Lundi 15 octobre vers 6h30, Mr Charles H., mutoi à la retraite s’est rendu sur le petit quai de Hakatao pour pêcher. Il avait emporté avec lui un petit seau qui contenait un couteau, de l’appât et du matériel de pêche, seau qu’il a déposé dès son arrivée sur le quai. Plusieurs fois par semaine, il relève ses bouées. La dernière fois, il n’avait pas pris de poisson au bout de ses lignes. Habituellement, il procède ainsi : il vérifie chaque hameçon, accroche un nouvel appât et remet les bouées à l’eau. Puis il retourne à la maison à 8h 30.
Ne le voyant pas revenir, son épouse s’est rendue sur le quai, où elle a retrouvé le seau avec tout le matériel de pêche. Elle a cherché son époux, elle l’a appelé puis, n’obtenant aucune réponse elle est revenue voir s’il n’était pas allé directement sur le chantier de leur nouveau ha’e, ou peut-être avait-il tout simplement fait demi-tour pour pendre quelque chose… Rien, il n’y avait personne ; alors elle a donné l’alerte.
Je suis arrivé au village un quart d’heure plus tôt. La mer était mauvaise, une houle de fond, les vagues agitées brassaient des débris végétaux, une grande quantité de débris charriés par la rivière après la pluie tombée au cours de la nuit et les jours précédents. Le village était paisible, des hommes assis à même le sol, le dos appuyé au mur de la Chefferie, attendaient face à la mer, nulle pirogue en vue à l’horizon. L’agent de police de Hakatao a entamé des recherches avec l’aide de ces hommes.
Le téléphone ne fonctionnait plus dans les vallées de l’île depuis vendredi soir et n’était toujours pas rétabli quatre jours plus tard.
Le conseiller municipal de Hakatao a donc dû aller jusqu’à Hakahau pour informer le Maire et la Gendarmerie. Il a quitté sa vallée à 10 heures. Il est arrivé en fin de matinée, vers midi. Hakatao est à plus d’une heure trente du village principal lorsque la piste est sèche !
A 13h 15, le temps de mobiliser les moyens humains, la gendarmerie s’est rendue sur place, accompagnée du Maire et des pompiers volontaires. Les gendarmes farani ont interrogé Mme H., aidés par le maire pour ses qualités d’interprète en eo enana et français ; ils ont continué leur enquête auprès de la population pendant que les recherches se poursuivaient. Avec un bateau de pêche motorisé, les pompiers, les gendarmes et les plongeurs en apnée du village ont effectué des recherches en mer et sur le bord de la côte pour tenter de retrouver le corps.
A 16h30, les recherches ont été interrompues et la Gendarmerie a proposé de prendre contact avec le Procureur de la République pour solliciter l’intervention de plongeurs professionnels munis d’équipements de plongée pour poursuivre les recherches.
La réponse de Monsieur le Procureur de la République a été négative du fait qu’il s’agit d’une disparition accidentelle et non d’un crime ou accident impliquant un tiers.
Il existe à Nuku Hiva, île situé à 45 kilomètres de Ua Pou, un club de plongée avec des plongeurs professionnels qui auraient pu participer aux recherches.
Le maire de Ua Pou a sollicité auprès des autorités, l’intervention de l’Etat, afin que ces moyens existants puissent être utilisés dans la recherche du corps du pêcheur, afin que la famille éprouvée par cette disparition soudaine puisse faire son deuil devant le corps du disparu.
A Tahiti, de tels accidents se produisent, disparition de surfeurs ou de pêcheurs, et à chaque fois nous apprenons par la télévision au journal, que des moyens importants sont déployés pour la recherche des corps.
Le maire souhaite, a-t-il écrit à Madame le Haut-Commissaire de la République, que les mêmes moyens soient déployés dans le cas présent, pour pouvoir affirmer que l’Etat intervient de la même manière à Tahiti et dans les archipels éloignés.
L’Etat n’a pas donné suite ; le silence de la mère patrie.
Le mercredi les plongeurs de Nuku Hiva sont venus explorer les fonds mais il était bien trop tard. Seule une savate jaune a été retrouvée flottant.
Le silence de la mer pour toute réponse.
Mr Charles H., mutoi à la retraite est probablement tombé dès son arrivée au bout du petit quai, bousculé par une vague.
« Gémir n’est pas de mise ».
Qu’est-ce qui aurait pu bien changer depuis le passage de Brel ?
« Le temps s’immobilise aux Marquises »
lesmarquises_extraitlocal.1198970023.mp3
Lire les commentaires sur Tahiti-Fenua.com ou commentaires.1216280607.doc


























