
Source : http://www.culture.gov.pf/4664-Joseph-Kaiha-relance-le-dossier-marquisien-a-l-UNESCO.html
Situées à 5500 km de Los Angeles, à 4000 km au sud de Hawaii, 7500 de Sydney, 6500 de Santiago du Chili, et à 1400 km au nord-est de Tahiti, les Marquises (archipel composé de 12 îles dont 6 sont habitées) sont les îles les plus éloignées de tout continent. Entre traditions et modernité, entre ciel et mer, Ua Pou, Hiva Oa, Nuku Hiva, Fatuiva (Fatu Hiva), Mohotani (Motane), Tahuata, Ua Huka et Eiao, les îles Marquises, Terre des Hommes, Te Fenua Enata, Te Henua Enana, the Marquesas Islands. Blocs de lave surgis du Pacifique, ces îles hautes composent un paysage dentelé à la beauté sauvage et envoûtante. Les Marquises s'offrent dans leur rudesse, brutales et authentiques…
La dernière lettre de Greg Dening invitant les jeunes marquisiens à écrire leur propre histoire est restée lettre morte. Aucun d’entre eux ne participa aux concours d’écriture organisé par le Comité organisateur du Matava’a 2007 et pourtant dotés de 3000 euros de récompenses ! Aucun écrit en eo enana ne fut donc produit malgré les reports de clôture du dit concours.
L’Académie marquisienne guère plus féconde n’a publié au cours de ces cinq dernières qu’un seul recueil de poèmes, œuvres des élèves des premiers et seconds degrés.
« L’écriture serait difficile pour certains convaincus qu’elle n’a rien de naturel, qu’elle est le fruit d’une histoire propre au monde occidental et asiatique. Leur problème est qu’il faille désormais vivre avec et s’adapter à grande vitesse alors que d’autres ont eu des millénaires… » écrit une fidèle lectrice. (NDLR. Ce n’est qu’à partir de la fin du 19ième siècle que lecture et écriture devinrent un phénomène de masse conjointement à l’avènement de l’ère européenne en Polynésie avec certes l’apport de l’écriture à travers le bible et les contrats commerciaux, etc. mais aussi en contre partie avec l’interdiction des langues maohi dans les écoles).
« Même pour ceux qui ont reçu une éducation française c’est toujours un effort malgré l’intérêt extraordinaire qu’ils en perçoivent essentiellement dans leur travail mais c’est aussi quelque chose qui ne leur donnerait jamais de vraie satisfaction car ils pensent avec certitude que d’autres feraient mieux et ils ne voient pas ce que personnellement ils apporteraient – de plus – aux Marquises, comme d’autres déracinés certainement qui en permanence oscillent entre idéalisation, culpabilité, nostalgie, exaltation, découragement, fatalisme, complexes de toutes sortes – physiques, culturels, mauvaise conscience… – tout cela les conduisant à ne rien faire et à se raccrocher aux échos multiples et d’ailleurs de plus en plus variés et intéressants qui font de ce territoire et de ses habitants un objet d’étude et de curiosité jamais démenti ! »
Le manque d’estime de soi et l’inhibition que révèlent ces propos, sont des phénomènes bien identifiés par les psycholinguistes. Pour l’enfant de langue maternelle polynésienne, l’utilisation de sa langue en classe renforce son estime de soi et lui permet de se livrer à un travail intellectuel au cours d’activités menées dans une langue qui a du sens pour lui, dans laquelle il prend du plaisir, et en rapport avec la culture qui lui est la plus accessible
« Si la langue maternelle est bien la première expérience qu’un enfant fait du langage, alors le bon sens éducatif voudrait que cette expérience puisse être menée paisiblement à son terme, c’est-à-dire jusqu’à la stabilisation du développement du langage vers 7 ou 8 ans. Longtemps combattue dans l’école française au nom de l’unité de la République, cette idée gagne néanmoins du terrain face à l’évidence : la persécution des langues maternelles des enfants non-francophones est contre-productive parce que l’inhibition de la langue maternelle est une inhibition du langage en général, avec les conséquences attendues…» (Launey 2003).
« Lorsque deux langues sont en contact, dont l’une est plus prestigieuse que l’autre, l’apprenant bilingue qui a pour première langue celle qui est la moins prestigieuse est confronté à une double contradiction : d’un côté, il éprouve à la fois de l’admiration (désir d’intégration : ex. le français, c’est la langue de la « réussite ») et de l’hostilité (peur d’assimilation : ex. le français, c’est la langue des Popaa) à l’égard de la langue prestigieuse, et de l’autre, il est attaché affectivement à sa première langue qu’il dévalorise. La valorisation conjointe des deux langues doit permettre à l’élève de sortir de cette double contradiction » (W. Lambert, 1977).
Cette problématique hélas toujours actuelle et prégnante conduit la plupart des jeunes polynésiens à l’échec et maintient par ailleurs les écrivains marquisiens absents du monde littéraire sauf dans le domaine de l’écriture des chansons (cf. Rataro par exemple).
Teaki Dupont-Cochard, une jeune femme d’origine marquisienne, s’affranchit de toutes ces inhibitions et interdictions historiques qui anesthésient encore les consciences. Elle a écrit un conte qui a été diffusé sur France musique du 9 au 13 juin 2008. Pour consulter son blog littéraire cliquez ici
Teaki s’est livrée à un travail d’écriture avec lequel elle a pris royalement du plaisir, plaisir partagé par les auditeurs. L’imaginaire de la rate se dilate au-delà de l’Histoire jusqu’au point de non retour, le point final…. « Quand l’écrit vint, elle a souri » dit le rat au roi !
Puisse ce conte conduire la jeunesse marquisienne sur la voie des mots pour oublier les maux de tous les jours et la corvée journalière du ramassage des feuilles qui ne sont point des feuilles d’écriture.
L’HISTOIRE VÉRIDIQUE ET AUTHENTIQUE DU DERNIER ROI DES ÎLES MARQUISES
[Adaptation et lecture : Véronique SAUGER – Musique traditionnelle polynésienne – Émissions réalisées par Périne Menguy avec le soutien du Fonds d’action SACEM] Ce conte peut être pendant quelques jours encore être écouté en cliquant ici sur le site de France-Musique (successivement sur les icônes du 9 au 13 juin).
Tea croit en l’avenir de la jeunesse de sa vallée grâce à une nette amélioration de sa réussite scolaire. Il forme le vœu que la présence des enseignants inspire de nouvelles vocations professionnelles pour les enfants de Haakuti.
C’est la raison pour laquelle il a réuni les professeurs et le principal du collège de Ua Pou afin de les remercier pour leur travail et souhaiter à ceux qui s’en vont une retraite bien méritée.
Les parents avaient préparé en l’honneur de leurs invités un bon repas avec les mets marquisiens les plus fameux : pieuvre, poisson cru, manioc, fruit de l’arbre à pain…
Mais avant le dîner, deux jeunes filles ont présenté quelques danses puis ont invité leurs chers professeurs à suivre le rythme.
Mais ceux-ci ne paraissaient eux non plus avoir progressé pendant tout ce temps passé aux Marquises.
« Je prends le temps de chercher des fruits, c’est si bon, après les longues heures passées sous l’eau, de rafraîchir la langue saturée de sel. Mon fruit préféré, l’offrande merveilleuse, c’est la pomme cythère à l’éclat jaune, dont le goût légèrement acidulé réveille l’ardeur de la bouche » écrivait Florian Aguillon lors de son séjour, il y a trente ans, à Haakuti.
Le prunier de Cythère (Spondias dulcis Foster) ou pommier de Cythère – de Nouvelle Cythère nom donné par Bougainville à Tahiti, est un arbre fruitier originaire de Mélanésie et de Polynésie où il a sans doute été amené par les premiers Polynésiens au cours de leurs migrations dans le Pacifique. Il a été vers la fin du 18ème siècle importé aux Antilles, à Madagascar, à la Réunion et en Amérique du sud et dans de très nombreux autres zones tropicales et subtropicales humides où il peut pousser jusqu’à une altitude de 700 m.
Malgré son nom vernaculaire, cet arbre n’a aucun rapport avec les pruniers, pommiers et autres pêchers. Dans sa famille, celle des Anacardiacées, on trouve le manguier et l’anacardier.
Ce bel arbre droit et plutôt rigide et symétrique, à croissance rapide peut atteindre 20 m de haut. Les feuilles, composées et alternes, luisent d’un beau vert devenant jaune or lumineux en saison sèche avant de tomber. Apparaissent alors les petites fleurs blanches groupées en panicule de 20 cm à 30 cm. Elles donnent naissance à des grappes d’une douzaine ou davantage de fruits ovales quelque peu irréguliers de 6 à 9 centimètres à long pédoncule. Ils ont une peau verte devenant jaune à maturité. Il arrive souvent que les fruits tombent par terre alors qu’ils sont encore verts.
Le fruit très filandreux, a un léger goût de térébenthine et son gros noyau entouré de longs filaments et hérissé d’épines adhérant à la chair n’en fait pas un fruit très recherché, sauf par les Tahitiens, qui lui sont restés fidèles. Sa peau épaisse et lisse contient une chair sucrée, acide, et juteuse.