Chants d’antan en 78 tours

Annes_1920_1930_3      Si vous cherchez des enregistrements sonores – datant du début du siècle dernier – de musiques traditionnelles folkloriques des Marquises , le Musée Náprstek – en République tchèque – a fait en 1981 l’acquisition d’une collection de 462 disques de phonographe, dont la grande majorité contiennent des enregistrements authentiques – et d’un grand intérêt sur le plan documentaire, ethnographique et musicologique – de musiques traditionnelles et folkloriques d’Europe, et plus particulièrement d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Océanie. Il s’agit de pièces enregistrées sur place dans les années 20 et 30 par des musiciens locaux de premier plan. Dans la plupart des cas, seul un petit nombre de disques est parvenu jusqu’en Europe, de sorte que ces enregistrements sont aujourd’hui pratiquement introuvables dans les centres d’études musicologiques. Leur valeur unique est encore accrue par le fait que, en l’espace d’une période relativement courte, de nombreux disques "pères" ont été perdus ou détruits. Fruit d’un travail systématique et érudit, la collection de disques de l’écrivain tchèque Karel Čapek constitue aujourd’hui un trésor irremplaçable pour l’étude historique de la musique vivante et des traditions musicales du monde entier.

120 dollars le baril

     Les peuples de Polynésie transportaient toujours avec eux des plantes pour leur valeur alimentaire, médicinale et sacrée. Les Maohi ont probablement introduit intentionnellement le noni dans toutes les îles qu’ils ont colonisées en naviguant sur leurs grandes pirogues doubles jusqu’à Hawaï. A la fin de la période de tatouage, les nouveaux initiés devaient déposer un noni sur l’autel des sacrifices. Les fruits mûrs crus ou cuits étaient mangés, notamment en temps de disette. En pharmacopée traditionnelle, les feuilles et fruits étaient utilisés pour traiter les panaris, les angines, les brûlures, les piqûres de poisson pierre, les abcès divers et en particulier celui du sein, les hernies scrotales, la double-langue, le diabète sucré, les tumeurs abdominales et la gratte. Embarquement_or_bleu_sur_taporo

     Chaque mois, 2 500 fûts de 200 kilos de noni partent des îles Marquises. Un fût est vendu plus de 100 euros. Le projet de développer la filière noni a réellement débuté en 1994 et la société Morinda (USA) a démarré ses activités en Polynésie en 1996. Chaque mois, 500 tonnes de purée (extraite de 700 tonnes de fruit) sortent de l’usine de transformation de Tahiti, 7 500 tonnes de purée exportées en 2005. Les produits sont transformés et commercialisés aux États-unis, au Japon, en Chine et bientôt en Europe. Si l’on en croit les responsable commerciaux, la poule aux œufs d’or qu’est le noni n’est pas prête de s’essouffler. Le mercredi 8 mars 2006, à Hollywood, le président Temaru déclarait, lors de la convention de la société Morinda, que "la vente du noni pourrait permettre à Tahiti Nui de gagner son indépendance. L’indépendance n’est plus une utopie : avec une économie basée sur le noni, la Polynésie française va désormais pouvoir subvenir à tous ses besoins !" Cliquez sur : Kaoha nui noni  Tahitian noni Article de presse

Le soleil brillait sur la mer

     Les légendes, les histoires appartiennent à ceux qui savent les dire… Et aussi à ceux qui savent rêver en les écoutant. Alors, accompagné du fond sonore des tambours qui, au loin, rythmaient les chants de la koika enana ressuscitée (autrefois la grande fête marquisienne, à caractère d’ostentation, sur une place publique à gradins aménagée spécialement et appelée tohua koika), dans le murmure du ressac de la plage proche, sous la voûte dorée des myriades de constellations qui font la magie de la nuit des îles, René Haiti Uki entreprit de conter sa version de la création du Fenua Enata, la Terre des Hommes, connue en Occident sous le nom d’îles Marquises…Il_y_a_longtemps 

     Eia i na po omua E pohue a’a Oatea me ta ia vehine o Atanua … Il y a longtemps, longtemps, le soleil brillait sur la mer, mais dans la mer il n’y avait pas d’île. Vivaient en ce temps-là Oatea et sa femme Atanua . Ils n’avaient pas de maison. Puisqu’il n’y avait pas d’île Pour construire les maisons. Alors Atanua dit à son mari : « On ne peut pas bien vivre sans maison. » Oatea ne répondit pas. Il pensait : « Comment vais-je faire pour construire une maison ? » Oatea invoqua les dieux, ses ancêtres. Un soir, il dit à Atanua : « Cette nuit, je vais construire notre maison. Maintenant je sais comment faire. » II faisait nuit. La voix d’Oatea s’entendait seule dans le noir. Il dansait et chantait : Aka-Oa e, Aka-Poto e, Aka-Nui e, Akaïti e, Aka-Pito e, Aka-Hana e, Haka-Tu te Hae. L’invocation finie, le travail commença. L’emplacement fut choisi : dans le milieu de l’Océan. Deux piliers furent dressés : Ua Pou. Une longue poutre fut placée sur les deux piliers : Hiva Oa. Alors il fallut assembler les piliers, la poutre. Le toit devant et le toit en arrière, Te ka’ava ao, te ka’ava tua. C’est Nuku-Hiva. La maison est couverte de feuilles de cocotiers tressées, Fatu. La maison était grande. Il fallait neuf feuilles de cocotier tressées Pour la couvrir dans sa longueur : O Fatuiva. C’est long le travail de tresser les feuilles de cocotier. Et de faire de la corde avec de la bourre de coco. Le temps passe, il passe vite. Oatea travaille, travaille sans arrêt. Soudain Atanua crie à son mari : « La lumière du jour commence à éclairer l’horizon du ciel. » O Tahuata. « Moho l’oiseau du matin chante déjà » Mohotani. Oatea sans s’arrêter répond : « Je finis. Il me reste à creuser un trou Pour y mettre tout le surplus de feuilles Et de bourre de coco » : O Ua Huka. Alors le soleil se lève et illumine l’Océan. Voici la maison construite par Oatea. Atanua sa femme s’écrie : Ei, ei, ei, ua ao, ua ao, O Eiao. Ua Pou, Hiva Oa, Nuku Hiva, Fatu Hiva, Mohotani, Tahuata, Ua Huka et Eiao, voici donc les îles ruisselantes de lumière dans le soleil levant.

Umu hei

     Après s’être enduit les mains de monoï, les femmes confectionnent de petits fagots de végétaux odorants qu’elles se mettent dans les cheveux, après les avoir assemblés avec un brin de fibre végétale. Leur composition comporte du fenouil ou de l’aneth, de la menthe, du miri, du mati, des petits morceaux d’ananas enfilés sur un brin de paiore et recouverts de poudre de bois de santal, de feuilles d’ylang-ylang, de fleurs de vaho vaho, d’opuhi et de tiare Tahiti, de racines de mouu et de hinano, et de la vanille. C’est une spécialité de Fatuiva, que l’on peut aussi mettre dans une chambre pour la parfumer.

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Quand vient la nuit

Dsc_0750rd     Les hommes s’accroupissent au pied des arbres. Les femmes, dans l’espace libre, comme dévêtues de blanc, remuent en cadence leurs jambes solides, leurs fortes épaules, leurs hanches et leurs seins, et les dernières lueurs du jour et les premières lueurs de la lune les poursuivent. La voix des hommes – orchestre de ce ballet – est monotone, grave, presque triste. Il se mêle des frémissements de peur aux trémoussements des femmes et à leur mimique invitant l’amour, qui va venir avec la nuit – avec la nuit tragique, où le démon des morts veille et rôde, et tout à l’heure se dressera, les lèvres blêmes et les yeux phosphorescents, près de la couche où les fillettes tôt nubiles ne dorment point paisibles, parce que les défunts reviennent – défunts amants ou défunts dieux.

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Danse de l’oiseau Haka manu

     Une femme, fascinante et détentrice du secret de sa forme humaine, transmet à sa lignée les pas de sa danse. Bien qu’elle apparaisse humaine pour les siens, elle se sait surnaturelle et promise à une fin mystérieuse

Dsc_0683_1     Les danseuses de la danse de l’oiseau vues à Atuona le 1er janvier 1881 étaient vêtues de tapa blanche, jaune et rouge, de façon à figurer une courte robe à larges plis raides ; des écharpes en tapa se croisaient sur la poitrine, laissant les seins à découvert. Elles portaient un énorme chignon fait de chevelures humaines et par-dessus une sorte de casque ou de diadème ressemblant à celui de la reine de Vaitahu. Elles avaient à chaque main une touffe de longues plumes blanches de phaéton qu’elles agitaient en dansant. Tout le corps des danseuses était peint en jaune et leurs joues en rouge.

Eglise N.D. de l’Enfant Jésus Tahuata, Vaitahu

 

Au centre du village, face à la mer, la monumentale église catholique en pierre a été inaugurée le 22 août 1988. Ce joyau architectural financé par le Vatican – mais il faut savoir que les paroissiens ont travaillé sur ce chantier bénévolement plus de huit mois – célèbre l’importance de Tahuata, dans l’évangélisation de l’archipel des Marquises. La première messe en Terre des Hommes fut célébrée ici par les Espagnols en 1595. En 1838, à Vaitahu débarquèrent en habits civils les frères de la congrégation des Sacré-Cœurs de Picpus arrivés sur la Vénus de Dupetit-Thouars : le P. Louis de Gonzague Borgella, des Hautes-Pyrénées, le P. Dosithée Desvault, de l’Ille-et-Vilaine, et le Parisien Nil Laval, Frère coadjuteur.

En ce début d’année 1839, la voilure toute blanche d’une goélette glissait vers le nord. Mgr Rouchouze, premier évêque d’Océanie se dirigeait sur l’archipel des îles Marquises Il avait pris avec lui sept jeunes missionnaires. Leur Supérieur et Préfet apostolique était le P. Caret, un Breton à l’œil ardent. La « petite troupe » comptait deux autres Bretons : le P. Ernest Heurtel, de Saint-Brieuc ; le P. Mathias Gracia, des environs de Rennes ; un Normand de l’Orne, le P. Potentien Guilmard ; un Mayennais de Laval, le P. Saturnin Fournier ; un Tourangeau, le P. François de Paule Baudichon et le Frère coadjuteur Ladislas Ruault, de l’Ille-et-Vilaine. Les plus âgés n’avaient pas quarante ans ; le plus jeune en avait vingt-six à peine, tous animés de la même décision apostolique. De l’archipel qu’ils allaient conquérir à la foi, ils ne savaient que de peu de choses. La préoccupation de l’évêque et de ses compagnons s’en allait vers leurs trois confrères arrivés à Vaitahu six mois plus tôt… Le 3 février, dans la nuit, les missionnaires en robe blanche découvraient les masses sombres de la hautaine île Tahuata dévalant en gorges étranglées jusqu’aux rivages.

Ombres et lumière