Situées à 5500 km de Los Angeles, à 4000 km au sud de Hawaii, 7500 de Sydney, 6500 de Santiago du Chili, et à 1400 km au nord-est de Tahiti, les Marquises (archipel composé de 12 îles dont 6 sont habitées) sont les îles les plus éloignées de tout continent. Entre traditions et modernité, entre ciel et mer, Ua Pou, Hiva Oa, Nuku Hiva, Fatuiva (Fatu Hiva), Mohotani (Motane), Tahuata, Ua Huka et Eiao, les îles Marquises, Terre des Hommes, Te Fenua Enata, Te Henua Enana, the Marquesas Islands. Blocs de lave surgis du Pacifique, ces îles hautes composent un paysage dentelé à la beauté sauvage et envoûtante. Les Marquises s'offrent dans leur rudesse, brutales et authentiques…
Castres, avec sa délégation pluriethnique était venue de très loin, très loin, de l’autre côté du grand Océan. Il fallait être un peu fou pour venir de si loin, par ses propres moyens jusqu’à Tahiti, vu la cherté des billets d’avion, en plus pendant la période de la « haute saison touristique ».
« Mais à cœur vaillant, rien n’est impossible ! » précisait Paul KOHUMOETINI, président de cette belle délégation.
Déjà en 2003, la délégation de Castres était présente au Festival des îles Marquises à HIVA-OA. Paul, enfant de l’île de Ua Pou, père de famille, retraité, vit en métropole depuis plus de trente ans. Avec quelques familles d’origines maohi, demi-métropolitaines, marquisiennes, tahitiennes, paumotu, wallisiennes… il a su garder des liens avec sa terre natale en créant une association pluriculturelle. Grâce à tous les spectacles que son association a organisés pendant quatre ans en France, il a pu financer le déplacement jusqu’aux Marquises.
Quoi qu’il en soit et quoi qu’on dise, les prestations culturelles préparées par les Marquisiens de Métropole ont agréablement surpris le public par la qualité de leurs danses et de leurs chants qui relataient une légende marquisienne, celle de « TE ÀHIA MAHUIKE », la légende de l’origine du feu de MAHUIKE.
Cette mise en scène de la légende du feu abordait, de façon symbolique, les thèmes essentiels de la vie, de la transmission, de la mémoire, de la volonté, le deuil, la naissance. La chorégraphie du jeune « Tuhuka », Yannick KOHUMOETINI, offrait à ces jeunes venus du bout du monde la connaissance et le partage de la culture et des traditions des Marquises, à l’autre bout du monde, dans un univers qui demeure à leurs yeux à découvrir.
Le voyage des jeunes de Castres était un véritable parcours initiatique, une entrée dans la vie culturelle de la Terre des Hommes. Ils s’inspirent d’une tradition, le pouvoir incommensurable du feu, tout en y intégrant les évolutions du monde moderne car l’enjeu du peuple marquisien est sans doute celui-là : vivre le monde en y intégrant et préservant les valeurs et les traditions de la société marquisienne. En tout cas, c’est le message que ces jeunes ont essayé de transmettre, malgré les multiples critiques de certains enfermés dans une perception figée de leur univers culturel !
Félicitations et remerciements à Paul et à toute ton équipe castraise.
Ecoutez ce chant marquisien adressé à un esprit malin du genre petit diablotin…
On peut classer les chants marquisiens en trois catégories :
Koakoa, le divertissement
Hahi, les louanges
Tapu, la religion
Le Ru’u (îles du nord de l’archipel) ou Rari, Nani (au sud) est un chant de divertissement.
Les hommes sont sur deux lignes, le genou gauche terre, l’épaule droite penchée sur le genou droit et la main droite sur la joue. Entre ces deux rangées d’hommes, les femmes sont assises sur les talons. Elles chantent rythmant la mélodie par le mouvement gracieux du corps, les gestes de la main, dans un parfait unisson. Un homme dirige le chant, lent, calme, telle une méditation.
« Le ru ‘u, est le seul type de chant qui ait survécu au grand naufrage de la culture marquisienne. Le genre est agonisant à Ua Pou, où il n’est connu que de quelques vieux, les jeunes préférant les « himene kita » (chants accompagnés à la guitare) d’inspiration tahitienne. Il se survit un peu mieux dans d’autres îles. Il s’agit de chants de circonstances destinés à commémorer un évènement (retour d’un combattant de la guerre de 14, d’un Marquisien libéré de prison) ou honorer une personne (une femme remarquable par sa beauté, ou un fonctionnaire en visite officielle, etc.) » écrivait H. Lavondès en 1965.
En 2009, à Ua Pou, la connaissance du ru’u est portée seulement par quelques spécialistes qui se comptent sur les doigts d’une main : Jospeh Kaiha, Toti, Etienne Hokopauko, Benjamin Teikitutoua pour l’écriture et pour le chant : Rosita la femme de Ben et Claire Ah-Lo.
Le ru’u est un chant de la vie composé par celui qui souhaite exprimer quelque chose d’un quotidien qui le marque particulièrement. Mais le sens du chant n’est pas accessible directement. Le ru’u est difficile à composer car les contraintes liées à la rime, au rythme et à la mélodie sont incontournables. Les mots sont déformés pour les rendre de prime abord, mélodieux mais provisoirement inaccessibles au sens. Il faut écouter le ru’u plusieurs fois pour identifier les mots ; il y a des mots qui n’ont pas de sens du tout, ils sont juste placés pour la rime ; il faut écouter, faire des hypothèses, mémoriser et chercher encore pour atteindre le sens. C’est une complainte, une histoire qui se présente sous une forme très imagée et énigmatique. Les Marquisiens, les Polynésiens en général aiment jouer et plaisanter. Le ru’u est une joute intellectuelle entre ceux qui le chantent et ceux qui l’écoutent. Lorsque l’on écoute le témoignage de ceux qui écrivent des ru’u, on a l’impression qu’ils ont les mêmes préoccupations que les vieux compositeurs de jazz : longue recherche du mot qui conviendra (parfois sur plusieurs semaines), savants arrangements de la mélopée, déformation calculée des sons (phonèmes) et des mots, réflexion sur le sens, le jeu et la communication ainsi que le ressenti de l’émotion.
Il y a presque un demi-siècle déjà, dans la vallée de Puamau à Hiva Oa, au centre du village mais un peu à l’écart – il y avait beaucoup moins d’habitations qu’aujourd’hui – vivait un homme qui chaque jour chantait un ru’u de sa composition que le voisinage écoutait pour deviner et connaître après moulte interrogations sur le sens de ses paroles, les nouvelles du jour ou de la nuit ! D’une manière embrouillée mais amusante, d’une manière savante mais cachée, il faisait savoir à son auditoire les dernières liaisons amoureuses et éphémères de la jeunesse de Puamau, les vraies et les fausses nouvelles, les bonnes et les mauvaises nouvelles, les tromperies et les ragots. Quand quelqu’un voulait savoir quelque chose sur ce qui se passait dans la vallée, il ne suffisait pas simplement de s’approcher et d’écouter le ru’u, il lui fallait aussi le comprendre.
Plus récemment Joseph Kaiha de Ua Pou a composé un ru’u amusant et rythmé dont voici un extrait :
Avec l’aimable autorisation du responsable des partenariats-internet de l’émission religieuse « Le Jour du Seigneur », vous pouvez écouter la messe de Noël qui fut diffusée en mondiovision depuis la Cathédrale de Taiohae la nuit du 25 décembre 2006. Le fichier mp3 original est volumineux, c’est la raison pour laquelle la messe est présentée pour faciliter le téléchargement sous la forme de 18 fichiers.
Une exposition unique en France métropolitaine, des années de recherche sur les savoirs ancestraux et la volonté de porter à la connaissance du monde toute la richesse de la culture des îles Marquises.
La chanson de Jacques Brel, les tableaux de Gauguin, les paysages des catalogues touristiques… Les îles Marquises sont au-delà de la part de rêve un territoire riche d’une culture exceptionnelle. La grande exposition temporaire, première du Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle depuis sa réouverture l’an dernier lui rend hommage avec talent, rigueur et poésie.
Fruit d’une étroite collaboration entre une ethno-archéologue et un artiste sculpteur marquisien, l’exposition « Le voyage de Tai Kahano, pirogue des îles Marquises » se fait ambassadrice de la culture marquisienne.
Conçue autour de la maquette au 1/7ème d’une pirogue marquisienne, l’exposition vous invite à découvrir bien plus que les techniques de navigation d’un lointain archipel de la Polynésie française, berceau de la civilisation polynésienne orientale.
Le parcours vous permet d’explorer les multiples facettes de la culture des îles Marquises ; histoire, pratiques artistiques ou connaissances techniques mais aussi conception du monde etc. Avec Tai Kahano, vous embarquez à la découverte de la culture marquisienne.
Hélène Guiot, ethno-archéologue réputée est à l’initiative de ce projet et commissaire de cette exposition conçue et réalisée avec l’équipe du muséum ainsi qu’un sculpteur marquisien qui a réalisé la pièce maîtresse de cette installation « Tai Kahano ».
Au mois de décembre 2008, en prélude à ce voyage marquisien, l’artiste « continental » Phil Totem a présenté des sculptures dans la cour du Muséum. Il a aussi créé, en résidence sur le site un totem inspiré par l’art des Marquises dans un immense tronc d’arbre. Cette œuvre, actuellement couchée dans la cour sera relevée et installée dans le jardin du musée dès l’inauguration.
L’exposition du Muséum de La Rochelle est présentée en avant-première dans la cité rochelaise qui l’a vue naître avant de partir en tournée dans de grands musées français. En 2011 « Le voyage de Tai Kahano » mettra le cap sur Nuku Hiva, l’île organisatrice du prochain Festival des Arts des îles Marquises… en décembre 2011.
Joseph Kaiha nous conte la légende de la Création des iles Marquises (movie flash youtube ou audio en mp3) ; ci-dessous, une autre variante de la légende)
Les légendes, les histoires appartiennent à ceux qui savent les dire… Et aussi à ceux qui savent rêver en les écoutant. Alors, accompagné du fond sonore des tambours qui, au loin, rythmaient les chants de la koika enana ressuscitée (autrefois la grande fête marquisienne, à caractère d’ostentation, sur une place publique à gradins aménagée spécialement et appelée tohua koika), dans le murmure du ressac de la plage proche, sous la voûte dorée des myriades de constellations qui font la magie de la nuit des îles, René Haiti Uki entreprit de conter sa version de la création du Fenua Enata, la Terre des Hommes, connue en Occident sous le nom d’îles Marquises…
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Eia i na po omua E pohue a’a Oatea me ta ia vehine o Atanua …
Il y a longtemps, longtemps, le soleil brillait sur la mer,
mais dans la mer il n’y avait pas d’île.
Vivaient en ce temps-là Oatea et sa femme Atanua .
Ils n’avaient pas de maison.
Puisqu’il n’y avait pas d’île
Pour construire les maisons.
Alors Atanua dit à son mari :
« On ne peut pas bien vivre sans maison. »
Oatea ne répondit pas.
Il pensait :
« Comment vais-je faire pour construire une maison ? »
Oatea invoqua les dieux, ses ancêtres.
Un soir, il dit à Atanua :
« Cette nuit, je vais construire notre maison.
Maintenant je sais comment faire. »
II faisait nuit.
La voix d’Oatea s’entendait seule dans le noir.
Il dansait et chantait :
Aka-Oa e, Aka-Poto e, Aka-Nui e, Akaïti e, Aka-Pito e, Aka-Hana e, Haka-Tu te Hae.
L’invocation finie, le travail commença.
L’emplacement fut choisi : dans le milieu de l’Océan.
Deux piliers furent dressés : Ua Pou.
Une longue poutre fut placée sur les deux piliers :
Hiva Oa.
Alors il fallut assembler les piliers, la poutre.
Le toit devant et le toit en arrière, Te ka’ava ao, te ka’ava tua.
C’est Nuku-Hiva.
La maison est couverte de feuilles de cocotiers tressées, Fatu.
La maison était grande.
Il fallait neuf feuilles de cocotier tressées
Pour la couvrir dans sa longueur :
O Fatuiva.
C’est long le travail de tresser les feuilles de cocotier.
Et de faire de la corde avec de la bourre de coco.
Le temps passe, il passe vite.
Oatea travaille, travaille sans arrêt.
Soudain Atanua crie à son mari :
« La lumière du jour commence à éclairer l’horizon du ciel. »
O Tahuata.
« Moho l’oiseau du matin chante déjà »
Mohotani.
Oatea sans s’arrêter répond :
« Je finis. Il me reste à creuser un trou
Pour y mettre tout le surplus de feuilles
Et de bourre de coco » :
O Ua Huka.
Alors le soleil se lève et illumine l’Océan.
Voici la maison construite par Oatea.
Atanua sa femme s’écrie :
Ei, ei, ei, ua ao, ua ao, O Eiao.
Ua Pou,
Hiva Oa,
Nuku Hiva,
Fatu Hiva,
Mohotani,
Tahuata,
Ua Huka
et Eiao,
voici donc les îles ruisselantes de lumière dans le soleil levant.
(Tahitipresse) – Trouver l’une des clés du peuplement de la Polynésie orientale est l’objectif des archéologues du CIRAP (Centre international de recherche archéologique sur la Polynésie) dirigés par le professeur Éric Conte. Avec la collaboration des chercheurs des universités de Bordeaux et de Paris-1, ils vont explorer du 2 au 31 janvier, l’un des sites les plus importants de la Polynésie française : Hane, situé sur l’île de Ua Huka aux Marquises.
Ce site se trouve sur une dune, en bordure du rivage de la baie de Hane, l’une des trois vallées habitées de Ua Huka. Là, en 1964 et 1965, Y. Sinoto et M. Kellum ont fouillé ce site, considéré comme le plus riche des Marquises et l’un des plus importants de toute la Polynésie orientale. 3 400 objets ont été découverts lors de ces fouilles dans les années soixante. On y trouva entre autres, des tessons de poterie… « Ce site n’a jamais été étudié et publié à la hauteur de son importance », précise le professeur Éric Conte (UPF, Univ Paris-1), directeur du CIRAP. Les archéologues manquent dramatiquement d’informations au sujet du passé des Marquisiens et des Polynésiens en général.
L’âge du site
Depuis le début des années soixante, de réels progrès ont été faits, autant dans les connaissances que dans les techniques de fouille ou de datation. « L’idée est de fouiller une partie du site non touché par les anciennes fouilles, afin de recueillir une information la plus complète possible sur, par exemple, l’âge de ce site et la chronologie de son occupation », explique le professeur Éric Conte qui dirigera la mission du 2 au 31 janvier 2009. Pour lui et son équipe, ce site est l’une des clés du peuplement de la Polynésie orientale. Ils espèrent y trouver des éléments qui permettront de mieux connaître l’évolution culturelle des Polynésiens.
L’action de l’homme
L’analyse technologique et typologique du matériel (notamment des hameçons et des herminettes) permettra d’effectuer des comparaisons avec le matériel découvert lors d’autres fouilles dans la même île (notamment sur le site de Manihina) et dans d’autres îles des Marquises (site de Haatuatua de Nuku Hiva, site de Ana Pua à Ua Pou notamment). Les scientifiques qui bénéficient cette fois-ci de matériel d’analyse moderne, tenteront de comprendre aussi l’évolution de la biodiversité et de son exploitation par l’homme. Les réseaux d’échanges qui existaient entre les différentes vallées et îles de l’archipel et, éventuellement, avec d’autres archipels, fera également partie des missions des chercheurs.
Ua Huka qui es-tu ?
A 50 km à l’est de Nuku Hiva, Ua Huka est sans doute l’île la plus dépaysante du groupe Nord des Marquises. La végétation moins luxuriante que celle de ses voisines, laisse souvent place à de vastes étendues qui sont le domaine des chèvres et des chevaux sauvages. Les habitants sont regroupés sur la côte sud, dans les villages de Vaipaee, Hane et Hokatu. Les premiers travaux archéologiques scientifiquement menés aux Marquises datent de 1956 avec l’expédition de H.L. Shapiro, suivis par l’étude de RC Suggs en 1957-58. Celui-ci a cantonné son étude à Nuku Hiva, où il a relevé 49 sites et en a étudié 15 en détail. La datation la plus ancienne enregistrée lors de cette étude remontait à 150 av. J.-C. et remettait en cause les estimations d’alors en reculant de près de mille ans la préhistoire des Marquises (datation controversée).
De plus la découverte de restes de poteries dans les niveaux les plus anciens, alors que celle-ci était inconnue en Polynésie orientale, contribue à consolider l’hypothèse selon laquelle l’origine des Marquisiens serait occidentale, et qu’un étroit rapport aurait existé avec les Samoa-Tonga où l’on trouve ce type de poterie. Les travaux de RC Suggs ont été beaucoup critiqués, bien que ses résultats ont été en partie confirmés depuis par d’autres recherches. Notamment celles de l’archéologue Pierre Ottino dans un abri sous roche de l’île de Ua Pou, où les datations remontent à la même époque.
Beaucoup reste à faire
La quantité de sites archéologiques facilement exploitables est considérable aux Marquises, et les moyens mis en oeuvre jusqu’à maintenant sont encore marginaux. Il reste encore beaucoup à faire. Plus de 250 sites ont déjà été cités ou partiellement décrits.
Plusieurs d’entre eux possèdent encore des tikis plus ou moins bien conservés et de nombreux pétroglyphes. Le passé de l’archéologie, aux Marquises comme dans bien d’autres endroits, a malheureusement laissé aux Marquisiens trop de souvenirs déplaisants : pillages, et manque de retenue devant des endroits sacrés liés au culte des morts, pratique que l’étude scientifique ne saurait excuser. Les travaux conduits ces dernières années ont permis de réconcilier une partie de la population avec cette science.
Cette mission est conduite par le Centre International de Recherche archéologique sur la Polynésie (CIRAP) placé sous la direction du professeur Éric Conte (UPF, Univ Paris-1), directeur du CIRAP. Celui-ci a reçu la précieuse collaboration du Pr. Pascal Murail (Université de Bordeaux) et de cinq étudiants de doctorat et de master de l’Université Paris-1 et de l’Université de Polynésie française. Les recherches ont obtenu le soutien de l’Agence française de Développement (AFD) ainsi que d’Air Tahiti Nui et d’Air Tahiti.
Te Pahu, le tambour d’une civilisation, de tout un peuple qui ressent son résonnement jusqu’au plus profond de ses entrailles, ce symbole de la culture marquisienne avait quasiment disparu. Il a subi tout comme les autres symboles de la culture « Enana », une concurrence déloyale avec ceux du monde des « Hao’e ». Après un siècle de quasi absence, il revient au début des années 1960.
Historiquement, le « pahu » tenait une place d’honneur dans la société marquisienne. Il rythmait la vie au quotidien.
Plusieurs types de «pahu » existaient avec une apparence et une fonction spécifiques. Ainsi, ils se différenciaient comme ceci :
Pahu mea’e, le plus grand des tambours faisant plus de deux mètres de hauteur sur lequel deux « moa », serviteurs du « tau’a » le prêtre, frappaient lentement en cadence avec le poing fermé ou les mains plates. Ces tambours étaient placés en contre bas d’une plate-forme en pierre. Les batteurs debout sur le « paepae » étaient alors à bonne hauteur.
Pahu’ua, un grand tambour double.
Pahu topete : long et étroit servi par un seul exécutant.
Le « tutu » : petit tambour pour accompagner les grands, les battements
Sont plus rapides et les doigts entrent enjeu.
Pahu oe’oe : petit tambour réservé à l’accompagnement des chants.
Ils étaient fabriqués par le « tuhuka a’aka pahu » qui utilisait un tronc de mi’o ou de cocotier évidé, longuement frotté au « pani », recouvert d’une peau de requin tendue par de cordelettes de «pu’u ».
Ainsi les «pahu » résonnaient pendant plusieurs heures sur le « tohua » lors des fêtes invitant les tribus voisines, redoublant de résonance pour les accueillir. Le «pahu » exprimait encore toute sa force lors des repas pantagruéliques où parfois jusqu’à une centaine de porcs étaient sacrifiés pour l’occasion. Le jour de l’union entre un jeune homme et une jeune femme, le futur marié accompagné par ses amis, s’approchait de la maison en faisant raisonner le «pahu ». Réunis dans une étoffe de « tapa », le jeune couple reçoit les « tau’a » au son du «pahu mea’e » qui entre en scène. Les « Tau’a » scandent des cantilènes des heures durant dans un dialecte qui leur est propre. Des mets sont offerts à la famille de la femme et un autre «pahu » bat le rappel sur le « tohu’a ko’ika ». Tels sont les fragments du savoir sur l’utilisation ancestrale du « pahu ».
Aujourd’hui le «pahu » apparaît dans toutes les manifestations culturelles, religieuses, touristiques et autres. Il résonne pour annoncer le début d’un événement, pour inviter la population à une fête, pour accueillir des invités de marque ou pour la préparation d’un spectacle.
Il rythme les chants et les danses. Il réapparaît en grand nombre à chaque manifestation culturelle. On ne conçoit pClus une danse sans le « pahu » car il contribue de nos jours à démontrer la spécificité de la culture marquisienne.
On suppose qu’autrefois, les batteurs de «pahu » étaient des initiés, mais aujourd’hui les batteurs s’intéressent dès leur plus jeune âge au «pahu ». Ils deviennent performants après des heures de répétitions.
Peu de personnes connaissent les techniques de fabrication d’un « pahu ». La préparation pour ce festival fut une occasion de transmettre ce savoir à toute génération.
Retrouver les techniques des anciens en examinant de près les pahu, les tambours anciens conservés dans les musées, intéressent quelques passionnés, les nouveaux « tuhuka a’aka pahu ». « C’est l’ensemble du choix des matériaux qui caractérise un bon pahu…et le rendra unique ». Fabriquer un bon tambour comme autrefois exige un savoir-faire. Il faut respecter les proportions. « Tu as l’impression que le volume est le même de haut en bas, voire plus grand en haut, mais en réalité il est beaucoup plus fin en haut qu’en bas ! » déclare Tuarai Peterano, le sculpteur de Hiva Oa. « Il faut ne jamais fendre en deux le bois du tronc dans lequel on va creuser la caisse ». Le tumu me’i, l’arbre à pain, est le meilleur bois pour une bonne sonorisation du pahu. Mais le temanu, le tou, le miro… peuvent aussi donner de bons tambours. Si on utilise aujourd’hui la peau de bœuf ou de chèvre, la peau de requin présente de meilleures qualités sonores et d’usure. Mais il faut alors trouver la peau et celui qui saura la préparer, tresser les liens avec de la fibre de bourre de coco. Il faut tout étudier, pour obtenir la meilleure sonorité : le système des attaches, caller le nombre de trou dans la peau, la répartition pour que cette peau tendue fasse corps avec les points d’ancrage sur le bois. C’est un travail long, de plusieurs mois pour un grand pahu.
Tambour des îles Marquises
Début du XIXe siècle
Bois, étoffe d’écorce, fibre de coco, peau, fibres végétales
H.: 112 cm
Lille, MHN: 990.2.1141
Acquis en 1850; ancienne collection Alphonse Moillet (Notter et al., 1997, p. 57-64).
Exemple extrêmement rare de tambour complet avec son enveloppe et ses attaches. Onze feuilles d’étoffe d’écorce non décorée placées verticalement entourent la caisse. Les motifs sont constitués par des fils de « trame » irréguliers en cordelettes noires et bruns/rouges de fibre de coco tressé. Une « ceinture » et une «jupe » sont constituées par six feuilles verticales d’étoffe d’écorce. Les huit pieds présentent des attaches en fibre de coco à la base et sont retenus sous la jupe par un cerceau en bois, auquel sont attachées les cordes verticales cachées qui tendent la peau de poisson. Il existe une cavité entre la caisse et la base creuse.
L’anthropomorphisme du tambour est ici évident et permet d’avancer l’hypothèse selon laquelle le tambour est considéré comme l’image d’un dieu faiseur de son. Un exemplaire comparable, mais en partie détérioré, a été décrit par Panoff (1995, p. 124).
In Arts et Divinités 1760-1860 Steven Hooper 2008
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Ce phénoménal objet est un tambour de 2,45 mètres de haut dont on ne connaît au monde qu’un seul autre exemplaire plus petit, conservé au musée de Tahiti. Doté d’une circonférence à la base de 45 cm, il est taillé d’une seule pièce dans un tronc de cocotier. La membrane est constituée d’une épaisse peau de requin, tendue par de grosses tresses en fibres de bourre de coco. Ces fibres sont fixées indirectement à la membrane, au moyen d’un laçage complexe de cordelettes plus fines, la technique utilisée étant typique des îles Marquises. Une belle tresse plate entoure le tambour vers sa base, venant maintenir les cordes de tension.
Il était utilisé au cours de cérémonies qui se déroulaient dans un espace nommé me’ae. Il s’agissait d’un lieu tabou dont l’accès était réservé aux prêtres et aux personnes de haute lignée. Il servait lors des célébrations des cérémonies funéraires au cours desquelles des sacrifices humains étaient pratiqués. Il était constitué de plusieurs terrasses en pierre entourées de statues, les tiki, représentations des ancêtres déifiés.
Le tambour, appelé pahu me’ae, était placé au pied d’une plate-forme. Les batteurs se tenaient sur la terrasse supérieure. Ils étaient accompagnés de tambours plus petits, de 1,60 mètre de haut, les pahu vanana, et de conques marines, les putona.
Ce magnifique tambour est un don fait au Muséum de Grenoble en 1846 par Henri Murgier, alors juge suppléant au tribunal de Tahiti. Il a été restauré en 2007 et est actuellement présenté au public dans la salle d’accueil du muséum. Karl von den Steinen en a publié une description dans Die Marquesaner und ihre kunst primitive Südseeornamentik (1925).