Deux tombes fleuries

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Deux génies ont fait connaître mondialement l’île de Hiva Oa: le peintre Paul Gauguin, à la fin des années 1890, et le chanteur Jacques Brel, dans les années 1970.

Deux tombes fleuries
Pour l’admirateur de ces deux artistes, les moments d’émotion surgissent au cimetière du Calvaire d’Atuona, qui domine la baie des Traîtres.

On y accède par un chemin pentu en béton. La tombe de Jacques Brel est située près de l’entrée. Ombragée par des arbustes aux feuilles folles, il s’agit d’une simple surface de terre battue où les admirateurs laissent des fleurs sauvages, d’ibiscus ou de tiaré, ou encore des colliers de coquillages. Sur la pierre frontale est apposé un médaillon où se trouve sculpté le portrait de Jacques Brel en compagnie de sa compagne Madly.

Trois rangées plus haut se trouve la tombe de Paul Gauguin. Sur une roche volcanique, on a tout simplement gravé grossièrement «Paul Gauguin 1903». Le monument funéraire se compose de roches naturelles de couleur rougeâtre et forme un ensemble massif. Un frangipanier a poussé à l’extrémité de la tombe. À un angle du monument est scellée une reproduction de la statuette baptisée Oviri (qui signifie «sauvage» en tahitien) que Gauguin avait expressément demandé que l’on installe sur sa tombe. Là aussi sont accrochés quelques colliers de coquillages offerts par des admirateurs, ainsi qu’une petite roche gravée offerte par une admiratrice slovaque.

Une fois descendu du cimetière, comme le service de navette vers le quai avait pris fin, j’ai été pris en charge par une famille de Réunionnais (lui est enseignant en mécanique à Atuona) qui s’en allait prendre un verre à bord de l’Aranui 3.

«Toutes les trois semaines, lorsque le bateau fait escale, cela constitue pour nous une sortie, car on a vite fait le tour des bars et des restaurants d’une île de 2 285 habitants», m’ont-ils expliqué au bar de l’Aranui 3, où officiaient les joviaux Yoyo et Steeven.

Paul Simier – Journal de Montréal
psimier@journalmtl.com

Renaissance culturelle

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La première terre marquisienne que l’Aranui 3 a abordée ce matin, nimbée de nuages lourds, paraissait bien mystérieuse. De temps à autre, l’un ou l’autre de ses nombreux et spectaculaires pics de basalte arrivait quand même à émerger du ciel laiteux.

À peine le navire a-t-il accosté au quai de Hakahau que les manoeuvres de débarquement du fret commencent. À terre, les commerçants sont venus prendre livraison des commandes qu’apporte l’Aranui 3.

Les passagers descendent à leur guise, pressés pour la plupart d’aller découvrir ce côté de l’île. Un chemin mène, au terme d’une quarantaine de minutes de marche, au sommet de la butte qui domine le port, la baie et le village.

La vue est saisissante, surtout lorsque l’un des pics qui émergent de la montagne sur ce côté de l’île se dégage des nuages.

Hakahau…
La centaine de passagers s’égaient le long de la plage où les artisans sont venus exposer leurs créations sous une grande paillote: bois sculpté, bijoux de nacre, os sculptés, colliers de graines multicolores.

L’église catholique renferme une massive chaire sculptée dans un bloc aux formes d’étrave de bateau de pêche au pied duquel s’étale un filet rempli de poissons.

Au bureau de poste, le système Internet est en panne. Le marchand d’appareils électroniques qui offre également ce service n’est pas décidé à ouvrir tout de suite, ayant encore des commandes à aller chercher au bateau, nous précise-t-il.

En fin de matinée, à l’ombre d’un arbre à pain, une troupe de musiciens et de danseurs a vite convaincu les spectateurs que ce qu’ils interprètent n’est pas du folklore à bon marché. Chanter et danser sur les rythmes ancestraux fait ici à nouveau partie de la vie quotidienne.

À midi, le repas est servi Chez Tata Rosalie, une vénérable Marquisienne dont la famille a préparé diverses spécialités de l’île, soit de la pieuvre, du poisson cru mariné, de la viande de porc accompagnée de deux sortes de bananes, de fruits de l’arbre à pain et de riz, et enfin un dessert au lait de coco. C’est un véritable et authentique festin marquisien.

… et Hakahetau
Le navire a largué les amarres en début d’après-midi pour mouiller l’ancre une heure plus tard dans la baie de Hakahetau. Dans ce petit hameau, quelques artisans sont également présents au rendezvous pour présenter leurs produits.

Adrien et Nadia – qui vont sans doute se marier en juillet prochain – font griller des brochettes. Sur une table, du jus de noni est proposé à la dégustation.

Ce produit aurait toutes les vertus, croient les gens de l’île qui cultivent ce fruit. C’est également ce que croient les Américains qui achètent la production de noni à travers toute la Polynésie.

Paul Simier – Journal de Montréal
psimier@journalmtl.com

Le rêve d’un parc patrimonial

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Depuis quelques années, la mobilisation des habitants de Ua Pou est très forte. Le retour aux sources se traduit par un projet de parc patrimonial visant à recenser et à faire valoir tous les aspects de la culture marquisienne, autant ce qui a trait à la flore, la faune et la géologie que ce qui touche aux traditions.

Un musée consacré à l’arbre à pain, dont on a recensé une vingtaine de variétés différentes sur l’île, va être créé.

Une équipe de dix travailleurs s’occupe à plein temps de sentiers de randonnée qui totalisent quelque 150 kilomètres. Des guides, dûment formés, ont obtenu leur certification.

Hakahetau, de plus, est organisé en village d’accueil permettant aux visiteurs de vivre, en logeant chez l’habitant, un contact étroit avec la population.

Tous les gens que j’ai rencontrés le temps de cette courte escale – qui ont en commun l’amabilité et la simplicité -m’ont donné rendez-vous pour la semaine du 16 décembre, alors que Ua Pou accueillera le 20e Festival des arts marquisiens.

Non seulement les habitants des cinq autres îles des Marquises participent activement à cette fête, mais des « cousins  » viennent aussi des autres archipels du Pacifique Sud qui partagent avec les Polynésiens la même culture océanienne.

L’objectif ultime des gens de Ua Pou est d’arriver à faire figurer (en 2009 ou 2010) tout l’archipel des Marquises au Patrimoine mondial de l’humanité, tant du point de vue naturel que sur le plan culturel.

Paul Simier – Journal de Montréal
psimier@journalmtl.com

La loi de déportation politique du 8 juin 1850 : des débats parlementaires aux Marquises

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Avant d’être la terre d’asile d’exilés volontaires de Gauguin à Jacques Brel, les Marquises furent entre 1850 et 1854 une terre de déportation politique. Dans quelles conditions, dans quelles circonstances cet archipel méconnu en France a-t-il pu être choisi par les dirigeants français pour devenir le lieu d’exercice de la déportation ? Pendant les premiers mois de 1850, ce choix a donné lieu au sein de l’Assemblée nationale législative à des controverses juridiques très argumentées et à des débats politiques passionnés. De grandes notions de droit sont abordées, la proportionnalité des peines, la non-rétroactivité de la loi, la suppression de la mort civile ; des principes touchant au fondement même de la peine de déportation, éloigner pour punir, punir sans soumettre au travail forcé, sont débattus ; des théories sont forgées visant à répondre aux questions récurrentes : comment punir dans l’éloignement des politiques, quel régime leur appliquer ? Après les Marquises, que reste-t-il de toutes ces réflexions, ces amendements, ces prises de positions, ces assauts d’éloquence, ces analyses savantes, ces rapports à la froideur toute juridique ? Et surtout, après les Marquises : comment a-t-on pu recommencer ?

Cet article est composé de deux parties :

1. Le vote de la loi de déportation politique du 8 juin 1850

2. L’application aux Marquises de la loi du 8 juin 1850

Auteur : Louis-José BARBANÇON  (version-imprimable.1202802323.doc )2006