Teaki ou quand l’écrit vint à la culture

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     La dernière lettre de Greg Dening invitant les jeunes marquisiens à écrire leur propre histoire est restée lettre morte.  Aucun d’entre eux ne participa aux concours d’écriture organisé par le Comité organisateur du Matava’a 2007 et pourtant dotés de 3000 euros de récompenses ! Aucun écrit en eo enana ne fut donc produit malgré les reports de clôture du dit concours.

     L’Académie marquisienne guère plus féconde n’a publié au cours de ces cinq dernières qu’un seul recueil de poèmes, œuvres des élèves des premiers et seconds degrés.

     « L’écriture serait  difficile pour certains convaincus qu’elle n’a rien de naturel, qu’elle est le fruit d’une histoire propre au monde occidental et asiatique. Leur problème est qu’il faille désormais vivre avec et s’adapter à grande vitesse alors que d’autres ont eu des millénaires… »  écrit une fidèle lectrice. (NDLR. Ce n’est qu’à partir de la fin du 19ième siècle que lecture et écriture devinrent un phénomène de masse conjointement à l’avènement  de l’ère européenne en Polynésie avec certes l’apport de l’écriture à travers le bible et les contrats commerciaux, etc. mais aussi en contre partie avec l’interdiction des langues maohi dans les écoles).

     « Même pour ceux qui ont  reçu une éducation française c’est toujours un effort malgré l’intérêt extraordinaire qu’ils en perçoivent  essentiellement dans leur travail mais c’est aussi quelque chose qui ne leur donnerait jamais de vraie satisfaction car ils pensent  avec certitude que d’autres feraient mieux et ils ne voient  pas ce que personnellement ils apporteraient  – de plus – aux Marquises, comme d’autres  déracinés certainement  qui  en permanence oscillent entre idéalisation, culpabilité, nostalgie, exaltation, découragement, fatalisme, complexes de toutes sortes – physiques, culturels, mauvaise conscience…  – tout cela les conduisant à ne rien faire et à se raccrocher aux échos multiples et d’ailleurs de plus en plus variés et intéressants qui font de ce territoire et de ses habitants un objet d’étude et de curiosité jamais démenti ! »

     Le manque d’estime de soi et l’inhibition que révèlent ces propos, sont des phénomènes bien identifiés par les psycholinguistes. Pour l’enfant de langue maternelle polynésienne, l’utilisation de sa langue en classe renforce son estime de soi et lui permet de se livrer à un travail intellectuel au cours d’activités menées dans une langue qui a du sens pour lui, dans laquelle il prend du plaisir, et en rapport avec la culture qui lui est la plus accessible 

     « Si la langue maternelle est bien la première expérience qu’un enfant fait du langage, alors le bon sens éducatif voudrait que cette expérience puisse être menée paisiblement à son terme, c’est-à-dire jusqu’à la stabilisation du développement du langage vers 7 ou 8 ans. Longtemps combattue dans l’école française au nom de l’unité de la République, cette idée gagne néanmoins du terrain face à l’évidence : la persécution des langues maternelles des enfants non-francophones est contre-productive parce que l’inhibition de la langue maternelle est une inhibition du langage en général, avec les conséquences attendues…» (Launey 2003).

     « Lorsque deux langues sont en contact, dont l’une est plus prestigieuse que l’autre, l’apprenant bilingue qui a pour première langue celle qui est la moins prestigieuse est confronté à une double contradiction : d’un côté, il éprouve à la fois de l’admiration (désir d’intégration : ex. le français, c’est la langue de la « réussite ») et de l’hostilité (peur d’assimilation : ex. le français, c’est la langue des Popaa) à l’égard de la langue prestigieuse, et de l’autre, il est attaché affectivement à sa première langue qu’il dévalorise. La valorisation conjointe des deux langues doit permettre à l’élève de sortir de cette double contradiction » (W. Lambert, 1977).

     Cette problématique hélas toujours actuelle et prégnante conduit la plupart des jeunes polynésiens à l’échec et maintient par ailleurs les écrivains marquisiens absents du monde littéraire  sauf dans le domaine de l’écriture des chansons (cf. Rataro par exemple).

     Teaki Dupont-Cochard, une jeune femme d’origine marquisienne, s’affranchit de toutes ces inhibitions et interdictions historiques qui anesthésient encore les consciences. Elle a écrit  un conte qui a été diffusé sur France musique du 9 au 13 juin 2008. Pour consulter son blog littéraire cliquez ici

     Teaki s’est  livrée à un travail d’écriture avec lequel elle a pris  royalement du plaisir, plaisir partagé par les auditeurs. L’imaginaire de la rate se dilate au-delà de l’Histoire jusqu’au point de non retour, le point final…. « Quand l’écrit vint, elle a souri  » dit le rat au roi !

     Puisse ce conte conduire la jeunesse marquisienne sur la voie des mots pour oublier les maux de tous les jours et la corvée journalière  du ramassage des feuilles qui ne sont point des feuilles d’écriture.

L’HISTOIRE VÉRIDIQUE ET AUTHENTIQUE DU DERNIER ROI DES ÎLES MARQUISES

[Adaptation et lecture : Véronique SAUGER – Musique traditionnelle polynésienne – Émissions réalisées par Périne Menguy avec le soutien du Fonds d’action SACEM] Ce conte peut être pendant quelques jours encore être écouté en cliquant ici sur le site de France-Musique (successivement sur les icônes du 9 au 13 juin).

Ecole de Hanavave : Kaiu honu, la petite tortue

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Kaiu Honu 

Ua pô. E haafanau a a Marna Honu ite marnai i tohe one.

Ai ! Te kanahau otenei pô !

I tenei, ua pata te marnai. Ua koi Kaiu Honu io te tai.

Ua peau atu Puava ia ia :                                               

-E Kaiu Honu, haapao meitai ia Moohe ! E ai ia ia oe. Akoi ! A tatahuti !                                                                                         

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Ua tihe Kaiu Honu i tohe tai. Ua ite atu ia, ia Humu.

E peau aa ia ia :                                                                 

-E Kaiu Honu, a mai, na’u e atai atu ia oe.                       

-E Humu e e aha tenei ?                                               

-E Kaiu Honu, haakoi ua ai tia oe e Puhi !                                 

-E Humu e, e aha tenei ?                                                     

-E Fai ! Haapao meitai a tai a ia ia oe me to ia veo. A haakoi mai !

-E Kaiu Honu, e mae Moro i una tuna o taua ! Haapao meitai, ua ai tia taua. A hee atu haakoi !                                                       

A ! E Kaiu Honu, e ia te ava, a hee atu a oe, tootahi io te tai moana. A oho te ii. A pae !                                                                          

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Petite tortue

II fait nuit. Maman Tortue pond ses oeufs dans le sable.

Ah ! Comme la nuit est belle.                                                     

Maintenant, les oeufs sont éclos. Petite Tortue court vers la mer.
Le crabe lui dit :                                                                   

-Hé ! Petite Tortue, fais attention à la frégate ! Elle peut t’avaler d’un coup. Cours ! Dépêche-toi !                                                       

Petite Tortue est arrive dans l’eau. Elle voit devant elle un poisson-coffre.
Il lui dit :                                                                               

-Petite Tortue, viens avec moi, je vais te guider.               

-Oh ! Poisson-coffre, qu’est-ce que c’est ?                                 

-Va-t-en vite, Petite Tortue, sinon la murène va te mordre !      

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-Poisson-coffre, qu’est-ce que c’est ?                                 

-C’est une raie. Attention, elle pourrait te fouetter avec sa queue !
Dépêche-toi !                                                                          

-Petite Tortue, il y a un grand requin juste au-dessus de nous !
Attention, il va nous dévorer ! Sauvons-nous vite.           

Ah ! Petite Tortue, nous somme arrivés à la passe, tu peux continuer toute seule vers le grand océan… Courage et bonne chance !

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Little Turtle

It’s nightime, Mother Turtle is laying her eggs in the sand.

Oh! What a beautiful night.

Now the eggs have hatched. Little Turtle is making his way toward the sea.

The crab says to her :                                                                  

-Hey, Little Turtle, watch out for the frigate bird! He will swallow you whole! Go quickly.                                                       

Little Turtle makes it to the water. He meets a boxfish. The boxfish says to her :                                                                           

-Follow me, I’ll show you the way.                                   

-Oh! Boxfish what is this ?

-Little Turtle, get away from there, quickly ! That moray eel will eat you up !

-Hey ! Boxfish, what is this ?

-It is a stingray. Watch out for his tail, it might whip you. Hurry !

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-Little Turtle, there is a big shark just above us ! Watch out or he will eat us. Let’s get out of here, now ?                                     

Okey ! Little Turtle, here is the pass to the ocean. Go on your way now and all the best…

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