Iles de Beauté, Alain Gerbault

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« Le long de la côte ouest de Tahuata les baies jumelles d’Iva iva nui et de Iva iva iti me séduisirent avec leur sable blanc et leur végétation verte. C’est une des rares fois où j’eus le désir de posséder de la terre. J’aimerais certes vivre là si je n’avais choisi de vivre sur les mers. » in Iles de beauté – Alain Gerbault – NRF Gallimard, Paris : 1941.

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L’image lumineuse du ciel scintille. C’est Tahuata

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Ua taa te èo o Atanua : ua tahu te ata uà

I peàu ia ai : o Tahuata

La voix de Atanua cria : « l’image lumineuse du ciel scintille »

Il dit alors : «  C ‘est Tahuata »          

La maison terminée, les matériaux rassemblés et le sol nettoyé, les ‘Enata peuvent se reposer, après un travail de création qui s’est fait en harmonie avec le monde qui est leur. Le paepae de pierre, érigée sur la terre, la maison de bois et de feuilles dressée sur le paepae, les ‘Enata sont en parfaite symbiose avec leur sol, leur terre, leur île et la végétation qu’elle porte. Leurs habitations sont façonnées avec et par les matériaux disponibles, le relief, le climat  et la couleur des îles. Elles ne dérangent pas l’ordre des choses, elles ne choquent pas, n’agressent pas, ni le monde, ni le regard.          

L’aurore paraîtra, le ciel s’illuminera sur cette terre devenue Terre des Hommes, Fenua ‘Enata, Henua ‘Enana. Avec ses premiers rayons sur cette terre nouvelle, comme à l’origine du monde, le soleil  apportera sa lumière, sa couleur et sa chaleur, il apportera le jour et avec lui la naissance et la vie. De même que les êtres sont venus à la lumière en venant au monde, de même le monde renaît en venant au. jour. Si, avec chacun des jours, partent les uns, d’autres, en permanence, arrivent et prennent la relève. Ce mouvement perpétuel, cette alternance, cette lumière, cette confiance dans la vie, sont rendus par l’aspect général du panneau et les symboles choisis, dont certains se poursuivent en débordant du cadre, à l’infini, alimentant et reliant ainsi, d’un même mouvement, passé, présent et avenir.              Dessin de Wendy Ah Sha

Tahuata, transport d’un véhicule par barge à Motopu

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Ile peuplée de 677 habitants au recensement de 2002 pour une superficie de 69 km², la commune de Tahuata est située à seulement 4 km au Sud de Hiva-Oa, qui compte trois fois plus d’habitants. Comme Fatu Hiva, Tahuata présente la particularité de ne pas être desservie par voie aérienne, contrairement aux autres îles habitées des Marquises. Il n’existe ni port ni quai pour aborder l’île, ce qui oblige à recourir à la baleinière pour transporter visiteurs et ravitaillement. Hiva Oa constitue donc un passage obligé vers le monde extérieur. L’achat d’une vedette pour assurer les liaisons entre les deux îles et les frais de fonctionnement de cet équipement ne sont pas sans conséquence sur la structure du budget communal et expliquent en partie les difficultés financières de la collectivité. In « Chambre territoriale des comptes de la Polynésie française Observations définitives – commune de Tahuata – séance du 2 août 2006″. Cliquez sur  rod-ctc-tahuata-2006.1180688232.pdf pour lire le rapport de la CTC.

Mgr René-Ildefonse Dordillon

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Mgr Dordillon (René-Ildefonse) est né à Sainte-Maure (Indre-et-Loire) le 11 octobre 1808. Prêtre en 1832, il est entré dans la Congrégation des Sacrés-Coeurs de Picpus en 1836, et arriva aux Iles Marquises le 23 janvier 1845. Il fut nommé Vicaire apostolique de ces îles le 7 décembre 1856 et sacré évêque titulaire de Cambysopolis le 4 février 1857. Il mourut à Taiohae le 11 janvier 1888. — Nul plus que lui n’a connu la langue, les coutumes et les mœurs des Marquisiens. Il a publié une grammaire, ainsi qu’un certain nombre de livres et d’opuscules destinés à l’instruction religieuse de ses ouailles. Il a laissé un dictionnaire Marquisien Français et Français Marquisien qui a été publié en 1904.

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R-I Dordillon était le cousin de Mgr Baudichon, premier évêque des Marquises. Voici un extrait de son témoignage au cours de ses missions d’évangélisation avec l’évêque en 1848 à Tahuata, lorsqu’il relate la fête du catéchuménat. « L’église est pleine. La foule compacte. Monseigneur préside en habits pontificaux. Les aspirants s’avancent deux à deux, solennellement. Le 19 avril, la même cérémonie se renouvelle dans la vallée de Hanatetena, au delà de la montagne. Au lieu de gravir les pentes abruptes, cette fois on a décidé de contourner l’île. Le commandant français a mis à la disposition de l’évêque une canonnière armée que manœuvrent des officiers. Après quelques péripéties de navigation, on arrive en face de la vallée à 3 heures du matin. Les indigènes venus avec les Pères se jettent à la nage pour annoncer la nouvelle, tandis que deux coups de canon, tirés du bord, réveillent les tribus endormies. Quelques tirs de mousqueterie répondent à ce signal et indiquent qu’il a été compris. Des torches s’allument partout sur la montagne et descendent lentement vers la plage qui paraît bientôt embrasée. On débarque à l’aube, parmi les détonations des canons et des fusils et les longs appels de conques marines. A 10 heures, bénédiction de la chapelle sur l’emplacement du pavé sacré. A haute voix devant une assistance compacte quatre-vingt-trois catéchumènes prennent de solennels engagements. Et le journal continue l’énumération de ces cérémonies. 21 mai, baptême solennel de vingt-cinq catéchumènes ; 24 mai, nouvelle fête dans une vallée du sud de l’île ; 31 mai, confirmation de trente-sept personnes ; 15 juin, réception de quatre-vingts catéchumènes dans la baie d’Hapatoni. Ce « magnifique mouvement » était selon R-I Dordillon, de toute évidence dû à la nouveauté, à l’exemple du roi de Tahuata, au prestige de l’évêque. La foi chrétienne était d’ailleurs loin d’avoir pénétré tous les cœurs et les cannibales même convertis « devaient conserver dans les dents le goût difficilement oublié de la chair humaine » écrit-il. Mgr Baudichon en eut quelques démonstrations. En arrivant dans la baie de Motopou, au nord de l’île de Tahuata, il trouva chrétiens et idolâtres assemblés sur la plage. Il y avait là un arbre creux et tout auprès une pierre qui servait de siège. Mystérieusement, une petite fille s’approcha de l’évêque et lui dit à l’oreille : « Monte sur cette pierre, plonge ton bras dans le creux de l’arbre, tu y trouveras quelque chose. » Tout en conversant avec les indigènes, l’évêque s’avança lentement vers l’arbre. Puis, tout naturellement, il demanda : « Y a-t-il quelque chose là-dedans ? Sans attendre la réponse, il plongea la main dans le tronc et en retira des ossements : bras, jambes, côtes et un crâne. — Qu’est-ce que tout cela ? demanda-t-il. — Ah ! répondirent quelques indigènes, ce sont des victimes d’autrefois. — Comment ! d’autrefois ? mais ces ossements ne sont pas vieux ! Alors, un chrétien se décida à raconter « l’affreuse histoire ». Deux habitants de l’île Hiva-Oa avaient débarqué dans la vallée. On les avait accueillis à merveille. Pendant qu’ils goûtaient au repas préparé à leur intention, « des païens » les avaient assommés. Dépecés aussitôt, mis au four, leur chair avait été distribuée au loin jusque dans la vallée du roi. Les redoutables guerriers accoutumés à ces festins « atroces » cachaient leurs pratiques sous des dehors parfaitement amènes. Une dénégation sans appel était la plupart du temps la réponse qu’ils faisaient aux étrangers. In « Aux îles Marquises – Secrets, candeurs et férocités de cannibales » R.P. Mouly Ss Cc Editions de l’Arc Octobre 1949