Joseph Kaiha, maire de Ua Pou et ministre polynésien de la Culture, à l’inauguration de la magnifique exposition « Polynésie Arts et divinités 1760 –1860 »

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Le président Gaston Tong Sang s’est rendu, lundi (16 juin 2008), au Musée du Quai Branly, où il a inauguré en compagnie de Yves Jégo, Secrétaire d’Etat à l’outre-mer et Joseph Kaiha, ministre polynésien de la Culture, la magnifique exposition « Polynésie Arts et divinités 1760 -1860 ».

Cette visite émouvante, entre images divines imposantes, parures de plumes et étoffes végétales, provenant des plus grands musées européens, a été ressentie comme un vibrant hommage rendu aux ancêtres polynésiens aujourd’hui disparus.

« Je déborde d’émotions après avoir traversé un siècle de 1760 à 1860 grâce à cette collection d’objets polynésiens, témoins de temps forts de notre histoire» a déclaré Gaston Tong Sang au terme de la visite de l’exposition. Le président Tong Sang a été frappé par le « raffinement de ces objets » créés pourtant en un temps où les Polynésiens disposaient de peu d’outils.

Selon Gaston Tong Sang cette exposition montre, de surcroît, que malgré l’arrivée des missionnaires, la fin du paganisme, l’arrivée de la chrétienté, qui furent autant de bouleversements, « les valeurs sont restées, l’accueil, la gentillesse et la vie en société ».
Le musée du quai Branly « fait honneur à la Polynésie française » au moment le Pays a besoin de l’Etat, de Paris, « pour pouvoir à nouveau attirer le regard sur ce petit coin de France dans le Pacifique » a souligné le président de la Polynésie française.

Cette exposition est aussi une bonne nouvelle pour le tourisme polynésien « quand on sait le nombre importants de visiteurs du Quai Branly. Je suis certain qu’une bonne partie viendra nous rendre visite » a-t-il déclaré.

« Partager sa propre culture avec le reste du monde »

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Interrogé sur le fait de savoir s’il était contrarié que ces objets polynésiens demeurent loin du fenua, le président Tong Sang a indiqué que «l’on peut effectivement, de manière égoïste, garder tout pour nous mais je pense qu’au contraire il est bon que ces pièces fassent le tour des plus grands musées du monde. Il faut partager sa propre culture avec le reste du monde ».

Pour sa part Joseph Kaiha, enthousiaste, a déclaré n’avoir vu que « des merveilles qui me rappellent nos anciens, représentés ici par ces différents objets de l’Océanie ». Dans son esprit cette exposition au Musée du Quai Branly est tout simplement «une reconnaissance et une réconciliation avec d’autres cultures et notamment une réconciliation avec la culture européenne».

Le ministre polynésien a rappelé que ces objets embellissaient un des plus grands musées de notre humanité : « des objets qui pourtant ont servi dans le quotidien, des objets de la vie de tous les jours et des objets qui traduisent également le tapu au travers des cérémonies. J’ai vu des éventails, j’ai vu également des tiki, des ornements, des tapas, autant d’objets qui sont des objets du vécu de nos anciens ».

Et Joseph Kaiha de préciser que pour lui cette visite de l’exposition a été « un voyage et une rencontre avec mes anciens ici en France ».

En remerciements, le président du Musée du quai Branly a reçu des cadeaux de la part du président Gaston Tong Sang et de Joseph Kaiha.

Une attention qui a touché Stéphane Martin qui, de son côté, n’a pas caché qu’il avait pour la Polynésie française « un attachement émotionnel très fort. J’y ai laissé mon cœur quand j’étais plus jeune. Il y a une âme polynésienne qui ne vous lâche pas quand vous l’avez rencontrée. Nous essayons de faire découvrir la Polynésie au sens large au musée du quai Branly. Toutes les occasions de faire connaître cette partie du monde est une joie pour nous ».

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L’exposition « Polynésie Arts et Divinités 1760-1860 se tiendra au musée du quai Branly du 17 juin au 14 septembre 2008. Il s’agit de l’exposition la plus complète jamais réalisée sur l’art polynésien. Exceptionnelle, elle rassemble pour la première fois 250 pièces rares du XVIIIè et XIXè siècles provenant des collections de grands musées anglais et français.

Source : http://www.culture.gov.pf/4663-ARTS-ET-DIVINITES-Le-musee-du-quai-Branly-rassemble-250-pieces-rares-de-Polynesie.html

Gaston Flosse remet les pendules à l’heure dans une interview à Tahititoday

 » Comment peut on travestir les faits de cette manière sans que cela appelle une réponse scandalisée de ma part ?« 

Christine Bourne : Avez vous contacté les Frébault vous même comme  le laisse entendre la représentante des Marquises sud ?

Gaston Flosse : Non. C’est une des personnalités Tahoeraa qui a pris contact avec le couple car ils étaient amis.

Q : Et alors ?

G.F Alors ? Qu’est ce que vous croyez ? Ils ont tout de suite accepté car ils étaient très en colère contre Gaston Tong Sang qui avait tenu Louis Frébault éloigné du gouvernement en refusant à plusieurs reprises et assez sèchement de lui donner le ministère de l’Équipement. Tous les deux étaient très remontés.

Q : Vous leur avez dit  » d’accord » tout de suite ?

G F Non. J’ai un partenaire, c’est Oscar Temaru et je leur ai dit que  je ferais mon possible auprès de lui pour qu’il leur donne satisfaction.

Q : Les Frébault étaient ils satisfaits ?

G F Oh oui ! Ils m’ont dit qu’ils repartaient tout de suite aux Marquises pour avoir l’avis de leur comité. Ils m’ont ensuite téléphoné pour me dire qu’à l’unanimité celui-ci était d’accord et qu’ils rentraient à Tahiti jeudi.

Q : Mais alors que s’est il passé ?

G F. Comme promis, dès leur retour, nous sommes allés voir Oscar Temaru, Edouard Fritch, moi même, Louis et sa secrétaire.

Q : Ah? Il a une secrétaire qui fait partie de tractations plutôt secrètes ?

G F laconique : Oui !

Q : Oscar Temaru a-t-il donné son accord ?

G F Et bien non ! Il a refusé en lui disant que ce n’était pas possible et lui a proposé le ministère de l’OPT. Bien sûr Louis Frébault était extrêmement déçu .Sans perdre de temps, le lendemain vendredi Gaston Tong Sang l’a appelé en lui disant «  Moi je te donne l’Équipement plus autre chose » ! Voilà comment tout cela s’est passé très exactement .Alors quand j’entends dire « c’est pour le bien des Marquises sud, pour mon pays, après avoir critiqué le nombre de  ministères accordés aux Paumotu  et aux Marquises Nord etc.. permettez moi de douter de la sincérité désintéressée du couple Frébault. »Si c’était vrai, pourquoi refuser tous les autres portefeuilles proposés à partir du moment où leur souhait se bornait à avoir un ministère, quel qu’il soit, pour représenter les Marquises sud. Et je me pose une question : pourquoi Gaston Tong Sang a-t-il refusé de l’avoir dans son gouvernement  lors de sa formation, pour, en catastrophe huit jours plus tard ,procéder à un remaniement ministériel et lui donner satisfaction ? On nous prend pour des imbéciles en ce qui concerne la blancheur vertueuse de M. Tong Sang et ses amis.

 Vous comprenez bien que tout cela n’est que du vent et  qu’une fois encore seul l’intérêt du mari de Joëlle était dans la balance. Vous voyez encore que Gaston Tong Sang qui n’a que des louanges de la part de la presse, quoiqu’il fasse, a préféré sacrifier son tout nouveau ministre de l’Équipement qu’il colle à  son « joker »,l’Environnement. Or, ce n’est pas aussi important comme charge vous le savez bien, ni comme budget, et tout ça, pour conserver une majorité bien faiblarde. C’est tellement facile et pratique de dire : c’est Flosse ! Tout ce qui arrive dans ce pays, c’est Flosse ! Mais comment ils vont faire quand je ne serai plus là…. ( rire!)

Q : En fait, si Oscar Temaru a refusé de lui donner l’Équipement que vous avez vous aussi essayé d’obtenir pour l’un de vos proches quand vous aviez la majorité avec l’UPLD, c’est que ce portefeuille est réservé à son ami de toujours James Salmon au demeurant un excellent technicien ( il est lui même ingénieur) selon les chefs d’entreprise qui ont travaillé avec lui avec lesquels ils avaient un dialogue constructif.

G.F. Oui, sans doute.

Source : http://www.tahititoday.com/confidences.htm

Greg Dening, 1931-2008

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Historian’s way opened new roads into the past

Greg Dening … was an inspiring teacher and passionate scholar.

GREG DENING was acknowledged by his peers as one of the most imaginative, original and reflective minds working in the fields of history and historiography.

Dening and his wife, Donna Merwick – a gifted historian in her own right – formed part of a group once known as the « Melbourne school of ethnographic history » that included Rhys Isaac and Inga Clendinnen, two other scholars of international repute, and Dening’s former colleagues at La Trobe University. Together, they pioneered in Australia the « anthropological turn » in the writing of social history that occurred globally in the 1970s.

Clifford Geertz, Marshall Sahlins and Bernard Cohn were among Dening’s intellectual partners and friends in his anthropological endeavours, but even in this galaxy of illustrious scholars, Dening stood out for the originality of his approach and for the intellectual risks he took.

Dening, who has died at 76, brought to his history writing not only erudition, scholarship and research that were always impeccable, but also a sense of wonderment about human existence – his own kind of existentialism, which shone through all that he wrote.

Greg Dening was born in Newcastle and moved with his family during his early childhood to Perth, where his father was posted by his employer. He attended the Jesuit school, St Louis, until his father was transferred to Melbourne, when he went to Xavier College.

He entered the Society of Jesus, the Jesuits, in 1948, and followed the rigorous course of studies for novices and scholastics, earning a master of arts at Melbourne University, and later a PhD in anthropology from Harvard.

Dening, who left the Jesuits in the early 1970s, started out as an innovative historian of the Pacific and went on to contribute to historical thinking in general. In Islands And Beaches: Discourse On A Silent Land, Marquesas 1774-1880 (1980), he alternated between narrative and reflective chapters, which remained his hallmark throughout his life. Subsequent books included The Death Of William Gooch, History’s Anthropology; Mr Bligh’s Bad Language: Power, Passion And Theatre On The Bounty; and Performances.

He faced much criticism and opposition once; it was difficult for the historians’ guild to admit someone who broke with all that was routine in the writing of historical prose.

He took risks as a young scholar in a discipline that has always preferred to err on the side of caution. But he could not write otherwise.

As Dening said in his semi-autobiographical Beach Crossings: Voyaging Across Times, Cultures And Self (2004), in life as in work « the gamble is being yourself ».

Even that fragment of a sentence is very Dening. He believed in the gerund form over the plain noun, for life was in the living of it, not in the word « life ». Nouns froze things too much for his taste. History was always history making, caught up in human activity, of the past and the present. Later in life he would sometimes use the word « history-ing », which he appreciatively borrowed from a younger scholar, Katie Holmes, who was once his student in Melbourne.

The process of deciphering the past was always mysterious and full of human wonderment. Dening not only emphasised this point but shared, in his writing and teaching, that mystery with his readers and students. The histories he wrote, for that reason, were never shorn of poetry and philosophy, but never compromised on research and scholarship.

Dening was appointed to the Max Crawford professorship of history at Melbourne University in 1971, the year he married Donna Merwick, and retired from there in 1990. He was an adjunct professor at the Research School of Humanities at the Australian National University in Canberra for the past 12 years. Church Alive! Pilgrims In Faith, 1956-2006 was his last book.

He spent much of his last decade as a researcher, writer, speaker and engaged teacher of graduate students. The visiting scholars program he and his wife ran at the Centre for Cross-Cultural Research (now merged into the Research School of the Humanities) at ANU drew students from across the country and overseas. Dening called these workshops « challenges to perform », aiming, with great success, to break down the thralldom of the routine of thesis-writing and to give students a sense of authorship and writerly freedom.

The Denings were a humane presence as scholars in our midst, always interested in others’ work, generous and encouraging in their criticism, inspiring with their ideas. Stan Katz, of Princeton University, recently described Dening as one of the last humanists of the 20th century.

Dening’s wife, Donna, survives him.

Dipesh Chakrabarty

Source : http://www.smh.com.au/news/obituaries/historians-way-opened-new-roads-into-the-past/2008/04/10/1207420583197.html

Lire aussi sa dernière lettre à la jeunesse marquisienne :

http://tahitinui.blog.lemonde.fr/2007/12/16/lettre-aux-jeunes-marquisiens/

Tapa, umu hei et monoi sur l’île de Fatu Hiva

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Dernier extrait du carnet de voyage de Paul Simier en Polynésie française. Au moment où les marins de l’Aranui 3 mettaient les baleinières à la mer, les falaises qui bordent le village de Omoa étaient noyées dans le brouillard. Le ciel, sombre et lourd, a soudainement craqué, libérant une trombe d’eau le temps que dure le débarquement. Puis le soleil est réapparu, comme au premier jour du monde.

La population de 600 habitants que compte Fatu Hiva, l’île située à l’extrême sud-est de l’archipel des Marquises, se partage entre Omoa et Hanavave, deux villages nichés dans des vallées ouvrant sur des baies que le cargo mixte ravitaille tour à tour.

À Omoa, les sculpteurs exposaient leurs oeuvres finement ciselées dans des bois durs et précieux ou encore dans des os de mammifères pour les plus petites pièces.

Comme il est d’usage dans tout l’archipel, le visiteur peut tout à loisir regarder, et toucher les pièces exposées sans que jamais on le pousse à acheter ni qu’on insiste de quelque façon. Chacun des artistes se fait un plaisir d’expliquer sa technique et d’échanger avec les visiteurs, y compris ceux qui n’ont aucune intention d’acheter.

Fabrication du tapa


Les croisiéristes de l’Aranui 3 se sont répartis autour de deux femmes du village pour une démonstration de fabrication de tapa. En langue marquisienne, le tapa désigne la feuille d’écorce que l’on utilise traditionnellement pour dessiner.

On obtient le tapa en décollant la partie intérieure de l’écorce de l’arbre. Selon l’essence d’arbre utilisée, la couleur varie du clair au foncé.

Une fois décollée, on assouplit la bande végétale à l’aide d’un maillet jusqu’à la rendre souple comme une peau de chamois. Une fois trempée et lavée, on la fait ensuite sécher pour obtenir une feuille rigide pouvant soutenir l’empreinte de l’encre.

Les tapas reproduisant des figures traditionnelles (guerriers, danseuses, statues et motifs de tatouages) figurent partout dans l’archipel des Marquises parmi les créations artisanales proposées aux touristes.

Le bouquet fleuri


Nous avons ensuite assisté à une démonstration de fabrication de umu hei, soit le bouquet fleuri que les Marquisiennes utilisaient jadis comme parfum.

Le bouquet fleuri se compose de plusieurs types d’herbes particulièrement odorantes que l’on parfume d’essence de bois (comme le santal). On les noue ensemble en y intégrant des tranches de fruits.

La femme intègre ce bouquet fleuri à sa longue chevelure nouée en conséquence. Quand le umu hei a fini de dégager ses parfums, il suffit de le renouveler.

Le musée local de Omoa renferme une belle collection de javelots ainsi que d’objets usuels également taillés dans le bois, comme des écuelles et des bassines de toutes les tailles.

L’escale à Omoa fut courte, le cargo mixte devant dans l’après-midi livrer sa marchandise à Hananave. Le temps que le repas soit consommé à bord, l’ Aranui 3 entrait dans la baie des Vierges.

Le paysage est tout simplement grandiose. Des pics aux formes phalliques montent vers le ciel. On raconte que le premier nom donné au lieu était la baie des Verges, appellation que les bons pères venus «civiliser» ces gens et leur enseigner la morale chrétienne trouvèrent choquante au point de la traduire en baie des Vierges.

Toute la population du village de Hanavave était là pour nous accueillir. Au centre communautaire, deux femmes ont, avec leurs seules mains et des outils rudimentaires, produit devant les visiteurs du lait de coco d’abord, que l’on extrait de la noix de coco fraîche, puis du monoi, l’huile que l’on extrait de la noix de coco séchée au soleil (appelée coprah).

Puis, une troupe composée de femmes, d’adolescents et d’enfants des deux sexes s’est mise à danser au soin des tambours que battaient des hommes.

Paul Simier – Journal de Montréal  2007

Des chevaux sauvages et un arboretum unique

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ILE D’UA HUKA, archipel des Marquises. L’escale de l’Aranui 3 à Vaipaee relève de la prouesse de navigation. Cette toute petite baie, aux allures de fjord, se trouve en effet protégée par une étroite passe dominée par des falaises abruptes. À peine y est-il entré que le cargo mixte pivote sur lui-même pour se mettre en position de départ.

Grâce aux deux baleinières du bord, deux équipes de marins se chargent d’amarrer les aussières de poupe sur les bollards fixés de part et d’autre de la falaise.

Sur les crêtes, curieux, des chevaux «sauvages» se manifestent brièvement, tandis que les chèvres, stoïques, continuent d’arpenter les étroits sentiers qu’elles ont dessinés sur les flancs de la montagne.

Une nouvelle fois, le transbordement vers le petit quai se fait en baleinière dans des flots cette fois un peu agités. Mais l’assurance et la fermeté des marins marquisiens sont de nature à rassurer chacun des passagers.

Aux abords de la mairie de Vaipaee, trois femmes se sont mises à danser sur les notes joyeuses du ukulélé (petit instrument à cordes). La cérémonie d’accueil est chaleureuse.

L’île d’Ua Huka ne compte que 584 habitants, regroupés dans 4 villages.

Les croisiéristes visitent le centre artisanal, puis le (très intéressant) petit musée (pièces archéologiques et artisanales de toutes les époques de la civilisation marquisienne).

Pendant ce temps, les organisateurs (venus à bord de l’Aranui 3) du Festival des arts des Marquises (mi-décembre 2007 sur l’île d’Ua- Pou) animent en plein air une réunion d’information à l’intention des dirigeants de l’île d’Ua Huka. Tous les échanges se passent en langue marquisienne.

Puis s’organise une caravane de véhicules 4×4, fleuris pour l’occasion. Les amateurs d’équitation, eux, ont déjà pris la route vers un autre village.

Mille variétés d’arbres
L’arboretum de l’île, qui s’étend sur une vingtaine d’hectares, rassemble un millier d’espèces et de variétés d’arbres, les unes endémiques des Marquises, les autres provenant de diverses régions du globe. Le nombre de variétés d’agrumes, à lui seul, dépasse les deux cents.

En compagnie du maire, une véritable encyclopédie en la matière et l’âme de cette réalisation, on parcourt les sentiers, non sans avoir dégusté à l’entrée diverses espèces de fruits cueillis pour l’occasion.

Balayée par les alizés, la côte sud de l’île d’Ua Huka, abrupte et rocheuse, est d’une beauté sauvage. Dans le fond des baies se nichent des plages. Sur les falaises, de petits troupeaux de chevaux s’ébattent en toute liberté. Le long de la côte, des îlots rocheux massifs montent la garde.

Le repas de midi est servi sous la forme de buffet au restaurant chez Céline Fournier, au village de Hane.

Sous les arbres se trouve un site archéologique avec ses tikis et autres pierres sculptées. Aux abords de la plage de Hane, un centre artisanal avoisine le petit musée de la mer où l’on a rassemblé notamment des vestiges de pirogues anciennes.

Le temps que certains passagers marchent jusqu’à un autre site archéologique offrant une vue sur la baie et que les autres profitent de la plage, l’Aranui 3 a mouillé dans la baie de Hane d’où se fait l’embarquement à l’aide des baleinières.

En quittant l’île d’Ua Huka, le navire frôle deux îles rocheuses où des oiseaux de mer – des sternes principalement – nichent par milliers. Le spectacle sous le soleil déclinant est saisissant.

Soirée polynésienne
À la fin de la journée se déroule la soirée polynésienne autour de la piscine du bateau. Le buffet est suivi de musique et de danses interprétées par des marins et des membres du personnel du navire.

Les passagers participent aussi à leur façon. Judith, de Québec (qui en est à sa troisième croisière à bord!), a composé et interprété pour l’occasion une chanson en hommage aux gens de l’Aranui 3.

Paul Simier – Journal de Montréal 2007

psimier@journalmtl.com

Un festin Chez Yvonne

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ILE DE NUKU HIVA, Marquises . Après avoir effectué deux escales six jours plus tôt sur l’île de Nuku Hiva, l’Aranui 3 y est revenu, cette fois dans la baie de Hatiheu, sur la côte nord de l’île.Un paysage à couper le souffle, deux sites archéologiques et un festin marquisien Chez Yvonne sont à inscrire au carnet de bord.

Quelques centaines d’habitants vivent dans ce village donnant sur la baie.

Le cargo mixte mouille à quelques encâblures du quai. Toutes les trois semaines, comme dans les autres villages des six îles habitées de l’archipel des Marquises, le bateau apporte les biens commandés à Papeete (et emporte les produits exportés vers Papeete, sur l’île de Tahiti).

Cela concerne aussi bien les matériaux de construction, par exemple, que les produits alimentaires introuvables sur l’île.

La routine de l’accostage


Dès que l’on mouille l’ancre, commence entre le bateau et le quai le ballet des deux barges du bord, alimentées par deux grues qui extraient des cales et du pont les plateaux, conteneurs et caissons contenant le fret.

Sitôt ce travail effectué, les marins, de sympathiques gaillards, d’origine marquisienne pour la plupart, prennent leur poste les uns sur l’échelle de coupée, les autres à bord des deux baleinières –à moins que ce ne soit à bord d’une grande barge munie de banquettes, quand il n’y a pas de houle–pour le transbordement des passagers.

Le paysage qu’offre la baie de Hatiheu est spectaculaire. Tandis que la vallée est noyée dans les plantations de cocotiers, un côté de la falaise est orné d’une succession de pics découpés comme de la dentelle, dont les détails se révèlent au fur et à mesure que change la luminosité, sous un ciel facilement nuageux.

Sites archéologiques
Deux sites archéologiques d’importance se situent dans les hauteurs à quelques dizaines de minutes du village. Dans ces lieux, restaurés pour l’occasion, s’est déjà déroulé le Festival des arts des Marquises, une manifestation authentique et grandiose organisée tous les quatre ans.

(Le 7e Festival des arts, du 16 au 20 décembre 2007, affiche complet depuis longtemps, tant à bord de l’Aranui 3 que sur l’île de Ua Pou, où il doit se dérouler.)

Le premier des deux sites est le tohua de Hikokua, lieu de rassemblement où se déroulaient autant les cérémonies sacrées que les jeux et les danses dans la société polynésienne de jadis.

Un peu plus haut, le site de Kamuihei est tout aussi spectaculaire avec ses roches gravées (pétroglyphes) et son gigantesque banian (une variété de ficus), arbre sacré dans la société polynésienne, qui compte 400 ans d’âge et environ 14 mètres de circonférence.

La visite de ces lieux, à 20 minutes de marche l’un à l’autre, s’effectue aisément, surtout avec la température fort agréable de la matinée.

Comme à toutes les escales, les organisateurs de l’Aranui 3 proposent toutefois aux voyageurs une alternative à la marche, un service de navette en véhicule tout terrain.

Chez Yvonne
Le repas de midi organisé pour les passagers de l’Aranui 3 était prévu dans le seul restaurant du village. Yvonne est une maîtresse femme, restauratrice mais également mairesse de Hatiheu.

En guise de repas, ce fut un véritable festin, qui a réuni une centaine de passagers. Une vingtaine de croisiéristes avaient choisi de ne pas débarquer. Ils ne savent pas ce qu’ils ont manqué!

Un groupe composé d’hommes du village s’est mis à jouer de la musique (tambour, ukélés et guitares) et à chanter en marquisien (une langue différente du tahitien).

Aux abords du restaurant, deux employés s’affairaient à faire griller de la langouste.

Le four marquisien

Le grand moment, avant que le repas commence, était prévu pour midi et demi. Cela faisait alors près de quatre heures que cuisait le plat principal et il s’agissait d’ouvrir le four traditionnel polynésien.

À l’aide de pelles, les employés du restaurant ont raclé la terre qui couvrait le four, une fosse rectangulaire creusée dans le sol. Leurs gestes devenaient plus précautionneux au fur et à mesure qu’ils voyaient apparaître la toile de jute protectrice.

Puis, sont apparues les feuilles de bananier et de pandanus qui recouvraient les deux cochons et les fruits (bananes rouges et fruits de l’arbre à pain).

La technique de ce four consiste tout simplement à faire chauffer au bois dans la fosse des roches volcaniques poreuses (qui n’éclatent pas), lesquelles permettent de cuire à l’étouffée les aliments ainsi enterrés.

La viande de porc ainsi cuite et les légumes qui l’accompagnaient étaient succulents, de même que la langouste grillée. Les plats de poisson cru et de beignets de crevettes, qui tenaient lieu d’entrées, étaient eux aussi délicieux.

Yvonne, elle, pendant que l’on servait la centaine de convives, avait l’œil à tout.

Tout le monde a mangé de bon appétit. Même les passagers français n’en revenaient pas de cette qualité et de cette opulence…

Paul Simier – Journal de Montréal 2007

psimier@journalmtl.com

Nuku Hiva, l’île capitale

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NUKU HIVA, îles Marquises (23 mai 2007) | Au petit matin, l’Aranui 3 se trouve à quai à Taiohae.

Ici se situent les services officiels chargés d’administrer l’ensemble de l’archipel des douze îles des Marquises, dont six sont habitées.

Dans la baie mouille une nuée de voiliers.

Les manoeuvres de débarquement du fret occupent toute la plateforme du quai où le ballet des commerçants de l’île commence autour des conteneurs; chacun, liste de commandes en main, inspecte la livraison.

Capitale


Face à la mer, à l’ombre des flamboyants, se succèdent les services: la poste, la gendarmerie, la mairie, etc.

Au centre artisanal sont exposées les habituelles créations artisanales. Les sculptures sur bois notamment sont superbes: cannes, statuettes (tikis), plats à fruits, etc. Les bijoux faits de nacre et de coquillages sculptés le sont tout autant.

Sous un abri au centre du village, des produits artisanaux, colliers de graines et tissus imprimés sur l’île, sont également exposés.

Une armada de véhicules tout-terrain appartenant aux membres de l’association des chauffeurs de taxi attend les passagers pour une balade d’une journée à travers l’île.

Baie cratère
La caravane s’ébranle vers les hauteurs de l’île par une route bétonnée en parfait état, pour finalement atteindre le col de Muake.

Une aire de pique-nique comprend des tables et un abri. C’est là que les membres de l’équipage ont apporté plats et boissons pour nourrir la centaine de passagers.

De là-haut, la baie révèle sa vraie nature. En forme de trois quarts de cercle, Taiohae se situe dans l’ancien cratère du volcan qui a constitué l’île. Le paysage est tout simplement grandiose.

La végétation est partout luxuriante. Vers l’intérieur, parmi les espèces tropicales poussent également des pins.

Le long de la route, des vaches ruminent ou paissent tranquillement. De nombreux chevaux vivent également en liberté.

La caravane de véhicules met ensuite le cap sur la vallée de Taipivai, où se situe un petit village. La rencontre de l’eau de la rivière et du courant de la marée y crée un impressionnant mascaret.

Sur le terrain de foot, c’est l’heure de l’exercice physique pour les jeunes de l’école locale.

Un autre centre artisanal rassemble là aussi les créateurs de la vallée. Les statuettes du sculpteur local sont attrayantes. Elles sont à l’image des tikis situés à flanc de montagne, que l’on atteint au terme d’une trentaine de minutes de marche.

Coco et coprah
Sur un versant, une vaste cocoteraie occupe la majeure partie du terrain. Il s’agit de la première ressource pour les gens de la vallée. La pulpe de la noix de coco, une fois séchée sur une plateforme ou dans un four rudimentaire quand persistent les pluies, forme le coprah.

Cette matière première, exportée à bord de l’Aranui 3 vers Papeete, sur l’île de Tahiti, sert à fabriquer l’huile de coco ( monoi) employée dans les produits cosmétiques, les savonnettes, les produits antimoustiques, etc.

Emballé dans des sacs de jute de 50 kilos, le coprah est payé l’équivalent d’un peu plus de 1 $ le kilo pour la première qualité, et de 0,80 $ le kilo pour la seconde qualité. La production varie tout simplement parce que les hommes s’adonnent à cette activité quand ils ne trouvent pas d’autre travail, m’a-t-on expliqué.

Parti sans ses passagers de la baie de Taiohae, le bateau mouille en baie de Taipivai. Pendant que les marins transfèrent à terre à l’aide d’une barge les marchandises destinées au village et chargent les sacs de coprah, les baleinières ont entamé leur navette pour rembarquer les passagers.

Ce soir, on met le cap sur l’île de Hiva Oa où nous avons rendez-vous avec deux personnages de légende : Paul Gauguin et Jacques Brel.

Paul Simier – Journal de Montréal 2007

psimier@journalmtl.com

Iles Marquises : Jojo et la Maison du jouir

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Deux génies ont fait connaître mondialement l’île de Hiva Oa (îles Marquises): le peintre Paul Gauguin, à la fin des années 1890, et le chanteur Jacques Brel, dans les années 1970. Tous deux ont vécu environ trois ans à Atuona et sont inhumés au cimetière de ce village.

Durant sa croisière de deux semaines dans l’archipel des Marquises, l’Aranui 3 fait escale à deux reprises, à deux jours d’intervalle, dans l’île de Hiva Oa, la première fois à Atuona, sur la côte sud, la seconde dans deux villages situés dans des vallées de la côte nord.

En fin de matinée, le cargo mixte est amarré au quai d’Atuona, situé à l’entrée de la magnifique baie des Traîtres. Aucun fait historique ne permet de retracer quelques traîtres que ce soit dans la région.

Pour interpréter cette étonnante dénomination, il faut plutôt se référer à la navigation à voiles carrées des premiers navigateurs, qui interdisaient de remonter contre le vent, d’où les eaux «traîtres» sans doute mentionnées sur les cartes anciennes, m’a expliqué Georges Gramont, propriétaire du Relais Moehau, petit hôtel familial situé à Atuona.

Georges, qui préside l’association touristique locale, est féru de l’histoire et de la culture des Marquises.

Dans le haut du village, au restaurant Chez Mamie, la centaine de passagers de l’Aranui 3 ont découvert une nouvelle fois la cuisine propre à l’archipel. Le buffet était tout simplement pantagruélique, combinant des spécialités marquisiennes, polynésiennes et chinoises.

Il faut préciser que les descendants des immigrés chinois, que l’on a fait venir pour fournir des bras aux plantations de coton au XIXe siècle, ont une grande influence tant culturelle qu’économique sur la Polynésie française.

La quête du «sauvage»
Au centre du village d’Atuona, au niveau de la mer, se trouve le centre culturel Paul Gauguin. Toutes les peintures exposées sont des copies réalisées par divers peintres de passage.

Il s’agit d’autoportraits de Gauguin et de quantité d’oeuvres de ses périodes polynésiennes (Tahiti et Marquises) et bretonne (Pont-Aven). Ces reproductions servent à retracer l’itinéraire de l’artiste dans une quête où il visait, obsessionnellement, à se rapprocher dans ses oeuvres du «sauvage» qui réside dans l’être humain.

Sur le terrain se dresse une reconstitution de la Maison du jouir, nom que l’artiste avait donné à sa demeure. Dans son atelier, une statue de cire de Gauguin montre l’artiste en train de peindre.

Le centre culturel abrite par ailleurs des cabanons conçus pour accueillir des artistes en résidence. La commune de Hiva Oa leur fournit le gîte à la condition qu’ils cèdent au moins une de leurs oeuvres réalisées sur place à la collectivité.

L’avion de Brel
Tout près du centre culturel Paul Gauguin se trouve un vulgaire hangar de tôle de couleur verte. Baptisé Espace Jacques Brel, le lieu évoque la vie et l’oeuvre du génial chanteur belge dont les chansons sont diffusées en continu.

Les panneaux d’information transpirent l’amateurisme, comme si l’héritage de Jacques Brel n’était pas pris ici en considération.

La pièce maîtresse figurant dans ce lieu est l’avion que possédait et pilotait Jacques Brel durant sa vie aux Marquises. Baptisé Jojo, du sobriquet de son ami de toujours, l’avion a été entièrement restauré par des experts français.

Grâce à cet avion, Brel avait réussi à s’intégrer à la vie des Marquises, assurant le transport urgent de biens et de personnes vers Papeete, la capitale territoriale, distante de près de 1 500 kilomètres.

Jacques Brel, en se retirant à Hiva Oa, voulait d’abord fuir les paparazzis qui le pourchassaient depuis qu’on le savait malade. Aux Marquises, il était quasiment inconnu, comme en témoigne cette anecdote que m’a rapportée Pascal, un Marquisien de l’île de Ua Pou, qui la tient de bonne source.

Dès que les Marquisiens se réunissent, rapidement sortent les tambours, les ukélés et les guitares. Un jour, Jacques Brel se joint à un groupe. «Tu joues de la guitare?» lui demande-t- on. Et Brel de se mettre à chanter sa fameuse Amsterdam. À la fin de la chanson, l’accueil fut poli, mais on lui a repris la guitare qui fut passée à un Marquisien pour qu’il joue de la «vraie» musique…

Les tikis de Puamau
Sur son trajet de retour, l’Aranui 3 a mouillé successivement en baie de Puamau et de Hanaiapa, sur la côte nord de Hiva Oa.

Là, un site archéologique abrite les plus grands tikis de Polynésie. Ces statues sculptées dans la pierre volcanique représentent, dans la croyance polynésienne, des dieux ou des héros divinisés.

Paul Simier – Journal de Montréal

psimier@journalmtl.com