
OMOA FATU HIVA

Situées à 5500 km de Los Angeles, à 4000 km au sud de Hawaii, 7500 de Sydney, 6500 de Santiago du Chili, et à 1400 km au nord-est de Tahiti, les Marquises (archipel composé de 12 îles dont 6 sont habitées) sont les îles les plus éloignées de tout continent. Entre traditions et modernité, entre ciel et mer, Ua Pou, Hiva Oa, Nuku Hiva, Fatuiva (Fatu Hiva), Mohotani (Motane), Tahuata, Ua Huka et Eiao, les îles Marquises, Terre des Hommes, Te Fenua Enata, Te Henua Enana, the Marquesas Islands. Blocs de lave surgis du Pacifique, ces îles hautes composent un paysage dentelé à la beauté sauvage et envoûtante. Les Marquises s'offrent dans leur rudesse, brutales et authentiques…

On nous demande souvent s’il est possible de masser bébé avec du Monoï de Tahiti. Voyez simplement cette vidéo réalisée lors de la Semaine du Monoï à Tahiti en 2014, où nous étions. Sarah Vaki, de Fatu Hiva aux Marquises, prend en « main » un bébé d’à peine 3 semaines, pour un massage relaxant au Monoï traditionnel Santal. Il a l’air de franchement apprécié ce moment de détente ! La Maman et la Papa nous ont confié que leur nouveau-né avait eu, dès sa naissance, le chikungunya, une fatalité terrible, raison de ce massage permettant d’aider l’enfant à se porter mieux au sortir de l’hôpital. Toutes les Mamans massent leur enfant à la naissance, le soir, pour une nuit douce et parfumée.
copyright « I love monoï »
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Pour les deux articles du blog de cette émission à Upeke, cliquez ici puis là.
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Instantanés du Monde, une émission radiophonique extraordinairement merveilleuse. Une voix sublime, une écriture poétique, une illustration sonore qui nous transporte instantanément. Mieux que l’image photographique qui cadre notre vision, la bande son nous fait humer la terre et ses senteurs végétales, entendre le chant des coqs, sentir l’âme des Marquises.
Patrice Chef de danse à Hiva Oa
Le témoignage de Marie-Victoire, la grand-mère de Poe, est bouleversant. Ses réponses, ses silences, sa difficulté à trouver ses mots laissent transparaître les blessures jamais cicatrisées d’un peuple qui faillit disparaître au début du siècle dernier. Elle évoque sa vie au pensionnat de l’école Sainte-Anne à Hiva Oa où les filles étaient scolarisées afin d’être soustraites à l’inceste, et devenir de ferventes catholiques et par-dessus tout, des mères d’une généreuse fécondité. Les missionnaires avaient compris qu’ils n‘obtiendraient rien des garçons mais qu’ils réussiraient l’acculturation par la voie des filles. Son aïeule conserve apparemment un doux souvenir des heures passées à l’apprentissage des savoir-faire d’une civilisation aux antipodes de la sienne (Il y avait à Sainte-Anne une sœur d’origine allemande). Mais, elle semble avoir oublié la sévérité des méthodes de l’école des sœurs : les privations alimentaires, les corvées matinales auxquelles les pensionnaires ne pouvaient échapper, les châtiments corporels, les terreurs nocturnes, l’éloignement de leur famille dès le plus jeune âge, dès l’âge de six ans pour certaines. Un éloignement qui durait une année pour les Marquisiennes des autres îles de l’archipel, une année avant de pouvoir retourner sur l’île natale pour quelques semaines en famille, après un long voyage de plusieurs heures voire des plusieurs jours en baleinière. C’est ainsi que la population dévastée remonta ses effectifs grâce à la Mission et conjointement l’assistance sanitaire et persévérante du gouverneur, le Docteur Rollin.
Les plus petites familles comptèrent six, huit enfants tandis que la plupart en voyait naître entre douze et quinze et qu’un grand nombre de femmes mettaient au monde plus d’une vingtaine d’enfants, tous vivants.
Fatuiva 1937 Photo prise par Thor Heyerdhal
Alors lorsque Poe essaie de retrouver les traces d’un passé disparu, perçoit-elle parmi toutes les violences subies, celle entre autres d’apprendre à manger assis à table avec une assiette et une fourchette lorsque les parents assis tailleur à même le sol en rond autour d’un plat central et unique saisissaient la nourriture avec les doigts ? Un exemple trivial direz-vous ? Manger avec les mains, danser pied nus le corps recouvert de végétaux sont des éléments identitaires de la culture marquisienne renaissante. Patrice, le fils, est le chef du groupe de danse qui représente Hiva Oa à chaque festival des Arts des Îles Marquises. La danse comme une thérapie corporelle pour se réapproprier sa langue maternelle nous dit Poe, la comprendre et surtout pouvoir la parler.
En écoutant Marie-Victoire, on entend sa résistance à la pratique de la langue française et on devine la pénibilité que fut pour elle l’apprentissage forcé de cette langue. Toutefois les Marquisiens restent très attachés à la France et à la religion catholique. Ils donnent des prénoms français à leurs enfants. Or à Tahiti, depuis une quinzaine d’année, les adultes manifestent une nette préférence pour leur prénom ma’ohi.
On pourrait se demander si aux îles Marquises, la population n’est pas victime du syndrome de Stockholm, son attachement à la France et à l’Eglise, autrement dit son identification à son agresseur, son envahisseur historique et occidental, lui offrirait pour un temps une possibilité de survie à l’enfer des années 1850-1920 ? Ce n’est pas si éloigné dans le temps, 1920 c’est quatre générations ; 1920 c’est à quelques années-près la naissance des arrières grands-parents de Poe.
On pourrait se demander aussi si parfois cette identification ne se retourne pas au contraire en une agression nouvelle contre la reconquête de la culture marquisienne ? Récemment il y a eu la dégradation du tiki de Upeke (une oreille détruite) et l’incendie de la pirogue de Nuku Hiva. Des symboles, des vestiges du passé sont détruits et drogues et alcools ne suffisent pas à éclairer ces actes.
Comment se penser à travers des statues que les ancêtres ont dû sous la contrainte détruire, comment jouer du tambour dans une église alors que les ancêtres ne devaient plus les faire résonner ?
« Comment puis-je apprendre leur langue maternelle aux enfants alors qu’il me fut interdit de la parler à l’école ? » me dit un jour un instituteur des îles Australes. C’était extrêmement douloureux pour lui.
Pour un historique de l’école des sœurs, lire l’article de Patrick Chastel
La candidature des îles Marquises au patrimoine mondial de l’UNESCO, initiée en 1996 est du plus grand intérêt pour la Polynésie française. Un classement au patrimoine mondiale de l’humanité des sites de l’archipel apportera au pays la reconnaissance de leur valeur patrimoniale, une gestion des sites culturels et naturels encadrée par une charte de gestion et une renommée internationale bénéfique pour le tourisme et l’ensemble des activités induites.
Une fédération culturelle a été choisie en 2009 pour suivre la candidature et animer les comités de gestion. En 2010, la candidature est inscrite sur la liste indicative de la France par la Délégation permanente de la France auprès de l’UNESCO. Aujourd’hui, la candidature sera entre les mains des experts. Dans l’obligation de réaliser des travaux préparatoires d’experts afin identifier et sélectionner les sites du patrimoine culturel et naturel des îles Marquises éligibles au classement, la Polynésie française, via le Ministère de la culture et la fédération Motu haka, va mettre en place du 5 au 13 octobre prochain, un séminaire des experts.
Un séminaire technique pour le montage du dossier technique
Ce séminaire s’inscrit pleinement dans le cadre du montage du dossier technique de la candidature UNESCO du site, afin :
– d’optimiser le volet scientifique et la qualité technique du dossier
– de favoriser les échanges entre la communauté locale et la communauté scientifique autour des sites retenus ou envisagés pour les îles Marquises
– de sensibiliser la communauté locale aux enjeux d’une candidature UNESCO, notamment sur l’appropriation des concepts UNESCO et l’ébauche des plans de gestion
– de favoriser la coopération régionale sur le plan scientifique et universitaire
Le budget de l’opération s’élève à 16 600 000FCFP, soit 7 000 000FCFP en frais d’avion (billets internationaux et domestiques) et en frais d’hébergement transit et 9 600 000FCFP concernant les transports terrestres et maritimes des experts et des officiels, l’hébergement, ainsi que la logistique sur place. L’ensemble des experts reconnus au niveau national et international viendront de Tahiti, de l’archipel des Marquises, de France métropolitaine, de Hawaii et des Etats-Unis. Le caractère mixte (nature et culture) et sériel (classement en série) de la candidature UNESCO des îles Marquises implique la participation d’experts géographiquement éloignés.
Un rapport de restitution des travaux menés par les experts au sein des ateliers du séminaire sera transmis au Ministère de la culture
Copyright : http://www.mca.gov.pf/?q=node/278
Le 21 juillet 1595, ils se trouvaient devant Fatuiva, mais ils ne le savaient pas. Il faut s’imaginer les yeux ronds des marins discernant, du bleu profond du large, ce caillou pointu coiffé d’orages, posé à fleur de mer. Il faut s’imaginer leur prunelle effarée, découvrant cette baie tranchée comme une blessure, une plaie sublime dans la muraille émeraude. Le navigateur espagnol Mendaña crut un moment être arrivé aux îles Salomon, mais il comprit qu’il venait de découvrir une île qu’il baptisa Santa Magdalena du nom de la sainte du jour.![]()
« Des à-pics carnassiers jouxtant des vallons moussus, et ces prodigieuses chandelles de lave pétrifiée dressant leur vigueur évocatrice vers les cieux plombés par l’humidité fiévreuse. La baie des Verges, ou bien des Vierges, selon qu’on fût matelot ou missionnaire. La plus belle baie du monde, pour Robert Louis Stevenson. Fatuiva, ce croc verdi jailli du Pacifique, grattant des ciels d’ardoise à 1 000 mètres d’altitude, a tout du paradis. De l’enfer, aussi. Couleur chlorophylle ». Pour lire l’excellent article de Marion Festraëts, cliquez sur ce lien Iles Marquises Le paradis retrouvé