Marquises : Les pistes de l’ île de Tahuata

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Les pistes de l’île de Tahuata sont les plus mauvaises de l’archipel. Elles ont été tracées, puis n’ont plus jamais été entretenues. Par fortes précipitations, des cours d’eau  improvisés tracent un  fossé profond qui coupe en longueur la piste sur plusieurs centaines de mètre. Le 4X4 passe s’il le peut, en crabe, à la limite du renversement. Parfois on reste là, on ne peut plus aller plus loin, on abandonne le véhicule et on fait demi-tour à pied. Les engins de l’Equipement n’étant pas à chenilles, le passage ne sera ouvert que lorsque la pluie aura cessé,  dans plusieurs jours…, une semaine  plus tard, parfois plus.

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Aujourd’hui, surprise, notre véhicule doit attendre que les engins de l’entreprise de travaux publics laissent le passage. Aucun panneau de signalisation au départ du village n’annonce ces encombrements sur la voie. L’adjoint au maire ne semble pas lui-même au courant.

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Des travaux d' »élargissement se réalisent à trois endroits sur la piste qui mène de Vaitahu à Motopu. On attend un quart d’heure sans savoir qu’il nous faudra attendre plus loin, plusieurs fois et que sera la même chose pour le retour.

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Les hommes de la route percent, dynamitent, entassent, étalent, terrassent, nivellent et remuent des tonnes et des tonnes de cailloux et de terre. Dans un nuage de poussière, nous roulons au travers de la cocoteraie.

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Les travaux d’aménagement des routes de l’île de Tahuata se sont déroulés sur une période récente, d’une durée de 7 ans, de 1999 à 2006 et ont consisté à :

     – Elargir la route existante de Motopu à Vaitahu en grande partie à l’aide d’explosifs avec la mise en place de matériaux dits de ‘’carrière » servant de couche de roulement.

     – Mettre en place un assainissement de la route de Motopu à Vaitahu et des passages busés sur le tronçon Motopu / Vaitahu

     – Ouvrir une nouvelle route entre Hanatetena et Hapatoni puis ensuite l’élargir et renforcer ponctuellement sa chaussée.

Les quantités mises en œuvre ont été de l’ordre de 30 mille m3 de terrassement à l’explosif, 70 mille m3 de terrassement ordinaire et une trentaine d’ouvrages busés. 

Voir photographies de ce chantier, cliquez ici

La légende de la création des îles Marquises

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Joseph Kaiha nous conte la légende de la Création des iles Marquises (movie flash youtube ou audio en mp3) ; ci-dessous, une autre variante de la légende)

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Le soleil brillait sur la mer

       Les légendes, les histoires appartiennent à ceux qui savent les dire… Et aussi à ceux qui savent rêver en les écoutant. Alors, accompagné du fond sonore des tambours qui, au loin, rythmaient les chants de la koika enana ressuscitée (autrefois la grande fête marquisienne, à caractère d’ostentation, sur une place publique à gradins aménagée spécialement et appelée tohua koika), dans le murmure du ressac de la plage proche, sous la voûte dorée des myriades de constellations qui font la magie de la nuit des îles, René Haiti Uki entreprit de conter sa version de la création du Fenua Enata, la Terre des Hommes, connue en Occident sous le nom d’îles Marquises… 

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Eia i na po omua E pohue a’a Oatea me ta ia vehine o Atanua

Il y a longtemps, longtemps, le soleil brillait sur la mer,

mais dans la mer il n’y avait pas d’île.

 

Vivaient en ce temps-là Oatea et sa femme Atanua .

Ils n’avaient pas de maison.

Puisqu’il n’y avait pas d’île

Pour construire les maisons.

 

Alors Atanua dit à son mari :

« On ne peut pas bien vivre sans maison. »

Oatea ne répondit pas.

Il pensait :

 « Comment vais-je faire pour construire une maison ? »

Oatea invoqua les dieux, ses ancêtres.

 

 Un soir, il dit à Atanua :

 « Cette nuit, je vais construire notre maison.

Maintenant je sais comment faire. »

 

II faisait nuit.

La voix d’Oatea s’entendait seule dans le noir.

 

Il dansait et chantait :

Aka-Oa e, Aka-Poto e, Aka-Nui e, Akaïti e, Aka-Pito e, Aka-Hana e, Haka-Tu te Hae.

 

L’invocation finie, le travail commença.

 L’emplacement fut choisi : dans le milieu de l’Océan.

 

Deux piliers furent dressés : Ua Pou.

 

Une longue poutre fut placée sur les deux piliers :

Hiva Oa.

 

Alors il fallut assembler les piliers, la poutre.

 Le toit devant et le toit en arrière, Te ka’ava ao, te ka’ava tua.

C’est Nuku-Hiva.

 

La maison est couverte de feuilles de cocotiers tressées, Fatu.

 

La maison était grande.

Il fallait neuf feuilles de cocotier tressées

Pour la couvrir dans sa longueur :

O Fatuiva.

 

C’est long le travail de tresser les feuilles de cocotier.

Et de faire de la corde avec de la bourre de coco.

Le temps passe, il passe vite.

Oatea travaille, travaille sans arrêt.

 

Soudain Atanua crie à son mari :

« La lumière du jour commence à éclairer l’horizon du ciel. »

O Tahuata.

 

« Moho l’oiseau du matin chante déjà »

 Mohotani.

 

Oatea sans s’arrêter répond :

« Je finis. Il me reste à creuser un trou

Pour y mettre tout le surplus de feuilles

Et de bourre de coco » :

O Ua Huka.

 

Alors le soleil se lève et illumine l’Océan.

Voici la maison construite par Oatea.

 

Atanua sa femme s’écrie :

Ei, ei, ei, ua ao, ua ao, O Eiao.

Ua Pou,

Hiva Oa,

 Nuku Hiva,

Fatu Hiva,

Mohotani,

Tahuata,

 Ua Huka

et Eiao,

 

 voici donc les îles ruisselantes de lumière dans le soleil levant.

                                                                                                Texte de Jean-Louis Candelot

Quand à Tahiti, on les mène en bateau, les étudiants Marquisiens restent en rade… à l’aéroport !

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Lu dans la Dépêche de Tahiti : Ils ne décollent pas… faute de bateau ; 74 étudiants marquisiens passent une nuit à l’aéroport de Tahiti-Faa’a

C’est une grosse mésaventure qui est arrivée à 74 élèves des Marquises, bloqués hier une bonne partie de la nuit, à l’aéroport de Tahiti-Faa’a. À 3 h du matin, leur avion aurait dû les ramener dans leur archipel, d’où ils auraient dû prendre le bateau pour passer en famille les vacances de Noël. Certains se sont levés très tôt, d’autres ont passé une nuit blanche pour être prêts en pleine nuit à faire les quelques heures de vols qui les séparent de leurs familles. Mais voilà, à quelques minutes du départ, pas de vol.

L’avion est bien là, mais c’est le bateau qui doit faire la tournée des îles, qui est manquant. Un constat de dernière minute qui laisse perplexe. Comment est-il possible que les accompagnateurs, ou encore le ministère de l’Éducation n’aient pas été informés plus tôt ? Une question qui fait gronder à Hiva Oa. «  »Nos enfants étaient convoqués à 3 h du matin à l’aéroport. Ce n’est que quelques minutes avant le départ de l’avion qu’ils ont été prévenus que le vol était annulé », explique ce père de famille. « Certains, comme mon fils, étaient arrivés à minuit, déposés par leurs correspondants. Ils ont donc passé une nuit blanche. » « Où va l’éducation dans ce pays ? », reprend un autre père. « Nos enfants doivent-ils supporter les problèmes du gouvernement ? »

Si aucune explication n’est venue de la part du ministère sur ce problème de concordance de dates, un communiqué est tombé hier après-midi. « Le Pays a décidé de mettre à disposition de la société Air Tahiti, son avion pour améliorer les conditions de rapatriement des élèves des archipels. Ainsi, les 44 élèves originaires de Fatu Hiva seront acheminés par avion ce dimanche, et seront hébergés au collège de Atuona pour prendre le bateau Tahiti nui, le lendemain, à destination de Fatu Hiva.

Les 30 autres prendront l’avion le lundi, à destination de Atuona, pour, dans la foulée, rejoindre leurs camarades sur le bateau Tahiti nui, à destination également de Tahuata. Il est à préciser que les difficultés de rapatriement des élèves des Marquises sont essentiellement liées à l’indisponibilité des navires habituels que sont le Tahuata Nui, le Kaoha Nui et le Aremiti. » Reste à espérer que les familles d’accueil de ces 74 élèves n’aient pas toutes pris leurs congés ailleurs dans la foulée…

Bertrand Prévost avec Gérard Guyot

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Le tsunami de 1946 : des scientifiques étaient venus en août 2000 chercher une explication aux Marquises

     Il y a quelques jours à Atuona, le corps de la femme disparue dans la baie de Tahauku, lors du tsunami de 1946 était transféré au cimetière. L’énigme que pose aux scientifiques, la violence de ce  tsunami dans des îles si éloignées de son origine, n’est toujours pas résolue. Des chercheurs ont enquêté en 2000 aux Marquises. A la suite de la lecture de leur compte-rendu nous pourrions être étonnés de voir encore de nos jours, tant de constructions anciennes mais aussi très récentes situées en zone de tsunami.

Vaitahu –Tahuata  – Typical example of inappropriate development of the beach front. The building at right is the hospital (red roof behind small tree); the building with the red roof at the center is the post office, with immediately across the street, the city hall and school complex (white roofs). The wave reached the location of the front steps of the present church (red steeple in background).

I –  L’enquête

     Des années après qu’une haute technologie de systèmes d’alerte ait été mise en place pour protéger des tsunamis les pays du Pacifique, les scientifiques s’interrogent  encore sur les effets dévastateurs du tsunami du 1er avril 1946, raison pour laquelle ce système d’alerte a été mis en place en premier lieu. Gérard Fryer de l’Université de Hawaii, Costas Synolakis de l’Université de Californie du Sud et Emile Okal de l’Université du Nord-Ouest ont mené  en août 2000, une enquête sur les effets du tsunami dans les îles Marquises.

     « En raison du système d’alerte, il est peu probable qu’un autre tsunami « 1946 » puisse nous frapper par surprise », dit Fryer. « Mais ces mesures que nous avons faites aux Marquises montrent que nous pourrions sérieusement sous-estimer la taille des vagues. Nous devons savoir exactement ce qui s’est passé en 1946 de sorte que la prochaine fois que quelque chose du même genre se produit, les gestionnaires d’urgence dans le Pacifique soient  en mesure de donner les avertissements. »

     Okal ajoute: « La seule chose que nous savons avec certitude est qu’il y aura une prochaine fois. »

     Le tsunami qui a tué 167 personnes le 1er avril 1946, résulte d’un tremblement de terre de magnitude 7 qui a secoué en Alaska, les îles Aléoutiennes. Dans l’étendue sauvage des Aléoutes, de tels tremblements de terre sont rarement un problème, mais celui-ci était inhabituel. Des vagues hautes de plus de 100 pieds ont tué cinq personnes en Alaska, puis ont  couru à travers le Pacifique pour tuer 159 personnes à Hawaii, une en Californie et deux à Atuona aux Marquises. Ce tsunami est toujours resté une énigme pour les spécialistes. Les vagues étaient beaucoup trop grandes pour un tremblement de terre de cette ampleur. Les scientifiques espèrent que les informations obtenues auprès des Marquisiens en 2000,  pourront résoudre d’une façon ou d’une autre l’énigme.

     « Nous avons été surpris par ce que nous avons trouvé, » déclare Fryer. « Les vagues de 1946 ont été bien plus grandes aux  Marquises que ce qu’elles avaient été à Hawaii, alors que les Marquises sont beaucoup plus éloignées. Nous avions lu les rapports « vagues » au sujet des vagues courant sur les rivages des îles Marquises à une hauteur de 30 pieds à un ou deux endroits restreints. Ce que nous avons trouvé en fait  : des vagues en moyenne de 20 pieds, mais aussi des vagues atteignant une hauteur phénoménale allant jusqu’à 65 pieds dans les vallées étroites. Il semblerait qu’un faisceau très étroit de très hautes vagues ait été projeté à travers le Pacifique, la plus grande vague a  juste manqué Hawaii, mais  frappé le point mort, les Marquises. »

     Les scientifiques doivent reprendre leur planche à dessin et leurs conclusions à la case départ : 

     « Nous savons que tout cela a commencé par un tremblement de terre dans les îles Aléoutiennes, mais un tremblement de terre qui à lui seul ne peut expliquer ces vagues», dit Fryer. « Nous sommes très conscients que le tremblement de terre a provoqué un énorme glissement de terrain sous-marin dans les Aléoutiennes, nous avons même une bonne idée de l’endroit et de l’ampleur du glissement de terrain.

     « Mais quand nous construisons un modèle numérique du tsunami généré par le glissement de terrain ou par le tremblement de terre, nous obtenons des vagues dans les Marquises qui sont trop petites, et nous ne parvenons pas à reproduire la première dépression qui a été observée. Peut-être que le tsunami a été généré par une combinaison d’éboulements et les tremblements de terre, mais il est clair que nous n’en savons pas encore assez sur la source. « 

     « »Heureusement »», dit Synolakis, « le tsunami de 1946 a été si grand et il a affecté une si grande partie  du Pacifique que nous devrions être capables d’obtenir des informations similaires provenant d’autres endroits. Nous avons déjà des informations de Hawaii, des côtes ouest de l’Amérique du nord et de l’Amérique du sud et du Japon. Maintenant, nous espérons obtenir une assez large diffusion de l’information pour pouvoir chercher en amont des hauteurs des vagues observées, à déterminer exactement quelle a été la source. Une fois que nous auront trouvé la source, nous pourrons mieux comprendre les  risques encourus pour la côte Pacifique des États-Unis et tous les autres littoraux du Pacifique. »

     Pour obtenir des informations, l’équipe est allée de village en village en quatre-quatre, en camion, en bateau et en hélicoptère pour interroger des témoins oculaires et rechercher les preuves de dommages du tsunami. « Partout où nous sommes allés, nous ont été reçus gracieusement par des hommes et des femmes  aux cheveux d’argent,  certaines alitées, certains en fauteuil roulant, mais tous heureux de raconter leur expérience. » déclare Fryer.

     Il en ressort une histoire surprenante et très cohérente : tôt l’après-midi du 1 avril 1946, l’océan s’est retiré, exposant des roches d’habitude couvertes même à marée basse. En sifflant, l’océan est revenu et a inondé les terres. Alors l’océan a pénétré sur une grande distance, bien 100 yards dans certaines baies, avant de rugir  en arrière plus vite et beaucoup haut. Cette fois, quand l’eau s’est éloignée, il a emporté avec elle des arbres, des maisons et du bétail. La plupart des personnes s’étaient déjà enfuies vers les hauteurs. La vague suivante, la troisième, était immense. Ensuite, le phénomène est mort lentement loin, bien que la mer oscilla lentement encore jusqu’ au coucher du soleil. Le lendemain matin, les côtes étaient jonchées de branches, de noix de coco, des restes des bateaux cassés et de maisons et des corps de milliers de poissons échoués. Il y a eu deux morts : une femme et son bébé ont été noyés à Tahauku sur l’île de Hiva Oa, où un village a  été emporté par une montée de 50 pieds du niveau de la mer qui a inondé plus d’un demi mile à l’intérieur. »

     «La population des Marquises était concentrée dans les fonds de vallée le long de la côte, exactement là où les vagues ont été les plus grandes», dit Okal. « Mais le tsunami est arrivé en milieu de journée, lorsque les gens étaient sur place et en hauteur, ça a commencé comme une chute du niveau de la mer, et ça a fait beaucoup de bruit. Pour autant, ils ont eu de la chance : la première vague n’était pas la plus grande. La population a eu le temps de s’enfuir, et les gens ont tenu compte des signaux d’avertissement. « 

     Synolakis ajoute: « Il est également clair d’après leur histoire que les vagues ne se sont pas cassées. Il y a eu une inondation rapide des terres, mais personne n’a été dépassé par un mur d’eau. »

     Parfois, l’équipe a observé de preuves tangibles, comme une église détruite ou  un bloc de corail laissé par les vagues ;  plus fréquemment, les chercheurs devaient travailler avec des renseignements tels que « l’eau est montée  juste au-delà du grand manguier à côté de la rivière. » Lorsque l’histoire semble crédible, l’équipe mesure la hauteur maximale atteinte sur le rivage en utilisant l’équipement d’arpentage standard, ce qui permet également de calculer la distance de la côte en utilisant le système de positionnement global (GPS).

     Fryer explique l’intérêt porté aux Marquises : « La plupart des îles du Pacifique sont protégées derrière les récifs au large. Les îles Hawaii et les Marquises sont inhabituelles en ayant presque pas ou pas du tout de barrières de corail, elles sont donc très vulnérables aux tsunamis. Nous avons déjà des renseignements abondants sur 1946 pour les îles Hawaiiennes, les Marquises ont été l’étape suivante évidente. »

     Cependant, l’enquête aux Marquises est arrivée par accident. « En octobre 1999, nous avons fait une enquête rapide sur un tsunami local causé par l’effondrement d’une falaise au sud de l’île de Fatuiva  » dit-Fryer.  » Tandis que nous étions là, nous avons questionné au sujet d’autres tsunamis. Nous avons été surpris  de voir à quel point les gens se rappelaient celui de 1946, donc nous avons décidé que nous devrions revenir pour recueillir et rassembler ces renseignements. »

     Synolakis a été intrigué par le fait que les habitants des Marquises ont un mot spécial pour un tsunami, taitoko. Fait intéressant, alors que toutes les personnes âgées connaissaient ce mot, peu de jeunes le savaient. « Il est révélateur que la plupart des témoins oculaires survivants étaient des enfants lorsque le tsunami a frappé  en 1946 et ils avaient entendu parler des tsunamis par leurs parents, mais depuis qu’aucun grand tsunami n’a frappé, ils n’ont pas transmis ces informations et ces connaissances à leurs enfants. »

     « Nous sommes revenus en 2000, avec l’espoir d’obtenir une ou deux mesures de chacune des trois îles », ajoute Okal. « Mais chacun était vraiment si utile et coopératif que nous nous sommes retrouvés avec plus de 40 mesures à partir de 25 villages côtiers sur les cinq îles. Avec cet ensemble de données et avec les mesures que nous avons faites sur Fatuiva l’année précédente, nous avons maintenant une compréhension claire de la façon dont le tsunami de 1946 a affecté chacune des six îles peuplées des Marquises.

     «Maintenant, nous avons davantage de questions», ajoute Fryer. « De grandes vagues devraient avoir frappé Pitcairn et l’îles de Pâques,  des vagues de quelle taille ? The British Antarctic Survey nous dit qu’une cabane a été détruite par les vagues. Quelle taille avaient les grandes vagues en Antarctique? Nous avons encore du travail à faire. »

     Fryer, Okal et Synolakis ont été accompagnés lors de l’enquête par Gérard Guille et Philippe Heinrich de la Commission de l’énergie atomique (CEA) et par Daniel Rousseau de l’USC. L’enquête a été financée par le CEA et par la US National Science Foundation. Note aux rédacteurs : Des photographies de l’enquête sont disponibles. Les vidéos des interviews (principalement en  marquisien et en français) sont disponibles.

     Document original   Video 1: Tsunami 1946 Hawwaii  Vidéo 2 : 1946  Hilo

Helicopter view of Hatiheu, a typical example of inappropriate beachfront development. The building at the bottom of the picture on the left side of the road is the infirmary, with the school building immediately to the left after the road intersection.

   The latter was rebuilt after the tsunami totally destroyed the previous church at essentially the same location.

II. Les témoignages

     Aka Teremateata de Haakuti (Ua Pou) avait 14 ans en 1946. Elle a couru en amont le long du lit de la rivière et nous a décrit comment la troisième vague a atteint 13 m en amont. Elle a aussi des souvenirs vifs de Taitoko chilien 1960 qui est venu à minuit, mais a causé des dommages moins sévères. Le village de Haakuti a été  témoin du plus grand élan (run-up) mesuré dans l’archipel : 20 m dans le lit de la rivière de cette vallée étroite.

     Dans la vallée de Hakahetau (Ua Pou), Elisabeth Hikutini, elle avait 20 ans, a perdu sa maison dans les vagues. Heureusement, elle travaillait dans les champs à ce moment-là. Son ami Rahera, âgé alors de 17 ans, avait sa maison à côté de l’église inondée, mais épargnée. 

     Thérèse Kohumoetini de Hohoi, âgée de 20 ans en 1946, a été prévenue par son frère, qui a couru de la plage. Son village, construit à un kilomètre à l’intérieur du front de mer a été épargné, mais les cabanes de bateau et les séchoirs à coprah au bord de la côte ont été détruits.

     A Vaipaee (Ua Huka), Marie-Thérèse Teatiu, 29 ans à l’époque, était sur le point de partir en bateau pour Ua Pou avec ses trois enfants. Son mari l’a prévenue de l’arrivée du taitoko et elle s’est dirigée en haut des collines avec les gosses et sa sœur.

     Dans la baie de Taaoa (Hiva Oa),  Antoine âgé de 9 ans en 1946. Avec un groupe d’amis, il nageait dans l’océan.  De la plage un vieil homme leur a dit de sortir et de s’enfuir, qu’il y avait un taitoko. La vague a atteint l’endroit de l’actuelle école situé en bord de mer.

     Mama Tua de Hanapaaoa  (Hiva Oa) avait 15 ans en 1946. Elle était à la maison et a entendu ses parents crier de courir aux collines comme le taitoko (tsunami) venait ; son frère qui était sur son embarcation près du village voisin ne pouvait pas aller à terre parce que la mer s’était retirée

     A Haapatoni (Tahuata) Piu Teikipupuni avait 16 ans en 1946. La vague n’a pas atteint sa maison et a épargné effectivement la plupart du village, où elle a atteint seulement 3 m à cet endroit.

     Mme. Catherine Barsinas, 20 ans à l’époque, a été un témoin des dommages provoqués par le tsunami de 1946 sur l’île de Hiva Oa. Elle a conduit les chercheurs le long d’une route en haut une vallée à la limite exacte de l’inondation par la vague. La distance au rivage (328 m) et l’altitude (6.7 m) ont été enregistrées à cet endroit.

 

Une stèle avait été érigée en 1991 pour commémorer le bi-centenaire de la venue d’Etienne Marchand à Hapatoni.

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Cette stèle n’est plus sur son socle d’origine mais repose à même le sol, en bord de mer

A 8 heures du matin du 191, je partis dans un canot avec trois de mes officiers pour aller visiter les anses qui se trouvaient au Sud de la baie que nous occupions, pour voir ce qu’on pourrait y faire. La première qu’on ren­contre sur cette route, qui est la plus petite et dans laquelle nous n’entrâmes point, est nommée par les naturels Anapoho, la seconde Anatevaho, et la troisième, qui est beaucoup plus grande que les deux autres, Apatoni et que je nommai Anse des Amis à cause de la manière honnête avec laquelle nous y fûmes reçus.

Nous y débarquâmes au milieu de plus de six cents naturels, parmi lesquels nous distinguâmes un chef qui paraissait jouir de quelque consi­dération, car c’est lui qui nous fit asseoir sous un grand arbre, et qui fai­sait écarter la foule lorsqu’il voyait que nous étions trop pressés. Comme il pleuvait à verse, il nous proposa d’entrer dans une grande case, ce que je ne voulus point accepter. Quoique j’eusse en eux toute la confiance pos­sible, je trouvai toujours plus prudent de m’en méfier. Tout le temps que dura notre marché, il tint le bout de sa lance sur notre sac de mar­chandise et nous disait souvent d’y faire attention, parce qu’il connaissait la disposition au vol qu’avaient ses compatriotes.

Nous nous procurâmes dans cette anse douze cochons pour des clous, des miroirs, des peignes etc., parmi lesquels il y en avait six encore au lait, les autres pouvaient peser de 20 à 30 livres. Nous y achetâmes aussi cinq têtes de volailles.

La houle brisait partout avec force sur le rivage et on ne se débarquait et ne s’embarquait qu’avec peine.

Les naturels nous parurent beaucoup plus réservés que ceux qui habi­taient les deux anses de notre baie, car ils n’essayèrent jamais de nous voler et nous portèrent sur leurs épaules, lorsqu’ils s’apercevaient que nous avions de la peine à marcher sur les rochers.

J’avais amené avec moi en partant du navire, le chef qui avait dîné avec moi un jour et qui m’avait fait présent d’une poule. Il me fut de quelque utilité.

Les habitants de cette anse paraissent beaucoup plus à leur aise que ceux de la baie où nous étions mouillés. Leurs maisons sont plus grandes, et mieux faites ; on y voit une très grande quantité de cocotiers, d’arbres de fruits à pain, et beaucoup plus de cochons et de volailles. Les arbres du bord de mer, sous lesquels se trouvent les maisons, qui sont plantés avec symé­trie, et ceux des croupes des collines voisines qui le sont dans le désordre agréable de la nature, forment le coup d’œil le plus pittoresque. Nous y vîmes une infinité de belles femmes et plusieurs de nos Messieurs se laissè­rent séduire par leurs charmes.

Lorsque nous vîmes que les naturels n’apportaient plus rien à notre marché, nous nous rembarquâmes.

Nous fûmes de là, visiter l’anse qui gît au Nord de celle-ci, nommée comme je l’ai déjà dit Anatevaho ; mais, ce que je n’attribuai qu’au mauvais temps qu’il faisait, nous n’y achetâmes que deux cochons : ce qui me décida de retourner à bord, où nous arrivâmes tous très mouillés, car il n’avait jamais cessé de pleuvoir pendant toute notre promenade.

Nous aurions été obligés en nous débarquant et en nous embarquant dans cette dernière anse, de faire plus de deux cents pas sur de gros rochers très glissants ; mais les naturels qui furent on ne peut pas plus honnêtes et plus obligeants, nous portèrent tant en allant qu’en venant. Nous les récom­pensâmes avec des grains de verre dont ils parurent très satisfaits.

Notre aiguade étant complétée et me proposant d’appareiller dans la nuit suivante, avant de quitter le bord j’avais donné ordre d’embarquer la chaloupe et le second canot, ce qui fut exécuté.

Extrait pages 115 à 117

Le voyage du Capitaine Marchand, les Marquises et les îles de la Révolution Odile Gannier & Cécile Picquoin

Au Vent des îles 2003


1 Dimanche 19 juin 1791 

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