Origines de la défaillance persistante des moyens attribués à l’Hôpital de Taiohae, aux infirmeries des îles Marquises…

hopital-nuku-hiva.1277158299.jpg     Hôpital de Taiohae

Parmi les observations arrêtées au 16 juin 2004 par la Chambre Territoriale des Comptes sur la gestion de la Direction de la Santé Publique à partir de l’exercice 1991, un certain nombre d’entre elles éclaire d’un manière significative les causes des difficultés matérielles et humaines récurrentes rencontrées par les équipes médicales des îles Marquises.

Extraits du rapport :  

Parmi tous les domaines d’intervention des administrations territoriales, le secteur de la Santé est sans doute celui qui impose les plus grandes contraintes au service public. La contrainte la plus évidente est celle de la géographie : quoique plus de la moitié de la population totale de la Polynésie française réside sur l’île de Tahiti, l’importance des distances et la dispersion des usagers potentiels des services de santé ne peuvent qu’avoir de profondes conséquences sur l’organisation et le coût de l’offre de soins, d’autant que celle-ci, du fait des changements d’habitudes de vie et du vieillissement de la population, doit inéluctablement évoluer et prendre en compte de nouvelles spécialités et de nouvelles techniques médicales.

Dans le souci de répondre au mieux aux attentes en matière de santé publique, voire de les anticiper, le territoire a choisi dès 1995 de mener une réflexion stratégique, utilisant pour cela les instruments que sont les plans quinquennaux de santé et, plus récemment, le schéma territorial d’organisation sanitaire (STOS). Outre l’amélioration de la qualité des structures d’accueil et des soins qu’elles offrent, il a été décidé de développer la prévention et ainsi de rechercher une maîtrise de l’évolution des dépenses.

Les origines de la direction de la santé entraînent d’autres contraintes.

En effet, directement héritée du système militaire en place en Polynésie au début du vingtième siècle et modifiée ensuite au hasard des conditions créées par les choix opérés en matière de défense nationale, son organisation a été maintenue lorsque la responsabilité en a été confiée au Territoire.

Tirant les conséquences des dysfonctionnements constatés, et dans le souci de rationaliser au mieux l’emploi des crédits affectés à ce secteur, les autorités territoriales ont chargé dès 2000 la directrice de la Santé nouvellement nommée de proposer et de mettre en ouvre une organisation plus opérationnelle, accompagnant ainsi la restructuration de l’offre de soins décidée par le STOS.

Il convient  de rappeler que la direction de la Santé n’a parfois pas la maîtrise des crédits qui figurent sur les lignes budgétaires qui lui sont attribuées.

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Administration territoriale dépourvue de personnalité juridique, la Direction de la Santé ne dispose pas d’un budget en propre et les autorisations de programme ou les crédits de paiement affectés au secteur de la santé sont très largement supérieurs à ceux dont la direction a réellement la maîtrise.

Ainsi, pour 2001, sur les 33 milliards de Fcp que représentent les autorisations de programme ouvertes, plus de 28 concernent des opérations dont la réalisation est confiée au ministère de l’Equipement, et pour lesquelles la DSP voire le ministère en charge de la Santé n’ont au mieux qu’un rôle consultatif.

La juridiction financière avait cru devoir souligner les conséquences financières de cette pratique :

« Laissant le territoire décider à sa place des gros investissements, le CHT perd la maîtrise de sa politique à moyen et long terme. De plus, les équipements financés par un tiers et mis à sa disposition ne sont pas pris en compte dans le calcul des amortissements, ce qui entraîne une double conséquence :

* la minoration des charges réelles de fonctionnement, d’où une sous-évaluation des recettes correspondantes, en particulier de la dotation globale.

* l’absence de possibilité de renouveler sur ses fonds propres des équipements atteints d’obsolescence : en s’engageant sur cette voie, le CHT s’oblige par avance à faire de nouveau appel à des financements extérieurs ou à financer la totalité du renouvellement des équipements par l’emprunt.»

Quel que soit le périmètre financier réel de la direction en matière d’investissements, force est de constater qu’au cours de la période sous revue, de nombreuses opérations ont été initiées sans que leur faisabilité, les conditions de leur réalisation ou leur évaluation prévisionnelle n’aient été suffisamment étudiées. Ainsi en est-il des opérations dont la durée d’exécution apparaît comme exagérément longue, de celles pour lesquelles le montant des dépenses réelles est très éloigné de l’estimation d’origine, enfin de celles qui ont dû faire l’objet d’une annulation.

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A – Les opérations dont la réalisation s’est étalée sur une longue durée

Les programmes de travaux concernant les Marquises ont donné lieu à quatre ouvertures d’autorisations de programmes distinctes pour l’hôpital de Taiohae, et une cinquième concernant l’ensemble des infirmeries des Marquises.

a – Réfection du bloc opératoire de l’hôpital de Taiohae 

– Ouverture des AP sur l’exercice 1988 pour un montant de 518 248 000 Fcp  

– Premier paiement en 1989, solde réglé en 1996 soit une réalisation étalée sur 7 ans

– Montant total des paiements : 495 322 735 Fcp. Il s’agit des travaux réalisés à l’hôpital de Taiohae, destinés à encadrer la remise aux normes techniques du bloc opératoire. Ce programme s’est ultérieurement poursuivi.

b – Equipement du bloc de l’hôpital de Taiohae 

– Ouverture des AP sur l’exercice 1989 pour un montant de 45 000 000 Fcp

– Premier paiement en 1993, solde réglé en 2002 soit une réalisation étalée sur 10 ans

– Montant total des paiements : 42 074 326 Fcp

c Equipement du bloc de l’hôpital de Taiohae et équipements techniques formation

– Ouverture des AP sur l’exercice 1993 pour un montant prévisionnel de 43 330 000 Fcp  

– Premier paiement en 1994, solde réglé en 2001 soit une réalisation étalée sur 8 ans  

– Montant total des paiements : 21 971 788 Fcp soit 50,71% des prévisions

d Reconstruction de l’hôpital de Taiohae – 2ème tranche  

– Ouverture des AP sur l’exercice 1998 pour un montant prévisionnel de 360 000 000 Fcp  

– Premier paiement en 2000

– Montant total des paiements au 31/12/2001 : 25 033 246 Fcp. Des renseignements obtenus de la DSP, il ressort que la fixation d’un montant d’autorisations de programme a été prématurée, la présentation définitive du projet n’ayant été faite qu’en juin 2002, soit 4 ans après. Les travaux de gros œuvre n’ont d’ailleurs réellement commencé qu’en mars 2003. A ce jour, l’état de cette opération est le suivant :

– Montant des AP porté à 453 173 996 Fcp

– Montant total des paiements au 31/12/2003 : 281 548 443 Fcp

e – Reconstruction des infirmeries des Marquises

– Ouverture des AP sur l’exercice 1995 pour un montant prévisionnel de 122 000 000 Fcp  

– Premier paiement en 1995 ; opération en cours

– Montant total des paiements au 31/12/2001 : 84 589 443 Fcp.

Sept ans après le démarrage des travaux, cette opération (qui concerne 3 infirmeries) n’est réalisée qu’à hauteur de 70%. Il est d’ailleurs à craindre qu’il ne s’agisse là d’une situation définitive, le montant des AP ayant depuis été réduit à 90 000 000 Fcp tandis que le montant total des paiements demeurait inchangé au 31/12/2003.

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B – Les opérations soldées ou durablement interrompues pour des montants très inférieurs aux estimations

Matériel et mobilier hôpital de Taiohae

– AP ouvertes en 1992 pour un montant de 40 000 000 Fcp  

– Montant total des paiements : 17 514 359 Fcp, soit un taux de réalisation de 43,79% par rapport à l’estimation prévisionnelle.

A noter que, programmée en 1992, cette opération n’a connu de début d’exécution qu’en 1997. Sa réalisation partielle s’est de plus étalée sur 4 ans.

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C – Les opérations annulées

Un grand nombre d’opérations ont été purement et simplement annulées au cours de la période sous revue. Il s’agit notamment de :

1 – Rénovation de l’infirmerie de Puamau

– Montant des AP votées en 1989 : 25 000 000 Fcp.

– Annulation en 1992 (aucun CP consommé). En fait, l’opération a été reprise en 1995 et réalisée.

2 – Rénovation de l’infirmerie de Hane

– Montant des AP votées en 1990 : 10 000 000 Fcp.

– Annulation en 1992 (aucun CP consommé). En fait, l’opération a été reprise en 1995 et réalisée.

Qu’il s’agisse des opérations exécutées sur une période beaucoup trop longue ou de celles dont tout ou partie de la réalisation a été abandonnée, ces quelques exemples montrent l’impréparation des choix ayant entraîné l’ouverture des autorisations de programme et parfois le versement de l’aide financière de l’Etat, et le manque de suivi des décisions prises.

Sans méconnaître de possibles difficultés liées à la rareté, dans certaines îles, des entreprises susceptibles de se voir confiée la réalisation des équipements prévus, la Chambre constate que cette observation concerne en priorité des programmes destinés aux archipels les plus éloignés (Marquises, Australes…), ce qui amène à mettre en cause l’organisation centralisée de la Direction de la Santé publique.

Elle note donc avec intérêt le remplacement des huit circonscriptions médicales par cinq subdivisions dans le cadre de la réorganisation de la DSP et ne peut que souhaiter que cette réforme s’accompagne d’une véritable déconcentration des moyens et des compétences.

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L’amélioration  des prises en charge médicale dans les archipels éloignés : ce n’est pas pour demain.

Dans son dernier rapport (2001/2008), la CTC énonce les dérives du CHT : des données d’activité incomplètes, des chiffres faussés ou donnés sans commentaire d’où l’incapacité pour le centre hospitalier de la Polynésie française de prévoir son activité, des règles budgétaires et financières impropres à assurer la maîtrise de la dépense, des difficultés de recouvrement persistantes, quantification et  suivi des effectifs quasiment inexistants jusqu’en 2008, traitement des déchets hospitaliers toujours non résolue et un nouvel hôpital loin d’être au point….

Les charges de personnel (1 600 agents) représentent plus de 60% des charges de fonctionnement du CHPF. La gestion des ressources humaines (la direction des ressources humaines n’a aucune existence juridique) est rythmée par des conflits sociaux souvent longs dont découlent des conventions qui, la plupart du temps, maintiennent le statu quo sur plusieurs points sensibles en matière de recrutement, de rémunération et d’organisation du travail. Les accords sont parfois signés dans le non-respect de la compétence du conseil d’administration de l’établissement. Tout laisse à penser que les ingrédients d’un nouveau conflit peuvent être réunis à tout moment.

L’évolution erratique du nombre de postes nécessaires à l’hôpital entre 2005 et 2008 traduit une absence totale de gestion prévisionnelle des ressources humaines. La gestion des remplacements aboutit actuellement, faute d’une connaissance précise des besoins, à un écart d’environ 20% entre l’effectif autorisé et l’effectif rémunéré.

La gestion des mouvements de personnels et des éléments variables de la rémunération n’est pas transparente et engendre des dérives importantes ou des risques juridiques. L’examen des procédures de recrutement et de rémunération des médecins révèle quelques anomalies

Le montant des indemnisations des heures supplémentaires progresse, les effectifs employés progressent dans le même temps. Il est aussi remarquable que cette hausse continue des heures indemnisées s’effectue dans le cadre d’une durée légale du travail hebdomadaire de 39 heures. En fonction de l’indice de rémunération, certains agents peuvent percevoir jusqu’à 1,5 million de Fcfp d’heures supplémentaires par an. Les déclarations de 20 heures supplémentaires par semaine et chaque semaine ne sont pas exceptionnelles. Il ressort de cette première approche que dans un certain nombre de cas, les heures supplémentaires sont versées systématiquement et constituent un complément de rémunération forfaitisé. S’agissant du régime indemnitaire, ce ne sont pas moins de 32 primes, indemnités et avantages en nature différents versés aux agents, selon leur statut et leurs fonctions.

Au travers des primes (mais également des heures supplémentaires), il s’agit de rattraper les problèmes de disparités statutaires et de compléter ces statuts par des accessoires à la rémunération. D’une façon générale, les motivations qui président à ces versements ne sont pas suffisamment explicites et spécifiques. Il arrive également que ces attributions soient versées sans support légal.

À quelques mois de l’ouverture du nouveau centre hospitalier, aucune vue d’ensemble des surfaces complémentaires indispensables au fonctionnement et de leur coût n’est disponible. Malgré un bâti  surdimensionné excédant les normes admises, des constructions supplémentaires (de  6 000 à 7 000 m2) sont nécessaires pour satisfaire les besoins non pourvus du CHPF. Construit sans programme identifié, nécessitant des modifications importantes en cours de chantier, le nouvel hôpital de Taaone ne tient aucun compte de la nécessaire maîtrise des surfaces et des surcoûts d’exploitation qui découleront de cette absence de maîtrise.

L’exploitation technique suppose des changements radicaux. Les hypothèses du coût d’exploitation et de la maintenance en 2008 évaluaient un surcoût de 800 millions de Fcfp. L’ouvrage et ses installations, les équipements, y compris mobiliers offrent un niveau de technicité élevé. La planification de la maintenance, la variété des technologies mises en œuvre supposent un niveau et une variété de compétences dont l’hôpital ne dispose pas.

D’autre part, l’incidence des surcoûts liés à l’amortissement, à l’entretien et au renouvellement des biens n’est pas neutre et selon les hypothèses retenues pèsera soit sur l’hôpital et donc par ricochet sur la CPS, soit sur le budget de la Polynésie française. La question de la prise en charge par le CHPF des amortissements du nouvel hôpital, qui n’a pas été tranchée, ne peut toutefois pas être ignorée. Les surcoûts engendrés par l’installation prochaine du CHPF dans le bâtiment du Taaone peuvent donc être résumés comme suit : maintenance : 800 à 900 millions de Fcfp ; personnels : 450 millions de Fcfp ; dépenses médicales : 300 millions de Fcfp ; amortissements des seuls équipements : 1,4 milliard de Fcfp, soit un total de 2,9 à 3 milliards.

  

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Notre conclusion :

Tant que  durera cette gestion politico-administrative  héritée de l’ère postcoloniale, source de gaspillage et d’ inefficacité, les charges financières du nouveau CHT pèseront dorénavant et pour longtemps sur le budget de la Santé ne laissant guère entrevoir une amélioration rapide des prises en charge médicale dans les archipels éloignés.

Face à l’urgence, aux Marquises, quelques-uns  avec humour vous répondront : «  C’est urgent ? Ok, on verra ça hier ! »

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Cliquez sur ce lien pour accéder à la version complète et définitive des observations arrêtées le 16 juin 2004 par la Chambre territoriale des comptes sur la gestion de la Direction de la Santé Publique à partir de l’exercice 1991

Source : rapport_ctc-2004_dsp.1277159610.pdf

ctc_cht_2010.1277302468.pdf

CTC Rapport d’observations définitives/ Centre hospitalier de la Polynésie française/2001-2008

Liens :

Les urgences aux Marquises : une urgence à traiter (03/2008)

Appel aux secours auprès des reponsables politiques (01/2010)

Mouvement de grève à l’hôpital de Taiohae (06/2010)

L’hôpital de Taiohe

L’Hôpital de Taiohae (Ile de Nuku Hiva, Archipel des Marquises)

Annonce du 08/04/2016

Bonjour,

Je suis actuellement chargée des recrutements à l’hôpital de Taiohae. Nous avons :
– un poste de chirurgien vacant au 22 juin 2016,
– un poste de IADE vacant,
– deux postes de médecins généralistes vacants (fin mai, fin octobre),

Merci de bien vouloir envoyer vos CV et lettre de motivation à l’adresse suivante :

 gestion1.taiohae@sante.gov.pf

Cordialement. Myrna PETERANO.

hopital_taiohae.1289670678.JPG     Hôpital de Taiohae

      La Polynésie française, conformément à la loi statutaire de février 2004, est un Pays d’Outre Mer doté d’une autonomie totale dans le champ de la Santé Publique. La réglementation métropolitaine ne s’applique généralement pas (sauf dispositions spécifiquement étendues comme certaines touchant aux droit des personnes ou à la bioéthique). Les organismes métropolitains (HAS, INVS) ne sont pas compétents en Polynésie française, mais plusieurs conventions passées avec eux instaurent des partenariats et collaborations ponctuelles.

     L’hôpital de Taiohae n’a pas le même statut que les établissements métropolitains : il n’est pas un « Etablissement public » mais élément de la Direction de la Santé – service administratif –  placé sous l’autorité du Ministre de la Santé. Il n’y a pas de conseil d’administration et le directeur de l’hôpital est placé sous l’autorité directe du Directeur de la Santé.

     Le directeur n’a pas la latitude qui peut être la sienne dans un établissement métropolitain. Le budget et les créations de postes sont votés par l’Assemblée de la Polynésie française et délégués par la direction de la santé.

     Sur l’île, un « subdivisionnaire santé », représentant de la Direction de la Santé, est en charge de l’offre de soins globale pour l’archipel des Marquises et, à ce titre, membre de la C.M.E. Il participe à l’élaboration des orientations sanitaires et des stratégies mises en place.

     L’hôpital est positionné par le schéma d’organisation sanitaire comme hôpital de proximité pour l’archipel des Marquises, soit un bassin d’attraction de 9000 habitants. L’équipe alors en place a élaboré en 2003 un projet d’établissement validé par la direction de la santé.

     L’hôpital de Taiohae est autorisé pour vingt- neuf (29) lits soit : dix (10) de médecine, neuf (09) de chirurgie et dix (10) d’obstétrique. Il comporte un laboratoire, une pharmacie, un service de radiologie et un bloc opératoire avec stérilisation rénové en 2008- 2009.

     L’hôpital emploie soixante (60) agents dont six (06) médecins et praticiens, trois (03) sages- femmes. Le directeur peut s’appuyer sur une surveillante générale. Les services administratifs comprennent la gestion, la régie et le secrétariat.

     Depuis trois ans l’hôpital s’est engagé dans une politique de mise à niveau des équipements techniques (station d’eau potable, station d’épuration, groupe électrogène…) et d’organisation méthodique des services. En 2009, l’hôpital a lancé une opération « formation-action » sur la base d’un audit sur l’organisation des services de soins.

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Conditions de fonctionnement et les modalités de gestion d’un hôpital aux îles sous le vent.

Afin de mieux appréhender la situation de l’Hôpital de Taiohae, examinons les conditions de fonctionnement et les modalités de gestion d’un autre hôpital, celui de Uturoa à Raiatea (ISLV), rattaché à la DSP. Le rapport de la Chambre Territoriale des Comptes (juin 2004) pointe le rôle de simple médiateur du directeur de l’hôpital, les insuffisances et des anomalies au niveau des prestataires de services engagés par le Territoire.

Exemple de structure de soins choisi par la Chambre en raison de sa taille (93 lits), l’hôpital d’Uturoa est en fait un simple service de la direction de la santé, et le directeur y joue un rôle d’interface entre les personnels médicaux et soignants et les services centraux de la DSP. Il n’a en effet aucun pouvoir sur :

  • – le recrutement et la gestion du personnel,

  • – les investissements,

  • – la gestion de la pharmacie.

Dans tous ces cas, il prépare et présente des demandes auprès des services centraux de la Direction de la Santé Publique qui prend la décision finale. A signaler aussi que le directeur n’a aucune compétence financière : celle-ci relève de son adjoint sur lequel il n’a, de fait, aucune autorité hiérarchique.

Elle aussi directement issue de l’époque  » militaire  » où la direction au quotidien de la structure était exercée par un médecin-chef, cette organisation est insatisfaisante dans la mesure où la véritable gestion est effectuée depuis Papeete, où le directeur se trouve de fait privé de tout moyen d’exercer réellement ses fonctions et où les agents ne trouvent pas en lui un véritable interlocuteur, seulement  ̶  au mieux  ̶  un médiateur.

La responsabilisation des uns et des autres supposerait que l’hôpital d’Uturoa accède à une véritable autonomie, ce qui ne serait d’ailleurs pas exclusif d’une mutualisation avec les autres structures hospitalières dont le Centre Hospitalier Territorial. La juridiction financière ne peut donc que saluer la création d’une commission médicale d’établissement (arrêté n°286/CM du 10/03/03), et la mise en place du PMSI afin de pouvoir disposer d’un instrument de mesure fiable de l’activité hospitalière. Elle note également que le directeur et son équipe travaillaient sur le premier projet d’établissement de l’hôpital d’Uturoa, préparé dans l’optique 2004-2008.

L’opération intitulée « Réorganisation de la Direction de la Santé Publique » a été réalisée en plusieurs phases, entièrement financées sur les crédits de l’Etat (Ministère de la santé) dans le cadre des Contrats d’objectifs prévus dans la convention Solidarité-Santé.

Il s’agit pour l’essentiel d’actions dites  » de sensibilisation « . Les trois sociétés EPSY, Boury et Consorg sont les prestataires de service à qui ont été confiées ces actions.

A – La société EPSY, dont les domaines de compétence tels que décrits sur son site internet comprennent notamment  » l’accompagnement et le changement social, l’évolution des processus organisationnels, l’innovation et la transformation sociale « , bénéficie de la plus grande part des fonds consacrés, au 31 décembre 2003, à cette opération (57 M Fcp [dont 53 215 029 FCP ont été versés à la société en charge de la prestation (la différence correspond à des dépenses d’organisation du séminaire, de transport, etc)] sur 80 M Fcp).

B – Chargée de la réorganisation des services de la DSP des Iles du Vent et de l’évaluation des candidatures pour les postes de responsables à pourvoir, la société Boury & Associés, qui s’affiche comme une société de lobbying [Le lobbying figure aussi parmi les compétences accessoires de la société EPSY] sur son site internet, n’est spécialisée ni dans l’audit organisationnel ni dans les recherches de compétences et elle n’a apparemment aucune connaissance particulière du  » terrain  » polynésien. La Chambre ne peut donc que s’interroger sur les raisons qui ont conduit à lui confier ces missions, pour un montant certes modeste (9 M Fcp [Le coût global est de 10 226 634 Fcp, dont 9 247 593 Fcp d’honoraires, le reste en remboursement – ou prise en charge directe par la DS  –  de frais]) comparé à celui des missions d’EPSY

C – Une dernière société apparaît enfin, Consorg Consultants, pour un montant de prestation d’environ 15 M Fcp (convention du 22 août 2003). La création de cette société est tout à fait récente. La déclaration de constitution de la personne morale (document destiné à permettre son immatriculation au registre du commerce) a été enregistrée au greffe le 23 avril 2003. Domiciliée à Papeete, et dotée d’un capital de 1 million de Fcp, elle a (comme son nom l’indique) pour activité principale le conseil en organisation. Il est à noter que le 17 juin 2003, soit deux mois à peine plus tard, le greffe du tribunal de commerce enregistre la démission du gérant de Consorg Consultants et son remplacement, sur décision de l’assemblée générale ordinaire, par l’un des deux dirigeants d’EPSY [Mais l’autre co-dirigeant d’EPSY co-dirige apparemment aussi Consorg Consultants puisqu’il est signataire, au titre de cette société, de la convention du 22 août 2003.].

Quoiqu’il en soit des rapports existant entre ces trois sociétés, la juridiction financière constate que les missions confiées à la société EPSY excèdent largement le seuil de 20 M Fcp fixé par l’arrêté n°1328 CM du 15 septembre 2000 et que leur fractionnement constitue un artifice destiné à masquer cette infraction à la réglementation territoriale.

 

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Audit au CHT (Tahiti) par Epsy, autres anomalies pointées :

Seule la mission d’audit de la direction des affaires médicales et des ressources humaines du Centre Hospitalier Territorial pourrait être séparée des autres ; apparemment distincte de la réorganisation de la DSP, cette mission a pourtant été confiée à la société EPSY par convention du 13 février 2002 passée avec les autorités de Territoire et non les dirigeants du CHT.

Cet audit a particulièrement retenu l’attention de la Chambre dans la mesure où le rapport pourtant qualifié de définitif paraît ne correspondre que partiellement à la mission telle qu’elle se trouvait définie par la convention pourtant rédigée en termes peu précis.

En effet, aux termes de l’article 2 de cette convention, cet accord ne vise qu’une première mission d’investigation, ce qui laisse supposer qu’il était alors envisagé de confier à EPSY d’autres missions portant également sur la gestion des ressources humaines du CHT. Cette première mission comprend trois phases : phase diagnostic (10 jours), phase d’adhésion (10 jours) et phase d’accompagnement (20 jours). Aucune précision supplémentaire n’est donnée sur le contenu de chacune de ces phases si ce n’est qu’il s’agit de :

  • – faire des entretiens individuels et collectifs auprès du personnel de la DRH, de la direction générale et des différents services pour réaliser un état des lieux ;

  • – faire des propositions pour professionnaliser la fonction  » personnel  » au CHT.

On notera que ces directives ne paraissent pas correspondre à l’objet des phases 2 et 3.

En contrepartie, la Direction de la Santé versera à EPSY une somme de 10 008 296 Fcp (comprenant des honoraires pour 8 228 630 Fcp et des indemnités de séjour, nourriture, véhicules pour 1 779 666 Fcp), elle lui remboursera des frais de taxi dans la limite de 163 726 Fcp et prendra directement en charge les billets d’avion Paris/Papeete/Paris pour une somme estimée à 900 000 Fcp.

Daté d’avril 2002, le rapport d’audit (19 pages en gros caractères et 3 pages d’annexes) porte en sous-titre  » Rapport définitif « , ce qui laisse supposer que les trois phases de la mission ont été menées à bien alors que onze personnes seulement ont été entendues.

S’agissant des recommandations ou des conseils d’organisation pratique, ceux-ci se caractérisent par leur aspect généraliste, qu’il s’agisse du responsable à mettre en place ou des priorités (traiter les dossiers plus rapidement, réussir la mutation Sedit Marianne, créer des fiches de postes…).

La juridiction financière estime en conséquence que la société EPSY n’a exécuté qu’une partie de la mission qui lui avait été confiée par convention du 13 février 2002, dont la rédaction, trop imprécise, ne fixait pas suffisamment les obligations du prestataire de services.

En tout état de cause, elle ne peut que regretter, compte tenu de l’enjeu (faire de la DSP un outil opérationnel dans le cadre de la politique polynésienne de santé) qu’un seul maître d’œuvre ait été choisi pour évaluer l’existant et pointer les problèmes à résoudre, proposer des solutions et en accompagner la réalisation.

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Source : iH information hospitalière

Article de Presse : La Santé tombe malade à Taiohae / la-sante-tombe-malade-a-taiohae.1277039849.pdf

Blog :

(03/2008)  Les urgences aux Marquises : une urgence à traiter

(01/2010)  Appel au secours auprès des responsables politiques de la Santé

(06/2010)  Grève à l’Hôpital des Marquises

Forum : La Santé en danger aux Marquises

Historique : Origines des difficultés de l’Hôpital de Taiohae

Rapport de la Cour des Comptes : rapport_ctc-2004_dsp.1277159610.pdf

Grève générale en Polynésie française : grève suivie aux Marquises

greve_aux_marquises.1289670982.jpg   Photo TahitiPresse-DR

     Les structures de santé sont défaillantes aux îles Marquises. Une aggravation, depuis plusieurs années, des sous-effectifs de personnel devenus chroniques est le principal motif de la grève du corps médical de Nuku Hiva. Malgré de nombreux signaux de détresse lancés auprès des ministres de la santé des gouvernements successifs de la Polynésie française, les responsables de l’hôpital de Taiohae n’ont jamais jusqu’à aujourd’hui obtenu les moyens humains nécessaires et suffisant à la bonne marche des services de soins. Le tableau de bord des mois à venir laisse planer sur la population des îles Marquises des risques sanitaires absolument inouïes :

      – Aucun médecin généraliste à Nuku Hiva et Ua Pou dès fin juin et un seul médecin aux Marquises Sud à partir d’août.

     – Au bloc opératoire : deux infirmiers sur quatre dès fin juin 2010, un infirmier sur quatre à la mi-juillet et il n’y aura plus aucun infirmier fin juillet.

     – En hospitalisation : un infirmier sur deux. Fermeture partielle des lits de l’hospitalisation depuis décembre 2009.

Conséquences d’ici moins d’un mois, si rien n’est fait et rien n’est fait actuellement :

             – Fermeture de l’hôpital de Taiohae (plus de médecin, fermeture du bloc opératoire et donc aussi de la maternité). Seulement une infirmerie maintenue.

             – Fermeture du centre médical de Hakahau : maintien de l’infirmerie.

     – Budget de fonctionnement et d’investissement insuffisant et inadapté par rapport au minimum nécessaire.

Il faut savoir aussi que l’archipel des Marquises ne dispose plus depuis juin 2007, des navettes de l’hélicoptère (contrat non renouvelé) qui permettaient de sauver des vies (rapidité des « évasan »  en direction de Taiohae avant transfert éventuel vers Papeete et/ou la métropole; 133 évasans intra-Marquises en 2006).

evacuations_sanitaires_en_2006.1289684017.jpg    Cliquez sur l’image pour agrandir

NB –  Les transferts financiers de la métropole en 2006 vers la Polynésie française correspondaient, selon la cour des comptes, à 590 millions d’euros  pour 260 000 habitants. 

Liens :

Un appel au secours auprès des responsables politiques de la Santé  – Lettre ouverte du personnel de santé (janvier 2010)

Les urgences aux Marquises : une urgence à traiter (03/2008)

L’hôpital de Taiohe

Origines des défaillances en moyens à l’hôpital de Taiohae

Situation identique à Moorea

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Marquises : Le jour du débarquement à Eiao de l’expédition de l’archéologue Michel Charleux

Extrait du journal de TNTV du 09 mai 2010. Reportage de F. O’Kelly-Laurent & Axel Lichtle. La Marine Nationale (Le Prairial, la Railleuse, un hélicoptère Alouette 3) a acheminé tout le matériel et les membres de l’expédition de Michel Charleux de Papeete jusqu’à Eiao, île déserte, en passant par Nuku Hiva. La mission archéologique durera 50 jours.

Voir aussi : Tahitipresse

Marquises – La mort de Pakoko, le récit du soldat vosgien Georges Winter

 

     Lors du Vème festival des îles Marquises, en décembre 1999, il fut présenté dans la bonne humeur une série de sketchs racontant à la manière locale des faits de l’histoire des îles Marquises. Ces scènes ayant été filmées et diffusées sur les ondes de RFO, toute la Polynésie a pu en prendre connaissance. Deux grandes figures rebelles du passé furent évoquées : celles du « roi » Iotete de l’île Tahuata et celle du chef de guerre de Nuku Hiva Pakoko. L’histoire de Iotete est assez bien connue ; mais celle de Pakoko ne l’est presque pas. Pourtant la dignité, le courage et la droiture incontestables de ce chef marquisien devrait servir de modèle pour tout jeune Polynésien d’aujourd’hui, surtout que les témoignages publiés ci-dessous sont irréfutables. Il ne s’agit pas, dans cet article, de raviver un quelconque passif, mais de restituer l’Histoire aux populations telle qu’elle a été (et non telle qu’on voudrait qu’elle ait été) et qu’il faut assumer les brûlures de celle-ci. Il s’en dégage de grandes leçons, qui permettent de mieux comprendre le message d’espoir que vivent les populations actuelles à travers la reconnaissance de leur culture et de leurs particularismes au sein de l’entité de la Polynésie française. Il me paraît temps, surtout pour la génération montante, de la considérer assez adulte pour assumer l’héritage de son legs, aussi triste ait-il été à certaines époques. Et certainement, comme dans les histoires d’amour, étant bien informée sera-t-elle à mieux de pardonner.

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     L’annexion militaire de l’archipel des îles Marquises par la France au milieu du XIXème siècle ne se passa pas sans quelques heurts avec les populations locales : au groupe Sud, à Tahuata, le « roi » Iotete déclara la guerre aux Français, assiégea le fort de leur garnison au fusil et au canon et dix sept marins et officiers devaient y perdre la vie. Dans le groupe Nord des Marquises, à Nuku Hiva, le chef Pakoko commandita le massacre de cinq soldats à Taiohae, le 28 janvier 1845. Le 21 février, après toute une série de représailles envers la population, Pakoko se rendit avec trois de ses guerriers au lieutenant Almaric, lequel commandait la garnison. Il fut jugé dans les formes légales et fusillé. De ses trois complices, l’un fut acquitté, les deux autres condamnés à la déportation à Eiao où ils y restèrent jusqu’en 1852.

     Pakoko était chef de guerre à Nuku Hiva ; son influence y était grande et certains étrangers voyaient en lui l’homme qui possédait la stature pour prétendre à être reconnu comme roi de l’île, davantage que le « roi » Temoana qui était une création de circonstance pour servir à la légitimité des actes de prise de possession de l’île. Il est certain que Pakoko représentait la seule véritable opposition à l’ordre nouveau représenté par Dupetit-Thouars et les missionnaires.

     Les circonstances qui ont amené l’ouverture des hostilités entre les Marquisiens de Nuku Hiva et les troupes françaises, n’ont été et ne seront jamais parfaitement élucidées. Selon l’écrivain de marine Max Radiguet1, Pakoko aurait été humilié du fait que ses filles n’auraient pas été admises à monter à bord des navires de guerre au mouillage. Selon la vox populi, qui étrangement subsiste près d’un siècle et demi après les faits et continue de colporter sa version, la plus jeune fille de Pakoko aurait été surprise à la rivière par une bande de soldats venus y laver leur linge et aurait subi leur viol collectif. Cette version s’avère plausible.

     Un témoin direct des événements, le soldat G. Winter, raconte dans le style et avec les mots de son époque les événements dans son journal « Un vosgien tabou à Nouka-Hiva », publié dans le Bulletin de la Société de Géographie de l’Est » à Nancy en 1882.

 Jean-Louis CANDELOT

    René Gillotin – Baie de Taiohae – Décembre 1844

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Max Radiguet – Case marquisienne

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   Radiguet – Rade de Taiohae – Fort Collet à gauche

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    Max Radiguet – Guerriers Marquisiens

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    Le Breton – Morai d’un chef à Nouka Hiva

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    R. Gillotin – Indigenes au corps peint devant leur case -1844

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     Radiguet – Cases & tohua (taha koika) – Taiohae

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    Le Breton – Figuier gigantesque à Nouka Hiva – 1836

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Le Breton – Corvettes dans la baie de Nouka Hiva

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     Le Breton – Cases des Naturels à Nouka Hiva – 1836

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    Radiguet – Taiohae & le fort Collet

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  René Gillotin – Portrait de Pakoko – Décembre 1844

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     Rocher contre lequel eut lieu l’exécution de Pakoko

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     Goupil – Scène funéraire à Nouka Hiva -1836

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Bibliographie :

Candelot, Jean-Louis. « Chronique du passé – 1845 : La mort de Pakoko, chef de guerre et martyr de Nuku Hiva ».  Tahiti-Pacifique magazine, n° 113, septembre 2000

Jacquin, François. « De Constantinople à Tahiti : seize ans d’aquarelles autour du monde en suivant René Gillotin ». Paris : Karthala, 1997, 174 pages.

Winter, Georges. « Un Vosgien tabou à Nuka-Hiwa, Souvenirs de voyage d’un soldat d’infanterie de marine». Résumé par J.V. Barbier. Bulletin de la Société de Géographie de l’Est, tome 4. Nancy, 1882

Radiguet, Max. « Les derniers sauvages : la vie et les mœurs aux îles Marquises (1842-1859) ». Paris : Duchartre et van Bugenhoudt, 1929, 240 pages.

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Autre témoignage : La mort de Pakoko, le récit de Maximilien-René Radiguet

Marquises : 60 jours sur l’île déserte de Eiao pour remonter l’histoire des Polynésiens (copyright Tahitipresse)

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Doctorant en archéologie, Michel Charleux s’apprête à mener une mission de recherche sur l’île de Eiao ( Marquises) où, dès 1987, il avait confirmé l’importance d’un centre de production d’outillage datant de l’époque pré-européenne. Cette fois-ci, l’archéologue poursuivra ses investigations pendant deux mois. Il y emporte cinq tonnes de matériel.

Il aura fallu trois ans au doctorant en archéologie, Michel Charleux pour finaliser une nouvelle mission sur l’île de Eiao. Les précédentes remontaient à 1987, 2007 et 2008. Aujourd’hui, sous l’égide du Centre international pour la Recherche archéologique en Polynésie (CIRAP), l’appui de l’Université de Polynésie Française et du CRIOBE, une subvention accordée par le biais du Contrat de Projet Etat-Pays et des aides privées diverses (ATN, Brasserie de Tahiti, Vaimato, et autres), avec deux équipes de Marquisiens mis à disposition par la commune de Nuku Hiva, l’archéologue s’est fixé pour objectif de faire l’inventaire des sites et de récolter 150 échantillons minéralogiques. En résumé, tenter de mettre en évidence les relations inter archipels pré-européennes.

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Une mission pour la Marine nationale

Une nouvelle mission sur le terrain s’imposait pour Michel Charleux qui s’est pris de passion pour cette île sauvage dont certains paysages font plus penser à la planète Mars qu’à une île polynésienne… « Je pars avec la Frégate Le Prairial. L ‘Alouette déposera 1,5 tonne de matériel sur le plateau d’Eiao », explique l’archéologue qui poursuit « j’y resterai jusqu’au 20 juin avec mon collègue Christian Sospedra, topographe. Nous serons récupérés par le Patrouilleur P400 La Railleuse« .

Comme l’indique Michel Charleux, totalement déserte, avec ses 50km², l’île de Eiao est la plus septentrionale des îles du groupe Nord de l’archipel des Marquises. Érodé, cet ancien volcan effondré, limité par de vertigineuses falaises de 200 à 300m de haut, est une machine à remonter le temps pour le chercheur.

Effectivement, le plateau Tohuanui a été colonisé à l’époque pré-européenne. On y a retrouvé plusieurs dizaines d’ateliers de fabrication d’outillage lithique, preuve d’une production et d’une activité importante qui s’est étalée sur plusieurs siècles. De 1976 à 2008, de brèves missions sur Eiao, menées par des archéologues tels que Candelot, Rolett, Ottino, Charleux, ont permis de l’affirmer.

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Une signature physico-chimique

Eiao abrite l’un des deux gisements les plus importants de basalte à grain fin dans la région orientale du Pacifique Sud. L’autre étant situé sur Pitcairn. Du fait de la qualité exceptionnelle de la pierre, les anciens Polynésiens y avaient développé la fabrication de lames, d’outils sur éclat, d’herminettes et autres outillages, penu, etc.

L’abondant outillage produit sur Eiao était d’une qualité telle qu’il fut « exporté » à plusieurs centaines de kilomètres, sur une zone de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Il faut savoir que comme toute roche d’origine volcanique, le basalte de Eiao a une composition spécifique qui constitue une véritable signature physico-chimique.

Ainsi, on a retrouvé en fouille – donc pré-européennes – des herminettes provenant de Eiao sur les îles de Moorea et Mangareva, distantes respectivement de 1600 et 1800 km de Eiao. Ces herminettes mettent en évidence les relations entre ces îles bien avant l’arrivée des Européens. Ces longs déplacements des Polynésiens à bord de pirogues ont progressivement cessé à partir des XVe-XVIe siècles pour une raison qui reste encore inconnue.

L’analyse des échantillons minéralogiques rapportés par la mission sera confiée à un laboratoire de l’Université du Queensland qui s’est proposé de les réaliser à titre gracieux, un « cadeau » de près de 50 000 euros non désintéressé puisque les résultats permettront de constituer une base de données unique.

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Le tour des musées du Pacifique

« Je me propose ensuite de rechercher dans les collections des musées du Pacifique (Australie, Nouvelle-Zélande, Hawai’i, Chili…), des pièces qui pourraient avoir été façonnées sur Eiao« , explique Michel Charleux. « Cette recherche pourrait déboucher sur la découverte de relations pré-européennes entre archipels que je suspecte, mais qui restent jusqu’alors ignorées« , indique encore l’archéologue.

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Exposition aux Marquises

Les Marquises voient passer chaque année de nombreuses missions scientifiques aux objectifs variés. Cette mission fera l’objet d’une exposition culturelle et pédagogique à Nuku Hiva à l’intention des scolaires et de la population. Encore faudra-t-il qu’une modeste subvention soit accordée pour mettre en œuvre ce projet hautement important pour la population des Marquises.

Encore aujourd’hui, la migration entamée voici 5000 ans depuis l’Asie du Sud-Est, véritable épopée d’île en île de ceux qui vont devenir les Polynésiens et peupleront le triangle polynésien, est encore loin d’avoir livré tous ses secrets. De nombreuses zones d’ombre subsistent, en particulier, les relations qui ont pu être maintenues au cours du temps entre les différents archipels, et à l’intérieur de ceux-ci entre leurs différentes îles. CD

Source : Tahitipresse

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Crédit photos : Axel Litchle

Tahuata (îles Marquises) en 1774 : Huiles et gravures de William Hodges

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Vue de la baie de la Résolution [Tahuata] dans les Marquises Peinture sur toile 495.3 x 635 mm  © National Maritime Museum, Greenwich, Londres, Ministère de la Défense

Les peintures du Pacifique de William Hodges célèbrent l’exploration britannique. Ce peintre paysagiste a été nommé par l’Amirauté pour enregistrer les lieux découverts au cours du deuxième voyage de Cook entrepris avec la «Résolution» et l’ « Aventure », de 1772 à 1775. Il réalisa principalement des dessins et des croquis  qui ont servis de base pour d’autres plus formels et convertis beaucoup plus tard en gravures dans le récit officiel du voyage de Cook. W. Hodges a également fait quelques peintures à l’huile sur le voyage mais la plupart, en particulier les tableaux les plus grands, ont été peints à Londres à son retour. Le National Maritime Museum détient 26 huiles relatives au voyage, dont 24 ont été peintes pour l’Amirauté ou acquises par elle.

L’objectif principal de Cook lors de cette expédition était de localiser, si possible, le fameux mais inconnu continent austral, et de développer les connaissances des îles du Pacifique central. Les enregistrements de Hodges des profils côtiers ont été en partie importants pour des raisons de navigation.

Cette toile   « View of Resolution Bay in the Marquesas » a été peinte sur place. Ces peintures de Hodges montrent l’influence de la pratique de prendre à bord des navires des profils côtiers : une technique pour laquelle les officiers ont été régulièrement formés. D’ailleurs l’enseignement était l’une des tâches de William Hodges sur le navire. Toutefois, ces œuvres sont remarquablement peu conventionnelles de la tradition artistique de la peinture de paysage et elles montrent singulièrement la tentative d’un artiste occidental se frottant pour la première fois aux effets de la lumière dans l’hémisphère Sud.

Le traitement pittoresque de Hodges des terres exotiques et son habileté dans le rendu des effets de lumière sont particulièrement illustrées par les tableaux comme  « Vue du Cap de bonne-espérance » , «Monuments sur le île de Pâques» et « Vue dans la province de Oparee, Tahiti ». Le premier a été peint in situ en 1772. Son travail pour l’Amirauté se termine à la fin de l’année 1778 et en 1779, il s’embarqua pour l’Inde.

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The « Resolution » in the Marquesas, 1774

Le canot en arrière-plan est d’un type connu dans les Marquises, et suggère que Hodges fait ce dessin d’un bateau, alors que la «Résolution» était à l’ancre dans la baie de Tahuata. En théorie, cette oeuvre doit dériver de la collection de l’Amirauté, mais de cette collection bon nombre des dessins des voyages de Cook ont été  par la suite dispersés et la provenance détaillée de celui-ci n’est pas connu. Il a été acheté pour le Musée de Colnaghi de Londres en juillet 1957 par l’Association pour la recherche marine (MacPherson Funds).

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Woman of Santa Christina – Drawn from nature by W. Hodges – Engraved by J. Hall – Published Feb. 1st 1777 London

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This finely engraved original antique print of a woman of Santa Christina Island was engraved by Robert Benard and was published in French edition of Cooks voyages in 1785

Lien :  William Hodges (1744 – 1797) © National Maritime Museum, Greenwich, London

Lettre des Marquises de F. Caret miss.apost., Vaitahu le 1er mars 1839

 En ce début d’année 1839, la voilure toute blanche d’une goélette glissait vers le nord. Mgr Rouchouze, premier évêque d’Océanie se dirigeait sur l’archipel des îles Marquises Il avait pris avec lui sept jeunes missionnaires. Leur Supérieur et Préfet apostolique était le P. Caret, un Breton à l’œil ardent. La « petite troupe » comptait deux autres Bretons : le P. Ernest Heurtel, de Saint-Brieuc ; le P. Mathias Gracia, des environs de Rennes ; un Normand de l’Orne, le P. Potentien Guilmard ; un Mayennais de Laval, le P. Saturnin Fournier ; un Tourangeau, le P. François de Paule Baudichon et le Frère coadjuteur Ladislas Ruault, de l’Ille-et-Vilaine. Les plus âgés n’avaient pas quarante ans ; le plus jeune en avait vingt-six à peine, tous animés de la même décision apostolique. De l’archipel qu’ils allaient conquérir à la foi, ils ne savaient que de peu de choses. La préoccupation de l’évêque et de ses compagnons s’en allait vers leurs trois confrères arrivés à Vaitahu six mois plus tôt… Le 3 février, dans la nuit, les missionnaires en robe blanche découvraient les masses sombres de la hautaine île Tahuata dévalant en gorges étranglées jusqu’aux rivages*.

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In Annales de la Propagation de la Foi Tome 12 Janvier 1840 pages 92-94

*Secrets, candeurs et ferocites de cannibales : Aux iles Marquises / R.P. Mouly Dalmas ; illustrations de P. Clouet – Paris : Editions de l’Arc, 1949

Marquises : Appel au secours auprès des responsables politiques de la Santé (voir Tahititoday.com)

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Lettre ouverte du personnel de santé :

Un appel au secours auprès des responsables politiques de la Santé

Aux Marquises, il existe une structure que l’on appelle « hôpital de Taiohae » ou « hôpital des Marquises ». Personne n’est en mesure de nommer officiellement cette structure et encore moins de confirmer son statut d’hôpital. Cette structure de Santé publique regroupe notamment les services suivant : hospitalisation (médecine, chirurgie, réanimation), maternité, bloc opératoire, consultations, urgences, prévention. Cette structure est la seule à proposer tous ces services pour l’archipel des Marquises.

Aujourd’hui, les effectifs ne permettent plus à cette structure d’assurer ses missions de santé.

– poste de Directeur gelé ;

– sur un effectif minimum de 3 cadres : cadre d’hospitalisation non remplacé depuis juillet 2009, surveillante générale en fin de contrat le 15/02/2010 avec prise d’effet le 08/01/2010 (congés) en attente de renouvellement et surveillant du bloc opératoire en arrêt maladie, donc absence totale de cadres à compter du 08/01/2010 ;

– sur un effectif minimum pour un fonctionnement normal de 18 infirmiers, seuls 12 infirmiers peuvent exercer ( sur cet effectif de 12, deux sont absents pour congés) ;

– sur un effectif minimum de 3 médecins, seul 1 médecin en poste et 2 itinérants se relayant ;

– sur un effectif nécessaire de 3 sages-femmes, seules 2 en poste dont une en instance de mutation pour le premier février 2010 ;

– le manipulateur radio en arrêt longue maladie non remplacé depuis le 14 décembre 2009 : absence de manipulateur radio sur l’ensemble des Marquises ;

– sur un effectif de 4 aides soignantes minimum, 3 en poste dont 2 en partance pour l’école d’infirmière ;

– sur un effectif minimum de 7 agents d’entretien, seuls 5 sont en poste ;

– la cellule « gestion des évasan » : agent en congé maternité non remplacée : activité reportée sur les secrétariats médicaux ;

– sur un effectif nécessaire de 3 personnes à la cuisine, seule une personne en poste. Il faut noter que les structures périphériques des Marquises (centres médicaux et infirmeries) sont dans la même situation.

nuku-hiva-evasan-06_2009.1263837681.jpg Rapatriement d’un marin coréen, victime d’un AVC au large des îles marquises – 2009

La conséquence directe de cette situation est dans un premier temps une diminution de l’offre de soins, plus de tournées médicales et d’obstétriques dans les vallées et autres îles des Marquises, plus de prévention, orientation des patients des autres îles vers Papeete (augmentation du nombre d’évasan, du coût et du risque pour les patients lors des transports), et dans un deuxième temps la qualité de la prise en charge des patients.

Pour les personnels en poste, la conséquence est une augmentation des tours de garde et d’astreintes, le report de congés programmés, le rappel sur réquisition pendant les congés, une charge de travail accrue et des patients qui attendent de plus en plus longtemps et qui finissent par s’en prendre aux personnels. Cette situation est aggravée par la non rémunération des indemnités de gardes, d’astreintes et autres depuis plus de six mois pour l’ensemble des personnels. Le tableau ne serait pas complet sans les problèmes budgétaires qui nuisent au fonctionnement matériel et technique de tous les jours.

Aujourd’hui les habitants des Marquises ne bénéficient plus d’une offre de soins acceptables de proximité. Certes une jolie structure doit ouvrir cette année à Tahiti, mais aussi performante soit elle, elle se trouve toujours à 1500 kilomètres et plusieurs heures d’avions voire de bateau. Ces conditions ne permettent pas une prise en charge des patients acceptable.

Le remède semble pas si difficile puisqu’il suffirait à l’administration de faire des contrats de travail dans les temps aux candidats qui attendent, et ils sont nombreux. Il faut au minimum deux mois pour faire un contrat !!! Ces délais sont inadéquats, d’autant plus que l’on réduit toujours les effectifs, ce qui empêche des redéploiements en cas de besoin.

Cette situation est trop grave et a trop duré. Pour ces raisons les personnels tirent la sonnette d’alarme, car nous sommes en dessous de l’acceptable. Ces personnels prennent beaucoup sur eux (les conflits avec les patients mécontents sont de plus en plus fréquents), mais aujourd’hui ils sont à bout de souffle. Ils sont inquiets de l’avenir, ils en ont ras le bol du provisoire et « du peut-être », et n’accepte plus d’être ignorés.

Habitants des Marquises, la fermeture de l’hôpital n’est pas une utopie. Habitants des Marquises, nous méritons beaucoup mieux que cela, alors, réagissez, réagissons, dans peu de temps, il sera trop tard et nous ne pourrons que pleurer.

Les personnels de « l’hôpital de Taiohae » et de « l’hôpital des Marquises »  (lettre transmise par un médecin) Voir l’article de la Dépêche de Tahiti.

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Epilogue : Grève à l’Hôpital de Taiohae