De Vitré aux Marquises en 1937, Renée HAMON, l’amante de l’aventure

Autographe de Renée Hamon, extrait d’un cahier de Thor Heyerdahl

Cette rencontre entre Renée Hamon et le couple norvégien est racontée dans le livre de Thor Heyerdahl « Fatu Hiva le retour à la nature » :

Juste devant la porte, nous tombâmes sur les deux pensionnaires de Bob. Ils étaient français. Lui était mince et timide, portait des bracelets en défenses de sangliers et avait tout un choix de caméras en bandoulière. Elle était petite et délurée, aussi énergique qu’une lionne sous ses cheveux roux et touffus.

Nous eûmes l’impression de trouver une oasis au milieu du désert. Notre amitié naquit spontanément. Mme Renée Hamon était une journaliste française, arrivée la veille dans l’île avec son photographe, quelques heures avant nous. Le Tereora, qui les avait amenés, était encore à l’ancre derrière le promontoire, de l’autre côté de la plage.

Mme Hamon était le type même de la femme pleine de vie, qui dénouait toutes les difficultés. Dès qu’elle vit nos jambes malades et apprit où nous avions passé la nuit, elle éclata.

C’est un scandale ! cria-t-elle. Vous êtes dans une colonie appartenant à mon pays, et ce soir vous dormirez dans un vrai lit, même si je dois vous laisser le mien !

Nous apprîmes qu’on leur avait accordé tout le bungalow, maintenant fermé et abandonné, de l’ancien administrateur. Ils ne prenaient chez Bob que leurs repas et repartiraient pour Tahiti sur le Tereora, quand le coprah aurait été chargé.

— Et de Tahiti, nous rentrerons en France ! s’écria gaiement le caméraman. J’échangerais volontiers mille cocotiers contre une seule aiguille de pin sous la neige.

Nous nous dirigions tous vers la gendarmerie, quand nous aperçûmes Triffe marchant à notre rencontre d’un pas de somnambule, escorté d’un essaim d’indigènes. Mme Hamon nous décocha un clin d’œil et se rua en un éclair sur le malheureux gendarme, qui sortit poliment les mains de ses poches et salua.

Quelques instants plus tard, des villageois étaient en train de transporter des bois de lits, des matelas, des draps blancs et de longs balais dans un bungalow, voisin de celui où étaient logés les deux visiteurs français. Cette maison vide avait jadis abrité le médecin attaché à l’île. Aujourd’hui, médecin et gouverneur étaient une seule et même personne, mais qui vivait à Nuku Hiva, tout au nord de l’archipel, et venait peu ou pas dans la partie sud des Marquises.

Notre sac et notre fusil déposés en sûreté dans notre nouveau logis, nous nous rendîmes, aussi rapidement que le permettait notre démarche titubante, vers l’unique petite case de bambou de la vallée. C’était l’hôpital de l’île dirigé par Terai, un jeune infirmier tahitien, cordial et séduisant. [… ]

Agé de vingt ans et quelques, de taille moyenne, mais pesant cent bons kilos, taillé en Hercule, Terai était un fervent sportif, d’une incroyable agilité. Né à Tahiti, il avait travaillé à l’hôpital de Papeete pendant plusieurs années, au cours desquelles il n’avait pas dû perdre son temps. Après un simple regard à nos jambes, il identifia nos plaies : des ulcères tropicaux. Si nous étions venus deux semaines plus tard, chez Liv l’infection aurait atteint les os, et elle aurait perdu une jambe, avant qu’il n’ait le temps de la faire transporter à l’hôpital de Tahiti. [… ]

Entourés d’insulaires atteints d’affections diverses, allant des maux de dents et des maladies vénériennes à la récente perte d’un doigt, nous nous allongeâmes tour à tour sur un banc, tandis que le vigoureux Terai choisissait des instruments dans une boîte de bistouris et de pinces.

Au bout d’une semaine, nous pûmes repenser à notre première visite à Terai sans sentir des pieds à la tête une douleur lancinante. Le Tahitien avait bien utilisé ses instruments. Il avait coupé et curé, il avait arraché les ongles des orteils pour empêcher que l’infection n’atteigne les os, il avait enfin étalé en couches épaisses une superbe pommade jaune-vert puisée dans un grand pot. Nous nous sentîmes déjà mieux. [ … ]

A la fin de la semaine, nous apprîmes que le Tereora allait lever l’ancre et devait faire escale à Fatu Hiva, avant de regagner Tahiti. Terai ne nous permit pas de partir ; nos pieds étaient encore en danger, si nous ne poursuivions pas le traitement. Nous nous hissâmes en boitant sur le promontoire rocheux pour apercevoir le Tereora et adresser des gestes d’adieu au capitaine Brander, qui ne débarquait jamais, ainsi qu’à nos amis. Ardeur et énergie semblaient étinceler de la tignasse rousse de la petite Française, pendant qu’elle nous criait un dernier au revoir. Tenant par la main le photographe encombré d’appareils, elle sauta dans le canot dansant appartenant au Tereora. Tous deux tombèrent comme des ivrognes dans les bras tendus de marins bronzés et expérimentés. In Thor Heyerdahl « Fatu Hiva le retour à la nature ».

Le 13 septembre 1999, l’école d’Omoa subissait un tsunami

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Un tsunami local, comprenant deux vagues séparées de quelques minutes, s’est abattu le 13 septembre 1999 sur le village d’Omoa (île de Fatuiva, Polynésie française), infligeant de sérieuses destructions aux structures en bord de mer, et notamment à l’école communale du village. Ces vagues ont été engendrées par l’éboulement d’un pan de falaise basaltique, à 3 km au sud-est d’Omoa, le long de la côte. Le volume de l’éboulement est estimé se situer entre 2 et 5 millions de m3, dont 60% ont pénétré en mer.

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Le muret entourant la cour de l’école d’Omoa fut pulvérisé. La directrice ce midi-là décida sans raison précise de faire entrer les enfants en classe cinq minutes avant l’heure. De sa classe elle vit arriver alors au loin sur la mer une énorme vague.

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L’alerte donnée, les enseignants firent sortir tous les élèves de l’école par les fenêtres côté montagne et les emmenèrent rapidement vers le haut du village… Un amas de débris jonchait la cour, le mur d’enceinte qui venait d’être construit servit de butoir et amortit la force de la vague qui inonda rapidement les salles.

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Il n’y eut aucune victime car il fut facile de faire sortir les enfants rassemblés. Il aurait fallu beaucoup trop de temps pour diriger et appeler tous les enfants si, en récréation, ils étaient restés sur la cour… Ils auraient subi la violence des galets, de l’eau et autres débris transportés par le raz-de-marée.

Fanny & Robert-Louis Stevenson aux Marquises

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        « Mais l’instant le plus intense de ce long voyage initiatique, celui qui bouleversera à jamais leurs sens et leurs consciences, ce ne sera pas la surprise des plages noires de Tahiti, ni la splendeur de l’aube hawaïenne quand les têtes tourmentées des cocotiers mouchettent de noir l’orange lavé du ciel, quand le soleil surgit entre les troncs de la palmeraie pour embraser les bandes de brouillard qui courent vers les brisants… Ce ne sera pas non plus les crépuscules en haute mer, les rayons rouges, criards, invraisemblables, les nuages qui pèsent sur le Pacifique comme de gros tampons d’ouate trempés de sang caillé… Non. La vision qui va les enchaîner, c’est une pâle fantasmagorie de brume et de rochers. Nuku Hiva, leur première escale. L’émotion d’une première expérience ne peut se répéter. Le premier amour, le premier lever de soleil, la première île du Pacifique restent à jamais des souvenirs à part, ils touchent à la virginité des sens, écrit Stevenson.

        Sa première île, Fanny l’aperçoit à quatre heures du matin le 28 juillet 1888. Nuku Hiva, l’une des Marquises, dont les Stevenson ne connaissent que ce que Herman Melville en a raconté… Nuku Hiva, tenue par les Français et peuplée jusqu’en 1885 des cannibales les plus féroces de toutes la Polynésie… Nuku Hiva la brèche verte sur une culture dont chacun à bord ignore tout, dont chacun se souvient seulement que, moins de trois ans plus tôt, les hommes y dévoraient leurs semblables.

        Des centaines de pirogues cernent le Casco. Une horde d’indigènes monte à l’abordage et se répand à jet continu sur le pont. Ils vocifèrent en brandissant leurs marchandises, bousculent les passagers, en viennent aux insultes quand ils comprennent que leurs noix de coco, leurs régimes de bananes, leurs nattes, leurs paniers, aucun des Blancs ne veut les acheter.

        Tante Maggy ne cille pas sous les mains des femmes aux seins nus qui tirent brutalement les tuyaux de sa coiffe, lui palpent les jupes et lui retirent ses mitaines. Il est impossible de croire que ces gens-là ne sont pas totalement habillés avec leurs superbes tatouages, commente sa bru avec placidité. Fanny se souvient-elle de son expérience avec les Piutes d’Austin et les Shoshones de Virginia City ? Est-ce par fidélité au passé, à sa sympathie, à son respect d’antan, qu’elle décide d’offrir – et non de vendre-, d’offrir au chef et à ses femmes les rideaux de velours pourpre du carré et les meubles qu’ils convoitent ? Dès que les Marquisiens comprennent le sens des gesticulations de Louis et de Fanny, leur agressivité se transforme en rires et en piaillements de joie.

        Le Casco restera plusieurs semaines ancré dans la baie : il repartira chargé de présents. Je n’avais pas rêvé que puissent exister de pareils lieux, de pareilles races ! s’exclame Louis.

        Extrait de Fanny Stevenson Entre passion et liberté d’Alexandra Lapierre Pages 459 & 460 Roman Editions Pocket 1995 ; Editions Robert Laffont  1993 ; Grand Prix des lectrices de « Elle » 1994.