Lettre aux jeunes Marquisiens
Greg Dening a souhaité envoyer un mot à la jeunesse marquisienne lors de l’ouverture du Festival des Marquises à Ua Pou. Cette lettre transmise à M. Robert Koenig et Mgr Le Cléac’h n’a pas été lue lors des différents discours mais elle a été diffusée sur les ondes de Radio Marquises.
Mes chers amis des îles Marquises, kaoha !
Avec l’aide de Mgr Le Cléac’h et de M. Robert Koenig, je vous salue dans la paix et dans l’espérance !
Il y a 2000 ans de cela, vos ancêtres ont réalisé le voyage de migration le plus remarquable de toute l’histoire de l’humanité. Ils ont quitté leur patrie, les îles Tonga et Samoa, pour découvrir 7000 Km plus loin de nouvelles îles, qu’ils ont nommées Terre des Hommes, Henua ‘Enata. Ce n’était pas encore la fin de leur aventure : quelques siècles plus tard, ils sont repartis vers le Nord-ouest découvrir de nouvelles îles – qu’ils nommèrent îles Hawaii, puis vers le sud-est découvrir une autre île – qu’ils baptisèrent du nom de Rapa Nui.
Pour moi, Greg Dening, pouvoir être immergé dans l’histoire de votre peuple a été un privilège qui a duré plus de 50 ans. Et j’ai toujours espéré deux choses : m’effacer, moi qui suis un étranger, après avoir raconté votre histoire ; mais aussi, vous voir, vous les enfants de cette Terre des Hommes, écrire cette histoire : vous la dansez déjà, vous la gravez, vous la sculptez, il vous faut aussi l’écrire. Et mon plus grand espoir, au fond, le voici : que vous découvriez qui vous êtes dans cette connaissance qui n’est pas la mienne, qui ne vient pas de moi mais de vos ancêtres, et des milliers de documents que j’ai lus.
Et c’est merveilleux que Mgr Le Cléac’h et M. Koenig aient pu mettre mes mots en français mon Récit aux îles Marquises 1797-1799, cet Account of the Marquesas Islands de William Crook, c’est mon dernier cadeau pour vous.
Je voudrais encore ajouter ceci :
Tout, tout ce que William Pascoe Crook, ce jeune Anglais de 22 ans, a écrit sur la vie de vos ancêtres d’il y a deux siècles, sur la vie des Marquisiens d’il y a huit générations, tout ce qu’il a écrit vient, en fait, de Timautete, de ce jeune garçon originaire de l’île de Tahuata et qui n’avait à l’époque que 14 ans.
C’est le thème de ce Festival des îles Marquises, celui des tuhuka ou des tuhuna,, celui de la connaissance et de la transmission de cette connaissance. J’espère donc que les jeunes gens de la Terre des Hommes seront inspirés par Timautete et qu’ils suivront son exemple, qu’ils auront envie de connaître leur histoire et celle de la Terre des Hommes, comme Timautete.
Kaoha mes amis, je vous dis merci, vous avez enrichi ma vie !
Greg Dening
Ouverture officielle du 7ème festival des Marquises en présence du secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, Christian Estrosi
(Tahitipresse) – Le festival des arts des Marquises, qui célèbre ses vingt ans d’existence, a débuté officiellement, dimanche, sa septième édition, en présence du secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, Christian Estrosi, mais également du haut commissaire Anne Boquet, du sénateur Gaston Flosse, du député Bruno Sandras et de plusieurs ministres du gouvernement UPLD (Union pour la démocratie). « Je ne suis pas venu à la rencontre de tel ou tel homme politique. Je suis venu au festival des Marquises pour rencontrer le peuple marquisien », a déclaré Christian Estrosi sur ce chapitre qui a ajouté sur l’absence du président de la Polynésie, Oscar Temaru : « Si certains ont choisi d’être absents, c’est leur problème ».
Festival des Marquises : Cérémonie d’ouverture ; Discours de Mr J-M RAAPOTO, Ministre de l’Education, représentant le Président du Gouvernement
Kaoha nui to te Fenua Enata
Kaoha nui to Ua Pou
C’est toujours avec joie et avec une grande émotion que nous assistons à ce grand rassemblement de la famille marquisienne, à ce festival qui marque le réveil du peuple des Marquises : Te matavaa o te Henua Enata.
Cet événement est unique dans le Pacifique et probablement dans le Monde. Les îles de l’archipel rivalisent d’adresse, de performances mais il n’y a pas d’argent à gagner ; aucun spectacle n’est payant ; le ati enata se réunit et nous avons le privilège d’être vos invités. Notre gouvernement a apporté un soutien sans précédent à cet événement culturel pour témoigner de la solidarité de tous les Polynésiens, de notre fierté et de notre attachement à notre culture polynésienne, fondement de notre identité.
Ce festival est aussi l’occasion de valoriser les trésors archéologiques de nos îles ; à chaque festival de nouveaux sites sont restaurés, sortis de l’ombre de la nuit et de l’oublis, avec l’aide de scientifiques. Les bâtiments publics, les espaces culturels, les routes ont aussi bénéficié d’importants investissements de notre gouvernement.
Le Président Oscar Temaru a toujours soutenu le développement économique et culturel des Marquises, et il y a quelques jours encore, il est venu s’assurer personnellement de la bonne marche des préparatifs.
Le Ministre de l‘Equipement, n’a pas ménagé ses équipes notamment pour aménager le réseau routier et assurer le transport maritime.
Le Ministre de la Culture, a apporté un soutien technique et financier de plusieurs dizaines de millions au comité organisateur.
Le Ministère de l’Education a modestement contribué en mettant ses locaux scolaires à disposition des organisateurs. Tous les ministres ont voulu, dans leur domaine de compétence contribuer à la réussite de ce festival.
Mais au nom du gouvernement, je remercie également l’Etat pour sa contribution, notamment au transport et à la sécurité.
Que de chemin parcouru depuis que quelques-uns d’entre vous ont osé braver les interdits, les contraintes, les préjugés et les craintes superstitieuses pour redonner une place à votre culture ancestrale dans le présent et l’avenir des Marquisiens et de tous les Polynésiens. Vous avez par votre persévérance – trop souvent seuls – redonné aux jeunes de votre archipel la fierté d’être Marquisiens, l’envie de redécouvrir la culture de leurs ancêtres, l’envie de se la réapproprier, de la réinventer, de l’enrichir de nouveaux apports.
Ce sont les tatouages, les sculptures, le travail de la pierre et de l’os, les légendes, les haka aujourd’hui reconnus dans le monde entier, qui ont bénéficié du miracle de votre renouveau culturel.
Alors qu’en 1985, le regretté UKI avait supervisé la fabrication de deux pahu géants face à l’œil réprobateur de ceux qui y voyaient le réveil du paganisme, ce sont aujourd’hui des centaines de pahu marquisiens qui résonnent dans l’archipel et jusque dans les églises. Vos enfants commencent à battre les tambours dès la maternelle ! De nouveaux Tuhuka maîtrisent à présent l’art de leur fabrication.
C’est le troisième cycle des festivals qui débute aujourd’hui à Ua Pou. Votre île a vu naître cet événement fondateur en 1985. Nous vivons aujourd’hui le 7ième festival des Marquises et le troisième festival à Ua Pou. Le réveil, Te Matavaa en 1985, puis Te Mevaha ou la diffusion en 1995, puis aujourd’hui Te Tuhuka ou le spécialiste, celui qui sait et qui est reconnu pour son savoir ou son savoir-faire. J’y vois le symbole de la transmission des savoirs, la valorisation de vos héritages et de notre patrimoine commun. Notre culture, nos langues, notre identité.
Les enfants parlent marquisien entre eux, et ils en sont fiers. Et ils ont raison. Tout comme les Tuhuka transmettaient un savoir valorisé par la reconnaissance de la société, nous devons tous transmettre nos langues polynésiennes à nos enfants. Elles doivent être reconnues, avoir droit de cité. Elles sont notre expression et tout comme nous avons le droit de respirer, tout comme nous avons le droit d’exister, nous avons le droit et le devoir de faire vivre nos langues et notre culture polynésienne.
Quelle tristesse !! Il n’y a pas si longtemps encore, les enfants polynésiens devaient parler exclusivement le français à l’école. Il leur était interdit de parler dans leur langue maternelle sous peine de punitions sévères, souvent infamantes. Mais comme les réfractaires étaient trop nombreux pour être tous systématiquement corrigés, comme ils s’exprimaient spontanément et à tout bout de champ dans la langue de leurs parents, de zélés éducateurs ont imaginé un système ingénieux. Ils remettaient un coquillage au premier élève surpris à parler en langue polynésienne à charge pour lui de trouver un autre récalcitrant pour lui remettre le coquillage du tabou et de l’interdit. Finalement, c’est devenu un jeu ; les enfants ont intégré la contrainte, ils ont simplement continué à parler leur langue en cachette et beaucoup d’entre eux ont déserté l’école.
Nous payons aujourd’hui le prix de cette mise en concurrence des langues française et polynésienne : malgré les efforts soutenus de leurs maîtres, le taux moyen de réussite des enfants polynésiens aux évaluations nationales de français est inférieur de 6 points à la moyenne des seules Zones d’Education Prioritaires de métropole.
Opposer la langue française à nos langues polynésiennes n’est pas une bonne démarche. Limiter par la loi, comme par la punition autrefois, les espaces où nous avons le droit de nous exprimer dans nos langues polynésiennes, n’est pas la bonne solution.
Se réfugier derrière la constitution, qui n’est qu’une loi plus importante que les autres, pour refuser au peuple polynésien le droit naturel d’échanger et de débattre sur l’avenir de notre pays dans nos langues n’est pas une bonne démarche. Auriez-vous imaginé un seul instant venir à ce festival pour vous adresser à un peuple de muets ?
Etablir des hiérarchies entre les cultures en dévalorisant les langues polynésiennes, en marginalisant leur usage, en leur refusant l’accès aux espaces de débats publics de leurs représentants élus n’est pas une démarche respectueuse de notre identité.
Nous ne demandons qu’à pouvoir nous exprimer chez nous dans une langue de chez nous. Il est vrai, le français a toute sa place dans la société polynésienne contemporaine mais il ne doit pas prendre toute la place.
Les élus polynésiens veulent parler en langue polynésienne de la Polynésie au sein de l’assemblée de Polynésie. Pourquoi faudrait-il ouvrir des négociations pour cela ? Les députés français accepteraient-ils qu’on les oblige à ne parler qu’anglais à l’assemblée nationale ou même au parlement européen ? Ne trouveraient-ils pas cela humiliant et absurde?
Accepteraient-ils de se plier à une telle décision imposée par d’autres sans aucun respect de leur identité et de leur histoire?
Je ne le crois pas.
Aussi, Monsieur le Ministre, je me tourne vers vous avec l’espoir que vous saurez porter notre message aux élus nationaux, au gouvernement de la France et au président de la République. Je vous confie ce coquillage et vous demande avec respect et déférence de le ramener symboliquement en métropole pour marquer la rupture avec une politique ressentie par les Polynésiens comme le déni de leur identité. Nous savons bien qu’il y a aussi en France, au sein même de la représentation nationale, une tradition de tolérance et de respect de l’autre prête à reconnaître notre droit à parler nos langues.
Car je dois vous le dire Monsieur le Ministre, nous ne négocierons pas la restriction de notre liberté d’expression et si le pouvoir parisien persiste à vouloir nous interdire de débattre dans nos langues à l’assemblée, il faudra que Madame le Haut Commissaire, garante de la légalité, se procure toute une cargaison de coquillages car les « petits représentants désobéissants » seront, je le crains très nombreux.
Comprenez-nous. Le mot REO, EO en marquisien signifie à la fois la langue et la voix ; nous interdire de parler notre langue c’est aussi nous priver de notre voix ! Alors, Monsieur le Ministre, si la loi ne nous respecte pas, devons- nous respecter la loi au mépris de ce qui constitue notre âme ?
Je vous invite par contre à faire avec nous le constat de notre Matavaa, au réveil de nos réalités culturelles, de notre ressenti.
Le festival des Marquises est une fête magnifique, organisée dans un esprit de paix et de communion : le résultat de la détermination des Marquisiens, de leur confiance dans leur culture, dans leurs valeurs. Tous les polynésiens doivent s’approprier cet exemple pour défendre dans le respect réciproque mais sans faiblesse notre patrimoine culturel, notre identité et notre liberté d’expression.
Bon festival à toutes et à tous et que vive Te Matavaa O Te Henua Enata.
Jean-Marius RAAPOTO
Festival des Marquises : H – 15 = Installation son et lumière
Festival des Marquises : H – 20 = Arrivée d’un groupe de festivaliers par le bateau Tahiti Nui 7
Festival des Marquises : J – 2 = Pirogue double de Nuku Hiva à Hakahetau
MATAVA’A : LA RENAISSANCE DE LA CULTURE MARQUISIENNE
Le Festival des Arts de Iles Marquises a évolué depuis sa création, devenant peu à peu plus ambitieux et plus complet dans ses objectifs.
MATAVAA o te FENUA ENATA, l’éveil des îles Marquises, thème du premier festival organisé à UA POU en 1986, a donné le nom marquisien du Festival des Arts. Il marquait la volonté sous l’impulsion de l’association culturelle MOTU HAKA o te FENUA ENATA d’assumer pleinement l’héritage culturel marquisien à travers les chants, les danses, les légendes et l’hospitalité des fêtes ancestrales. Les marquisiens (seules les trois grandes îles avaient des groupes de danse) ont réappris à fabriquer et à jouer du tambour, à vivre sans honte une culture longtemps réprimée. Les visiteurs ont été frappés par l’authenticité et la permanence des prestations.
Le Festival, dès 1988 à NUKU HIVA, a été l’occasion de remettre en valeur des lieux archéologiques d’un grand intérêt historique et culturel, laissés à l’abandon depuis la conversion au christianisme dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Devant l’ampleur de la tâche, UKI donna le nom de TEMEHEA au site qu’il construit à côté du «paepae» PIKIVEHINE. La maison marquisienne décrite dans la légende a été reconstruite chronologiquement, c’est-à-dire de la tombée du jour aux premières lueurs du jour suivant, pour les délégations sur le site de PIKIVEHINE à Taiohae. Cette maison marquisienne ainsi reconstruite, symbolisait d’une part la création du FENUA ENATA par les demi-dieux ATEA et ATANUA, son épouse et d’autre part l’importance de chaque élément de la construction et donc de chaque île, dans la solidité de l’union marquisienne. Les danses et les chants ont pris de l’importance, les hommes de TAHUATA sont venus montrer leurs tatouages anciens.
En 1991, à HIVA-OA, le choix a été porté sur la généalogie «MATATETAU» ou la recherche des liens entre les générations et entre les îles (dans la mythologie marquisienne, toute partie de l’univers [ les dieux, les hommes, les astres, les plantes, etc. ] a une généalogie qui permet de la situer par rapport au reste de l’univers). Les groupes de danses se sont étoffés, atteignant une centaine de personnes, sept grands tambours ont été fabriqués et pour la première fois d’immenses plats communautaires traditionnels «IPO» et «HOANA» ont refait leur apparition. Deux sites, le «MEAE OIPONA» à Puamau et le «TOHUA UPEKE» de Taaoa ont été partiellement restaurés et un Tohua à l’ancienne a été reconstitué au centre d’Atuona. Une publication sur HIVA-OA a été faite par l’archéologue Pierre OTTINO et deux expositions sur SEGALEN et des peintres polynésiens ont été présentées au public.
En 1995, à UA-POU, le thème «TE MEVAHA», la dispersion, est un appel à l’ouverture. Pour l’île de HIVA-OA, la première pirogue de style traditionnel reconstituée avait entrepris la traversée jusqu’à UA-POU avec beaucoup de difficultés. Un site archéologique a été restauré et des légendes anciennes ont servi de fil directeur à la plupart des spectacles. La médiatisation tant écrite que télévisée a permis de donner plus d’ampleur à l’événement.
Le Festival de l’an 2000 organisé en décembre 1999 à NUKU-HIVA a confirmé l’ouverture par la présence de plusieurs délégations de Polynésie Française et du Pacifique (Tuvalu, Rapa Nui, Hawaii). On a pu constater une présence permanente et très importante des différents médias. L’accueil traditionnel des pirogues de HIVA-OA, UA-POU et UA-HUKA sur la plage de Taiohae a été le premier temps fort. Pour la première fois, toutes les îles marquisiennes ont présenté des spectacles et les délégations étaient très importantes et bien préparées : le festival a enfin conquis toutes les Marquises. Encore une fois, l’organisation de cet événement a été l’occasion d’acquérir et de restaurer, sous la conduite d’archéologues émérites, des sites grandioses comme «KOUEVA» à Taiohae et «KAMUIHEI» à Hatiheu. Le thème posait la question du devenir des marquisiens à l’aube du troisième millénaire. Ce festival, inscrit dans le cadre des festivités de l’an 2000, a contribué au rayonnement régional de la culture marquisienne. Les participants, auxquels s’ajoutaient les visiteurs et les passagers du paquebot de croisière Paul GAUGUIN et du cargo mixte ARANUI, furent nombreux et enthousiasmés par la magie des lieux et le caractère particulièrement chaleureux et convivial de l’ambiance générale.
En 2003, le Festival de HIVA-OA doit poursuivre la recherche de nouvelles ambitions en mesurant le chemin parcouru. Le programme, en accord avec le thème «TE HEI TEMEII 0 TE ATI ENATA» affiche clairement ces ambitions. Après avoir recherché les traces du passé et remis en valeur une partie du patrimoine marquisien de demain, ce Festival sera une véritable porte ouverte à la jeunesse, aux générations actuelles, pour s’exprimer artistiquement et culturellement dans ses savoir-faire traditionnels (sculptures, tatouages, dessins, gravures, danses, chants…) pour un attachement encore plus profond à ce qui est l’essence même de sa culture.
Pour cette 7ème édition, nous avons retenu « TE TUHUKA » (les maîtres, savants, techniciens). Terme générique définissant les fonctions spécifiques de tous ceux et celles qui détiennent les savoirs, les savoir-faire, ceux qui communiquent avec les Dieux et divinités, ceux qui ont contribué au peuple marquisien de vivre ou de survivre au « HENUA ANANA » : Terre des Hommes.
Ce Festival doit poursuivre la recherche de nouvelles ambitions et perspectives en mesurant le chemin parcouru depuis déjà vingt ans !
Il est essentiel pour nous de mesurer, de sonder et de faire une synthèse sur toutes les actions culturelles traditionnelles acquises par notre jeunesse depuis le premier MATAVAA jusqu’à ce jour.
Le programme, en accord avec le thème « TE TUHUKA » affiche clairement ces ambitions… Chaque TUHUKA possède des dieux tutélaires. Prenons par exemple : pour les « TUHUKA HEE TAI » (maîtres navigateurs) leurs dieux sont TEAHUMOANA, dieu principal de la mer, MOEATAI dieu des navigateurs au loin dont le nom signifie « couché à la mer ». Les incantations, les chants et danses, l’art culinaire, le tatouage, les objets sculptés, les outils servant à naviguer (rames, cops, voiles, pirogues, balanciers…) sont dédiés aux dieux pour obtenir leur protection : tout un rituel !
On nous demande parfois : « A quoi sert un festival culturel ? », nous répondons : « La culture est l’essence même de la vie ou de la survie d’un peuple. Elle nourrit la pensée et l’esprit de l’homme. Elle est le miroir de l’âme ! ».
Le Festival est d’abord la rencontre des Marquisiens autour de leur culture et de leur identité. Même si l’identité culturelle marquisienne saute aux yeux de tous les visiteurs, même polynésiens, il convient de prendre conscience de sa fragilité et de la renforcer. En effet, l’évolution des modes de vie conduit à abandonner certaines pratiques et savoir-faire jugés inutiles ou peu valorisants. Les rapports humains, notamment entre les générations, étant rendus difficiles par une différence d’éducation et de mentalité, la transmission des connaissances traditionnelles doit être repensée et stimulée.
On comprend bien que l’organisation du Festival des Arts des Marquisiens ne correspond pas à un réflexe de repli sur soi mais à un accompagnement de l’ouverture au monde. Cette dernière permet notamment aux marquisiens d’aujourd’hui de mieux percevoir leur originalité culturelle et leur valeur à travers le regard des autres. Elle permet aussi de mieux appréhender leurs liens culturels, affectifs et institutionnels.
Mais le Festival n’est plus seulement une opportunité de rencontre entre marquisiens. Il s’est élargi à d’autres délégations de Polynésie et du Pacifique qui apportent un soutien dynamique à la renaissance de la culture marquisienne.
La médiatisation est aujourd’hui un élément important dans la réussite d’une manifestation d’envergure. Sur le terrain, elle devra être organisée pour qu’elle ne gêne pas le déroulement du festival. Il convient enfin de prendre en compte et de protéger les droits des artistes marquisiens dont les idées sont souvent pillées.
Benjamin TEIKITUTOUA

