Auteur : René DOUDARD PURUTAA
Les bienfaits de la colonisation aux Marquises ? Le témoignage du gendarme François Guillot muté à Ua Pou en 1889
Marquises : La baie de Omoa
Marquises : Des saucissonniers à Taiohae
Marquises : Hiva Oa, du côté de Hanahi
MARQUISES : L’ÉCLIPSE PARTIELLE DE SOLEIL OBSERVÉE A TAI-O-HAÉ, ILE DE NOUKA-HIVA, LE 30 NOVEMBRE 1853, par M. EDELESTAN JARDIN
Fort Collet Nuku Hiva – Dessin de Max Radiguet
Source : Mémoires de la Société nationale des sciences naturelles et mathématiques de Cherbourg 3ième volume 1855
Avec Radiguet dans la vallée de Hakaui à Nuku Hiva
Dans l’ouest de Nuku Hiva, au fond de la vallée d’Acauï(1), deux murailles basaltiques, qu’on dirait sillonnées, déchirées par les puissantes tarières et les pics de mineurs plutoniens, s’élèvent hardiment à une hauteur énorme, et forment un étroit défilé. Rien de sinistre comme cette gorge aride et solitaire. À la base des grises falaises, dont la mince lame azurée du ciel sépare à peine les fronts sourcilleux, le sentier rocheux se tord vaguement, éclairé par un jour terne. Dès qu’on pénètre dans ce défilé, le bruit des pas résonne d’une façon lugubre comme dans une crypte funèbre, et, lorsqu’on s’arrête, on entend un mugissement pareil à celui qui sort d’un gros coquillage appliqué à l’oreille.
A la radieuse verdure qui réjouissait la vue succède la sombre et morne couleur bleuâtre de ces escarpements ignés : la chaleur accablante qui accompagne l’ascension fait brusquement place à des courants d’air, et l’on se sent pris de ce frisson glacial qu’une énergique expression populaire qualifie de souffle de la mort. On n’est plus dès lors sous l’équateur, mais dans une gorge abrupte des contrées septentrionales ; on éprouve une indicible envie de revoir le soleil : partout le roc surplombe, immense, inaccessible, et le regard inquiet monte en se heurtant aux parois resserrées jusqu’à l’étroite bande bleue du firmament.
On avance encore, une eau verte comme l’absinthe coule silencieusement jusqu’au point où, rencontrant des obstacles, elle se brise avec fracas, rejaillit en éclaboussures sonores et continue sa course écumante (2).
Je parcourais seul ce paysage, ayant devancé mon compagnon de promenade, que retardait je ne sais quel hasard de la chasse, et je m’assis au pied des gigantesques murailles. J’attendais en proie à cette vague tristesse que fait d’ordinaire entrer au cœur le sévère et imposant aspect des sites sauvages et solitaires.
On avance encore, une eau verte comme l’absinthe coule silencieusement
Soudain deux phaétons sortis je ne sais d’où jetèrent sur ma tête leur cri plaintif ; un coup de feu tiré par mon compagnon retentit à quelques pas, et l’un des oiseaux tomba à mes pieds les ailes ouvertes. Une nuée d’oiseaux de mer effarouchés tourbillonnèrent aussitôt, surgissant des fentes du roc avec des piaillements aigus ; mais un cri de terreur poussé en même temps, et cette fois par une poitrine humaine, domina le bruit. Le chasseur m’avait rejoint.
Inquiets tous deux et cherchant d’où pouvait venir cette clameur désespérée, nous aperçûmes enfin, à une hauteur de quatre-vingts ou cent mètres, un canaque dont la couleur se confondait avec celle de la pierre. Immobile, les bras tendus, le dos scellé au mur, le malheureux, croyant qu’on en voulait à ses jours, nous contemplait effaré. Sa pose étrange à cette hauteur et au milieu de ce tourbillon ailé nous fit songer à Prométhée enchaîné sur le Caucase. – Voilà un habile et intrépide dénicheur d’oiseaux, me dit mon compagnon. – Hè ! pi mai (viens ici). – Le canaque ne bougeait pas. – Pi mai, répéta l’autre, joignant le geste à la parole, et lui montrant l’oiseau mort pour le rassurer.
Alors, comme si ses mains eussent été armées de griffes, nous vîmes le canaque se mouvoir, glisser collé contre le rempart vertical
Alors, comme si ses mains eussent été armées de griffes, nous vîmes le canaque se mouvoir, glisser collé contre le rempart vertical et à peine accidenté, tantôt se suspendant à des saillies presque invisibles pour nous, tantôt enfonçant ses doigts et la pointe de ses orteils dans des fissures. C’était à faire frémir et à donner le vertige, si bien que deux ou trois fois je fermai les yeux. Enfin il sauta à terre, et nous respirâmes. – Tabaco, fit-il en nous abordant. – Oui, si tu veux retourner prendre un nid d’oiseau. – Nous désirions uniquement savoir s’il attachait de l’importance au périlleux exercice auquel il venait de se livrer. – Tapu ! nous dit-il. – Tapu ! mais alors que cherchais-tu donc là ? – Le kaha de ma femme, qui est malade. L’âme de notre petit enfant, continua-t-il, est venue lui dire qu’on avait caché le kaha dans son morai. – Où donc est le morai de ton enfant ? – Là-haut.
Deux cercueils (pahaa) sont encore visibles dans les creux de la falaise
Et suivant la direction qu’il nous indiquait, nous aperçûmes dans la partie supérieure de l’escarpement quelques trous sombres d’où sortaient de fines baguettes blanches ornées de lanières de tapa (3). – Et l’as-tu trouvé, le kaha ? – Non ; aussi faudra-t-il bien que ma femme meure ! Et d’ailleurs, ajouta-t-il simplement, puisque le pahaa (cercueil) est prêt, pourquoi le corps le ferait-il attendre?
A la radieuse verdure qui réjouissait la vue succède la sombre et morne couleur bleuâtre de ces escarpements ignés.
(1) Hakaui
(2) Cette cascade se précipite de 650 mètres de haut. [Avec en réalité ses 350 m, la cascade de Vaipo est l’une des plus hautes du monde]
(3) C’est la qu’on dépose mystérieusement la nuit les enfants venu au monde avant terme. J’ignore comment on s’y prend pour accomplir la nuit ces périlleuses escalades, qui ne paraissent pas possibles, même le jour.
In Revue des deux mondes Sept-Oct 1859 – La Reine blanche aux Marquises. Souvenirs et paysages d’Océanie – II. Les moeurs des Insulaires et l’occupation de l’archipel, par Max Radiguet.
Photographies : Michel Musa
« Cap sur les îles Marquises » une émission de France Inter rediffusée sur Radio Impatience. Reportage consacré aux recherches de Pierre Ottino
On peut à partir du lundi 27 juillet réécouter sur le site Internet de la radio suisse romande « Impatience » un reportage en cinq épisodes de Daniel Fiévet : « Cap sur les îles Marquises ». Ce reportage consacré aux recherches de l’archéologue Pierre Ottino, à Nuku Hiva aux Marquises a été diffusé précédemment en juin 2008 sur France Inter, dans l’émission « La tête au carré ».
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En quelques siècles, il s’est produit sur ces îles une véritable catastrophe démographique. Au 16e siècle, on estime qu’il y avait environ 100 000 Marquisiens. Cependant, en débarquant les Européens leur ont apporté des maladies et des armes.
Résultat: au début du 20e siècle les Marquisiens n’étaient plus que 2000. Une véritable hécatombe. Des pans entiers de la culture marquisienne ont ainsi été perdus.
Modestement, Pierre Ottino, chercheur à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) grâce à son travail d’archéologue, aide les Marquisiens à renouer avec leurs racines, avec ce passé trop vite enfoui.
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Sur l’île du Nuku Hiva, Pierre Ottino a restauré d’anciens sites grâce à l’aide des Marquisiens et au soutien de personnalités locales comme Yvonne Katupa.
Maire de sa commune depuis plus de vingt ans, Yvonne Katupa se bat pour que les jeunes Marquisiens renouent avec leur histoire et leur culture.
Aujourd’hui elle accompagne Pierre Ottino et notre reporter Daniel Fiévet sur l’un des sites archéologiques restaurés. Un lieu particulièrement impressionnant…
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Dans une vallée de Nuku Hiva, l’île principale des Marquises, Pierre Ottino emmène notre reporter Daniel Fiévet sur un site archéologique qu’il a restauré avec l’aide des habitants de l’île.
L’occasion pour l’archéologue d’évoquer l’Histoire du peuple marquisien ainsi que certains rites pratiqués par les anciens.
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Sur un des nombreux sites archéologiques de Nuku Hiva, Pierre Ottino est accompagné de Ru’a Puhetini, un ami Marquisien qui l’aide dans son travail. Il lui a par exemple indiqué l’emplacement de certains pétroglyphes, des symboles gravés sur la pierre pas toujours évidents à interpréter
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Avant l’arrivée des occidentaux aux Marquises, l’art du tatouage était particulièrement présent dans la culture et les traditions des habitants de l’archipel. Un temps disparu, cet art est en train de renaître. Des jeunes marquisiens remettent au goût du jour les motifs des anciens. Rencontre avec Brice, l’un de ces jeunes tatoueurs.
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Liens:
- Le site de l’émission « La tête au carré » sur France Inter
- le site Internet de la radio suisse romande « Impatience »
Livre :
Archéologie chez les Taïpi. Hatiheu, un projet partagé aux îles Marquises, de Pierre Ottino-Garanger – IRD Au Vent Des îles
Résultats des fouilles archéologiques menées par l’auteur aux îles Marquises, restitution du cadre de vie d’une ancienne tribu, reconstitution de l’utilisation des différents espaces écologiques, rôle et symbolisme des éléments anthropiques et naturels…
























