













Situées à 5500 km de Los Angeles, à 4000 km au sud de Hawaii, 7500 de Sydney, 6500 de Santiago du Chili, et à 1400 km au nord-est de Tahiti, les Marquises (archipel composé de 12 îles dont 6 sont habitées) sont les îles les plus éloignées de tout continent. Entre traditions et modernité, entre ciel et mer, Ua Pou, Hiva Oa, Nuku Hiva, Fatuiva (Fatu Hiva), Mohotani (Motane), Tahuata, Ua Huka et Eiao, les îles Marquises, Terre des Hommes, Te Fenua Enata, Te Henua Enana, the Marquesas Islands. Blocs de lave surgis du Pacifique, ces îles hautes composent un paysage dentelé à la beauté sauvage et envoûtante. Les Marquises s'offrent dans leur rudesse, brutales et authentiques…














Danseurs de Tahuta lors du festival des arts à Ua Pou 2007
Les territoires excentrés de pays en pleine modernisation voient leur population diminuer, leur tradition petit à petit abandonnée ; les plus jeunes ne portent plus de respect à la culture de leurs aînés ou, dans le meilleur des cas, se sentent très peu concernés par elle. À moins qu’elle ne retrouve un sens, qu’on lui porte attention, de l’extérieur en particulier, et que cette valeur redécouverte apporte de la vie, des ressources, de la fierté… C’est un des enjeux et des résultats du renouveau culturel qui passe par les grandes réjouissances que sont les festivals.
Remote areas of developing countries suffer loss of population and of local tradition; the younger generation shows lack of respect or at best indifference to the culture of the elders. But traditional culture may find new meaning, stimulated perhaps by the interest of outsiders, leading its bearers to invest it with new life, resources, and pride. Such a revival has been an early result of the periodic Marquesan festivities, called festivals, over the past twenty years.
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Référence électronique : Marie-Noëlle Ottino-Garanger, « Fêtes et renouveau culturel », Le Journal de la Société des Océanistes, 113 | Année 2001-2, [En ligne], mis en ligne le 27 mai 2008.
Philippe DRAPERI (15/10/1952 – 22/02/1992) finissait, en février 1989, O Taiti ou la nef des fous, actuellement chez HAERE PO.
Le petit ouvrage combinant les extrêmes d’un monde clos, celui de l’île, avait été à la fois détesté et approuvé, passé de main en main, mais il n’en révélait pas moins des réalités de notre univers insulaire, où l’homme étouffé dans le clanisme, subit (subissait) une profonde solitude.
La Nef des Fous, tout d’abord, c’est l’histoire démente de Sébastien Brant, sortie un jour de carnaval. Le carnaval, c’est quoi ? C’est ce jour particulier, où les pauvres peuvent se ficher des nantis, où les aristocrates et les religieux sont la risée du peuple, un jour où pour soulager son impuissance, on fait semblant d’être l’autre : on se déguise en moine grossier, on fait le fou, une journée de folie inscrite dans la normalité, pendant quelques heures. Ce texte est né pendant le moyen-âge en 1494, il décrit les vices psychologiques de l’être humain : des « gens biens », plutôt que la lie de la société, sont embarqués sur la Nef des fous. Sept mille vers pour un miroir de la folie, qui se cache là où on ne la voit pas toujours.
Pourquoi Draperi a-t-il intitulé son ouvrage « La Nef des fous » ?
Le rapport au moyen-âge : Il constate que « La pensée religieuse est la seule pensée intégrée par les insulaires. Ainsi, ce peuple ne connaît de l’Occident que le Moyen-âge de sa pensée (17). »
Le rapport au monde clos de la Nef : L’éloignement, l’insularité est un monde clos ;
Le rapport à la folie : il identifie dans chaque communauté des troubles psychiques ;
ainsi, Philippe DRAPERI écrit :
– Il y a chez le Polynésien une propension à la schizophrénie. Un homme (ou une femme) habité par deux ombres chez lequel le passé, parce qu’inconnu, pèse d’un poids trop lourd sur un vernis culturel nouveau, essentiellement forgé par la religion. (17).
Philippe DRAPERI donne ainsi l’exemple de la relation du Polynésien à l’homme Blanc, le capitaine Cook : « un jour attaqué, mangé et puis pleuré ». – Les Chinois connaissent des troubles psychiques inévitables. On constate l’oubli progressif des us et coutumes asiates et cela est symbolisé par une perte sévère de la langue chez les jeunes (19-22).
– Le demi fonctionne sur un mode paranoïaque : excroissance du « je », sentiment de persécution, volonté de puissance (23). D’après DRAPERI, c’est bien le Demi qui considère l’Occidental comme un usurpateur, et non pas le Ma’ohi. Ce « Demi », d’ailleurs, revendique un discours politique traditionaliste : il instaure en « supposées ‘valeurs polynésiennes’, artisanat, traditions orales et danses. Soit point d’économie traditionnelle, point de rivalités ancestrales entre vallées et grandes familles. L’histoire est réécrite, les coutumes faussement reconstituées au seul profit d’une bourgeoisie urbaine.
– Les immigrants/popa’a, une fois installés, le tour de l’île accompli, (subissent) un lent travail de dégradation psychologique : pas ou peu de famille, des amis volages, une lourde solitude les envahit et l’on se surprend avec quelqu’un d’inconnu : soi-même (11-12).
– Tout ce beau monde vit dans la promiscuité sur « la Nef des fous »/l’île.La mémoire collective subit le temps figé : l’oubli est interprété comme une perte d’être, il en découle unefertilité artistique, parfois, une « véritable inflation picturale » (14) due, sans doute, à la perte des mots.
– Mais, « On ne peut oublier que ce qui a été appris, les Polynésiens ne sont pas amnésiques à proprement parler, ils sont ignorants de leur propre culture. Leur STABILITE future dépend ainsi plutôt d’une réelle volonté de savoir que d’un effort de mémoire. »
L’étude de l’espace temps révèle l’existence de mondes parallèles : ainsi « Parfois des connaissances disparaissent, on les croit parties, mortes, évaporées. Eh bien non ! Elles n’ont cessé de vivre à côté de nous dans des coteries ou des communautés parallèles. Et tout ce monde se croise, s’oublie, s’ignore et complote, pour surtout passer le temps (12). »
Philippe DRAPERI constate aussi que la « Polynésie est porteuse du thème de la mort » : la littérature en est imprégnée (relatif, la mort est un thème littéraire, général)
Ce qui remonte de ce texte, ce sont les paradoxes : selon DRAPERI, c’est pour mieux franciser la population que l’on a intégré le reo tahiti à l’école ; également, c’est pour mieux contrôler la Polynésie française, que le gouvernement central a cédé quelques pouvoirs décisionnels aux demis.
Explication :
Après 200 ans de colonisation, la langue française est si mal parlée ici à la différence d’autres territoires. Dans la cervelle MA’OHI, rien n’accroche (notre) culture, non forcément, comme certains le crient par manque de volonté ou d’effort, mais parce qu’il glisse sur une absence, celle de la civilisation polynésienne elle-même. Les mots nouveaux ne sont pas assimilés par ce que les mots anciens font défaut… cette manière de dire non à la langue française est le seul acte de résistance d’un peuple qui ne se révolta presque pas (21) en intégrant l’idiome polynésien en classe, on œuvre pour une intégration plus profonde encore de la population autochtone à la culture occidentale (22).
En ce qui concerne le « pouvoir », l’essentiel est, selon Philippe DRAPERI, « de présenter la Polynésie prise en charge par les siens alors qu’elle est guidée par d’autres. Ce qui se comprend quand on sait que l’Etat moderne, plus machiavélique que jamais, ne cède en rien son pouvoir mais peut accorder quelques attributs et titres de consolation à ceux là mêmes plus susceptibles d’entraver son autorité et sa pérennité. »
Le dernier volet de la Nef des Fous de DRAPERI se consacre à la sexualité, pierre angulaire du mythe. Le club Med a été conceptualisé dès Bougainville : « Des Polynésiennes demi nues aux sourire avenants… des petits cochons rôtis… »
L’auteur délimite les frontières entre Mahu, raerae, petea. Il aborde la question de l’inceste, qui ne peut être cerné par Levi Strauss et sa théorie de la prohibition de l’inceste comme passage nécessaire de l’état de nature à celui de culture. Enfin, et je m’arrêterai là dessus, même si, sans doute, il y a encore plus à dire : DRAPERI aborde le schéma du « collectif » contre l’individu : sur la Nef des Fous, l’individualisme n’est pas compris. Tout est collectif : le viol, le harcèlement, la pensée. Celui ou celle qui est en marge et qui ne correspond pas aux autres, sera forcément ciblé(e) par les autres. Le Polynésien, conclut Philippe DRAPERI, s’accroche à toutes les formes associatives – culturelle, sportive, politique – pour (sur)vivre dans le groupe.
On retrouve là l’esprit du groupe, le pupu, disserté par Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, article que l’on peut trouver soit sur son blog, soit dans le bulletin des Sociétés Océaniennes.
Copyright : « critique littéraire » par Ariirau.
Publié sur ce blog avec l’aimable autorisation de l’auteur Stéphanie Ariirau Richard
O Taiti ou la Nef des Fous, par Philippe DRAPERI, chez Haere Po.

TE PETO
Ua hee te peto
Ma he vaanui
Tihe io to īa kui
Ma te kaokao
Aè īa i kite
Ua kiiete īa
I to īa kui
Io he vaanui
Ua para te peto
Ma ùka he veo
Tihe i te tumu
Para io he kaù
CM2 Hakahau Ua Pou
Académie marquisienne 2002
Les pistes de l’île de Tahuata sont les plus mauvaises de l’archipel. Elles ont été tracées, puis n’ont plus jamais été entretenues. Par fortes précipitations, des cours d’eau improvisés tracent un fossé profond qui coupe en longueur la piste sur plusieurs centaines de mètre. Le 4X4 passe s’il le peut, en crabe, à la limite du renversement. Parfois on reste là, on ne peut plus aller plus loin, on abandonne le véhicule et on fait demi-tour à pied. Les engins de l’Equipement n’étant pas à chenilles, le passage ne sera ouvert que lorsque la pluie aura cessé, dans plusieurs jours…, une semaine plus tard, parfois plus.
Aujourd’hui, surprise, notre véhicule doit attendre que les engins de l’entreprise de travaux publics laissent le passage. Aucun panneau de signalisation au départ du village n’annonce ces encombrements sur la voie. L’adjoint au maire ne semble pas lui-même au courant.
Des travaux d' »élargissement se réalisent à trois endroits sur la piste qui mène de Vaitahu à Motopu. On attend un quart d’heure sans savoir qu’il nous faudra attendre plus loin, plusieurs fois et que sera la même chose pour le retour.
Les hommes de la route percent, dynamitent, entassent, étalent, terrassent, nivellent et remuent des tonnes et des tonnes de cailloux et de terre. Dans un nuage de poussière, nous roulons au travers de la cocoteraie.
Les travaux d’aménagement des routes de l’île de Tahuata se sont déroulés sur une période récente, d’une durée de 7 ans, de 1999 à 2006 et ont consisté à :
– Elargir la route existante de Motopu à Vaitahu en grande partie à l’aide d’explosifs avec la mise en place de matériaux dits de ‘’carrière » servant de couche de roulement.
– Mettre en place un assainissement de la route de Motopu à Vaitahu et des passages busés sur le tronçon Motopu / Vaitahu
– Ouvrir une nouvelle route entre Hanatetena et Hapatoni puis ensuite l’élargir et renforcer ponctuellement sa chaussée.
Les quantités mises en œuvre ont été de l’ordre de 30 mille m3 de terrassement à l’explosif, 70 mille m3 de terrassement ordinaire et une trentaine d’ouvrages busés.
Voir photographies de ce chantier, cliquez ici
Paradis des vacanciers, les îles sont dures à vivre pour leurs habitants : l‘envers des Marquises
Un paysage exceptionnel, un relief difficile, les îles dispersées des Marquises dorment au milieu du Pacifique, attendant on ne sait quel bouleversement pour s’épanouir à la consommation… L’isolement de ces « morceaux » de France est un attrait pour le voyageur qui s’émerveille du rythme du soleil, du pas des chevaux sauvages, de la lenteur de la nature. Mais il est difficile d’y vivre.
La vallée de Puamau est l’une des vallées privilégiées de l’île d’Hiva Oa puisqu’une piste récente et mouvementée y conduit (50 km = 4 heures). Marie-Antoinette Katouba, adjoint au maire de Puamau, explique « Avant la route, il fallait douze heures à cheval par les crêtes, je l’ai fait quand j’étais enceinte pour aller accoucher à Atuona. Ici, il n’y a qu’un infirmier. »
Marie-Antoinette a été pensionnaire chez les sœurs d’Atuona, elle parle bien français ; pas son mari. Comme dans la majorité des couples marquisiens, elle est plus instruite parce que, aux Marquises, l’enseignement des garçons s’arrête plus tôt que celui des filles, faute d’écoles.
On bavarde en se protégeant des moustiques propagateurs de l’éléphantiasis. En bas sur la plage, c’est le festival des nonos, minuscules bestioles invisibles, nocives au point de rendre certaines vallées inhabitables.
Marie-Antoinette s’occupe de la « phonie » (la radio), seul moyen de télécommunication à heure fixe. En cas de panne, il ne reste que la Land Rover, les quelques pirogues ou la très éventuelle goélette. Son mari, Vohi Heita chasse les animaux « divaguants » (bœufs, chevaux, cochons retournés à l’état sauvage), pêche et casse le coprah.
Impossible, à cause du relief, d’utiliser des machines pour la culture. Tout se fait à la main pour gagner, les mois fastes, environ 2 500 F Pacifique (137 F)1. Le riz, la bière sont un luxe. Bien sûr on mange des bananes, du poisson pour rien mais tout le superflu si nécessaire est hors de prix. Les trois commerces font crédit mais pas trop longtemps sous peine de faillite. Sur la cinquantaine de maisons éparpillées dans la vallée, beaucoup sont vides. Les Marquisiens partent vers Tahiti et ne reviennent plus.
Autrefois la vallée était prospère, bruissante de vie. Il faut lire Typee, un éden cannibale, d’Herman Melville, pour en avoir l’idée. Aujourd’hui tristesse et morosité, les jeunes surtout, s’ennuient et ne peuvent trouver d’emplois. La seule distraction est la prière dominicale chantée en commun dans la petite église qui depuis bien longtemps n’a plus de curé pour dire la messe. Cette vallée, ni la plus riche ni la plus pauvre, ressemble à toutes les autres. Un espoir pourtant : le nouvel aéroport en construction à Nuku Hiva qui permettra aux long-courriers d’atterrir (en 1980 ?) et qui insufflera peut-être aux îles une énergie nouvelle.
Avec l’aimable autorisation de l’auteur – Copyright : Catherine Domain – Article publié dans le journal « Le Matin de Paris » le 22 juin 1978
http://www.ulysse.fr/Ecrits/Marquises.html
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1 2500 FCP ~ 20 euros
« Dans l’après-midi du 9 mai 2002, nous quittons le sud de Tenerife, derrière « Joline », un bateau français en bois avec à bord Patrick, Viviane et leurs deux enfants, partis deux heures avant nous. Nous avions prévu de faire la traversée ensemble -c’est sympa d’avoir un voilier à proximité avec qui échanger impressions, infos diverses, voire poissons ! – mais après quelques échanges VHF, la nuit est tombée, et avant le matin nous nous sommes perdus de vue et de portée VHF définitivement, c’était réussi… (lu sur Bateaux autour du monde). »
C’est un beau bateau très confortable mais moins rapide que les autres. Pas étonnant qu’ils se perdent de vue.
Le temps passe, la croisière continue…
Un beau dimanche matin de février 2009, Patrick, Viviane et leurs trois enfants quittent Ua Pou (Marquises) pour tirer des bords sur le grand Océan et continuer ainsi leur tour du monde à bord de ce vieux et magnifique gréement en acajou et chêne.
Un 12 tonnes de 1960 construit en Angleterre construit par David Hillyard et acheté à Arcachon en 1968. Patrick charpentier de marine restaure le yacht et dès l’été 2001, le couple lève l’ancre de Belle île en mer pour une traversée de l’Atlantique avec un enfant à bord.
Patrick, travaille aux escales plus ou moins longues selon le temps qu’il faut pour refaire la caisse de bord et l’intérêt qu’offre le pays.
Canaries, Cap-Vert, Guyane, Venezuela, Trinidad et Tobago… puis la Colombie, traversée du canal de Panama retardée de quelques mois et les Marquises.
En Guyane Patrick fabrique du mobilier moderne avec une nouvelle technologie.
A Trinidad, il remet à neuf un bateau battant pavillon américain.
A Hiva Oa il fabrique avec une technique différente des savoir-faire locaux, un nouveau modèle de speed-boat dessiné par un architecte naval de Tahiti.
L’équipage s’est consolidé en route avec l’arrivée d’un deuxième moussaillon né en 2002 au Cap-Vert et précédent le troisième né quant à lui en 2006 au Vénézuela.

Ils se nomment Enata, ils habitent des îles, joliment nommées îles Marquises, qui font partie de la Polynésie française.
Le lecteur trouvera dans cet ouvrage d’initiation des éléments historiques, la description de la langue, quelques phrases de conversation courante, les principaux traits culturels ainsi que deux lexiques, français-marquisien et marquisien-français.