Hane, les tiki de Meaiuate en danger !

Les tiki sont rares à Ua Huka. Lorsque Linton visita le me’ae Meaiaute dans les années 1920, le site disparaissait sous la végétation et il ne put voir qu’un tiki bien que son guide lui assurât qu’il en existait quatre autres.Meaiaute En 1963, le site a été débroussaillé et nettoyé dans le cadre d’un programme de restauration officiel, et trois tiki sont désormais visibles (voir photos). Tous étaient sculptés dans de gros blocs de tuf rouge. Les trois tiki sont remarquablement semblables, ce qui suggère que datant de la même période ils ont été probablement exécutés par le même sculpteur ou le même groupe de sculpteurs. Leur hauteur visible au-dessus du niveau de sol est de 100 à 120 cm. Les largeurs sont respectivement de 60-64 cm au niveau des épaules, de 40 à 54 cm au niveau du cou et de 55 à 59 cm au sommet de la tête. L’épaisseur est comprise entre 34 et 40 cm. Les dos de ces tiki sont pratiquement rectilignes et la démarcation au niveau de la nuque est très faible ou inexistante.Tiki_meaiaute_1                                  

Sur le tiki ci-dessus, un détail en relief, sur le côté gauche de cou figurant soit un tatouage soit un ornement d’oreille est d’un intérêt tout particulier. Tiki_me_ae_meaiaute_hane_2Les trois tiki présentent au sommet de la tête, sur la partie antérieure, une sorte de large bande en relief formant rebord que Linton avait appelé un « low flange ». Un trait, relevé par Linton sur le tiki qu’il examina et que les deux autres exemplaires partagent également, était « la bizarrerie, par rapport à la représentation habituelle des tiki, qui consistait à détacher complètement les oreilles de manière à ce qu’elles forment par rapport à la tête un angle droit ».                                                                                  Tiki_3

Le quatrième tiki était une petite représentation sculptée en relief, en ronde bosse, dans une plaque de tuf de 1,40 m de longueur, prise dans la structure arrière du me’ae sur le côté intérieur d’un pavage. Il est actuellement en piètre condition.(Marimari Kellum-Ottino,1971)Representation_en_relief_4

Taui, Hane vers 1965… Hane en 2006

La vallée de Hane peut être divisée en trois zones écologiques ; la région côtière basse et relativement plate, une zone intermédiaire correspondant à la moyenne vallée plus large mais en même temps à plus forte déclivité, et enfin, l’intérieur au relief tourmenté caractérisé par la convergence depuis le massif central de Ua Huka vers la vallée moyenne, d’un grand nombre de crêtes et de croupes à fortes pentes. La végétation des deux premières zones a, sans aucun doute, été profondément altérée. Les cocoteraies plantées au début du XXième siècle, au moment du développement de la production de coprah due aux demandes du marché international, couvrent toute la basse vallée et la région côtière. Les formations d’arbres à pain apparaissent plus loin vers l’intérieur au-delà des cocoteraies. La seule partie actuellement inhabitée se limite au pourtour la baie. Dans le passé, il n’y avait pas de village aggloméré aux Marquises. Les sources historiques les plus anciennes font simplement mentions de maisons dispersées. Vers 1965, l’habitat de Hane peut être appelé village, bien que la dispersion des petits groupements des maisonnées conserve les anciennes caractéristiques des habitats pré-européens.

Hane_en_1965

Le déplacement des habitats vers la côte, général aux Marquises (et dans l’ensemble du Pacifique) explicable par la fin de l’insécurité et très encouragé par les autorités administratives et religieuses est en outre rapidement devenu une nécessité au fur et à mesure que les habitants des vallées autrefois autarciques dépendaient toujours davantage de l’extérieur. Dès lors, les villages se sont rapprochés de la côte et des mouillages des goélettes. L’édification de ces centres communautaires que sont l’église et l’école, a eu pour effet de favoriser le groupement des maisonnées et par là de donner davantage aux habitats marquisiens modernes une physionomie de villages. Même en tenant compte de l’exceptionnelle poussée démographique actuelle (nous sommes en 1965), il est peu probable que les Marquisiens se remettent rapidement à exploiter leur milieu naturel et, à s’orienter à nouveau vers une économie de subsistance. Pour l’instant, l’économie d’échange leur permet à moindre frais de se procurer ce dont ils ont besoin. Par conséquent rien ne tend à provoquer, avec une reprise des activités agricoles, un éclatement des nouveaux villages et à favoriser avec un retour vers une forme d’habitat dispersé, la constitution de hameaux conformes aux modèles pré-européens. En fait, pour l’instant, la tendance continue à aller résolument en sens inverse conduisant à la formation de villages serrés, très proches de l’image conventionnelle des villages européens, avec sans aucun doute une autonomie des maisonnées particulières encore plus accentuée. (in Archéologie d’une vallée des Marquises, 1971.) Ci-dessous, une vue quarante années après cette analyse prédictive de Marimari Kellum-Ottino, Hane en 2006…Hane_en_2006