Marquises : 60 jours sur l’île déserte de Eiao pour remonter l’histoire des Polynésiens (copyright Tahitipresse)

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Doctorant en archéologie, Michel Charleux s’apprête à mener une mission de recherche sur l’île de Eiao ( Marquises) où, dès 1987, il avait confirmé l’importance d’un centre de production d’outillage datant de l’époque pré-européenne. Cette fois-ci, l’archéologue poursuivra ses investigations pendant deux mois. Il y emporte cinq tonnes de matériel.

Il aura fallu trois ans au doctorant en archéologie, Michel Charleux pour finaliser une nouvelle mission sur l’île de Eiao. Les précédentes remontaient à 1987, 2007 et 2008. Aujourd’hui, sous l’égide du Centre international pour la Recherche archéologique en Polynésie (CIRAP), l’appui de l’Université de Polynésie Française et du CRIOBE, une subvention accordée par le biais du Contrat de Projet Etat-Pays et des aides privées diverses (ATN, Brasserie de Tahiti, Vaimato, et autres), avec deux équipes de Marquisiens mis à disposition par la commune de Nuku Hiva, l’archéologue s’est fixé pour objectif de faire l’inventaire des sites et de récolter 150 échantillons minéralogiques. En résumé, tenter de mettre en évidence les relations inter archipels pré-européennes.

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Une mission pour la Marine nationale

Une nouvelle mission sur le terrain s’imposait pour Michel Charleux qui s’est pris de passion pour cette île sauvage dont certains paysages font plus penser à la planète Mars qu’à une île polynésienne… « Je pars avec la Frégate Le Prairial. L ‘Alouette déposera 1,5 tonne de matériel sur le plateau d’Eiao », explique l’archéologue qui poursuit « j’y resterai jusqu’au 20 juin avec mon collègue Christian Sospedra, topographe. Nous serons récupérés par le Patrouilleur P400 La Railleuse« .

Comme l’indique Michel Charleux, totalement déserte, avec ses 50km², l’île de Eiao est la plus septentrionale des îles du groupe Nord de l’archipel des Marquises. Érodé, cet ancien volcan effondré, limité par de vertigineuses falaises de 200 à 300m de haut, est une machine à remonter le temps pour le chercheur.

Effectivement, le plateau Tohuanui a été colonisé à l’époque pré-européenne. On y a retrouvé plusieurs dizaines d’ateliers de fabrication d’outillage lithique, preuve d’une production et d’une activité importante qui s’est étalée sur plusieurs siècles. De 1976 à 2008, de brèves missions sur Eiao, menées par des archéologues tels que Candelot, Rolett, Ottino, Charleux, ont permis de l’affirmer.

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Une signature physico-chimique

Eiao abrite l’un des deux gisements les plus importants de basalte à grain fin dans la région orientale du Pacifique Sud. L’autre étant situé sur Pitcairn. Du fait de la qualité exceptionnelle de la pierre, les anciens Polynésiens y avaient développé la fabrication de lames, d’outils sur éclat, d’herminettes et autres outillages, penu, etc.

L’abondant outillage produit sur Eiao était d’une qualité telle qu’il fut « exporté » à plusieurs centaines de kilomètres, sur une zone de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Il faut savoir que comme toute roche d’origine volcanique, le basalte de Eiao a une composition spécifique qui constitue une véritable signature physico-chimique.

Ainsi, on a retrouvé en fouille – donc pré-européennes – des herminettes provenant de Eiao sur les îles de Moorea et Mangareva, distantes respectivement de 1600 et 1800 km de Eiao. Ces herminettes mettent en évidence les relations entre ces îles bien avant l’arrivée des Européens. Ces longs déplacements des Polynésiens à bord de pirogues ont progressivement cessé à partir des XVe-XVIe siècles pour une raison qui reste encore inconnue.

L’analyse des échantillons minéralogiques rapportés par la mission sera confiée à un laboratoire de l’Université du Queensland qui s’est proposé de les réaliser à titre gracieux, un « cadeau » de près de 50 000 euros non désintéressé puisque les résultats permettront de constituer une base de données unique.

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Le tour des musées du Pacifique

« Je me propose ensuite de rechercher dans les collections des musées du Pacifique (Australie, Nouvelle-Zélande, Hawai’i, Chili…), des pièces qui pourraient avoir été façonnées sur Eiao« , explique Michel Charleux. « Cette recherche pourrait déboucher sur la découverte de relations pré-européennes entre archipels que je suspecte, mais qui restent jusqu’alors ignorées« , indique encore l’archéologue.

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Exposition aux Marquises

Les Marquises voient passer chaque année de nombreuses missions scientifiques aux objectifs variés. Cette mission fera l’objet d’une exposition culturelle et pédagogique à Nuku Hiva à l’intention des scolaires et de la population. Encore faudra-t-il qu’une modeste subvention soit accordée pour mettre en œuvre ce projet hautement important pour la population des Marquises.

Encore aujourd’hui, la migration entamée voici 5000 ans depuis l’Asie du Sud-Est, véritable épopée d’île en île de ceux qui vont devenir les Polynésiens et peupleront le triangle polynésien, est encore loin d’avoir livré tous ses secrets. De nombreuses zones d’ombre subsistent, en particulier, les relations qui ont pu être maintenues au cours du temps entre les différents archipels, et à l’intérieur de ceux-ci entre leurs différentes îles. CD

Source : Tahitipresse

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Crédit photos : Axel Litchle

Marquises : Appel au secours auprès des responsables politiques de la Santé (voir Tahititoday.com)

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Lettre ouverte du personnel de santé :

Un appel au secours auprès des responsables politiques de la Santé

Aux Marquises, il existe une structure que l’on appelle « hôpital de Taiohae » ou « hôpital des Marquises ». Personne n’est en mesure de nommer officiellement cette structure et encore moins de confirmer son statut d’hôpital. Cette structure de Santé publique regroupe notamment les services suivant : hospitalisation (médecine, chirurgie, réanimation), maternité, bloc opératoire, consultations, urgences, prévention. Cette structure est la seule à proposer tous ces services pour l’archipel des Marquises.

Aujourd’hui, les effectifs ne permettent plus à cette structure d’assurer ses missions de santé.

– poste de Directeur gelé ;

– sur un effectif minimum de 3 cadres : cadre d’hospitalisation non remplacé depuis juillet 2009, surveillante générale en fin de contrat le 15/02/2010 avec prise d’effet le 08/01/2010 (congés) en attente de renouvellement et surveillant du bloc opératoire en arrêt maladie, donc absence totale de cadres à compter du 08/01/2010 ;

– sur un effectif minimum pour un fonctionnement normal de 18 infirmiers, seuls 12 infirmiers peuvent exercer ( sur cet effectif de 12, deux sont absents pour congés) ;

– sur un effectif minimum de 3 médecins, seul 1 médecin en poste et 2 itinérants se relayant ;

– sur un effectif nécessaire de 3 sages-femmes, seules 2 en poste dont une en instance de mutation pour le premier février 2010 ;

– le manipulateur radio en arrêt longue maladie non remplacé depuis le 14 décembre 2009 : absence de manipulateur radio sur l’ensemble des Marquises ;

– sur un effectif de 4 aides soignantes minimum, 3 en poste dont 2 en partance pour l’école d’infirmière ;

– sur un effectif minimum de 7 agents d’entretien, seuls 5 sont en poste ;

– la cellule « gestion des évasan » : agent en congé maternité non remplacée : activité reportée sur les secrétariats médicaux ;

– sur un effectif nécessaire de 3 personnes à la cuisine, seule une personne en poste. Il faut noter que les structures périphériques des Marquises (centres médicaux et infirmeries) sont dans la même situation.

nuku-hiva-evasan-06_2009.1263837681.jpg Rapatriement d’un marin coréen, victime d’un AVC au large des îles marquises – 2009

La conséquence directe de cette situation est dans un premier temps une diminution de l’offre de soins, plus de tournées médicales et d’obstétriques dans les vallées et autres îles des Marquises, plus de prévention, orientation des patients des autres îles vers Papeete (augmentation du nombre d’évasan, du coût et du risque pour les patients lors des transports), et dans un deuxième temps la qualité de la prise en charge des patients.

Pour les personnels en poste, la conséquence est une augmentation des tours de garde et d’astreintes, le report de congés programmés, le rappel sur réquisition pendant les congés, une charge de travail accrue et des patients qui attendent de plus en plus longtemps et qui finissent par s’en prendre aux personnels. Cette situation est aggravée par la non rémunération des indemnités de gardes, d’astreintes et autres depuis plus de six mois pour l’ensemble des personnels. Le tableau ne serait pas complet sans les problèmes budgétaires qui nuisent au fonctionnement matériel et technique de tous les jours.

Aujourd’hui les habitants des Marquises ne bénéficient plus d’une offre de soins acceptables de proximité. Certes une jolie structure doit ouvrir cette année à Tahiti, mais aussi performante soit elle, elle se trouve toujours à 1500 kilomètres et plusieurs heures d’avions voire de bateau. Ces conditions ne permettent pas une prise en charge des patients acceptable.

Le remède semble pas si difficile puisqu’il suffirait à l’administration de faire des contrats de travail dans les temps aux candidats qui attendent, et ils sont nombreux. Il faut au minimum deux mois pour faire un contrat !!! Ces délais sont inadéquats, d’autant plus que l’on réduit toujours les effectifs, ce qui empêche des redéploiements en cas de besoin.

Cette situation est trop grave et a trop duré. Pour ces raisons les personnels tirent la sonnette d’alarme, car nous sommes en dessous de l’acceptable. Ces personnels prennent beaucoup sur eux (les conflits avec les patients mécontents sont de plus en plus fréquents), mais aujourd’hui ils sont à bout de souffle. Ils sont inquiets de l’avenir, ils en ont ras le bol du provisoire et « du peut-être », et n’accepte plus d’être ignorés.

Habitants des Marquises, la fermeture de l’hôpital n’est pas une utopie. Habitants des Marquises, nous méritons beaucoup mieux que cela, alors, réagissez, réagissons, dans peu de temps, il sera trop tard et nous ne pourrons que pleurer.

Les personnels de « l’hôpital de Taiohae » et de « l’hôpital des Marquises »  (lettre transmise par un médecin) Voir l’article de la Dépêche de Tahiti.

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Epilogue : Grève à l’Hôpital de Taiohae

Marquises : l’église catholique au début du XXIème siècle

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 Père Simeon Delmas’ church at Taiohae

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L’Église de Te Fenua Enata (Diocèse Taihoae – Iles Marquises)

Les Marquisiens viennent de vivre le siècle de leur renaissance. Ils ont échappé à la mort et à l’oubli. Les familles ont refleuri avec de nombreux enfants. Pendant quelques décades, les six îles ont formé une grande famille, à travers les mamans qui étaient presque toutes passées par l’internat des sœurs. Un nouveau peuple marquisien a grandi dans la foi chrétienne, il a cheminé durement jusqu’à découvrir ses racines, ses richesses, son identité. Il est devenu Marquisien et retrouve sa fierté. L’Église a été présente et active tout au long de cette renaissance.

À l’aube d’un nouveau siècle, notre Église est portée par une grande espérance.

  • Alors que des jeunes de plus en plus nombreux prennent leurs distances avec l’Église, un grand nombre de chrétiens redécouvrent leur foi et prennent une place active dans l’Église.

  • Alors que le « développement » nous arrive comme une déferlante, l’Église invite à la réflexion et à la vigilance pour que l’argent et le profit n’engloutissent pas les vraies valeurs de l’homme et de la communauté.

  • Alors que la famille souffre et s’inquiète de la séparation précoce de ses enfants et de ses jeunes en raison de la scolarité, l’Église continue de la soutenir dans sa mission éducatrice. Le départ à Tahiti (1 500 km) de tous les jeunes, à la fin du 1er cycle du secondaire, nous stimule à porter une attention privilégiée à la formation religieuse de ces jeunes.

Pour que notre Église soit vraiment marquisienne, il y a deux grands chantiers à réussir, qui ne peuvent être programmés dans le temps :

  1. La traduction complète de la Bible. Nous avons en main le Nouveau Testament et les Psaumes, très utilisés dans les familles, et aussi tous les lectionnaires liturgiques, fruit du long de parents qui en parlent volontiers à leurs enfants (travail de Mgr Le Cleac’h, ancien évêque de Te fenuaenata).

  2. Des prêtres marquisiens pour le diocèse et l’Église universelle, ainsi que des religieux et religieuses. C’est le désir de beaucoup de parents qui en parlent volontiers à leurs enfants.

Aux îles Marquises, nous bénéficions des satellites de communication et d’internet mais, pour la vie de chaque jour, nous avons davantage besoin de pirogues, de barques de pêche et de goélettes. Nous avançons et nous vivons encore au rythme de la goélette.

Auteur : Monseigneur Guy Chevalier Évêque de Tefenuaenata (Assemblée plénière,
Conférence des Évêques de France – Lourdes, 4-10 novembre 2000)

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Catholic Church at Atuona – Described by Stevenson in The South Seas

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Situation

Un des archipels de la Polynésie Française, situé à 1 500 km au nord de Tahiti, bien différencié par son histoire, sa culture, ses traditions, sa langue, son identité.

Les 8 500 habitants répartis sur six îles habitées, correspondent a moins de 4 % de la population de la Polynésie française, pour une superficie dépassant 25 %. Il y a plus de 10 000 Marquisiens résidant à Tahiti.

Archipel catholique à 90 %, c’est une exception dans le Pacifique avec Wallis et Futuna et Guam. 4 % de non-Polynésiens (fonctionnaires et enseignants). L’âge moyen est de 20 ans environ. L’émigration vers Tahiti est constante.

 

 Culture

Après la disparition et l’oubli des traditions qui ne pouvaient se transmettre en raison d’une population éparse et moribonde, depuis plus de vingt ans les Marquisiens, sous l’impulsion de leur évêque, Mgr Le Cleac’h, ont repris goût à leur langue, à leur culture et retrouvent leur fierté. La langue marquisienne est habituellement parlée en famille et dans les réunions. C’est la langue liturgique.

Le Marquisien est un sculpteur réputé qui a fait de la cathédrale de Taiohae le chef-d’œuvre de l’époque moderne. La sculpture, la fabrication de tapas et l’artisanat offrent un revenu à beaucoup de familles. Les danses, les chants et tatouages marquisiens sont à la mode à Tahiti.

Des femmes ont toujours eu un rôle public dans les temps anciens, comme chef de vallée, reine, prêtresse célibataire. Elles ont accès aux postes de responsabilité. C’est un cas exceptionnel dans le Pacifique.

 

Une Église qui se construit

Personnel de la mission

Un prêtre diocésain et 4 prêtres religieux (Picpus), 4 sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny, 3 frères (Ploërmel).
Le synode diocésain de 1979 a libéré la parole et donné l’initiative aux fidèles. L’Église est entre leurs mains, elle doit devenir marquisienne, dans l’expression de sa foi, dans ses orientations, dans ses ministres et ses animateurs. Le premier prêtre marquisien a été ordonné en décembre 1995 et deux jeunes de 23 et 26 ans viennent d’entrer au grand séminaire de Tahiti.

 

Le Tumu Pure

Chaque vallée a son Tumu Pure (chef de prière). Il est le collaborateur privilégié du prêtre qu’il représente d’une façon habituelle dans toute la pastorale. Il est aidé par des auxiliaires dont le nombre varie selon l’importance de la vallée (paroisse). Homme ou femme, indistinctement, père ou mère de famille, vivant modestement de son travail, le Tumu Pure est regardé comme le « chef » de la paroisse. Son rôle est d’autant plus important que le clergé est étranger, les îles Marquises n’ayant qu’un prêtre marquisien (1).

Le Tumu Pure est choisi par sa paroisse et mandaté par l’évêque pour quatre années renouvelables. Pendant longtemps, le rôle du Tumu Pure était limité au culte et aux sacrements. Son rôle réel est une mission de communion entre les groupes et les activités diverses de la paroisse.
Les Tumu Pure et leurs auxiliaires forment un corps à l’instar du presbyterium : une soixantaine de chrétiens qui se connaissent bien, s’apprécient et s’entraident volontiers. Chaque année, une session de formation est organisée pour eux, d’autant plus nécessaire que l’isolement est très grand.

 

La liturgie

La liturgie du dimanche est le grand moment de la semaine dans chaque vallée, même si le prêtre est habituellement absent. Elle est le lieu privilégié de l’expression de la foi d’un peuple, mettant en œuvre des composantes de sa culture comme le sens de la fête, le respect du sacré, le désir de participer, la joie du rassemblement, le chant… Elle figure au programme des touristes qui sont heureux de baigner dans une ambiance de prière joyeuse et populaire. Les grandes fêtes de l’année sont marquées par une soirée biblique où les mélodies et rythmes traditionnels revivent et se transmettent. Foi et tradition s’embrassent.

 

La formation des adultes

Devant la soif et la demande pressante des chrétiens, une formation en marquisien est proposée aux adultes, à travers les groupes « Croissance » où l’on s’engage à participer aux huit week-end et à la session de l’année. Plus de 200 laïcs sur cinq îles différentes sont assidus à cette formation dont un résultat est l’engagement renouvelé dans la vie de l’Église et la société.

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Mgr Martin 3ième Vicaire apostolique

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Historique

22 juillet 1595 Découverte des îles Marquises par Alvaro de Mendana

1797 William Crook, missionnaire évangéliste, séjourne 2 années sans succès

04 août 1838 Trois missionnaires catholiques (Picpus) débarquent à Vaitahu, (île de Tahuata) après les Hawaïi (1827), les îles Gambier (1834) et Tahiti (1836) Mai 1842 Prise de possession de l’archipel par la France1904 Les lois laïques françaises, sont appliquées, entraînant la confiscation de tous les biens de la mission et la fermeture de toutes les écoles catholiques

24 mai 1924 Réouverture de l’école-internat des Sœurs de saint-Joseph-de-Cluny à Atuona

1930 La population marquisienne, estimée à 60 000 ou 80 000 habitants à l’arrivée des Européens, a failli disparaître : 2 200 habitants en 1930. L’ouverture de cette école demandée par le gouvernement a enrayé la dépopulation, par la protection et l’éducation.

1960 L’évêque change son siège épiscopal pour venir établir une école-internat de garçons à Taiohae

24 juin 1977 Bénédiction de la cathédrale de Taiohae1979 Synode diocésain

15 août 1988 Le cardinal Pio Taofinuu de Samoa, un Polynésien, légat du Pape pour le Jubilé des 150 ans de la mission, célèbre la messe solennelle en langue marquisienne

28 juillet 1995 À l’occasion des 400 ans de la découverte des îles Marquises, sur les lieux mêmes, à Vaitahu, remise solennelle par l’évêque à chaque paroisse du livre du Nouveau Testament et des Psaumes édité en langue marquisienne

30 décembre 1995 Ordination à Taiohae de Joseph Taupotini, premier prêtre marquisien

27 janvier 2000 Création de l’Académie marquisienne par le gouvernement de la Polynésie française

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Catholic Church at Hanavave – Frère Fesal on left, Père Olivier on right

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Petites communautés chrétiennes sans prêtres (Synode de l’Océanie en 1998)

J’ai le devoir de dire tout d’abord l’immense reconnaissance du peuple marquisien envers l’Église. S’il existe encore un peuple marquisien et une langue marquisienne, les Marquisiens savent qu’ils le doivent en grande partie à l’Église catholique. Cela est vrai aussi pour d’autres régions de l’Océanie.

Évêque aux îles Marquises, à 1 500 km de mon frère évêque le plus proche, je suis habitué a un certain isolement. C’est un autre isolement bien plus sérieux que je veux évoquer : celui de petites communautés catholiques (îles, villages ou régions) qui, en raison de leur situation géographique et du petit nombre de personnes, sont habituées à vivre sans prêtre. Elles peuvent espérer, tout au plus, un bref séjour du prêtre tous les trois ou quatre mois ou peut-être une seule fois dans l’année. Pas de prêtre, pas de sacrifice eucharistique « source et sommet de tout le culte et de toute la vie chrétienne » (CIC 897). Pour ces communautés, cette situation semble normale, il en a toujours été ainsi. Elles pensent, et leurs pasteurs avec elles, qu’on n’y peut rien ou que c’est une particularité de l’Église locale.

Malgré l’absence de prêtre, nombre de ces communautés sont exemplaires par leur foi chrétienne vivante et bien visible, par leur attachement à l’Église et à l’évêque. Des laïcs prennent au sérieux leur mission de baptisés appelés à construire l’Église, Corps du Christ. On reconnaît là l’action du Seigneur qui comble les petits et les démunis. Mais, ces chrétiens se sont habitués à vivre sans prêtre, sans l’Eucharistie. Habitués à s’en passer, ils risquent de ne plus en voir l’importance et le besoin.

Si la vie de foi de ces chrétiens est un exemple sur bien des aspects, surtout n’allons pas faire de ces communautés un modèle pour les régions du monde qui manquent de prêtres. L’anormalité d’une communauté sans prêtre et sans l’Eucharistie ne saurait devenir un modèle. Jamais l’ardeur de la foi des chrétiens et leur dévouement ne pourront compenser l’absence de prêtre dans une communauté. De plus, au lieu d’être un stimulant pour des vocations sacerdotales, l’absence habituelle du prêtre risque fort d’en éteindre le désir et le besoin.

Cette situation, fréquente dans notre région du Pacifique, n’est-elle pas un appel du bout du monde lancé à notre Église ? Appel à notre sollicitude pastorale à l’égard de ces communautés défavorisées ; appel à intensifier nos efforts pour procurer à toutes nos communautés les prêtres dont elles ont besoin ; appel à ne pas nous résigner à une situation de fait, mais à chercher, dans la vérité et l’unité, des chemins de solution ; appel à une plus grande fidélité et à une prière plus pressante au Christ prêtre et pasteur qui veut que tous les hommes soient sauvés.

Auteur :  Monseigneur Guy Chevalier Évêque de Tefenuaenata

Source : http://www.relpac.org.fj/taiohae.htm

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(1) Le père Buchin a été ordonné prêtre en 2006 ce qui porte à deux le nombre de prêtres Marquisiens depuis le début de l’évangélisation ; la première messe fut dite en 1595 !

Gauguin : « Héritage et confrontation » un texte de Chantal Spitz

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Où en sommes-nous cent ans après la question posée par Gauguin:
D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

*

Paul Gauguin.      Ce nom avec lequel je suis entrée en collision dans mon enfance par la colère de mes parents fulminant contre l’état français      qui défigurait l’école centrale où ils avaient aguerri leurs intelligences      en lycée Paul Gauguin que nous devions fréquenter plus tard. «Ils osent donner le nom de ce satyre à notre école» avait tonné mon père      «un syphilitique» avait brusqué ma mère     «un sale type… quel exemple pour nos enfants» avait craché ma grand-mère.

Paul Gauguin.      Ce nom qui a      avec la litanie colonialement correcte des Bougainville Loti Melville Segalen      effacé le nom de nos ancêtres scandé par chacun des nœuds de nos aufau fetii aujourd’hui disqualifiés. Ces longues tresses de nape qui confortaient nos mémoires et portaient nos généalogies      pour nous enlacer dans notre histoire nous rattacher à notre fondement. Ces Bougainville Loti Gauguin Melville Segalen nous ligaturent désormais dans le mythe-carcan qui nous fige dans une sous-culture une sous-humanité      nouveaux noms d’un aufau fetii des temps modernes pour nous rattacher à notre nouveau fondement… peuple insouciant… peuple enfant.

Paul Gauguin.      Ce nom mythique porteur de multiples mythes déclinés «l’eden cannibale» de Melville «le mariage de Loti» «les immémoriaux» de Segalen      ces mythes réducteurs qui de la Nouvelle-Cythère à la maison du jouir nous établissent dans une identité immuable      immobile      nous réduisent au silence à l’absence      nous laissent sans voix sans consistance.      Peuple insonore.

Paul Gauguin.      Ce nom signé au bas d’un avis placardé dans les rues de Papeete titré «Tahiti aux Français»      ainsi rédigé      «Nous portons à la connaissance de nos compatriotes non enchinoisés qu’une réunion aura lieu le Dimanche 23 du courant à 8 heures 1/2 du matin dans la Salle de la Mairie      à l’effet de décider des mesures à prendre pour arrêter l’invasion chinoise»      une voix qui vomit lors de cette réunion du parti catholique un discours raciste contre l’immigration des Chinois qui compromet dit-il      «la vitalité de Tahiti: cette tache jaune souillant notre pavillon national me fait monter le rouge de la honte à la face.»     un colon qui condamne avec la société blanche européenne l’importance de la communauté chinoise      et anime une campagne virulente contre «la céleste invasion»      jaloux sans doute des succès financiers des Chinois qui excellent dans l’art du commerce.

Paul Gauguin.      Ce nom qui se confond avec les Marquises      à moins que ce ne soit le contraire      comme si une maison du jouir et une tombe avaient suffi pour effacer un peuple aux mille années de civilisation. La tombe de Gauguin est ainsi devenue une halte marquisienne incontournable au même titre que la tour Eiffel à Paris      naissant ce parau paari des temps modernes      «si tu n’as pas vu la tombe de Gauguin tu n’as pas vu les Marquises» à l’image du célèbre «si tu n’as pas vu la tour Eiffel tu n’as pas vu la France».

Lire la suite ici

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Ce texte de Chantal Spitz, « Héritage et confrontation », a été lu par l’auteur  à l’Université de Polynésie Française en 2003 à Punaauia à l’occasion du colloque commémorant le centenaire de la mort de Paul Gauguin

 » Peuple embarqué, sur la Nef des Fous  » par Ariirau

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Philippe DRAPERI (15/10/1952 – 22/02/1992) finissait, en février 1989, O Taiti ou la nef des fous, actuellement chez HAERE PO.

Le petit ouvrage combinant les extrêmes d’un monde clos, celui de l’île, avait été à la fois détesté et approuvé, passé de main en main, mais il n’en révélait pas moins des réalités de notre univers insulaire, où l’homme étouffé dans le clanisme, subit (subissait) une profonde solitude.

La Nef des Fous, tout d’abord, c’est l’histoire démente de Sébastien Brant, sortie un jour de carnaval. Le carnaval, c’est quoi ? C’est ce jour particulier, où les pauvres peuvent se ficher des nantis, où les aristocrates et les religieux sont la risée du peuple, un jour où pour soulager son impuissance, on fait semblant d’être l’autre : on se déguise en moine grossier, on fait le fou, une journée de folie inscrite dans la normalité, pendant quelques heures. Ce texte est né pendant le moyen-âge en 1494, il décrit les vices psychologiques de l’être humain : des « gens biens », plutôt que la lie de la société, sont embarqués sur la Nef des fous. Sept mille vers pour un miroir de la folie, qui se cache là où on ne la voit pas toujours.

Pourquoi Draperi a-t-il intitulé son ouvrage « La Nef des fous » ?

Le rapport au moyen-âge : Il constate que « La pensée religieuse est la seule pensée intégrée par les insulaires. Ainsi, ce peuple ne connaît de l’Occident que le Moyen-âge de sa pensée (17). »

Le rapport au monde clos de la Nef : L’éloignement, l’insularité est un monde clos ;

Le rapport à la folie : il identifie dans chaque communauté des troubles psychiques ;

ainsi, Philippe DRAPERI écrit :

Il y a chez le Polynésien une propension à la schizophrénie. Un homme (ou une femme) habité par deux ombres chez lequel le passé, parce qu’inconnu, pèse d’un poids trop lourd sur un vernis culturel nouveau, essentiellement forgé par la religion. (17).

Philippe DRAPERI donne ainsi l’exemple de la relation du Polynésien à l’homme Blanc, le capitaine Cook : « un jour attaqué, mangé et puis pleuré ». – Les Chinois connaissent des troubles psychiques inévitables. On constate l’oubli progressif des us et coutumes asiates et cela est symbolisé par une perte sévère de la langue chez les jeunes (19-22).

– Le demi fonctionne sur un mode paranoïaque : excroissance du « je », sentiment de persécution, volonté de puissance (23). D’après DRAPERI, c’est bien le Demi qui considère l’Occidental comme un usurpateur, et non pas le Ma’ohi. Ce « Demi », d’ailleurs, revendique un discours politique traditionaliste : il instaure en « supposées ‘valeurs polynésiennes’, artisanat, traditions orales et danses. Soit point d’économie traditionnelle, point de rivalités ancestrales entre vallées et grandes familles. L’histoire est réécrite, les coutumes faussement reconstituées au seul profit d’une bourgeoisie urbaine.

  • Les immigrants/popa’a, une fois installés, le tour de l’île accompli, (subissent) un lent travail de dégradation psychologique : pas ou peu de famille, des amis volages, une lourde solitude les envahit et l’on se surprend avec quelqu’un d’inconnu : soi-même (11-12).

  • – Tout ce beau monde vit dans la promiscuité sur « la Nef des fous »/l’île.La mémoire collective subit le temps figé : l’oubli est interprété comme une perte d’être, il en découle unefertilité artistique, parfois, une « véritable inflation picturale » (14) due, sans doute, à la perte des mots.

  • – Mais, « On ne peut oublier que ce qui a été appris, les Polynésiens ne sont pas amnésiques à proprement parler, ils sont ignorants de leur propre culture. Leur STABILITE future dépend ainsi plutôt d’une réelle volonté de savoir que d’un effort de mémoire. »

L’étude de l’espace temps révèle l’existence de mondes parallèles : ainsi « Parfois des connaissances disparaissent, on les croit parties, mortes, évaporées. Eh bien non ! Elles n’ont cessé de vivre à côté de nous dans des coteries ou des communautés parallèles. Et tout ce monde se croise, s’oublie, s’ignore et complote, pour surtout passer le temps (12). »

Philippe DRAPERI constate aussi que la « Polynésie est porteuse du thème de la mort » : la littérature en est imprégnée (relatif, la mort est un thème littéraire, général)

Ce qui remonte de ce texte, ce sont les paradoxes : selon DRAPERI, c’est pour mieux franciser la population que l’on a intégré le reo tahiti à l’école ; également, c’est pour mieux contrôler la Polynésie française, que le gouvernement central a cédé quelques pouvoirs décisionnels aux demis.

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Explication :

Après 200 ans de colonisation, la langue française est si mal parlée ici à la différence d’autres territoires. Dans la cervelle MA’OHI, rien n’accroche (notre) culture, non forcément, comme certains le crient par manque de volonté ou d’effort, mais parce qu’il glisse sur une absence, celle de la civilisation polynésienne elle-même. Les mots nouveaux ne sont pas assimilés par ce que les mots anciens font défaut… cette manière de dire non à la langue française est le seul acte de résistance d’un peuple qui ne se révolta presque pas (21) en intégrant l’idiome polynésien en classe, on œuvre pour une intégration plus profonde encore de la population autochtone à la culture occidentale (22).

En ce qui concerne le « pouvoir », l’essentiel est, selon Philippe DRAPERI, « de présenter la Polynésie prise en charge par les siens alors qu’elle est guidée par d’autres. Ce qui se comprend quand on sait que l’Etat moderne, plus machiavélique que jamais, ne cède en rien son pouvoir mais peut accorder quelques attributs et titres de consolation à ceux là mêmes plus susceptibles d’entraver son autorité et sa pérennité. »

Le dernier volet de la Nef des Fous de DRAPERI se consacre à la sexualité, pierre angulaire du mythe. Le club Med a été conceptualisé dès Bougainville : « Des Polynésiennes demi nues aux sourire avenants… des petits cochons rôtis… »

L’auteur délimite les frontières entre Mahu, raerae, petea. Il aborde la question de l’inceste, qui ne peut être cerné par Levi Strauss et sa théorie de la prohibition de l’inceste comme passage nécessaire de l’état de nature à celui de culture. Enfin, et je m’arrêterai là dessus, même si, sans doute, il y a encore plus à dire : DRAPERI aborde le schéma du « collectif » contre l’individu : sur la Nef des Fous, l’individualisme n’est pas compris. Tout est collectif : le viol, le harcèlement, la pensée. Celui ou celle qui est en marge et qui ne correspond pas aux autres, sera forcément ciblé(e) par les autres. Le Polynésien, conclut Philippe DRAPERI, s’accroche à toutes les formes associatives – culturelle, sportive, politique – pour (sur)vivre dans le groupe.

On retrouve là l’esprit du groupe, le pupu, disserté par Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, article que l’on peut trouver soit sur son blog, soit dans le bulletin des Sociétés Océaniennes.

Copyright : « critique littéraire » par Ariirau.

Publié sur ce blog avec l’aimable autorisation de l’auteur Stéphanie Ariirau Richard

O Taiti ou la Nef des Fous, par Philippe DRAPERI, chez Haere Po.

La vie aux Marquises en 1978, il y a trente ans

Paradis des vacanciers, les îles sont dures à vivre pour leurs habitants : l‘envers des Marquises

Un paysage exceptionnel, un relief difficile, les îles dispersées des Marquises dorment au milieu du Pacifique, attendant on ne sait quel bouleversement pour s’épanouir à la consommation… L’isolement de ces « morceaux » de France est un attrait pour le voyageur qui s’émerveille du rythme du soleil, du pas des chevaux sauvages, de la lenteur de la nature. Mais il est difficile d’y vivre.

La vallée de Puamau est l’une des vallées privilégiées de l’île d’Hiva Oa puisqu’une piste récente et mouvementée y conduit (50 km = 4 heures). Marie-Antoinette Katouba, adjoint au maire de Puamau, explique « Avant la route, il fallait douze heures à cheval par les crêtes, je l’ai fait quand j’étais enceinte pour aller accoucher à Atuona. Ici, il n’y a qu’un infirmier. »

Marie-Antoinette a été pensionnaire chez les sœurs d’Atuona, elle parle bien français ; pas son mari. Comme dans la majorité des couples marquisiens, elle est plus instruite parce que, aux Marquises, l’enseignement des garçons s’arrête plus tôt que celui des filles, faute d’écoles.

On bavarde en se protégeant des moustiques propagateurs de l’éléphantiasis. En bas sur la plage, c’est le festival des nonos, minuscules bestioles invisibles, nocives au point de rendre certaines vallées inhabitables.

Marie-Antoinette s’occupe de la « phonie » (la radio), seul moyen de télécommunication à heure fixe. En cas de panne, il ne reste que la Land Rover, les quelques pirogues ou la très éventuelle goélette. Son mari, Vohi Heita chasse les animaux « divaguants » (bœufs, chevaux, cochons retournés à l’état sauvage), pêche et casse le coprah.

Impossible, à cause du relief, d’utiliser des machines pour la culture. Tout se fait à la main pour gagner, les mois fastes, environ 2 500 F Pacifique (137 F)1. Le riz, la bière sont un luxe. Bien sûr on mange des bananes, du poisson pour rien mais tout le superflu si nécessaire est hors de prix. Les trois commerces font crédit mais pas trop longtemps sous peine de faillite. Sur la cinquantaine de maisons éparpillées dans la vallée, beaucoup sont vides. Les Marquisiens partent vers Tahiti et ne reviennent plus.

Autrefois la vallée était prospère, bruissante de vie. Il faut lire Typee, un éden cannibale, d’Herman Melville, pour en avoir l’idée. Aujourd’hui tristesse et morosité, les jeunes surtout, s’ennuient et ne peuvent trouver d’emplois. La seule distraction est la prière dominicale chantée en commun dans la petite église qui depuis bien longtemps n’a plus de curé pour dire la messe. Cette vallée, ni la plus riche ni la plus pauvre, ressemble à toutes les autres. Un espoir pourtant : le nouvel aéroport en construction à Nuku Hiva qui permettra aux long-courriers d’atterrir (en 1980 ?) et qui insufflera peut-être aux îles une énergie nouvelle.

Avec l’aimable autorisation de l’auteur – Copyright : Catherine Domain – Article publié dans le journal « Le Matin de Paris » le 22 juin 1978

http://www.ulysse.fr/Ecrits/Marquises.html

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1 2500 FCP ~ 20 euros

1958 : La visite du Gouverneur Sicot aux Marquises

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En 1958, le gouverneur Sicot, nouvellement muté en Polynésie française, embarque à bord d’un voilier et navigue jusqu’aux îles des Marquises.

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Cette visite, très officielle, est un évènement majeur pour les habitants de l’archipel.

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Tahiti.TV présente sur le web un  excellent film documentaire restauré (101,29 Mo) que vous pouvez visionner en cliquant ICI

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Source : Tahiti.tv 

Cabri, Kabris ; body trade…

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J. B. Kabri le Tatoué Dessin publié dans le livre de Von Langsdorff

Joseph KABRIS, était né à Bordeaux. – Sachant qu’on n’est pas prophète dans son pays, il se fait matelot et part. Ayant été capturé, on le jette dans les prisons d’Angleterre. Il obtient la faveur de monter à bord d’un bâtiment  baleinier qui se dirigeait vers la mer du sud. Ce bâtiment fait naufrage, va se briser sur les côtes de Noukahiva, (îles Marquises) dans le Grand Océan, et notre bordelais tombe dans les mains des anthropophages. Le feu est allumé, la broche va tourner, le casse-tête est levé sur Kabris, quand la jeune Valmaïca fille du roi des sauvages,  belle comme on l’est aux îles Marquises, pousse un cri de grâce : le pauvre Joseph est sauvé, il se précipite dans le bras de sa libératrice qui, sans plus de façon l’accepte pour époux.

Le roi de Noukahiva quoique mangeur d’hommes, était bon prince ; il prend son gendre en affection, lui fait cadeau d’un riche manteau royal d’écorce d’arbre doublé de fine mousse, et, avec air de bonté qui le caractérise, le tatoue lui-même sur la figure, sur le corps et partout, puis il le nomme grand juge de tout le pays.

Kabris s’acquittent admirablement de ses fonctions : il fait garrotter et battre les uns, griller les autres, ceux-ci sont jetés à la mer, ceux-là écorchés vifs, enfin jamais justice ne fut mieux faite ; le brigandage diminue, les mœurs s’adoucissent, Kabris est au comble de la gloire et du bonheur ; Valmaïca apprivoisée l’adore, et cinq ou six bambins tatoués s’élèvent autour de lui.

Un jour qu’il s’était endormi dans une de ses forêts et qu’il y rêvait délicieusement, le chevalier Krunsenstern, capitaine russe  en expédition dans ces parages, et à la recherche des objets curieux, l’aperçoit, le fait garrotter, conduire à coups de knout dans son vaisseau et l’emmène à St-Pétersbourg. La fille du roi se tordit les bras, pleura longtemps et pleure peut-être encore.

A St-Pétersbourg, Kabris à qui l’on n’avait pas permis comme cela se fait quelque fois, de vendre ses domaines en partant, devint simplement professeur de natation. Encore s’il avait pu avoir un seul instant seulement, le capitaine Krusenstern pour élève !  Il lui eut bientôt appris à plonger dans les eaux du Styx ; mais il n’éprouva pas cette douce satisfaction.

En 1817, à l’époque où quelques prisonniers français, tristes débris de nos formidables armées, quittèrent les déserts de la Russie pour revoir leur patrie, Kabris profita de l’occasion pour revenir en France. A Paris, ce genre de monarque  anthropophage faisant quelque rapprochement entre sa grandeur déchue et la restauration des Tuileries, et croyant peut-être que le roi était un peu son cousin, chercha et parvînt à voir Louis XVIII qui se contenta de lui faire donner quelque argent. Ayant eu ensuite accès près du roi de Prusse, il n’en obtint aussi qu’un léger secours. Revenu de sa méprise, désirant se rendre à Bordeaux pour delà, s’il le pouvait un jour, aller reprendre sa femme et ses dignités à Noukahiva, il mit, pour se faire un fond, la curiosité publique à  contribution. Il se fit voir à Paris, au Cabinet des illusions. Le pauvre diable ne pouvait mieux choisir, ce n’était plus que là qu’il devait en trouver.

Jusqu’à présent ces faits ne touchent pas à nos contrées, mais voici : Kabris continuant le cours de ses infortunes et ne gagnant que ce qu’il fallait pour vivre, tomba de ville en ville à Valenciennes.  Il y vint en septembre 1822 pour s’y montrer à l’époque de la foire. Ce membre d’une famille royale, dont les malheurs et les étranges destinées n’étaient pas assez connus, attirait peu de monde ; tandis qu’on se rendait en foule aux baraques de la ménagerie, de la jeune fille pesant 400 livres et du veau à trois têtes, ses voisins.

Ce fut alors, le 22 septembre, que je vis Kabris. Il était bien triste. Il parlait avec intérêt de sa femme, de ses enfants, même du beau-père ; il n’avait pas encore perdu tout espoir de les revoir, j’aurais désiré obtenir de lui de longs détails ; mais il était fort malade, et souffrait tant qu’il ne pouvait parler qu’avec beaucoup de peine : circonstance contrariante, car Kabris, et ce n’était pas le premier gascon à qui pareille chose soit arrivée, s’exprimait avec un air de vérité qui inspirait la confiance.

Le soir même de ce jour se sentant plus mal, il fit appeler un médecin. La mort n’en continua pas moins à aiguiser sa faux ; Valmaïca n’était plus là pour détourner le casse-tête, et le grand juge de Noukahiva rendit l’âme à Valenciennes, le 23 septembre 1822 à 5 heures du matin, âgé de 42 ans.

Ces détails ne sont pas oiseux ; ils pourraient devenir précieux pour l’épouse et les enfants de Kabris, si cette notice tombait entre leurs mains ; or il n’est pas impossible que les Archives aient un jour des abonnés aux îles Marquises.

Cette réflexion nous conduit à dire un mot de la sépulture de Kabris. Un amateur de choses rares avait fait quelques démarches pour avoir la peau de ce personnage, afin de le faire empailler. L’autorité informée de cette fantaisie, craignant qu’on exhumât clandestinement l’ex-ministre pour l’écorcher, prit ses mesures. On venait d’enterrer un vieillard de l’hospice de Valenciennes, Kabris fut mis au-dessus de lui, et sur Kabris on plaça le cadavre d’un autre vieillard du même hospice1. Ces renseignements deviendraient bien intéressants si les illustres descendants de Kabris, demandaient un jour sa cendre à l’Europe. A. L.

In « Les hommes et les choses du nord de la France et du midi de la Belgique publiés à Valenciennes au bureau des Archives du Nord N°9  – 1829 » ;


 1 Promenade au cimetière de Valenciennes, par Aimé Leroy, page 75

 

The case of the French sailor Joseph Kabris (1779?-1822) is less well known and reveals another side of the European fascination with the exotic. His adventures are narrated in a booklet of about fifteen pages, Précis historique et véritable du séjour e Jh. Kabris, natif de Bordeaux, dans les îles de Mendoça, situées dans l’Océan Pacifique. The misfortunes of Kabris began at the age of fifteen, when he was ship­wrecked off the coast of France. Taken prisoner by the English, he was held in a prison hulk at Portsmouth for fifteen months. In May 1795 he embarked on a whaleboat, and was shipwrecked for a sec­ond time near Santa Cristina (Tahuata) in the Marquesas Islands. He was a strong swimmer, and managed to save himself as well as an English companion named Robarts, who would later become his frère ennemi or ‘brother enemy’. The pair was found by a group of Marquesans who took them to Nuka Hiva, where they were condemned to death. They escaped the death sentence thanks to the daughter of the chief, with whom Kabris married and had children.

As son-in-law he received his first tattoo, a blackening of the skin around his left eye, a design called mata epo or ‘shitty eye. This tat­too is represented in Langsdorf’s portrait of Kabris. The next markings he received were suns on the upper and lower eyelids of the right eye, ‘that the people call mehama and which give me the title of judge’. In one version of his account Kabris spécifies that it was the chief himself who executed the first markings, the designs then being completed by a tattoo artist. In another version of the text he writes that they were not welcomed by the people until they had met the chief. He took them as friends, and after four months organised a tattooing ceremony, after which they could marry.

Having been integrated into the Marquesan tribe, Kabris fought for them in their battles with other groups. In one skirmish, he skilfully wounded an enemy chief with his sling and thereafter received a tattoo on his breast, becoming, according to his own account, ‘Chief of the guard and viceroy of the tribe’. He wrote that he lived happily m his royal family, enjoying the friendship of everyone. Kabris never mentioned Robarts. He was also tattooed, but lived on the opposite side of the island, in Tiahoe Bay.

On the 7 May 1804 a Russian ship arrived in Tiahoe Bay. Robarts offered his services to von Krusenstern, the captain of the vessel, and told him that he had been abandoned on the island by his former crew members for refusing to participate in a plot. He added that the French should not be trusted. The hatred evident between Kabris and Robarts, two Europeans so far from home, drove von Krusenstern to reflect upon the hostility of nations towards one another. The captain then met Kabris, whose good relations with the Marquesans proved useful. Langsdorf, a member of the crew, remarked that the Frenchman had a better knowledge of the island than his English cohabitant. The evening before the ship’s departure, Kabris was invited on board for dinner alone. Drunk on the liquor served to him by the captain, he fell asleep, and later awoke to find that the ship had set sail, and was now in the middle of the ocean. Whether it was to rid Robarts of his enemy, or because, as von Krusenstern later claimed, a sudden wind obliged him to leave, Kabris found himself removed from his adopted homeland. ‘The captain employed ail the ways to quiet me’, he wrote, ‘he told me that I was kidnapped to be presented to the Tsar Alexander as valuable object to stimulate his curiosity and to prove to him he had visited the people of remote islands’.

Kabris disembarked at Kamchatka at the end of 1804 (although this is not mentioned by von Krusenstern in his account) and travelled to St Petersburg to be presented at the Court of the Tzar. Alexander admired his tattoos and compensated him for the ‘inconvenience’ he had suffered. Although Kabris expressed a desire to visit his parents in Bordeaux, he was still in Russia m 1817, employed as a swimming instructor in the Naval School at Kronshtadt. In the same year he was received at the court of the French king Louis XVIII, who gave him some money intended to pay for a return voyage to the Marquesas.

The royal gift was insufficient, however, and Kabris began to exhibit his tattoos in the Cabinet of Illusions in Bordeaux and in other fairs around France in order to earn money for his passage. As an accompaniment to his exhibition, he sold a booklet printed in Paris and Rouen of which only four known examples survived. Three are in the National Library in Paris, and one in Geneva (there may be a further copy in Grenoble, but research in the two libraries of this town failed to uncover it). In addition, portraits of Kabris exist with his tattoos rendered in more or less exact detail. According to Picot-Mallet, who annotated the Geneva booklet, he was ‘a good sized man, very well built, with an agreeable physiognomy, a bit blackened by the climate, who intelligently answers any question which one asks him’. Kabris died on 23 September 1822 in Valenciennes, after a rapid decline into sickness and misery. Aimé Leroy, a local journalist who interviewed him just before his death, wrote : ‘This member of a royal family, whose misfortunes and strange fate were not well known, attracted few people, while the crowd flocked to the menagerie to see the 400 pound girl and the three-headed calf’. Leroy also recounts that when Kabris died an amateur collector of curiosities attempted to obtain his skin in order to stuff and mount it for display. His corpse was buried between two old men to protect it from such attentions. Leroy wrote : ‘This infor­mation could become very interesting if the illustrious descendants of Kabris one day demanded the return of his ashes to Europe’. The narrative of the skin-man merits some remarks. If his sad and romantic story can inspire an novel or a film, we can also see it as the intricate layering of different levels of captivity, symptoms of the occidental approach to the exotic body. Tattooed skin, engravings and narrative form an image in which illusion, theatre and power over the foreign body of an other are revealed.

Ahutoru and Omai were taken as strange bodies, bodies ‘wrapped in images’ (in reference to Alfred Gell). With unintelligible signs inscribed upon their skin, the image of their bodies was easily manipulated, enabling the creation of a ‘mediatic’ illusion, useful to a representation, to a fashion of tattooing (the word ‘tattoo’ originated from this time). The fascination Europeans had for tattoos could be read as symptomatic of the medium of the tattoo itself. Juliet Fleming says :

Caused by the introduction of a foreign body under the skin, the tattoo marks the self as foreign. It consequently stands as a ready figure for the border skirmishing that defines conceptual relations not only between the inside and the outside of the body, but also between the inside and the outside of social groups.

Kabris was a sailor, travelling the océans for a living. He did not leave France in search of an exotic dream. When he returned to Europe his Marquesan identity was a novelty in Russia, which had only recently ventured into the Pacific, a fact which may explain the motive for his capture. When he arrived in France, however, the myth of the Noble Savage had ceased to fire the imagination – it was later revived by the painter Gauguin. Kabris turned the myth inside out. Unlike the Tahitians, he could not be seen as an incar­nation of the myth and, paradoxically, his tattooed skin laid it bare. In contrast to Reynold’s portrait of Omai, in which the Tahitian is pictured in antique draperies, Kabris, a Marquesan, appears as not more than a veneer of wonder and delight. His tattoos define him as somewhere between the low-class disreputable sailor and the savage. In Bordeaux’s Cabinet of Illusions and in the fairs, he was a protagonist with and without costume, incongruous.

To be captive is to forfeit one’s power. Kabris claimed that he was a member of the Marquesan nobility, as indicated in the engravings.

His use of titles should be considered in the context of France at the time of the Restoration. Unfortunately ail his powers were compromised. The armour of his tattoos stripped him of his authority. The imprimatur of his Marquesan identity marked him as a stranger, his biographical trophies relegated to the status of a stuffed trophy for an amateur collector of the bizarre. He was covered and trapped by his own skin, by unreadable patterns. His honourable disfigurement was the mark only of the high status of a Marquesan chief. He had become a monster in his own society and ended up with the monsters in a menagerie of anatomical and morbid curiosities.

It seems that the only power available to him lay in his own nar­rative. Inspired by the myth of a Pacific paradise, he modestly describes his experience as a life of happiness, also recounting tales of cannibalism (a practice in which, he makes clear, he did not participate).

In addition, his narrative includes interesting descriptions of Marquesan art and life. Even if the facts of his departure from Nuka Hiva conflict in the different versions of his story, it caused a literary stir. A sentimental poem, ‘Le départ de Joseph Kabris de l’île de Nouka Hiva’, signed M. C., is attached to the copy of his booklet in the Geneva library. Aimé Leroy described the capture thus :

One day, while he was sleeping in the forest and dreaming of delicious things, Krusenstern, a Russian captain who was exploring this country and researching curiosities, saw him, took him prisoner, and conducted him to his ship, whipping him along the way and sent him to Saint Petersburg. The daughter of the king wrung her hands, and cried for so long that she is perhaps still crying.

The life of Kabris was not unique. One can find a number of examples of Europeans who lived – willingly or unwillingly – among  different oceanic peoples during the early contact period, such as that of William Mariner in Tonga, and Barnet Burns in New Zealand.

In Body Trade: Captivity, Cannibalism and Colonialism in the Pacific de Barbara Creed, Jeanette Hoorn

Publié par Pluto Press Australia, 2001 ISBN 1864031840, 9781864031843 – 296 pages

http://books.google.fr/books?id=Y2G69AgxqxQC&dq=KABRIS+ROUEN&source=gbs_summary_s&cad=0

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Body Trade explores the history of the South Pacific traffic in human bodies from the eighteenth century to the present. Scholars from art history, cultural studies, anthropology, literature, and film examine the ‘captive body’ as it is represented in a range of media – from Captain Cook’s Journals and Melville’s novels to contemporary painting, popular culture, and such movies as Jedda, Meet Me In St Louis and The Murmuring. Revisiting Europe’s colonial project in the Pacific, Body Trade exposes myths surrounding the trade in heads, cannibalism, captive white women, the display of indigenous people in fairs and circuses, the stolen generations, the ‘comfort’ women and the making of the exotic/erotic body. This is a lively and intriguing contribution to the study of the postcolonial body.

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From Marquesas Islands ; being letters written by Mrs. M.I. Stevenson during 1887-88, to her sister

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Télécharger ce livre : From Saranac to the Marquesas and beyond; being letters written by Mrs. M.I. Stevenson during 1887-88, to her sister, Jane Whyte Balfour, with a short introd. by George W. Balfour. Edited and arr. by Marie Clothilde Balfour (1903).

Lire les lettres écrites pendant le séjour aux Marquises : m-i-stevenson-lettres-des-marquises.1215771761.doc

Serveur : Canadian Libraries