Compositions florales de Madame Irène
Iles Marquises — Fête donnée à Noukahiva — Extrait d’un rapport fait à M. le contre-amiral Dupetit-Thouars, par M. Collet, capitaine de corvette, commandant l’île de Noukahiva

Taiohaï, Fort Collet, le 30 octobre 1842.
Depuis longtemps une grande fête se préparait, ce qui m’engageait à presser les travaux du fort, ignorant ce que pouvait occasionner la réunion de quatre peuples à Taiohaë ; cette fête se remettait de jour en jour, afin de pouvoir en faire les préparatifs, qui ne se terminaient pas ; enfin, le 13 octobre parut être celui fixé pour la solennité. Voulant bien disposer tout le monde de la baie, je profitai d’un dimanche pour aller chez tous les chefs, les voir et leur faire quelques petits présents qui leur fussent agréables pour la cérémonie. Je me fis accompagner par M. Rohr, lieutenant d’artillerie, qui commence à parler le kanak. Tous me reçurent on ne peut mieux; partout sur mon passage je fus appelé et obligé d’entrer dans une foule de cases, pour y prendre du lait de coco, du fruit à pain, ou une espèce de popoye qu’on faisait à l’instant. A la vérité, cela valait un collier à une femme, une paire de boucles d’oreilles à une autre, un couteau à celui-ci, un rasoir à celui-là, cependant le plus souvent rien, ce qui ne modifiait nullement la satisfaction que chacun paraissait éprouver. Je rentrai au fort, extrêmement satisfait des dispositions que j’avais trouvées chez tous les sauvages, sans la moindre exception. Le 12, à deux heures de l’après-midi, Témoana, escorté de quelques indigènes en grand costume, vint m’inviter, ainsi que toute la garnison, à aller au koïka, ce que j’acceptai pour moi et un officier, mais je refusai pour les troupes, par des raisons que je ne lui donnai pas ; il me supplia de me faire accompagner d’au moins 80 hommes armés, me faisant valoir que les Hapas et les Taïpiis ne venaient que pour nous voir, et que les Français étant à Noukahiva cette fête était probablement la dernière de ce genre ; que particulièrement les Taïpiis n’étaient jamais venus et qu’ils ne reviendraient probablement jamais ; qu’il avait dit que nous étions leurs amis et qu’ils ne nous connaissaient pas ; je cédai enfin à ses instances, me promettant de prier le commandant de la Boussole de m’envoyer quelques hommes en remplacement de ceux que j’emmenais avec moi, ce qu’il m’accorda peu après dans la visite que je lui fis avec le roi, qui se rendit à son bord pour lui faire la même invitation. Il fut arrêté que la Boussole m’enverrait 40 hommes au fort quand je le quitterais, et qu’elle ferait un salut de 9 coups de canon à huit heures en hissant le pavillon. Témoana me dit qu’il viendrait le lendemain me chercher pour me montrer le chemin et faire son entrée au koïka, en même temps que les Français qui devaient m’accompagner.

Le 13, à 6 heures du matin, le rappel fut battu, on distribua à chaque homme deux paquets de cartouches, l’un avec et l’autre sans balles : on chargea les armes ; le roi vint nous chercher comme il me l’avait promis. A 6 heures 3/4, confiant au capitaine Fouques la garde du fort avec 120 hommes qui lui restaient, plus les 40 de la Boussole, nous partîmes à la tête de 80 hommes, composés de 15 tirailleurs, 25 marins, 40 soldats et 2 tambours, 3 officiers dut fort et 4 de la Boussole. Arrivé au sentier qui conduit au koïka, je fis former les troupes sur un rang ; elles furent suivies d’une cinquantaine de kanaks aussi en armes, qui nous attendaient sur la plage. Après avoir, pendant trois quarts d’heure, parcouru un sentier étroit et difficile, qui conduisait dans le ravin assez profond où nous nous rendions, j’aperçus parmi les arbres le lieu de la fête : nous étions à 50 pas des maisons qui entourent le koïka. Je fis faire halte et former sur deux rangs. Nous n’avions jusque-là rencontré que peu d’indigènes ; je les supposais déjà au rendez-vous. Nous étions à peine en ordre qu’une voix assez forte prononça quelques paroles qui furent suivies du cri de guerre des sauvages ; il fut répété trois fois avec un ensemble d’autant plus étonnant, qu’il paraissait poussé par trois ou quatre cents hommes portant de ces larges poitrines que vous leur connaissez : l’épaisseur du bois et les accidents de terrain nous dérobaient leur vue. La férocité de ces cris, répétés par l’écho du silencieux ravin et des vallées voisines, produisit sur les figures une impression d’étonnement dont je ne pus me défendre moi-même. Je fis faire le roulement, et nous entrâmes, tambour battant, dans un carré long entouré de maisons en appentis, sans façades intérieures, et placées sur une élévation d’un mètre qui forme un trottoir tout autour de la place intérieure, plantée de grands arbres qui y donnent un ombrage éternellement frais. A ma grande surprise, je n’aperçus que peu d’hommes, mais 6 à 700 femmes étaient accroupies sous les appentis et sur le trottoir du pourtour, qui, entre les maisons et la cour, occupe un espace de 3 à 4 mètres. Nous fûmes reçus par les vieillards, qui toujours président les fêtes, et par le grand-prêtre, qui, me prenant par la main, me désigna les maisons et le trottoir du petit côté de droite, qui nous étaient réservés. Je remarquai sur toutes les figures de ces vieux sauvages un air de contentement de nous voir parmi eux, ce qui contribua à me convaincre que la marque de confiance que nous leur donnions nous faisait faire un grand pas dans leur affection. Je dirigeai les troupes à la place qui leur était désignée, et après quelques recommandations aux hommes et aux officiers, je fis reposer sur les armes pour attendre les événements dans cette position. Cette précaution prise, je descendis dans le milieu du koïka ; j’allai voir les femmes des chefs que je connaissais déjà. Partout je fus accueilli avec une cordialité vraiment touchante : c’était à qui me prendrait la main. Le roi, qui me suivait, m’indiqua la place qu’occupaient les femmes des trois peuples qui, comme nous, étaient ses hôtes : les Hapas étaient à notre droite dans les cases du grand côté, à leur suite et vis à vis de nous étaient les Teiis, à notre gauche les Taioas et les Taïpiis-oumis de la baie du Contrôleur. J’avais à peine terminé, que Témoana me demanda si je voulais qu’il fît entrer les hommes, ce à quoi je répondis affirmativement. L’intérieur alors se remplit d’indigènes dans toute la beauté et l’originalité de leur parure : on fit prendre les tams-tams dans la maison tabou, on les plaça au milieu de la cour, ils furent aussitôt entourés de kanaks qui s’accroupirent et furent eux-mêmes enveloppés d’un cercle de guerriers en grand costume, se tenant debout et faisant face au centre ; c’étaient les Teiis qui allaient chanter leur tamaï. Témoana me fit placer dans l’intérieur de cette réunion, qui me reçut avec un orchestre composé principalement de trois tams-tams de différentes grandeurs, deux petits, un très grand : ce dernier était entouré de tapa blanche et rouge et surmonté d’une tête de mort sans chairs : la peau sur laquelle on devait battre était celle d’un requin (elle était tendue par un moyen analogue à celui en usage chez nous). On comptait, en outre, dans l’orchestre, autant d’instruments qu’il y avait de mains, dont le battement se mariait aux voix avec une cadence et un ensemble surprenant. Un vieillard donna la voix, et le calme profond des collines fut de nouveau troublé par le cri de guerre que nous connaissions déjà ; il fut suivi du tamaï des Teiis. Ce concert dura quelque temps ; il fut terminé par une décharge de mousqueterie, que Témoana fit faire à ses hommes, les seuls qui eussent apporté des fusils. Au même instant on vint porter devant le front de bataille de nos troupes assez de feuillage pour en couvrir le trottoir qu’elles occupaient, puis on y déposa des cochons sortant du four, des fruits à pain coupés en deux, des cocos et des cannes à sucre. Je fis former les faisceaux, et le repas des makaoui (nom qu’ils nous donnent) commença. Là ne se bornèrent pas toutes les attentions qu’on eut pour nos hommes. Comme on s’aperçut qu’ils ne quittaient pas leurs rangs et que personne ne pouvait boire dans des espèces de petites pirogues pleines d’eau qui avaient été apportées en même temps que les comestibles, une dizaine de sauvages, pendant tout le temps que dura la fête, furent chargés de leur donner à boire dans de grands bambous fermés par une extrémité, taillés en sifflets de l’autre, contenant environ deux sceaux d’eau. La longueur de ces vases permettait de servir les consommateurs à cinq ou six pas, ce qui leur procurait l’avantage de se rafraîchir sans bouger de leurs postes. Après le chant des Teiis, celui des Hapas eut lieu dans le même ordre ; vint ensuite celui des Taioas, puis enfin celui des Taïpiis, dont le cri de guerre parut encore plus féroce que celui des trois premiers peuples ; mais, à part cela, toutes les figures indiquaient le plaisir et la confiance ; et, chose étonnante, que j’avais déjà remarquée dans d’assez nombreuses réunions, où il était cependant question de partages d’intérêt, jamais de dispute, la plus grande soumission aux injonctions des vieillards ou des chefs, quelle que soit leur exigence, sans empressement, il est vrai, mais en gens qui ont l’air de dire avec indifférence : « Nous allions faire telle ou telle chose, les vieillards et les chefs ne le veulent pas, faisons ce qu’ils disent, ils savent mieux que nous ce qui doit avoir lieu. » Quelques sauvages vinrent danser devant nos hommes, comme pour leur montrer leur agilité et la vigueur de leurs poses. Une femme taïpii y vint aussi sans aucun vêtement. Les étrangers demandant à voir le cheval de Témoana, on l’envoya chercher ; le roi le monta et fit quelques tours au trot, puis au galop, sans avoir pris la précaution de se faire faire place ; mais elle ne manqua pas, car tous se sauvaient sur son passage avec l’expression de la crainte. Cependant une espèce de colosse taïpii, plus brave que les autres, et se croyant sans doute d’une grande force, ce qui devait être, dit : «Qu’est-ce que c’est que ce cochon-là ; » (car vous savez qu’ils appellent le cheval Pouaca Piki Kenana, cochon qui porte l’homme) «Ce n’est rien, je suis plus fort que ça.» Témoana qui avait entendu l’espèce de défi du présomptueux, lança son cheval ; le Taïpii sortit de la foule et se mit en devoir d’exécuter ce qu’il avait dit. Témoana, qui avait été piqué de cette audace, heurta cet homme debout au corps, l’envoya rouler dans la poussière à deux ou trois mètres, et continua comme si de rien n’était. Le malheureux se releva avec là plus piteuse figure que j’ai vue de ma vie. Attribuant cet événement à une maladresse, le docteur et moi nous nous approchâmes, et grande fut notre surprise de le trouver entouré de gens qui, au lieu de le plaindre, lui riaient au nez, en ayant presque l’air de demander bis : c’est alors que j’appris ce qui avait donné lieu à l’accident.
Chaque peuple ayant terminé ses chants et payé son écot, nous nous mîmes en devoir de régler le nôtre. Je fis descendre les troupes, que je fis placer dans le sens de la longueur de la cour, et elles exécutèrent des feux de peloton, de division et de deux rangs, à poudre, avec un ensemble qui leur attira de nombreuses marques d’admiration de tous les indigènes qui étaient présents. Je fis, en dernier lieu, charger les armes à balles, et nous sortîmes du koïka, tambour battant, et enchantés les uns des autres. Le roi nous reconduisit ; de retour au fort, je fis faire, à sa prière, une salve de neuf coups de canon, pour que, disait-il, ses invités entendissent de près le bruit du pouiketa. Il parut fier de nous avoir pour amis, et heureux de la confiance que nous lui avions montrée en tenant prendre part à la fête qui venait d’avoir lieu, et à laquelle assistaient pour la première fois des troupes européennes, Comme moi, Amiral, vous conclurez, sans doute, que pour le moment nous sommes on ne peut mieux avec les Teiis, ce que, du reste, leur conduite à notre égard me prouve chaque jour.
in Annales maritimes et coloniales Tome 83 Revue coloniale 1843

William Leblanc raconte à sa manière cette fête dans un livre publié à Paris, 52 années plus tard !
Je me souviens que, quelques mois après notre arrivée à Nouka-Hiva (17 décembre 1842), je fus témoin d’une grande koïka, fête en l’honneur de l’amiral Dupetit-Thouars. Té Mohana, roi de la baie de Tahiohaé, vint inviter M. Collet, gouverneur, et tous les Français à y assister. Ce cas était extraordinaire, car, suivant les coutumes, je le répète, les étrangers sont exclus de toutes les cérémonies indigènes.
Le lendemain, dès le matin, le roi, accompagné de tous les chefs de la baie, vint au fort, en grand costume de guerre, chercher les autorités françaises, et, vers dix heures, l’état-major, accompagné d’un peloton de cinquante hommes de troupe, se mit en marche. Une heure après, l’on arrivait au houla-houla, qui ne sert qu’aux grandes solennités.
Une multitude innombrable remplissait déjà l’enceinte ; à notre entrée, elle poussa le cri mille fois répété de : Kaoha, Farani, meïtaï Farani / Bonjour, Français, bons Français !
On fît ranger le peloton au fond du quadrilatère qui forme l’enceinte, et l’on fît manœuvrer, puis exécuter quelques feux de peloton, des charges à volonté qui produisirent une grande joie parmi les naturels.
Une des cases avait été préparée pour recevoir les chefs ; la chaire du grand prêtre était entourée d’une quantité de cochons rôtis, de fruits à pain également rôtis, de cocos et de grandes calebasses de popoye.
La foule n’attendait que le signal du grand prêtre pour manger ; il le donna enfin, et tous se mirent à jouer des mâchoires.
Les officiers mangèrent du cochon rôti et du fruit à pain, ce qui parut faire beaucoup de plaisir à tous ces bons sauvages. Les soldats trouvèrent le cochon excellent ; aussi, plus d’un en emporta-t-il un morceau pour son repas du soir.
Le festin terminé, deux jeunes garçons et deux jeunes filles sortirent de la foule et exécutèrent des danses très échevelées, sautant en ouvrant les bras avec force et les ramenant ensuite gracieusement au-dessus de leur tête ornée de fleurs. Tout cela était accompagné des chants de la foule et des sons assourdissants de leur tam-tam, du papaki et des battements de main de tous les assistants.
À un signe de Pakoko, tous les bruits cessèrent, et le plus grand silence régna.
Le roi Té Mohana monta un cheval qu’il avait reçu en cadeau de l’amiral, et fit trois ou quatre fois le tour de l’enceinte au galop ; cette démonstration fit beaucoup d’impression sur les naturels qui poussaient des exclamations à n’en plus finir, car c’était le premier cheval que l’on vît dans l’île. Le roi se tenait sur la bête aussi solidement que l’eût fait un singe de cirque. Les danses recommencèrent un moment, et, quand elles furent terminées, le grand prêtre harangua la foule.
Les chefs entrèrent en conférence, et nous nous retirâmes, accompagnés des mêmes cris qui nous avaient accueillis à notre arrivée.
in William Leblanc Souvenirs d’un vœux Normand 1895 Réédité « Au vent des îles » 2006

La face cachée des états généraux ultramarins (in Marianne2.fr)
Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit, dénonce le règne de la démagogie qui s’instaure avec les états généraux ultramarins à venir
Extraits :
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Que va-t-on encore observer, dire et prescrire dans les ateliers de cette grand-messe tropicale ? Nous le savons à vrai dire déjà car les bibliothèques de l’Assemblée nationale, du Sénat, de la rue Oudinot et de Bercy croulent sous le poids des innombrables rapports remis depuis des décennies sur l’Outre-mer en général ou chaque collectivité en particulier. Tous ont parfaitement diagnostiqué les problèmes en présence. Localement et à Paris on ne compte plus les incessants colloques où se produisent de doctes experts qui viennent exposer savamment les pathologies du grand malade ultramarin.
… /…
Dénoncer la « profitation » de certains serait crédible si celle-ci n’était pas la valeur la mieux partagée des sociétés d’outre-mer où chacun, du plus humble RMIste au Béké, en passant par les fonctionnaires, les syndicalistes et les élus locaux, fonctionne au passe-droit et au clientélisme. L’Etat de droit comme les principes républicains sont mal assimilés et l’Etat tout court n’accomplit pas ses missions régaliennes de contrôle du respect des lois de crainte de se faire accuser de mener une « politique d’oppression colonialiste ». On a ainsi pu lire des rapports préfectoraux reconnaissant avoir négligé le contrôle des actes des collectivités territoriales au prétexte des « troubles à l’ordre public » que pourrait déclencher la sanction des illégalités.
… /…
Quand la « préférence autochtone » devient la règle dans un territoire, la médiocratie s’installe au préjudice dramatique des générations futures. Ajoutons-y la sur-rémunération des fonctionnaires avec son injustice criante et ses effets inflationnistes bien connus et la faillite est assurée.
… /…
L’Outre-mer français marche sur la tête et vit au dessus de ses moyens. Si les états généraux prévus ne servent qu’à entendre ressasser les sempiternels constats et que l’Etat recule de nouveau devant les mesures drastiques à proposer gageons qu’on aura encore palabré pour rien et qu’il ne restera plus aux contribuables qu’à payer la facture. Comme d’habitude.
Source : http://www.marianne2.fr/La-face-cachee-des-etats-generaux-ultramarins_a177774.html
Aux Marquises aussi et ça ne date pas d’aujourd’hui.

Autographe de Renée Hamon, extrait d’un cahier de Thor Heyerdahl
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« C’est qui paye qui paye »
Cette chanson du groupe Gurejele (de la tribu de Mébuet) écrite par Dick Buama (musique Kaneka ) a fait pas mal de bruit quand elle est sortie en Nouvelle Calédonie en 2001.
Pour l’écouter cliquez ici
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Nos politiques qui s’en vont à Paris
Pour préparer avec la mère patrie
Les accords qui feront le bien du pays
D’accords en accords et ce n’est pas fini
C’est qui qui paye, qui paye ?
C’est la France qui paye
C’est qui qui paye, qui paye ?
C’est la France qui paye
Ah oui
C’est ça aussi !
Si t’es fauché il suffit d’demander
A une condition celle d’adhérer
Dans le parti on est subventionné
Les chiens peuvent aboyer on est légalisé
C’est qui qui paye, qui paye ?
C’est la France qui paye
C’est qui qui paye, qui paye ?
C’est la France qui paye
Ah oui
C’est ça aussi !
Nous ne sommes plus fanatiques
Des meetings politiques
Ici sous les tropiques on préfère la musique
Celle de la Jamaïque des états d’Amérique
Dans la fonction publique on travaille pour le fric
C’est qui qui paye, qui paye ?
C’est la France qui paye
C’est qui qui paye, qui paye ?
C’est la France qui paye
Ah oui
C’est ça aussi !
Toutes les subventions de tous les partis politiques
C’est la France qui paye
La consommation de tous les réfugiés politiques
C’est la France qui paye
Le salaire des fonctionnaires qui travaillent pour le fric
C’est la France qui paye
L’écolo plastiqué en plein pays kiwi
C’est la France qui paye
C’est qui qui paye, qui paye ?
C’est la France qui paye
C’est qui qui paye, qui paye ?
C’est la France qui paye
Ah oui
C’est ça aussi !
C’est ça aussi !
Marquises : l’église catholique au début du XXIème siècle
Père Simeon Delmas’ church at Taiohae
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L’Église de Te Fenua Enata (Diocèse Taihoae – Iles Marquises)
Les Marquisiens viennent de vivre le siècle de leur renaissance. Ils ont échappé à la mort et à l’oubli. Les familles ont refleuri avec de nombreux enfants. Pendant quelques décades, les six îles ont formé une grande famille, à travers les mamans qui étaient presque toutes passées par l’internat des sœurs. Un nouveau peuple marquisien a grandi dans la foi chrétienne, il a cheminé durement jusqu’à découvrir ses racines, ses richesses, son identité. Il est devenu Marquisien et retrouve sa fierté. L’Église a été présente et active tout au long de cette renaissance.
À l’aube d’un nouveau siècle, notre Église est portée par une grande espérance.
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Alors que des jeunes de plus en plus nombreux prennent leurs distances avec l’Église, un grand nombre de chrétiens redécouvrent leur foi et prennent une place active dans l’Église.
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Alors que le « développement » nous arrive comme une déferlante, l’Église invite à la réflexion et à la vigilance pour que l’argent et le profit n’engloutissent pas les vraies valeurs de l’homme et de la communauté.
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Alors que la famille souffre et s’inquiète de la séparation précoce de ses enfants et de ses jeunes en raison de la scolarité, l’Église continue de la soutenir dans sa mission éducatrice. Le départ à Tahiti (1 500 km) de tous les jeunes, à la fin du 1er cycle du secondaire, nous stimule à porter une attention privilégiée à la formation religieuse de ces jeunes.
Pour que notre Église soit vraiment marquisienne, il y a deux grands chantiers à réussir, qui ne peuvent être programmés dans le temps :
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La traduction complète de la Bible. Nous avons en main le Nouveau Testament et les Psaumes, très utilisés dans les familles, et aussi tous les lectionnaires liturgiques, fruit du long de parents qui en parlent volontiers à leurs enfants (travail de Mgr Le Cleac’h, ancien évêque de Te fenuaenata).
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Des prêtres marquisiens pour le diocèse et l’Église universelle, ainsi que des religieux et religieuses. C’est le désir de beaucoup de parents qui en parlent volontiers à leurs enfants.
Aux îles Marquises, nous bénéficions des satellites de communication et d’internet mais, pour la vie de chaque jour, nous avons davantage besoin de pirogues, de barques de pêche et de goélettes. Nous avançons et nous vivons encore au rythme de la goélette.
Auteur : Monseigneur Guy Chevalier Évêque de Tefenuaenata (Assemblée plénière,
Conférence des Évêques de France – Lourdes, 4-10 novembre 2000)
Catholic Church at Atuona – Described by Stevenson in The South Seas
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Situation
Un des archipels de la Polynésie Française, situé à 1 500 km au nord de Tahiti, bien différencié par son histoire, sa culture, ses traditions, sa langue, son identité.
Les 8 500 habitants répartis sur six îles habitées, correspondent a moins de 4 % de la population de la Polynésie française, pour une superficie dépassant 25 %. Il y a plus de 10 000 Marquisiens résidant à Tahiti.
Archipel catholique à 90 %, c’est une exception dans le Pacifique avec Wallis et Futuna et Guam. 4 % de non-Polynésiens (fonctionnaires et enseignants). L’âge moyen est de 20 ans environ. L’émigration vers Tahiti est constante.
Culture
Après la disparition et l’oubli des traditions qui ne pouvaient se transmettre en raison d’une population éparse et moribonde, depuis plus de vingt ans les Marquisiens, sous l’impulsion de leur évêque, Mgr Le Cleac’h, ont repris goût à leur langue, à leur culture et retrouvent leur fierté. La langue marquisienne est habituellement parlée en famille et dans les réunions. C’est la langue liturgique.
Le Marquisien est un sculpteur réputé qui a fait de la cathédrale de Taiohae le chef-d’œuvre de l’époque moderne. La sculpture, la fabrication de tapas et l’artisanat offrent un revenu à beaucoup de familles. Les danses, les chants et tatouages marquisiens sont à la mode à Tahiti.
Des femmes ont toujours eu un rôle public dans les temps anciens, comme chef de vallée, reine, prêtresse célibataire. Elles ont accès aux postes de responsabilité. C’est un cas exceptionnel dans le Pacifique.
Une Église qui se construit
Personnel de la mission
Un prêtre diocésain et 4 prêtres religieux (Picpus), 4 sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny, 3 frères (Ploërmel).
Le synode diocésain de 1979 a libéré la parole et donné l’initiative aux fidèles. L’Église est entre leurs mains, elle doit devenir marquisienne, dans l’expression de sa foi, dans ses orientations, dans ses ministres et ses animateurs. Le premier prêtre marquisien a été ordonné en décembre 1995 et deux jeunes de 23 et 26 ans viennent d’entrer au grand séminaire de Tahiti.
Le Tumu Pure
Chaque vallée a son Tumu Pure (chef de prière). Il est le collaborateur privilégié du prêtre qu’il représente d’une façon habituelle dans toute la pastorale. Il est aidé par des auxiliaires dont le nombre varie selon l’importance de la vallée (paroisse). Homme ou femme, indistinctement, père ou mère de famille, vivant modestement de son travail, le Tumu Pure est regardé comme le « chef » de la paroisse. Son rôle est d’autant plus important que le clergé est étranger, les îles Marquises n’ayant qu’un prêtre marquisien (1).
Le Tumu Pure est choisi par sa paroisse et mandaté par l’évêque pour quatre années renouvelables. Pendant longtemps, le rôle du Tumu Pure était limité au culte et aux sacrements. Son rôle réel est une mission de communion entre les groupes et les activités diverses de la paroisse.
Les Tumu Pure et leurs auxiliaires forment un corps à l’instar du presbyterium : une soixantaine de chrétiens qui se connaissent bien, s’apprécient et s’entraident volontiers. Chaque année, une session de formation est organisée pour eux, d’autant plus nécessaire que l’isolement est très grand.
La liturgie
La liturgie du dimanche est le grand moment de la semaine dans chaque vallée, même si le prêtre est habituellement absent. Elle est le lieu privilégié de l’expression de la foi d’un peuple, mettant en œuvre des composantes de sa culture comme le sens de la fête, le respect du sacré, le désir de participer, la joie du rassemblement, le chant… Elle figure au programme des touristes qui sont heureux de baigner dans une ambiance de prière joyeuse et populaire. Les grandes fêtes de l’année sont marquées par une soirée biblique où les mélodies et rythmes traditionnels revivent et se transmettent. Foi et tradition s’embrassent.
La formation des adultes
Devant la soif et la demande pressante des chrétiens, une formation en marquisien est proposée aux adultes, à travers les groupes « Croissance » où l’on s’engage à participer aux huit week-end et à la session de l’année. Plus de 200 laïcs sur cinq îles différentes sont assidus à cette formation dont un résultat est l’engagement renouvelé dans la vie de l’Église et la société.
Mgr Martin 3ième Vicaire apostolique
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Historique
22 juillet 1595 Découverte des îles Marquises par Alvaro de Mendana
1797 William Crook, missionnaire évangéliste, séjourne 2 années sans succès
04 août 1838 Trois missionnaires catholiques (Picpus) débarquent à Vaitahu, (île de Tahuata) après les Hawaïi (1827), les îles Gambier (1834) et Tahiti (1836) Mai 1842 Prise de possession de l’archipel par la France1904 Les lois laïques françaises, sont appliquées, entraînant la confiscation de tous les biens de la mission et la fermeture de toutes les écoles catholiques
24 mai 1924 Réouverture de l’école-internat des Sœurs de saint-Joseph-de-Cluny à Atuona
1930 La population marquisienne, estimée à 60 000 ou 80 000 habitants à l’arrivée des Européens, a failli disparaître : 2 200 habitants en 1930. L’ouverture de cette école demandée par le gouvernement a enrayé la dépopulation, par la protection et l’éducation.
1960 L’évêque change son siège épiscopal pour venir établir une école-internat de garçons à Taiohae
24 juin 1977 Bénédiction de la cathédrale de Taiohae1979 Synode diocésain
15 août 1988 Le cardinal Pio Taofinuu de Samoa, un Polynésien, légat du Pape pour le Jubilé des 150 ans de la mission, célèbre la messe solennelle en langue marquisienne
28 juillet 1995 À l’occasion des 400 ans de la découverte des îles Marquises, sur les lieux mêmes, à Vaitahu, remise solennelle par l’évêque à chaque paroisse du livre du Nouveau Testament et des Psaumes édité en langue marquisienne
30 décembre 1995 Ordination à Taiohae de Joseph Taupotini, premier prêtre marquisien
27 janvier 2000 Création de l’Académie marquisienne par le gouvernement de la Polynésie française
Catholic Church at Hanavave – Frère Fesal on left, Père Olivier on right
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Petites communautés chrétiennes sans prêtres (Synode de l’Océanie en 1998)
J’ai le devoir de dire tout d’abord l’immense reconnaissance du peuple marquisien envers l’Église. S’il existe encore un peuple marquisien et une langue marquisienne, les Marquisiens savent qu’ils le doivent en grande partie à l’Église catholique. Cela est vrai aussi pour d’autres régions de l’Océanie.
Évêque aux îles Marquises, à 1 500 km de mon frère évêque le plus proche, je suis habitué a un certain isolement. C’est un autre isolement bien plus sérieux que je veux évoquer : celui de petites communautés catholiques (îles, villages ou régions) qui, en raison de leur situation géographique et du petit nombre de personnes, sont habituées à vivre sans prêtre. Elles peuvent espérer, tout au plus, un bref séjour du prêtre tous les trois ou quatre mois ou peut-être une seule fois dans l’année. Pas de prêtre, pas de sacrifice eucharistique « source et sommet de tout le culte et de toute la vie chrétienne » (CIC 897). Pour ces communautés, cette situation semble normale, il en a toujours été ainsi. Elles pensent, et leurs pasteurs avec elles, qu’on n’y peut rien ou que c’est une particularité de l’Église locale.
Malgré l’absence de prêtre, nombre de ces communautés sont exemplaires par leur foi chrétienne vivante et bien visible, par leur attachement à l’Église et à l’évêque. Des laïcs prennent au sérieux leur mission de baptisés appelés à construire l’Église, Corps du Christ. On reconnaît là l’action du Seigneur qui comble les petits et les démunis. Mais, ces chrétiens se sont habitués à vivre sans prêtre, sans l’Eucharistie. Habitués à s’en passer, ils risquent de ne plus en voir l’importance et le besoin.
Si la vie de foi de ces chrétiens est un exemple sur bien des aspects, surtout n’allons pas faire de ces communautés un modèle pour les régions du monde qui manquent de prêtres. L’anormalité d’une communauté sans prêtre et sans l’Eucharistie ne saurait devenir un modèle. Jamais l’ardeur de la foi des chrétiens et leur dévouement ne pourront compenser l’absence de prêtre dans une communauté. De plus, au lieu d’être un stimulant pour des vocations sacerdotales, l’absence habituelle du prêtre risque fort d’en éteindre le désir et le besoin.
Cette situation, fréquente dans notre région du Pacifique, n’est-elle pas un appel du bout du monde lancé à notre Église ? Appel à notre sollicitude pastorale à l’égard de ces communautés défavorisées ; appel à intensifier nos efforts pour procurer à toutes nos communautés les prêtres dont elles ont besoin ; appel à ne pas nous résigner à une situation de fait, mais à chercher, dans la vérité et l’unité, des chemins de solution ; appel à une plus grande fidélité et à une prière plus pressante au Christ prêtre et pasteur qui veut que tous les hommes soient sauvés.
Auteur : Monseigneur Guy Chevalier Évêque de Tefenuaenata
Source : http://www.relpac.org.fj/taiohae.htm
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(1) Le père Buchin a été ordonné prêtre en 2006 ce qui porte à deux le nombre de prêtres Marquisiens depuis le début de l’évangélisation ; la première messe fut dite en 1595 !
Gauguin : « Héritage et confrontation » un texte de Chantal Spitz
Où en sommes-nous cent ans après la question posée par Gauguin:
D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?
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Paul Gauguin. Ce nom avec lequel je suis entrée en collision dans mon enfance par la colère de mes parents fulminant contre l’état français qui défigurait l’école centrale où ils avaient aguerri leurs intelligences en lycée Paul Gauguin que nous devions fréquenter plus tard. «Ils osent donner le nom de ce satyre à notre école» avait tonné mon père «un syphilitique» avait brusqué ma mère «un sale type… quel exemple pour nos enfants» avait craché ma grand-mère.
Paul Gauguin. Ce nom qui a avec la litanie colonialement correcte des Bougainville Loti Melville Segalen effacé le nom de nos ancêtres scandé par chacun des nœuds de nos aufau fetii aujourd’hui disqualifiés. Ces longues tresses de nape qui confortaient nos mémoires et portaient nos généalogies pour nous enlacer dans notre histoire nous rattacher à notre fondement. Ces Bougainville Loti Gauguin Melville Segalen nous ligaturent désormais dans le mythe-carcan qui nous fige dans une sous-culture une sous-humanité nouveaux noms d’un aufau fetii des temps modernes pour nous rattacher à notre nouveau fondement… peuple insouciant… peuple enfant.
Paul Gauguin. Ce nom mythique porteur de multiples mythes déclinés «l’eden cannibale» de Melville «le mariage de Loti» «les immémoriaux» de Segalen ces mythes réducteurs qui de la Nouvelle-Cythère à la maison du jouir nous établissent dans une identité immuable immobile nous réduisent au silence à l’absence nous laissent sans voix sans consistance. Peuple insonore.
Paul Gauguin. Ce nom signé au bas d’un avis placardé dans les rues de Papeete titré «Tahiti aux Français» ainsi rédigé «Nous portons à la connaissance de nos compatriotes non enchinoisés qu’une réunion aura lieu le Dimanche 23 du courant à 8 heures 1/2 du matin dans la Salle de la Mairie à l’effet de décider des mesures à prendre pour arrêter l’invasion chinoise» une voix qui vomit lors de cette réunion du parti catholique un discours raciste contre l’immigration des Chinois qui compromet dit-il «la vitalité de Tahiti: cette tache jaune souillant notre pavillon national me fait monter le rouge de la honte à la face.» un colon qui condamne avec la société blanche européenne l’importance de la communauté chinoise et anime une campagne virulente contre «la céleste invasion» jaloux sans doute des succès financiers des Chinois qui excellent dans l’art du commerce.
Paul Gauguin. Ce nom qui se confond avec les Marquises à moins que ce ne soit le contraire comme si une maison du jouir et une tombe avaient suffi pour effacer un peuple aux mille années de civilisation. La tombe de Gauguin est ainsi devenue une halte marquisienne incontournable au même titre que la tour Eiffel à Paris naissant ce parau paari des temps modernes «si tu n’as pas vu la tombe de Gauguin tu n’as pas vu les Marquises» à l’image du célèbre «si tu n’as pas vu la tour Eiffel tu n’as pas vu la France».
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Ce texte de Chantal Spitz, « Héritage et confrontation », a été lu par l’auteur à l’Université de Polynésie Française en 2003 à Punaauia à l’occasion du colloque commémorant le centenaire de la mort de Paul Gauguin
Le cannibale avait de si bonnes dents de Sagesse
Cannibale recueilli par la Mission après avoir lui-même échappé à un clan voisin lorsqu’il transportait une victime humaine destinée au site sacré de sa vallée sur l’île de Hiva Oa. Photographie de Louis Gauthier
En 1888, Louis Stevenson écrivait : « C’est une escroquerie. J’avais classé ces îles comme celles ayant la population la plus bestiale ; ils sont en fait bien meilleurs, bien plus civilisés que nous le sommes. Je connais un vieux chef, Koomua, un vrai cannibale en son temps, qui dévorait ses ennemis à son retour chez lui, après les avoir trucidés. Or c’est un parfait gentilhomme, excessivement aimable, franc et homme de bon sens ».








