Le silence de la mère Patrie

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Lundi 15 octobre vers 6h30, Mr Charles H., mutoi à la retraite s’est rendu sur le petit quai de Hakatao pour pêcher. Il avait emporté avec lui un petit seau qui contenait un couteau, de l’appât et du matériel de pêche, seau qu’il a déposé dès son arrivée sur le quai. Plusieurs fois par semaine, il relève ses bouées. La dernière fois, il n’avait pas pris de poisson au bout de ses lignes. Habituellement, il procède ainsi : il vérifie chaque hameçon, accroche un nouvel appât et remet les bouées à l’eau. Puis il retourne à la maison à 8h 30.

Ne le voyant pas revenir, son épouse s’est rendue sur le quai, où elle a retrouvé le seau avec tout le matériel de pêche. Elle a cherché son époux, elle l’a appelé puis, n’obtenant aucune réponse elle est revenue voir s’il n’était pas allé directement sur le chantier de leur nouveau ha’e, ou peut-être avait-il tout simplement fait demi-tour pour pendre quelque chose… Rien, il n’y avait personne ; alors elle a donné l’alerte.

Je suis arrivé au village un quart d’heure plus tôt. La mer était mauvaise, une houle de fond, les vagues agitées brassaient des débris végétaux, une grande quantité de débris charriés par la rivière après la pluie tombée au cours de la nuit et les jours précédents. Le village était paisible, des hommes assis à même le sol, le dos appuyé au mur de la Chefferie, attendaient face à la mer, nulle pirogue en vue à l’horizon. L’agent de police de Hakatao a entamé des recherches avec l’aide de ces hommes.

Le téléphone ne fonctionnait plus dans les vallées de l’île depuis vendredi soir et n’était toujours pas rétabli quatre jours plus tard.

Le conseiller municipal de Hakatao a donc dû aller jusqu’à Hakahau pour informer le Maire et la Gendarmerie. Il a quitté sa vallée à 10 heures. Il est arrivé en fin de matinée, vers midi. Hakatao est à plus d’une heure trente du village principal lorsque la piste est sèche !

A 13h 15, le temps de mobiliser les moyens humains, la gendarmerie s’est rendue sur place, accompagnée du Maire et des pompiers volontaires. Les gendarmes farani ont interrogé Mme H., aidés par le maire pour ses qualités d’interprète en eo enana et français ; ils ont continué leur enquête auprès de la population pendant que les recherches se poursuivaient. Avec un bateau de pêche motorisé, les pompiers, les gendarmes et les plongeurs en apnée du village ont effectué des recherches en mer et sur le bord de la côte pour tenter de retrouver le corps.

A 16h30, les recherches ont été interrompues et la Gendarmerie a proposé de prendre contact avec le Procureur de la République pour solliciter l’intervention de plongeurs professionnels munis d’équipements de plongée pour poursuivre les recherches.

La réponse de Monsieur le Procureur de la République a été négative du fait qu’il s’agit d’une disparition accidentelle et non d’un crime ou accident impliquant un tiers.

Il existe à Nuku Hiva, île situé à 45 kilomètres de Ua Pou, un club de plongée avec des plongeurs professionnels qui auraient pu participer aux recherches.

Le maire de Ua Pou a sollicité auprès des autorités, l’intervention de l’Etat, afin que ces moyens existants puissent être utilisés dans la recherche du corps du pêcheur, afin que la famille éprouvée par cette disparition soudaine puisse faire son deuil devant le corps du disparu.

A Tahiti, de tels accidents se produisent, disparition de surfeurs ou de pêcheurs, et à chaque fois nous apprenons par la télévision au journal, que des moyens importants sont déployés pour la recherche des corps.

Le maire souhaite, a-t-il écrit à Madame le Haut-Commissaire de la République, que les mêmes moyens soient déployés dans le cas présent, pour pouvoir affirmer que l’Etat intervient de la même manière à Tahiti et dans les archipels éloignés.

L’Etat n’a pas donné suite ; le silence de la mère patrie.

Le mercredi les plongeurs de Nuku Hiva sont venus explorer les fonds mais il était bien trop tard. Seule une savate jaune a été retrouvée flottant.

Le silence de la mer pour toute réponse.

Mr Charles H., mutoi à la retraite est probablement tombé dès son arrivée au bout du petit quai, bousculé par une vague.

« Gémir n’est pas de mise ».

Qu’est-ce qui aurait pu bien changer depuis le passage de Brel ?

« Le temps s’immobilise aux Marquises »

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Lire les commentaires sur Tahiti-Fenua.com ou commentaires.1216280607.doc

Evasan : affecter rapidement un Twin Otter aux Marquises

Lors du conseil des ministres  du 3 octobre 2007, le gouvernement est tombé d’accord sur la nécessité d’affecter rapidement un Twin Otter pour les liaisons Evasan (évacuations sanitaires) sur les Marquises. Malgré le rétablissement de l’autorisation de vol accordée par la DGAC (Direction générale de l’Aviation civile) à Air Moorea et Air Archipels, l’avion qui assure habituellement cette ligne doit tout d’abord subir un long contrôle technique. « Le président va donc intervenir auprès de la direction d’Air Moorea pour qu’elle affrète immédiatement un de ses Twin Otter sur la liaison avec les Marquises », a expliqué Anthony Géros Vice Président du Gouvernement de la Polynésie Française. Source ATP www.tahitipresse.pf

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Rappelons qu’à partir du jeudi 13 septembre 2007, la direction générale de l’aviation civile à Paris a suspendu les vols d’Air Moorea et d’Air Archipels jusqu’à mise aux normes des procédures de maintenance. Il faut savoir aussi que l’archipel des Marquises ne dispose plus non plus depuis plusieurs mois, des navettes de l’hélicoptère toujours actuellement en maintenance à Tahiti. D’autre part, la convention entre le gouvernement et la société d’exploitation est en attente… de signature. Seule et unique, la liaison maritime inter îles entre Ua Pou, Nuku Hiva, Ua Huka se pratique en speed-boat ou encore grâce au bateau administratif. Les liaisons aériennes entre Nuku Hiva et Hiva Oa sont assurées par les ATR de la compagnie Air Tahiti.

Inauguration des nouveaux bâtiments du CED, en présence du Gouvernement Temaru et des Autorités catholiques

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     Cela fera 10 ans l’année prochaine que le Centre d’Éducation au Développement aura ouvert ses portes… Le 22 septembre 2007, il inaugurait son nouveau bâtiment avec des représentants des familles de toutes les îles Marquises. C’est l’accomplissement du partenariat mis en place depuis son existence.

     Tout d’abord pour répandre à un besoin, celui de développer des formations sur l’archipel pour maintenir plus longtemps nos jeunes sur place au lieu de se trouver dans l’obligation de se rendre à Tahiti, dans ce nouveau monde inconnu rempli d’embûches… Mais surtout pour mettre en valeur le secteur agricole, porteur de métiers adaptés à la réalité du milieu pour un avenir assuré sur place. Ensuite pour former des professionnels de la profession et redonner les motivations nécessaires pour continuer loin dans ses études. Ce défi, il a été réalisé. Au delà de la construction d’un nouveau bâtiment qui apporte aujourd’hui des conditions idéales de travail, l’ensemble des moyens aussi bien matériels mais surtout humains mis en place aident à construire des hommes debout. La présence des divers partenaires en ce jour d’inauguration a été porteuse de témoignages forts…

     Je souhaiterais rappeler quelques signes… Tout d’abord Dieu, au centre, par la bénédiction, où les jeunes ont pu mettre leur cœur et être des porteurs de la présence de notre Seigneur : sa grâce s’est manifestée au travers de la qualité de leur engagement durant ces deux jours.

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Les autorités de l’Enseignement Catholique se sont rassemblées autour de Frère Rémy pour le féliciter du travail accompli depuis presque 10 ans

     II y a aussi le déplacement de la délégation gouvernementale. Le témoignage du Président Oscar TEMARU, en mettant en valeur la réussite d’un jeune agriculteur, a rappelé l’importance de la volonté pour réussir dans la vie. Il y a eu la présence des diverses Autorités de l’Enseignement Catholique qui ont soutenu, chacun à leur niveau, dans le silence, la mise en place de la structure depuis 10 ans et même davantage. Plusieurs frères ont aussi tenu à faire le déplacement pour rappeler leur soutien dans l’œuvre qui a été implantée.

     Je ne pourrais vous faire partager ici toutes les opportunités qui se sont présentées durant ces deux jours de festivités, qui ont été l’occasion de remercier et d’encourager les uns ou les autres… Je voudrais nommer en premier lieu les parents et leurs  représentants, le trésorier de la FAPEL et le Président de l’Établissement St. Joseph qui œuvrent depuis toujours mais avec grand dévouement et reconnaissance. Vous avez été, Parents, par votre présence, la preuve du soutien que vous apportez à vos enfants et à l’équipe éducative. Par votre investissement dans le partage des tâches diverses et nombreuses lors de ce week-end du 22 vous avez été un témoignage. Je ne peux m’empêcher de transmettre tout mon respect et ma reconnaissance à cette « petite vieille » qui n’a pu faire grand-chose, sinon d’être là et de demander qu’on accepte qu’elle face la vaisselle, un soir, toute seule, jusqu’à 2h le matin. Merci pour son don généreux. Elle a tout donné… Par vos dons financiers importants, vous avez permis d’obtenir un bénéfice de plus de 1 000 000 CFP. Grand merci encore, pour votre action efficace à travers les échanges et les idées neuves qui sont nées et qui vont aboutir sur de nouvelles perspectives, en particulier la mise en place d’une association des parents d’élèves des îles… Votre joie, vos qualités humaines et les attentions particulières que vous nous avez apportées durant ces deux jours nous ont beaucoup touchés et ont été pour nous plus qu’un signe d’affection…

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     L’équipe du CED, qui vient de vivre une première période dans ses nouveaux locaux, se joint à moi pour vous assurer qu’au-delà de cette belle structure, elle est toujours prête à s’adapter et à être présente pour répondre aux attentes et aux besoins de vos enfants.

     Que Dieu vous bénisse et continue à vous protéger au sein de vos familles. Félicitations et recevez toute notre amitié.

Fr. Rémy Quinton

Histoire de la naissance du CED de Taiohae

     En 1925, une lettre signée de Mgr David LE CADRE faisait état d’une demande à la Congrégation des Frères de Ploërmel. Cette lettre disait ceci : « Le but que je me propose, en songeant à ouvrir une École de garçons est le suivant : je voudrais une espèce de ferme école, dans laquelle les jeunes Marquisiens recevraient d’abord, cela va sans dire, l’éducation religieuse ; ensuite une instruction en conformité avec leur mentalité ; et enfin l’initiation au travail rationnel dans les diverses cultures propres à nos îles. »

     Cinquante ans plus tard, arrivait Monseigneur Guy CHEVA­LIER. L’une de ses premières démarches, fut d’entrer en contact avec les Maisons Familiales Rurales, qui avaient déjà fait leurs preuves à Tahiti. Dans l’impossibilité d’obtenir leur installation aux Marquises, le projet en était resté là.

     En 1995-1996, le Frère Charles RUBION prend la direction de l’école Saint-Joseph de Taiohae. Bien informé par le Frère Henri GUIGO sur les Maisons Familiales Rurales qu’il présenta à l’Adminis­trateur de l’époque, M. CADILHAC. Feuilletant d’abord distraitement ce dossier, il se ravise brusque­ment et s’exclame : « Mais voilà ce qu’il nous faut aux Marquises ! » II pensait alors tout particulièrement à l’île de Ua-Huka. L’idée continue son chemin. D’après mes souvenirs de supérieur local des Frères de Ploërmel, les autorités de la Polynésie Française souhaitaient depuis longtemps proposer aux Marquises quelque chose dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage. C’est ce qui a amené l’enseignement privé à s’orienter vers le projet d’un CAP dans ce domaine, ce qui a exigé de nombreuses démarches administratives ; d’abord auprès du ministère de l’Agriculture (échec) puis auprès de celui de l’Éducation. On a opté pour un CAPD ; avec un « D » comme développement. C’est une formation reconnue par le Ministère de l’Éducation Nationale et dont le contenu peut être largement adapté au contexte local. Faute de lycée « privé » sur l’île, c’est le lycée professionnel privé St-Joseph d’Outumaoro qui a accepté de donner sa couverture administrative. Pour commencer, restait à trouver une personne compétente et convaincue. Le Frère Charles, alors qu’il était directeur de l’école Fariimata, à Tahiti, avait reçu un jeune Frère, qui lança sans tarder une ferme pédagogique et qui obtint très vite un grand succès auprès des jeunes. Des Marquises arriva très vite, peu d’années après, une demande auprès du Frère Auguste, pour que Frère Rémy QUINTON prenne en main ce projet de formation agricole. En 1998, après un an en tant qu’enseignant à l’école Saint-Joseph de Taiohae, Frère Rémy prend résolument en main le projet.

     Pour le respect de l’his­toire, il faut dire que ce projet ne s’est pas fait sans concertation avec le Principal du collège de l’époque, M. RATTIARSON, qui a toujours soutenu et encouragé le projet. La ligne de pensée qu’il aimait faire entendre c’était : «Au CETAD public la formation aux activités de la mer et à l’enseigne­ment catholique, la formation aux métiers de la terre. » C’est ce que préconisait déjà au début du siècle, Monseigneur LE CADRE.

Frère Auguste Richard

La direction générale de l’aviation civile à Paris suspend les vols d’Air Moorea et d’Air Archipels

« La direction du contrôle de la sécurité de la DGAC a décidé, jeudi 13 septembre, de suspendre l’agrément de maintenance de l’atelier d’Air Moorea qui entretient les appareils d’Air Moorea et Air Archipels », a révélé la Direction générale de l’Aviation civile, jeudi soir dans un communiqué.

« Cette décision fait suite à une mission d’inspection de l’atelier de la compagnie Air Moorea par des agents de la DGAC et du GSAC (Groupement pour la sécurité de l’aviation civile), diligentée par le directeur général de l’aviation civile », précise ce même communiqué, avant de mettre en avant « plusieurs écarts dont des irrégularités dans les procédures d’entretien et des manquements concernant la traçabilité des pièces détachées.

« Cette décision conduit le service d’Etat de l’aviation civile en Polynésie française à suspendre les certificats de transporteur aérien (CTA) délivrés à Air Moorea et Air Archipels. En effet, un CTA qui autorise une compagnie à effectuer du transport aérien public, n’est valable que si l’entretien des avions s’effectue dans un atelier agréé.

En conséquence, les avions d’Air Moorea et d’Air Archipels sont immobilisés, y compris le Twin-Otter d’Air Tahiti basé aux Marquises et exploité par Air Moorea », conclut la DGAC. Source ATP http://www.tahitipresse.pf

Pourquoi enseigner les langues polynésiennes à l’école ?

Pour contribuer au développement personnel de l’enfant et à sa réussite scolaire.

Contribution de la langue maternelle pour la formation intellectuelle.

Pour l’enfant de langue maternelle polynésienne, l’utilisation de sa langue en classe renforce son estime de soi et lui permet de se livrer à un travail intellectuel au cours d’activités menées dans une langue qui a du sens pour lui, dans laquelle il prend du plaisir, et en rapport avec la culture qui lui est la plus accessible. L’enfant comprend plus facilement ce qu’on attend de lui à l’école. À ce titre, l’enseignement des langues polynésiennes répond aux objectifs généraux fixés par l’école. Les objectifs langagiers, comportementaux et intellectuels sont transférables vers les autres domaines d’activités. Par exemple, au-delà d’un certain seuil de compétences langagières dans les deux langues, l’enfant bilingue développe des capacités métalinguistiques, c’est-à-dire qu’il prend plus rapidement conscience des connaissances linguistiques (phonologiques, morphologiques, syntaxiques, pragmatiques) qu’il utilise. Or ces capacités métalinguistiques sont essentielles dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture (J.-E. Gombert & P. Colé, in Kail & Fayol, 2000, p. 137).

Développement d’une compétence bilingue et biculturelle.

Le langage est la capacité partagée par l’ensemble de l’espèce humaine d’exprimer sa pensée et de communiquer grâce à un système de signes vocaux et éventuellement de signes graphiques. Une langue est la manifestation particulière — sous la forme d’un système signes spécifiques — de cette capacité, au sein d’une communauté ethnolinguistique donnée. Les langues particulières sont toutes le produit de l’activité universelle de langage et, à ce titre, partagent de nombreux invariants. Comme le dit joliment Edgard Morin (1999) : « nous sommes jumeaux par le langage et séparés par les langues. »

Selon la théorie de l’interdépendance développementale de J. Cummins [Cette théorie, inspirée de Toukomaa et Skutnabb-Kangas (1977) et développée par J. Cummins (1979), cherche à rendre compte de l’apparente contradiction des résultats scolaires des enfants bilingues issus de communautés tantôt minoritaires, tantôt majoritaires. Les premiers ont généralement de moins bons résultats que les monolingues alors que les seconds ont de meilleurs résultats.], dans le cadre d’une acquisition consécutive de deux langues, les compétences que l’apprenant acquiert dans la langue seconde sont partiellement déterminées par les compétences déjà atteintes dans sa langue première.

Lorsque l’usage de certaines fonctions langagières (en particulier, le langage d’évocation) et le développement lexical et conceptuel sont fortement encouragés dans la langue première et aboutissent à une compétence suffisamment élevée dans cette langue, au-delà d’un premier seuil, l’exposition à la langue seconde conduit à un haut degré de compétence. En revanche, si l’exposition à la langue seconde s’accompagne d’une interruption précoce du développement dans la langue première [C’est le cas de nombreux enfants de langue maternelle océanienne, scolarisés à 3 ans exclusivement en français, et dont les parents cessent à ce moment de parler dans la langue maternelle pour privilégier le français, parfois sur les conseils de l’enseignant.], elle risque de conduire à un bilinguisme soustractif : l’apprenant a des compétences faibles dans les deux langues et ce déficit produit des effets négatifs sur la cognition générale. J. Cummins poursuit en posant que si un deuxième seuil de compétence langagière est dépassé à la fois dans la langue première et dans la langue seconde, le bilinguisme a des effets notables sur les compétences cognitives supérieures (bilinguisme additif).

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Selon J. Cummins, les compétences langagières interdépendantes sont :

– Les connaissances lexicales et conceptuelles ;

– les compétences métalinguistiques, en particulier la prise de conscience de la distance langue orale/langue écrite ;

– les fonctions langagières, et plus particulièrement la fonction de représentation (langage d’évocation, compétences textuelles, langage décontextualisé).

Les analyses précédentes rejoignent les observations de M. Launey (2003) à propos des élèves d’origine amérindienne scolarisés en Guyane française [Centre d’Etudes des Langues Indigènes d’Amérique, CNRS/IRD, Cayenne ] :

« Si la langue maternelle est bien la première expérience qu’un enfant fait du langage, alors le bon sens éducatif voudrait que cette expérience puisse être menée paisiblement à son terme, c’est-à-dire jusqu’à la stabilisation du développement du langage vers 7 ou 8 ans. Longtemps combattue dans l’école française (et pas seulement elle) au nom de l’unité de la République, cette idée gagne néanmoins du terrain face à l’évidence : la persécution des langues maternelles des enfants non-francophones est contre-productive par rapport aux valeurs et aux objectifs fondamentaux de l’école (favoriser l’égalité des chances, aider à mieux connaître et à mieux comprendre le monde, former de futurs citoyens…) ; et ce, parce que l’inhibition de la langue maternelle est une inhibition du langage en général, avec les conséquences attendues sur l’ensemble des apprentissages. On se place alors dans une perspective où les langues ne sont pas des armes de combat, mais des constructions mentales pouvant s’étayer mutuellement dans l’élaboration du sens. Une action sur les langues maternelles semble donc a priori féconde. Encore faut-il en comprendre clairement les modalités et les enjeux. »

Double valorisation de la langue maternelle ou d’origine et de la langue française.

Lorsque deux langues sont en contact, dont l’une est plus prestigieuse que l’autre (on parle alors de « diglossie »), l’apprenant bilingue qui a pour première langue celle qui est la moins prestigieuse est confronté à une double contradiction : d’un côté, il éprouve à la fois de l’admiration (désir d’intégration : ex. le français, c’est la langue de la « réussite », etc.) et de l’hostilité (peur d’assimilation : ex. le français, c’est la langue des Popaa) à l’égard de la langue prestigieuse, et de l’autre, il est attaché affectivement à sa première langue qu’il dévalorise. La valorisation conjointe des deux langues doit permettre à l’élève de sortir de cette double contradiction (W. Lambert,1977).

« Si les deux langues sont également valorisées par le milieu et perçues comme telles par l’enfant, la situation contextuelle est créée pour un développement harmonieux de la bilingualité, c’est-à-dire que l’enfant apprendra à manipuler deux langues de façon à pouvoir en bénéficier sur le plan cognitif. Par contre, si le statut relatif des deux langues est tel que la langue maternelle est peu valorisée, la bilingualité, si elle se développe, prendra une forme soustractive. En d’autres termes, Lambert introduit également une hypothèse d’interdépendance, mais cette fois-ci sur le plan de l’intériorisation des valeurs socioculturelles et des statuts des deux langues. C’est le rapport entre les statuts respectifs des deux langues bien plus que le statut absolu de chacune d’elles qui déterminera l’évolution de la bilingualité.

Les vues de Lambert sont confirmées par un grand nombre d’observations expérimentales qui démontrent que les résultats cognitifs sont supérieurs lorsque la langue maternelle peu prestigieuse est valorisée par le milieu familial et scolaire ainsi que par de nombreuses recherches sur les résultats de programmes d’immersion pour les enfants de communautés majoritaires. » (Hamers & Blanc, 1983, p. 101-102)

Facilitation de la différenciation entre les deux langues.

L’enseignement systématique de la langue maternelle polynésienne, en parallèle avec celui du français, avec un enseignant différent pour chaque langue, facilite chez l’enfant le processus de différenciation entre les langues. L’enfant prend plus rapidement conscience qu’il a affaire à deux langues. Cette prise de conscience précoce permet de réduire le mélange de code. L’enfant apprend à choisir le code qui convient selon la situation de communication.

Pour valoriser le patrimoine linguistique polynésien et participer à sa transmission.

La menace qui pèse sur les « petites » langues n’est en rien spécifique à la Polynésie française. Il s’agit d’un phénomène mondial lié principalement aux grands mouvements coloniaux qui ont propagé dans le monde une poignée de langues dominantes (espagnol, portugais, anglais, français, arabe, chinois…). Selon les estimations actuelles, sur les 6 000 langues parlées aujourd’hui dans le monde, la moitié sont appelées à disparaître au cours de ce siècle (C. Hagège, 2000, p. 9).

Cependant ce processus d’appauvrissement du patrimoine linguistique, élément du patrimoine de l’humanité, n’est pas une fatalité. Une langue menacée ou devenue résiduelle peut regagner du terrain si la communauté linguistique, soutenue par les institutions, assure la transmission à la génération suivante, grâce à une action continue, en bonne intelligence avec la langue nationale.

L’enseignement des langues polynésiennes à l’école primaire participe à la transmission de la compétence langagière entre générations, elle permet la valorisation de ces langues et leur ouvre de nouvelles sphères d’usage. La mise en place d’un enseignement de langues et en langues polynésiennes encourage le développement de recherches sur ce thème et la production de nouveaux documents (supports didactiques, littérature, lexiques, descriptions grammaticales). Les enseignants de langues polynésiennes encouragent les parents d’élèves à parler à nouveau ces langues au sein des foyers pour assurer la transmission de la compétence de locuteur natif, sachant que les volumes horaires de l’école sont à eux seuls insuffisants pour atteindre un tel objectif.

Pour s’ouvrir à l’Autre.

Dans une société multilingue et multiculturelle, la construction d’une citoyenneté commune passe par le développement de la tolérance linguistique. L’école est le premier lieu où se manifeste cette tolérance. L’appropriation ou le renforcement de la maîtrise linguistique doit être au service du dialogue avec l’Autre.

L’enseignement des langues polynésiennes, soigneusement articulé avec celui du français, permet d’accéder à l’universel à travers l’observation de similitudes récurrentes entre les phénomènes linguistiques et culturels particuliers. Grâce à la comparaison, l’élève comprend intuitivement que derrière les différences entre les langues et entre les cultures se cachent des invariants qui tiennent au fait humain. Cette comparaison, à partir de la langue polynésienne enseignée dans la classe, peut se faire dans deux directions : d’une part, avec les autres langues polynésiennes, qu’il s’agisse de celles de la Polynésie française ou de celles des autres pays de la région (îles Cook, Nouvelle-Zélande, Hawaï…) ; d’autre part, avec la langue française. Les langues polynésiennes et le français appartiennent à deux familles linguistiques très différentes par leur histoire et par leurs propriétés typologiques, la famille austronésienne et la famille indo-européenne, ce qui rend leur comparaison d’autant plus enrichissante.

Pour les enfants de langue maternelle française, une initiation à une langue polynésienne leur offre la chance d’un véritable ancrage identitaire océanien et leur donne un accès direct aux références culturelles polynésiennes et à de nombreuses sphères de la vie locale. Elle permet pour certains enfants de rétablir des liens entre générations, par exemple avec des grands-parents qui maîtrisent peu le français.

Références

Cummins, J., 1979, « Linguistic interdependence and the educational development of bilingual children », Review of Educational Research, n°49, p. 222-251.

Hagège, Claude, 2000, Halte à la mort des langues, Paris, Odile Jacob.

Hamers, J.F. & Blanc, M., 1983, Bilingualité et bilinguisme, Bruxelles, éd. Pierre Mardaga.

Kail, M. & Fayol, M. (eds.), 2000, L’acquisition du langage, 2 tomes, Paris, PUF.

Lambert, W., 1977, « Effects of bilingualism on the individual », Bilingualism: Psychological, Social and Educational Implications, New York, Academic Press Inc., p. 15-27.

Launey, M., « La recherche sur les langues au service de la société », in Gombauld & de Noter, 2003 Actes des Assises de la Recherche en Amazonie, Plateau des Guyanes, Cayenne, Volume II : Communications et Débats, p. 11-13

Toukomaa, P., Skutnabb-Kangas, T., 1977, The intensive teaching of the mother tongue to migrant children of pre-school age and children in the lower level of comprehensive school, Helsinki, The Finnish National Commission for UNESCO.

Article extrait de  « Expérimentation pour l’enseignement des langues polynésiennes à l’école primaire publique de la Polynésie française 2005-2008 Présentation du dispositif expérimental.

La lettre des maires des Marquises à Monsieur le Président de la République française

Les maires des Marquises

Papeete, le 2 septembre 2007

 

 

 

        Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République française

        S/c Monsieur Christian ESTROSI, Ministre en charge de l’Outre-mer

        S/c Madame Anne BOCQUET,

        Haut Commissaire de la République en Polynésie française

        

        Monsieur le Président de la République,

        Les Marquisiens se réjouissent de votre élection à la Présidence de la République, et vous apportent comme chaque citoyen de la République, leur soutien.

        Au lendemain de votre élection, vous avez choisi la Polynésie française comme lieu de votre premier déplacement officiel Outre Mer. Programmée en octobre prochain, cette visite sera un grand événement pour tous les Polynésiens, et particulièrement pour les Marquisiens, dont l’attachement à la France et à la République est connu de tous.

        Nous souhaiterions vivement, Monsieur le Président de la République, qu’à l’occasion de ce déplacement vous puissiez faire l’honneur à notre population de vous rendre sur la terre marquisienne.

        Cette visite en Terre des Hommes serait la première d’un Président de la république, et nous pouvons imaginer la joie des hommes et des femmes, Marquisiens d’origine ou d’adoption, qui ont choisi de vivre et mourir sur ce petit territoire de la République, si éloigné de la France, mais si Français pourtant.

        Cette visite aux Marquises, à la veille de la tenue du 7ième festival des arts marquisiens, et pour son vingtième anniversaire, serait un encouragement considérable pour la jeunesse de notre archipel, pour laquelle la culture et les arts ont une importance cruciale. Elle serait également l’occasion pour nous tous de vous remercier pour les soutiens continus de l’Etat à l’organisation de ce festival, depuis son origine, l’occasion aussi de vous remercier pour le soutien permanent de l’Etat aux projets de développement de notre archipel.

        Bien plus, cette visite et ce soutien à la culture marquisienne serait un encouragement et un soutien essentiel à notre démarche en cours, de classement des Marquises au patrimoine mondial de l’humanité par l’ UNESCO.

        Elle serait également l’occasion de vous faire part de notre vision, de nos aspirations, et aussi de nos craintes pour l’avenir des Marquises.

        Nous avons des projets, nous en avons réalisé à ce jour beaucoup, mais nous constatons que l’éloignement et la relative faiblesse de notre population, nous placent rarement dans les priorités d’action des dirigeants de la Polynésie française. Aucune des grandes recommandations de la conférence des Marquises organisée en septembre 2005 n’a été prise en compte, comme si la décentralisation s’arrêtait à Papeete, comme si les Marquisiens n’étaient pas capable d’appréhender leur avenir.

        Monsieur le Président de la République , nous sommes fiers d’être marquisiens, nous sommes fiers d’être français, et nous serions très honorés de votre visite qui serait une première dans l’histoire des Marquises et de la République.

        Au nom de toute la population de notre archipel, nous avons l’honneur de vous inviter à venir fouler la Terre des Hommes à l’occasion de votre prochaine venue en Polynésie française.

        Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre très haute considération.

        Félix Barsinas, maire de Tahuata ; Marcel Bouyer, maire de Fatu Hiva Léon Litchlé, maire de Ua Huka ; Joseph Kaiha, maire de Ua Pou ; Benoit Kautai, maire de Nuku Hiva