A Taiohae (Marquises) le 21 mars une petite délégation sur le front de mer perpétue le souvenir du chef Marquisien Pakoko.

Ce jour marque l’anniversaire de la mort de Pakoko, illustre chef marquisien de Nuku-Hiva, exécuté hâtivement le 21 Mars 1845 par le Capitaine Amalric. Pour lire la suite  du communiqué de Teaki Dupont-Teikivaeoho, cliquez ici : CP Teaki Dupont Pakoko 210312

Un « Britten-Norman BN-2A Islander » de la RAI assurait la desserte des îles Marquises

britten-norman_islander_aeroport-ua-pou-vers-1978.1277646908.jpg      Un Britten-Norman Islander BN-2A exploité par Air Polynésie (ex-RAI avant 1970) et filiale de UTA ; en concurrence jusqu’en 1987 avec Air Tahiti. De gauche à droite, on aperçoit vers l’avant de l’avion, le pilote Mr Lebail , puis l’homme au tricot bleu était peut-être le médecin de l’île et à côté de lui Pierrot Tata alors responsable de la tour de contrôle. Photographie de Adolphe Sylvain (~1978)

La fin de 1970 et le début de 1971 ont été marqués par une augmentation très active des ordres de commandes de l’Islander BN-2A et  au cours du dernier trimestre, plus de trente avions furent livrés dans diverses parties du monde.

La simple et bonne raison de ce succès ininterrompu malgré la situation économique de cette période, c’était l’aptitude avérée de l’Islander comme avion de transport régional capable de créer et de construire de nouvelles routes ; de produire du trafic et de générer une nouvelle demande subséquente pour de nouveaux appareils.

Aurigny dans les îles anglo-normandes est un bon exemple  pour étayer cette explication, après avoir bâti une flotte de huit Islanders en seulement deux ans et demi et à un coût total bien au-dessous que de n’importe quels autres bi-turbopropulseurs. Avec une haute fréquence de rotations, Aurigny envisageait avec confiance d’atteindre les 150.000 passagers en 1971.

La compagnie North Cay opérant à San Juan (Porto Rico) faisait le même constat économique avec l’Islander dans une zone auparavant considérée comme ayant une portée très limitée pour des lignes régulières. North Cay  commandait en 1970, quatre autres Islanders  à ajouter à sa flotte déjà constituée de quatre Islanders.

bermuda_f-obip.1277652068.jpgFly to the South Sea Islands poster promoting the Pacific Cruisebird Service, c1954-1958.
This poster is based on a 1930s Pan American design with the substitution of the Sandringham VH-APG. Courtesy of the family of Sir Gordon Taylor via the Museum of Sydney. 
Le 30 septembre 1970, le Bermuda, dernier hydravion connu des Polynésiens, effectue son dernier vol. Construit en 1944, il avait été acheté par la Réseau Aérien Interinsulaire en 1958.

En 1969, deux  Islanders ont quitté Biggin Hill pour  un vol de convoyage de 15 000 milles en direction de Papeete.

Air Tahiti a été fondé par un groupe d’hommes d’affaires tahitiens afin de rivaliser avec la compagnie RAI (Réseau Aérien Interinsulaire, une filiale  d’UTA : Union de Transports Aériens) et une partie de  sa flotte composée d’un De Havilland Twin Otter et un Hydravion Sandringham Bermuda.

Le principal trajet se situait entre Papeete et Moorea, l’île la plus proche de Tahiti à distance d’un peu plus de dix miles, loin des étapes de 2 000 miles réalisés lors des vols de convoyage. Les pilotes  embarquaient avec eux  pour l’avitaillement, quatre ou cinq fûts  de carburant contenant chacun 45 gal. Le voyage durait trois semaines, avec de multiples escales, en passant par les Indes

Les Islanders d’Air Tahiti se mirent au travail et, bien que la nouvelle compagnie aérienne ait été aidée dans une certaine mesure, face à la concurrence française, par son attrait évident  pour la population locale , le trafic qui s’est bientôt développé a été créé par quelque chose de plus positif que tout sentiment de patriotisme.

Une temps de blocage de douze minutes sur le trajet Papeete-Moorea et la capacité de l’Islander à être rentable pour l’opérateur avec moins des passagers,  ont permis à Air Tahiti de fournir un service rapide, et de haute fréquence qui sur cette sorte de trajet était en 1971, pas possible avec autre appareil de capacité similaire ou supérieure.

« Le B-N2 est un avion rustique » raconte Jean Gillot ancien pilote et DG de Air Moorea, « il est simple, il peut s’arrêter en 200 m et il est contrôlable dès qu’il est en l’air« . Avec son moteur à carburateur, il est bien plus à l’aise avec les démarrage à chaud qu’un moteur à injection et donc idéal pour les sauts de puce.

 britten-norman_airlinersnet.1277648425.jpg       Britten-Norman BN-2A-8 Islander – Air Moorea – Copyright Eduard Marmet (1988) airliners.net

En septembre 1970,  Air Tahiti a été en mesure de prendre livraison de deux autres Islanders pour faire face  à une demande croissante des services d’approvisionnement alimentaires  dans certaines des îles les plus éloignées de Tahiti. Peu de temps avant UTA avait déposé une commande auprès de Britten-Norman pour deux appareils et, en octobre, les deux Islanders livrés à la  nouvelle compagnie Air  Polynésie succédant à la RAI quittaient Bembridge pour Tahiti. (The airport Bembridge is home to the aircraft manufacturer Britten-Norman, part of the B-N Group which operates the airport).

En 1971, c’était alors le seul cas où les Islanders d’une compagnie aérienne sont en concurrence sur la même route avec ceux de l’autre compagnie.

Cependant Air Polynesie n’était pas la première à introduire l’Islander à UTA. Il était déjà en service avec Transgabon à Libreville (Afrique Ouest) quand UTA  commandait la compagnie aérienne au début de 1969 et deux Inslanders ont commencé des opérations pour Air Calédonie en Nouvelle Calédonie plus tard la même année.  Une mission conjointe du consortium  Qantas-UTA était derrière la réussite de la compagnie Air Hébrides et en 1970 cinq Islanders ont été achetés pour la desserte

Entre 1969 et 1990, Air Moorea a ainsi fait venir neuf B-N2. Les trois derniers B-N2 encore exploités par Air Moorea ont été enlevés de la liste de flotte à l’arrivée du dernier Twin Otter. Il fallait se rendre à l’évidence : les B-N2 sont devenus trop petits pour le transport de passagers internationaux. Le Twin Otter est plus rentable.Il peut embarquer au moins deux fois plus de passagers et marche au « jet fuel » et non à l’essence. Le B-N2 était adapté pour le transport de passagers locaux qui se déplacent avec peu de bagages, mais ne l’est plus pour des passagers qui viennent de loin. Le B-N2 a pourtant encore un longue vie devant lui :  il est toujours en exploitation dans de nombreux pays.

 

Sources et compléments :

Quand la desserte insulaire ouvre ses ailes :

les_debuts_d-air-tahiti.1277651562.pdf

Pacific island Islanders : pacific_island_islanders.1277651619.pdf

Fin de l’exploitation des B-N2 :

fin_exploitation_britten-norman-islander.1277651513.pdf

Infrastructures aéronautiques aux Marquises : 

infrastructures_aeronautiques_marquises.1277651665.pdf 

L’Hôpital de Taiohae (Ile de Nuku Hiva, Archipel des Marquises)

Annonce du 08/04/2016

Bonjour,

Je suis actuellement chargée des recrutements à l’hôpital de Taiohae. Nous avons :
– un poste de chirurgien vacant au 22 juin 2016,
– un poste de IADE vacant,
– deux postes de médecins généralistes vacants (fin mai, fin octobre),

Merci de bien vouloir envoyer vos CV et lettre de motivation à l’adresse suivante :

 gestion1.taiohae@sante.gov.pf

Cordialement. Myrna PETERANO.

hopital_taiohae.1289670678.JPG     Hôpital de Taiohae

      La Polynésie française, conformément à la loi statutaire de février 2004, est un Pays d’Outre Mer doté d’une autonomie totale dans le champ de la Santé Publique. La réglementation métropolitaine ne s’applique généralement pas (sauf dispositions spécifiquement étendues comme certaines touchant aux droit des personnes ou à la bioéthique). Les organismes métropolitains (HAS, INVS) ne sont pas compétents en Polynésie française, mais plusieurs conventions passées avec eux instaurent des partenariats et collaborations ponctuelles.

     L’hôpital de Taiohae n’a pas le même statut que les établissements métropolitains : il n’est pas un « Etablissement public » mais élément de la Direction de la Santé – service administratif –  placé sous l’autorité du Ministre de la Santé. Il n’y a pas de conseil d’administration et le directeur de l’hôpital est placé sous l’autorité directe du Directeur de la Santé.

     Le directeur n’a pas la latitude qui peut être la sienne dans un établissement métropolitain. Le budget et les créations de postes sont votés par l’Assemblée de la Polynésie française et délégués par la direction de la santé.

     Sur l’île, un « subdivisionnaire santé », représentant de la Direction de la Santé, est en charge de l’offre de soins globale pour l’archipel des Marquises et, à ce titre, membre de la C.M.E. Il participe à l’élaboration des orientations sanitaires et des stratégies mises en place.

     L’hôpital est positionné par le schéma d’organisation sanitaire comme hôpital de proximité pour l’archipel des Marquises, soit un bassin d’attraction de 9000 habitants. L’équipe alors en place a élaboré en 2003 un projet d’établissement validé par la direction de la santé.

     L’hôpital de Taiohae est autorisé pour vingt- neuf (29) lits soit : dix (10) de médecine, neuf (09) de chirurgie et dix (10) d’obstétrique. Il comporte un laboratoire, une pharmacie, un service de radiologie et un bloc opératoire avec stérilisation rénové en 2008- 2009.

     L’hôpital emploie soixante (60) agents dont six (06) médecins et praticiens, trois (03) sages- femmes. Le directeur peut s’appuyer sur une surveillante générale. Les services administratifs comprennent la gestion, la régie et le secrétariat.

     Depuis trois ans l’hôpital s’est engagé dans une politique de mise à niveau des équipements techniques (station d’eau potable, station d’épuration, groupe électrogène…) et d’organisation méthodique des services. En 2009, l’hôpital a lancé une opération « formation-action » sur la base d’un audit sur l’organisation des services de soins.

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Conditions de fonctionnement et les modalités de gestion d’un hôpital aux îles sous le vent.

Afin de mieux appréhender la situation de l’Hôpital de Taiohae, examinons les conditions de fonctionnement et les modalités de gestion d’un autre hôpital, celui de Uturoa à Raiatea (ISLV), rattaché à la DSP. Le rapport de la Chambre Territoriale des Comptes (juin 2004) pointe le rôle de simple médiateur du directeur de l’hôpital, les insuffisances et des anomalies au niveau des prestataires de services engagés par le Territoire.

Exemple de structure de soins choisi par la Chambre en raison de sa taille (93 lits), l’hôpital d’Uturoa est en fait un simple service de la direction de la santé, et le directeur y joue un rôle d’interface entre les personnels médicaux et soignants et les services centraux de la DSP. Il n’a en effet aucun pouvoir sur :

  • – le recrutement et la gestion du personnel,

  • – les investissements,

  • – la gestion de la pharmacie.

Dans tous ces cas, il prépare et présente des demandes auprès des services centraux de la Direction de la Santé Publique qui prend la décision finale. A signaler aussi que le directeur n’a aucune compétence financière : celle-ci relève de son adjoint sur lequel il n’a, de fait, aucune autorité hiérarchique.

Elle aussi directement issue de l’époque  » militaire  » où la direction au quotidien de la structure était exercée par un médecin-chef, cette organisation est insatisfaisante dans la mesure où la véritable gestion est effectuée depuis Papeete, où le directeur se trouve de fait privé de tout moyen d’exercer réellement ses fonctions et où les agents ne trouvent pas en lui un véritable interlocuteur, seulement  ̶  au mieux  ̶  un médiateur.

La responsabilisation des uns et des autres supposerait que l’hôpital d’Uturoa accède à une véritable autonomie, ce qui ne serait d’ailleurs pas exclusif d’une mutualisation avec les autres structures hospitalières dont le Centre Hospitalier Territorial. La juridiction financière ne peut donc que saluer la création d’une commission médicale d’établissement (arrêté n°286/CM du 10/03/03), et la mise en place du PMSI afin de pouvoir disposer d’un instrument de mesure fiable de l’activité hospitalière. Elle note également que le directeur et son équipe travaillaient sur le premier projet d’établissement de l’hôpital d’Uturoa, préparé dans l’optique 2004-2008.

L’opération intitulée « Réorganisation de la Direction de la Santé Publique » a été réalisée en plusieurs phases, entièrement financées sur les crédits de l’Etat (Ministère de la santé) dans le cadre des Contrats d’objectifs prévus dans la convention Solidarité-Santé.

Il s’agit pour l’essentiel d’actions dites  » de sensibilisation « . Les trois sociétés EPSY, Boury et Consorg sont les prestataires de service à qui ont été confiées ces actions.

A – La société EPSY, dont les domaines de compétence tels que décrits sur son site internet comprennent notamment  » l’accompagnement et le changement social, l’évolution des processus organisationnels, l’innovation et la transformation sociale « , bénéficie de la plus grande part des fonds consacrés, au 31 décembre 2003, à cette opération (57 M Fcp [dont 53 215 029 FCP ont été versés à la société en charge de la prestation (la différence correspond à des dépenses d’organisation du séminaire, de transport, etc)] sur 80 M Fcp).

B – Chargée de la réorganisation des services de la DSP des Iles du Vent et de l’évaluation des candidatures pour les postes de responsables à pourvoir, la société Boury & Associés, qui s’affiche comme une société de lobbying [Le lobbying figure aussi parmi les compétences accessoires de la société EPSY] sur son site internet, n’est spécialisée ni dans l’audit organisationnel ni dans les recherches de compétences et elle n’a apparemment aucune connaissance particulière du  » terrain  » polynésien. La Chambre ne peut donc que s’interroger sur les raisons qui ont conduit à lui confier ces missions, pour un montant certes modeste (9 M Fcp [Le coût global est de 10 226 634 Fcp, dont 9 247 593 Fcp d’honoraires, le reste en remboursement – ou prise en charge directe par la DS  –  de frais]) comparé à celui des missions d’EPSY

C – Une dernière société apparaît enfin, Consorg Consultants, pour un montant de prestation d’environ 15 M Fcp (convention du 22 août 2003). La création de cette société est tout à fait récente. La déclaration de constitution de la personne morale (document destiné à permettre son immatriculation au registre du commerce) a été enregistrée au greffe le 23 avril 2003. Domiciliée à Papeete, et dotée d’un capital de 1 million de Fcp, elle a (comme son nom l’indique) pour activité principale le conseil en organisation. Il est à noter que le 17 juin 2003, soit deux mois à peine plus tard, le greffe du tribunal de commerce enregistre la démission du gérant de Consorg Consultants et son remplacement, sur décision de l’assemblée générale ordinaire, par l’un des deux dirigeants d’EPSY [Mais l’autre co-dirigeant d’EPSY co-dirige apparemment aussi Consorg Consultants puisqu’il est signataire, au titre de cette société, de la convention du 22 août 2003.].

Quoiqu’il en soit des rapports existant entre ces trois sociétés, la juridiction financière constate que les missions confiées à la société EPSY excèdent largement le seuil de 20 M Fcp fixé par l’arrêté n°1328 CM du 15 septembre 2000 et que leur fractionnement constitue un artifice destiné à masquer cette infraction à la réglementation territoriale.

 

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Audit au CHT (Tahiti) par Epsy, autres anomalies pointées :

Seule la mission d’audit de la direction des affaires médicales et des ressources humaines du Centre Hospitalier Territorial pourrait être séparée des autres ; apparemment distincte de la réorganisation de la DSP, cette mission a pourtant été confiée à la société EPSY par convention du 13 février 2002 passée avec les autorités de Territoire et non les dirigeants du CHT.

Cet audit a particulièrement retenu l’attention de la Chambre dans la mesure où le rapport pourtant qualifié de définitif paraît ne correspondre que partiellement à la mission telle qu’elle se trouvait définie par la convention pourtant rédigée en termes peu précis.

En effet, aux termes de l’article 2 de cette convention, cet accord ne vise qu’une première mission d’investigation, ce qui laisse supposer qu’il était alors envisagé de confier à EPSY d’autres missions portant également sur la gestion des ressources humaines du CHT. Cette première mission comprend trois phases : phase diagnostic (10 jours), phase d’adhésion (10 jours) et phase d’accompagnement (20 jours). Aucune précision supplémentaire n’est donnée sur le contenu de chacune de ces phases si ce n’est qu’il s’agit de :

  • – faire des entretiens individuels et collectifs auprès du personnel de la DRH, de la direction générale et des différents services pour réaliser un état des lieux ;

  • – faire des propositions pour professionnaliser la fonction  » personnel  » au CHT.

On notera que ces directives ne paraissent pas correspondre à l’objet des phases 2 et 3.

En contrepartie, la Direction de la Santé versera à EPSY une somme de 10 008 296 Fcp (comprenant des honoraires pour 8 228 630 Fcp et des indemnités de séjour, nourriture, véhicules pour 1 779 666 Fcp), elle lui remboursera des frais de taxi dans la limite de 163 726 Fcp et prendra directement en charge les billets d’avion Paris/Papeete/Paris pour une somme estimée à 900 000 Fcp.

Daté d’avril 2002, le rapport d’audit (19 pages en gros caractères et 3 pages d’annexes) porte en sous-titre  » Rapport définitif « , ce qui laisse supposer que les trois phases de la mission ont été menées à bien alors que onze personnes seulement ont été entendues.

S’agissant des recommandations ou des conseils d’organisation pratique, ceux-ci se caractérisent par leur aspect généraliste, qu’il s’agisse du responsable à mettre en place ou des priorités (traiter les dossiers plus rapidement, réussir la mutation Sedit Marianne, créer des fiches de postes…).

La juridiction financière estime en conséquence que la société EPSY n’a exécuté qu’une partie de la mission qui lui avait été confiée par convention du 13 février 2002, dont la rédaction, trop imprécise, ne fixait pas suffisamment les obligations du prestataire de services.

En tout état de cause, elle ne peut que regretter, compte tenu de l’enjeu (faire de la DSP un outil opérationnel dans le cadre de la politique polynésienne de santé) qu’un seul maître d’œuvre ait été choisi pour évaluer l’existant et pointer les problèmes à résoudre, proposer des solutions et en accompagner la réalisation.

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Source : iH information hospitalière

Article de Presse : La Santé tombe malade à Taiohae / la-sante-tombe-malade-a-taiohae.1277039849.pdf

Blog :

(03/2008)  Les urgences aux Marquises : une urgence à traiter

(01/2010)  Appel au secours auprès des responsables politiques de la Santé

(06/2010)  Grève à l’Hôpital des Marquises

Forum : La Santé en danger aux Marquises

Historique : Origines des difficultés de l’Hôpital de Taiohae

Rapport de la Cour des Comptes : rapport_ctc-2004_dsp.1277159610.pdf

Grève générale en Polynésie française : grève suivie aux Marquises

greve_aux_marquises.1289670982.jpg   Photo TahitiPresse-DR

     Les structures de santé sont défaillantes aux îles Marquises. Une aggravation, depuis plusieurs années, des sous-effectifs de personnel devenus chroniques est le principal motif de la grève du corps médical de Nuku Hiva. Malgré de nombreux signaux de détresse lancés auprès des ministres de la santé des gouvernements successifs de la Polynésie française, les responsables de l’hôpital de Taiohae n’ont jamais jusqu’à aujourd’hui obtenu les moyens humains nécessaires et suffisant à la bonne marche des services de soins. Le tableau de bord des mois à venir laisse planer sur la population des îles Marquises des risques sanitaires absolument inouïes :

      – Aucun médecin généraliste à Nuku Hiva et Ua Pou dès fin juin et un seul médecin aux Marquises Sud à partir d’août.

     – Au bloc opératoire : deux infirmiers sur quatre dès fin juin 2010, un infirmier sur quatre à la mi-juillet et il n’y aura plus aucun infirmier fin juillet.

     – En hospitalisation : un infirmier sur deux. Fermeture partielle des lits de l’hospitalisation depuis décembre 2009.

Conséquences d’ici moins d’un mois, si rien n’est fait et rien n’est fait actuellement :

             – Fermeture de l’hôpital de Taiohae (plus de médecin, fermeture du bloc opératoire et donc aussi de la maternité). Seulement une infirmerie maintenue.

             – Fermeture du centre médical de Hakahau : maintien de l’infirmerie.

     – Budget de fonctionnement et d’investissement insuffisant et inadapté par rapport au minimum nécessaire.

Il faut savoir aussi que l’archipel des Marquises ne dispose plus depuis juin 2007, des navettes de l’hélicoptère (contrat non renouvelé) qui permettaient de sauver des vies (rapidité des « évasan »  en direction de Taiohae avant transfert éventuel vers Papeete et/ou la métropole; 133 évasans intra-Marquises en 2006).

evacuations_sanitaires_en_2006.1289684017.jpg    Cliquez sur l’image pour agrandir

NB –  Les transferts financiers de la métropole en 2006 vers la Polynésie française correspondaient, selon la cour des comptes, à 590 millions d’euros  pour 260 000 habitants. 

Liens :

Un appel au secours auprès des responsables politiques de la Santé  – Lettre ouverte du personnel de santé (janvier 2010)

Les urgences aux Marquises : une urgence à traiter (03/2008)

L’hôpital de Taiohe

Origines des défaillances en moyens à l’hôpital de Taiohae

Situation identique à Moorea

lhopital-dafareaitu-en-restructuration.1277727209.pdf

Le cannibale avait de si bonnes dents de Sagesse

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Cannibale recueilli par la Mission après avoir lui-même échappé à un clan voisin lorsqu’il transportait une victime humaine destinée au site sacré de sa vallée sur l’île de Hiva Oa. Photographie de Louis Gauthier

 

En 1888, Louis Stevenson écrivait : « C’est une escroquerie. J’avais classé ces îles comme celles ayant la population la plus bestiale ; ils sont en fait bien meilleurs, bien plus civilisés que nous le sommes. Je connais un vieux chef, Koomua, un vrai cannibale en son temps, qui dévorait ses ennemis à son retour chez lui, après les avoir trucidés. Or c’est un parfait gentilhomme, excessivement aimable, franc et homme de bon sens ».

 » Peuple embarqué, sur la Nef des Fous  » par Ariirau

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Philippe DRAPERI (15/10/1952 – 22/02/1992) finissait, en février 1989, O Taiti ou la nef des fous, actuellement chez HAERE PO.

Le petit ouvrage combinant les extrêmes d’un monde clos, celui de l’île, avait été à la fois détesté et approuvé, passé de main en main, mais il n’en révélait pas moins des réalités de notre univers insulaire, où l’homme étouffé dans le clanisme, subit (subissait) une profonde solitude.

La Nef des Fous, tout d’abord, c’est l’histoire démente de Sébastien Brant, sortie un jour de carnaval. Le carnaval, c’est quoi ? C’est ce jour particulier, où les pauvres peuvent se ficher des nantis, où les aristocrates et les religieux sont la risée du peuple, un jour où pour soulager son impuissance, on fait semblant d’être l’autre : on se déguise en moine grossier, on fait le fou, une journée de folie inscrite dans la normalité, pendant quelques heures. Ce texte est né pendant le moyen-âge en 1494, il décrit les vices psychologiques de l’être humain : des « gens biens », plutôt que la lie de la société, sont embarqués sur la Nef des fous. Sept mille vers pour un miroir de la folie, qui se cache là où on ne la voit pas toujours.

Pourquoi Draperi a-t-il intitulé son ouvrage « La Nef des fous » ?

Le rapport au moyen-âge : Il constate que « La pensée religieuse est la seule pensée intégrée par les insulaires. Ainsi, ce peuple ne connaît de l’Occident que le Moyen-âge de sa pensée (17). »

Le rapport au monde clos de la Nef : L’éloignement, l’insularité est un monde clos ;

Le rapport à la folie : il identifie dans chaque communauté des troubles psychiques ;

ainsi, Philippe DRAPERI écrit :

Il y a chez le Polynésien une propension à la schizophrénie. Un homme (ou une femme) habité par deux ombres chez lequel le passé, parce qu’inconnu, pèse d’un poids trop lourd sur un vernis culturel nouveau, essentiellement forgé par la religion. (17).

Philippe DRAPERI donne ainsi l’exemple de la relation du Polynésien à l’homme Blanc, le capitaine Cook : « un jour attaqué, mangé et puis pleuré ». – Les Chinois connaissent des troubles psychiques inévitables. On constate l’oubli progressif des us et coutumes asiates et cela est symbolisé par une perte sévère de la langue chez les jeunes (19-22).

– Le demi fonctionne sur un mode paranoïaque : excroissance du « je », sentiment de persécution, volonté de puissance (23). D’après DRAPERI, c’est bien le Demi qui considère l’Occidental comme un usurpateur, et non pas le Ma’ohi. Ce « Demi », d’ailleurs, revendique un discours politique traditionaliste : il instaure en « supposées ‘valeurs polynésiennes’, artisanat, traditions orales et danses. Soit point d’économie traditionnelle, point de rivalités ancestrales entre vallées et grandes familles. L’histoire est réécrite, les coutumes faussement reconstituées au seul profit d’une bourgeoisie urbaine.

  • Les immigrants/popa’a, une fois installés, le tour de l’île accompli, (subissent) un lent travail de dégradation psychologique : pas ou peu de famille, des amis volages, une lourde solitude les envahit et l’on se surprend avec quelqu’un d’inconnu : soi-même (11-12).

  • – Tout ce beau monde vit dans la promiscuité sur « la Nef des fous »/l’île.La mémoire collective subit le temps figé : l’oubli est interprété comme une perte d’être, il en découle unefertilité artistique, parfois, une « véritable inflation picturale » (14) due, sans doute, à la perte des mots.

  • – Mais, « On ne peut oublier que ce qui a été appris, les Polynésiens ne sont pas amnésiques à proprement parler, ils sont ignorants de leur propre culture. Leur STABILITE future dépend ainsi plutôt d’une réelle volonté de savoir que d’un effort de mémoire. »

L’étude de l’espace temps révèle l’existence de mondes parallèles : ainsi « Parfois des connaissances disparaissent, on les croit parties, mortes, évaporées. Eh bien non ! Elles n’ont cessé de vivre à côté de nous dans des coteries ou des communautés parallèles. Et tout ce monde se croise, s’oublie, s’ignore et complote, pour surtout passer le temps (12). »

Philippe DRAPERI constate aussi que la « Polynésie est porteuse du thème de la mort » : la littérature en est imprégnée (relatif, la mort est un thème littéraire, général)

Ce qui remonte de ce texte, ce sont les paradoxes : selon DRAPERI, c’est pour mieux franciser la population que l’on a intégré le reo tahiti à l’école ; également, c’est pour mieux contrôler la Polynésie française, que le gouvernement central a cédé quelques pouvoirs décisionnels aux demis.

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Explication :

Après 200 ans de colonisation, la langue française est si mal parlée ici à la différence d’autres territoires. Dans la cervelle MA’OHI, rien n’accroche (notre) culture, non forcément, comme certains le crient par manque de volonté ou d’effort, mais parce qu’il glisse sur une absence, celle de la civilisation polynésienne elle-même. Les mots nouveaux ne sont pas assimilés par ce que les mots anciens font défaut… cette manière de dire non à la langue française est le seul acte de résistance d’un peuple qui ne se révolta presque pas (21) en intégrant l’idiome polynésien en classe, on œuvre pour une intégration plus profonde encore de la population autochtone à la culture occidentale (22).

En ce qui concerne le « pouvoir », l’essentiel est, selon Philippe DRAPERI, « de présenter la Polynésie prise en charge par les siens alors qu’elle est guidée par d’autres. Ce qui se comprend quand on sait que l’Etat moderne, plus machiavélique que jamais, ne cède en rien son pouvoir mais peut accorder quelques attributs et titres de consolation à ceux là mêmes plus susceptibles d’entraver son autorité et sa pérennité. »

Le dernier volet de la Nef des Fous de DRAPERI se consacre à la sexualité, pierre angulaire du mythe. Le club Med a été conceptualisé dès Bougainville : « Des Polynésiennes demi nues aux sourire avenants… des petits cochons rôtis… »

L’auteur délimite les frontières entre Mahu, raerae, petea. Il aborde la question de l’inceste, qui ne peut être cerné par Levi Strauss et sa théorie de la prohibition de l’inceste comme passage nécessaire de l’état de nature à celui de culture. Enfin, et je m’arrêterai là dessus, même si, sans doute, il y a encore plus à dire : DRAPERI aborde le schéma du « collectif » contre l’individu : sur la Nef des Fous, l’individualisme n’est pas compris. Tout est collectif : le viol, le harcèlement, la pensée. Celui ou celle qui est en marge et qui ne correspond pas aux autres, sera forcément ciblé(e) par les autres. Le Polynésien, conclut Philippe DRAPERI, s’accroche à toutes les formes associatives – culturelle, sportive, politique – pour (sur)vivre dans le groupe.

On retrouve là l’esprit du groupe, le pupu, disserté par Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, article que l’on peut trouver soit sur son blog, soit dans le bulletin des Sociétés Océaniennes.

Copyright : « critique littéraire » par Ariirau.

Publié sur ce blog avec l’aimable autorisation de l’auteur Stéphanie Ariirau Richard

O Taiti ou la Nef des Fous, par Philippe DRAPERI, chez Haere Po.

La vie aux Marquises en 1978, il y a trente ans

Paradis des vacanciers, les îles sont dures à vivre pour leurs habitants : l‘envers des Marquises

Un paysage exceptionnel, un relief difficile, les îles dispersées des Marquises dorment au milieu du Pacifique, attendant on ne sait quel bouleversement pour s’épanouir à la consommation… L’isolement de ces « morceaux » de France est un attrait pour le voyageur qui s’émerveille du rythme du soleil, du pas des chevaux sauvages, de la lenteur de la nature. Mais il est difficile d’y vivre.

La vallée de Puamau est l’une des vallées privilégiées de l’île d’Hiva Oa puisqu’une piste récente et mouvementée y conduit (50 km = 4 heures). Marie-Antoinette Katouba, adjoint au maire de Puamau, explique « Avant la route, il fallait douze heures à cheval par les crêtes, je l’ai fait quand j’étais enceinte pour aller accoucher à Atuona. Ici, il n’y a qu’un infirmier. »

Marie-Antoinette a été pensionnaire chez les sœurs d’Atuona, elle parle bien français ; pas son mari. Comme dans la majorité des couples marquisiens, elle est plus instruite parce que, aux Marquises, l’enseignement des garçons s’arrête plus tôt que celui des filles, faute d’écoles.

On bavarde en se protégeant des moustiques propagateurs de l’éléphantiasis. En bas sur la plage, c’est le festival des nonos, minuscules bestioles invisibles, nocives au point de rendre certaines vallées inhabitables.

Marie-Antoinette s’occupe de la « phonie » (la radio), seul moyen de télécommunication à heure fixe. En cas de panne, il ne reste que la Land Rover, les quelques pirogues ou la très éventuelle goélette. Son mari, Vohi Heita chasse les animaux « divaguants » (bœufs, chevaux, cochons retournés à l’état sauvage), pêche et casse le coprah.

Impossible, à cause du relief, d’utiliser des machines pour la culture. Tout se fait à la main pour gagner, les mois fastes, environ 2 500 F Pacifique (137 F)1. Le riz, la bière sont un luxe. Bien sûr on mange des bananes, du poisson pour rien mais tout le superflu si nécessaire est hors de prix. Les trois commerces font crédit mais pas trop longtemps sous peine de faillite. Sur la cinquantaine de maisons éparpillées dans la vallée, beaucoup sont vides. Les Marquisiens partent vers Tahiti et ne reviennent plus.

Autrefois la vallée était prospère, bruissante de vie. Il faut lire Typee, un éden cannibale, d’Herman Melville, pour en avoir l’idée. Aujourd’hui tristesse et morosité, les jeunes surtout, s’ennuient et ne peuvent trouver d’emplois. La seule distraction est la prière dominicale chantée en commun dans la petite église qui depuis bien longtemps n’a plus de curé pour dire la messe. Cette vallée, ni la plus riche ni la plus pauvre, ressemble à toutes les autres. Un espoir pourtant : le nouvel aéroport en construction à Nuku Hiva qui permettra aux long-courriers d’atterrir (en 1980 ?) et qui insufflera peut-être aux îles une énergie nouvelle.

Avec l’aimable autorisation de l’auteur – Copyright : Catherine Domain – Article publié dans le journal « Le Matin de Paris » le 22 juin 1978

http://www.ulysse.fr/Ecrits/Marquises.html

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1 2500 FCP ~ 20 euros

Joline, a Hillyard Yacht 12 tonner aux Marquises

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« Dans l’après-midi du 9 mai 2002, nous quittons le sud de Tenerife, derrière « Joline », un bateau français en bois avec à bord Patrick, Viviane et leurs deux enfants, partis deux heures avant nous. Nous avions prévu de faire la traversée ensemble -c’est sympa d’avoir un voilier à proximité avec qui échanger impressions, infos diverses, voire poissons ! – mais après quelques échanges VHF, la nuit est tombée, et avant le matin nous nous sommes perdus de vue et de portée VHF définitivement, c’était réussi… (lu sur Bateaux autour du monde). »

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C’est un beau bateau très confortable mais moins rapide que les autres. Pas étonnant qu’ils se perdent de vue.

Le temps passe, la croisière continue…

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Un beau dimanche matin de février 2009, Patrick, Viviane et leurs trois enfants quittent Ua Pou (Marquises) pour tirer des bords sur le grand Océan et continuer ainsi leur tour du monde à bord de ce vieux et magnifique gréement en acajou et chêne.

Un 12 tonnes de 1960 construit en Angleterre construit par David Hillyard et acheté à Arcachon en 1968. Patrick charpentier de marine restaure le yacht et dès l’été 2001, le couple lève l’ancre de Belle île en mer pour une traversée de l’Atlantique avec un enfant à bord.

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Patrick, travaille aux escales plus ou moins longues selon le  temps qu’il faut  pour refaire la caisse de bord et  l’intérêt qu’offre le pays.

Canaries, Cap-Vert, Guyane, Venezuela, Trinidad et Tobago… puis la Colombie, traversée du canal de Panama retardée de quelques mois et les Marquises.

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En Guyane Patrick fabrique du mobilier moderne avec une nouvelle technologie.

A Trinidad, il remet à neuf  un bateau battant pavillon américain.

A Hiva Oa il fabrique avec une technique différente des savoir-faire locaux, un nouveau modèle de speed-boat dessiné par un architecte naval de Tahiti.

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L’équipage s’est consolidé en route avec l’arrivée d’un deuxième moussaillon né en 2002 au Cap-Vert et précédent le troisième  né quant à lui en 2006  au Vénézuela.

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