apporter la preuve. Tout comme sa notoriété qui dépasse de très loin nos frontières.Michel Charleux a contribué très largement à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine de la Polynésie française. Il faut bien sûr souligner son engagement fort auprès des jeunes, notamment pour insuffler aux nouvelles générations l’intérêt pour leur passé et l’histoire de leur terre et l’impérieuse nécessité de préserver cet héritage.Michel était un homme généreux et passionné, tous ceux qui l’ont côtoyé ont été marqués par son courage, sa jovialité et son humour. A sa famille, ses proches et ses très nombreux amis, nous adressons nos plus sincères condoléances

Hiva Oa , Atuona, chorale au collège ; « No Te Ati Enata »

No te ati enata

E uta

He – He – He

No te ati enata

Ia vai ana mai to oe ii nui

Haa uti te tama to oe kuhane meitai

Haa tapu mai oe to uti uti e

Ono hei tou ruu

No te tama

Tahu mai te motua  

No te pakaihi nui

Koho’a nei te tama enata ite meitai no toia kuhane

E aue, e u’i hoi oe ia vai te haka a te po’i hou

Pehea nei hoi te hakatu pohoe te ati enata e haka tumu e

E aue, e u’i hoi oe ia vai te haka a te po’i hou