La légende de la création des îles Marquises

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Joseph Kaiha nous conte la légende de la Création des iles Marquises (movie flash youtube ou audio en mp3) ; ci-dessous, une autre variante de la légende)

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Le soleil brillait sur la mer

       Les légendes, les histoires appartiennent à ceux qui savent les dire… Et aussi à ceux qui savent rêver en les écoutant. Alors, accompagné du fond sonore des tambours qui, au loin, rythmaient les chants de la koika enana ressuscitée (autrefois la grande fête marquisienne, à caractère d’ostentation, sur une place publique à gradins aménagée spécialement et appelée tohua koika), dans le murmure du ressac de la plage proche, sous la voûte dorée des myriades de constellations qui font la magie de la nuit des îles, René Haiti Uki entreprit de conter sa version de la création du Fenua Enata, la Terre des Hommes, connue en Occident sous le nom d’îles Marquises… 

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Eia i na po omua E pohue a’a Oatea me ta ia vehine o Atanua

Il y a longtemps, longtemps, le soleil brillait sur la mer,

mais dans la mer il n’y avait pas d’île.

 

Vivaient en ce temps-là Oatea et sa femme Atanua .

Ils n’avaient pas de maison.

Puisqu’il n’y avait pas d’île

Pour construire les maisons.

 

Alors Atanua dit à son mari :

« On ne peut pas bien vivre sans maison. »

Oatea ne répondit pas.

Il pensait :

 « Comment vais-je faire pour construire une maison ? »

Oatea invoqua les dieux, ses ancêtres.

 

 Un soir, il dit à Atanua :

 « Cette nuit, je vais construire notre maison.

Maintenant je sais comment faire. »

 

II faisait nuit.

La voix d’Oatea s’entendait seule dans le noir.

 

Il dansait et chantait :

Aka-Oa e, Aka-Poto e, Aka-Nui e, Akaïti e, Aka-Pito e, Aka-Hana e, Haka-Tu te Hae.

 

L’invocation finie, le travail commença.

 L’emplacement fut choisi : dans le milieu de l’Océan.

 

Deux piliers furent dressés : Ua Pou.

 

Une longue poutre fut placée sur les deux piliers :

Hiva Oa.

 

Alors il fallut assembler les piliers, la poutre.

 Le toit devant et le toit en arrière, Te ka’ava ao, te ka’ava tua.

C’est Nuku-Hiva.

 

La maison est couverte de feuilles de cocotiers tressées, Fatu.

 

La maison était grande.

Il fallait neuf feuilles de cocotier tressées

Pour la couvrir dans sa longueur :

O Fatuiva.

 

C’est long le travail de tresser les feuilles de cocotier.

Et de faire de la corde avec de la bourre de coco.

Le temps passe, il passe vite.

Oatea travaille, travaille sans arrêt.

 

Soudain Atanua crie à son mari :

« La lumière du jour commence à éclairer l’horizon du ciel. »

O Tahuata.

 

« Moho l’oiseau du matin chante déjà »

 Mohotani.

 

Oatea sans s’arrêter répond :

« Je finis. Il me reste à creuser un trou

Pour y mettre tout le surplus de feuilles

Et de bourre de coco » :

O Ua Huka.

 

Alors le soleil se lève et illumine l’Océan.

Voici la maison construite par Oatea.

 

Atanua sa femme s’écrie :

Ei, ei, ei, ua ao, ua ao, O Eiao.

Ua Pou,

Hiva Oa,

 Nuku Hiva,

Fatu Hiva,

Mohotani,

Tahuata,

 Ua Huka

et Eiao,

 

 voici donc les îles ruisselantes de lumière dans le soleil levant.

                                                                                                Texte de Jean-Louis Candelot

Marquises : Fouilles archéologiques à Hane (île de Ua Huka) sous la direction du professeur Eric Conte

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(Tahitipresse) – Trouver l’une des clés du peuplement de la Polynésie orientale est l’objectif des archéologues du CIRAP (Centre international de recherche archéologique sur la Polynésie) dirigés par le professeur Éric Conte. Avec la collaboration des chercheurs des universités de Bordeaux et de Paris-1, ils vont explorer du 2 au 31 janvier, l’un des sites les plus importants de la Polynésie française : Hane, situé sur l’île de Ua Huka aux Marquises.

Ce site se trouve sur une dune, en bordure du rivage de la baie de Hane, l’une des trois vallées habitées de Ua Huka. Là, en 1964 et 1965, Y. Sinoto et M. Kellum ont fouillé ce site, considéré comme le plus riche des Marquises et l’un des plus importants de toute la Polynésie orientale. 3 400 objets ont été découverts lors de ces fouilles dans les années soixante. On y trouva entre autres, des tessons de poterie… « Ce site n’a jamais été étudié et publié à la hauteur de son importance », précise le professeur Éric Conte (UPF, Univ Paris-1), directeur du CIRAP. Les archéologues manquent dramatiquement d’informations au sujet du passé des Marquisiens et des Polynésiens en général.

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L’âge du site

Depuis le début des années soixante, de réels progrès ont été faits, autant dans les connaissances que dans les techniques de fouille ou de datation. « L’idée est de fouiller une partie du site non touché par les anciennes fouilles, afin de recueillir une information la plus complète possible sur, par exemple, l’âge de ce site et la chronologie de son occupation », explique le professeur Éric Conte qui dirigera la mission du 2 au 31 janvier 2009. Pour lui et son équipe, ce site est l’une des clés du peuplement de la Polynésie orientale. Ils espèrent y trouver des éléments qui permettront de mieux connaître l’évolution culturelle des Polynésiens.

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L’action de l’homme

L’analyse technologique et typologique du matériel (notamment des hameçons et des herminettes) permettra d’effectuer des comparaisons avec le matériel découvert lors d’autres fouilles dans la même île (notamment sur le site de Manihina) et dans d’autres îles des Marquises (site de Haatuatua de Nuku Hiva, site de Ana Pua à Ua Pou notamment). Les scientifiques qui bénéficient cette fois-ci de matériel d’analyse moderne, tenteront de comprendre aussi l’évolution de la biodiversité et de son exploitation par l’homme. Les réseaux d’échanges qui existaient entre les différentes vallées et îles de l’archipel et, éventuellement, avec d’autres archipels, fera également partie des missions des chercheurs.

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Ua Huka qui es-tu ?

A 50 km à l’est de Nuku Hiva, Ua Huka est sans doute l’île la plus dépaysante du groupe Nord des Marquises. La végétation moins luxuriante que celle de ses voisines, laisse souvent place à de vastes étendues qui sont le domaine des chèvres et des chevaux sauvages. Les habitants sont regroupés sur la côte sud, dans les villages de Vaipaee, Hane et Hokatu. Les premiers travaux archéologiques scientifiquement menés aux Marquises datent de 1956 avec l’expédition de H.L. Shapiro, suivis par l’étude de RC Suggs en 1957-58. Celui-ci a cantonné son étude à Nuku Hiva, où il a relevé 49 sites et en a étudié 15 en détail. La datation la plus ancienne enregistrée lors de cette étude remontait à 150 av. J.-C. et remettait en cause les estimations d’alors en reculant de près de mille ans la préhistoire des Marquises (datation controversée).
De plus la découverte de restes de poteries dans les niveaux les plus anciens, alors que celle-ci était inconnue en Polynésie orientale, contribue à consolider l’hypothèse selon laquelle l’origine des Marquisiens serait occidentale, et qu’un étroit rapport aurait existé avec les Samoa-Tonga où l’on trouve ce type de poterie. Les travaux de RC Suggs ont été beaucoup critiqués, bien que ses résultats ont été en partie confirmés depuis par d’autres recherches. Notamment celles de l’archéologue Pierre Ottino dans un abri sous roche de l’île de Ua Pou, où les datations remontent à la même époque.

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Beaucoup reste à faire

La quantité de sites archéologiques facilement exploitables est considérable aux Marquises, et les moyens mis en oeuvre jusqu’à maintenant sont encore marginaux. Il reste encore beaucoup à faire. Plus de 250 sites ont déjà été cités ou partiellement décrits.
Plusieurs d’entre eux possèdent encore des tikis plus ou moins bien conservés et de nombreux pétroglyphes. Le passé de l’archéologie, aux Marquises comme dans bien d’autres endroits, a malheureusement laissé aux Marquisiens trop de souvenirs déplaisants : pillages, et manque de retenue devant des endroits sacrés liés au culte des morts, pratique que l’étude scientifique ne saurait excuser. Les travaux conduits ces dernières années ont permis de réconcilier une partie de la population avec cette science.

Cette mission est conduite par le Centre International de Recherche archéologique sur la Polynésie (CIRAP) placé sous la direction du professeur Éric Conte (UPF, Univ Paris-1), directeur du CIRAP. Celui-ci a reçu la précieuse collaboration du Pr. Pascal Murail (Université de Bordeaux) et de cinq étudiants de doctorat et de master de l’Université Paris-1 et de l’Université de Polynésie française. Les recherches ont obtenu le soutien de l’Agence française de Développement (AFD) ainsi que d’Air Tahiti Nui et d’Air Tahiti.

Le tambour marquisien, te pahu

Te Pahu, le tambour d’une civilisation, de tout un peuple qui ressent son résonnement jusqu’au plus profond de ses entrailles, ce symbole de la culture marquisienne avait quasiment disparu. Il a subi tout comme les autres symboles de la culture « Enana », une concurrence déloyale avec ceux du monde des « Hao’e ». Après un siècle de quasi absence, il revient au début des années 1960.

Historiquement, le « pahu » tenait une place d’honneur dans la société marquisienne. Il rythmait la vie au quotidien.

Plusieurs types de «pahu » existaient avec une apparence et une fonction spécifiques. Ainsi, ils se différenciaient comme ceci :

Pahu mea’e, le plus grand des tambours faisant plus de deux mètres de hauteur  sur lequel deux « moa », serviteurs du « tau’a »  le prêtre, frappaient lentement en cadence avec le poing fermé ou les mains plates. Ces tambours étaient placés en contre bas d’une plate-forme en pierre. Les batteurs debout sur le « paepae » étaient alors à bonne hauteur.

Pahu’ua, un grand tambour double.

Pahu topete : long et étroit servi par un seul exécutant.

Le « tutu » : petit tambour pour accompagner les grands, les battements

Sont plus rapides et les doigts entrent enjeu.

Pahu oe’oe : petit tambour réservé à l’accompagnement des chants.

Ils étaient fabriqués par le « tuhuka a’aka pahu » qui utilisait un tronc de mi’o ou de cocotier évidé, longuement frotté au « pani », recouvert d’une peau de requin tendue par de cordelettes de «pu’u ».

Ainsi les «pahu » résonnaient pendant plusieurs heures sur le « tohua » lors des fêtes invitant les tribus voisines, redoublant de résonance pour les accueillir. Le «pahu » exprimait encore toute sa force lors des repas pantagruéliques où parfois jusqu’à une centaine de porcs étaient sacrifiés pour l’occasion. Le jour de l’union entre un jeune homme et une jeune femme,   le futur marié accompagné par ses amis, s’approchait de la maison en faisant raisonner le «pahu ». Réunis dans une étoffe de « tapa », le jeune couple reçoit les « tau’a » au son du «pahu mea’e » qui entre en scène. Les « Tau’a » scandent des cantilènes des heures durant dans un dialecte qui leur est propre. Des mets sont offerts à la famille de la femme et un autre «pahu » bat le rappel sur le « tohu’a ko’ika ». Tels sont les fragments du savoir sur l’utilisation ancestrale du « pahu ».

Aujourd’hui le «pahu » apparaît dans toutes les manifestations culturelles, religieuses, touristiques et autres. Il résonne pour annoncer le début d’un événement, pour inviter la population à une fête, pour accueillir des invités de marque ou pour la préparation d’un spectacle.

Il rythme les chants et les danses. Il réapparaît en grand nombre à chaque manifestation culturelle. On ne conçoit pClus une danse sans le « pahu » car il contribue de nos jours à démontrer la spécificité de la culture marquisienne.

On suppose qu’autrefois, les batteurs de «pahu » étaient des initiés, mais aujourd’hui les batteurs s’intéressent dès leur plus jeune âge au «pahu ». Ils deviennent performants après des heures de répétitions.

Peu de personnes connaissent les techniques de fabrication d’un « pahu ». La préparation pour ce festival fut une occasion de transmettre ce savoir à toute génération.

Retrouver les techniques des anciens en examinant de près les pahu, les tambours anciens conservés dans les musées, intéressent quelques passionnés, les nouveaux « tuhuka a’aka pahu ». « C’est l’ensemble du choix des matériaux qui caractérise un bon pahu…et le rendra unique ». Fabriquer un bon tambour comme autrefois exige un savoir-faire. Il faut respecter les proportions. « Tu as l’impression que le volume est le même de haut en bas, voire plus grand en haut, mais en réalité il est beaucoup plus fin en haut qu’en bas ! » déclare Tuarai Peterano, le sculpteur de Hiva Oa. « Il faut ne jamais fendre en deux le bois du tronc dans lequel on va creuser la caisse ». Le tumu me’i, l’arbre à pain, est le meilleur bois pour une bonne sonorisation du pahu. Mais le temanu, le tou, le miro… peuvent aussi donner de bons tambours. Si on utilise aujourd’hui la peau de bœuf ou de chèvre, la peau de requin présente de meilleures qualités sonores et d’usure. Mais il faut alors trouver la peau et celui qui saura la préparer, tresser les liens avec de la fibre de bourre de coco. Il faut tout étudier, pour obtenir la meilleure sonorité : le système des attaches, caller le nombre de trou dans la peau, la répartition pour que cette peau tendue fasse corps avec les points d’ancrage sur le bois. C’est un travail long, de plusieurs mois pour un grand pahu.

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Tambour des îles Marquises

Début du XIXe siècle

Bois, étoffe d’écorce, fibre de coco, peau, fibres végétales

H.: 112 cm

Lille, MHN: 990.2.1141

Acquis en 1850; ancienne collection Alphonse Moillet (Notter et al., 1997, p. 57-64).

Exemple extrêmement rare de tambour complet avec son enveloppe et ses attaches. Onze feuilles d’étoffe d’écorce non décorée placées verticalement entourent la caisse. Les motifs sont constitués par des fils de « trame » irréguliers en cordelettes noires et bruns/rouges de fibre de coco tressé. Une « ceinture » et une «jupe » sont constituées par six feuilles verticales d’étoffe d’écorce. Les huit pieds présentent des attaches en fibre de coco à la base et sont retenus sous la jupe par un cerceau en bois, auquel sont attachées les cordes verticales cachées qui tendent la peau de poisson. Il existe une cavité entre la caisse et la base creuse.

L’anthropomorphisme du tambour est ici évident et permet d’avancer l’hypothèse selon laquelle le tambour est considéré comme l’image d’un dieu faiseur de son. Un exemplaire comparable, mais en partie détérioré, a été décrit par Panoff (1995, p. 124).

In Arts et Divinités 1760-1860 Steven Hooper 2008

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Ce phénoménal objet est un tambour de 2,45 mètres de haut dont on ne connaît au monde qu’un seul autre exemplaire plus petit, conservé au musée de Tahiti. Doté d’une circonférence à la base de 45 cm, il est taillé d’une seule pièce dans un tronc de cocotier. La membrane est constituée d’une épaisse peau de requin, tendue par de grosses tresses en fibres de bourre de coco. Ces fibres sont fixées indirectement à la membrane, au moyen d’un laçage complexe de cordelettes plus fines, la technique utilisée étant typique des îles Marquises. Une belle tresse plate entoure le tambour vers sa base, venant maintenir les cordes de tension.

Il était utilisé au cours de cérémonies qui se déroulaient dans un espace nommé me’ae. Il s’agissait d’un lieu tabou dont l’accès était réservé aux prêtres et aux personnes de haute lignée. Il servait lors des célébrations des cérémonies funéraires au cours desquelles des sacrifices humains étaient pratiqués. Il était constitué de plusieurs terrasses en pierre entourées de statues, les tiki, représentations des ancêtres déifiés.

Le tambour, appelé pahu me’ae, était placé au pied d’une plate-forme. Les batteurs se tenaient sur la terrasse supérieure. Ils étaient accompagnés de tambours plus petits, de 1,60 mètre de haut, les pahu vanana, et de conques marines, les putona.

Ce magnifique tambour est un don fait au Muséum  de Grenoble en 1846 par Henri Murgier, alors juge suppléant au tribunal de Tahiti.  Il a été restauré en 2007 et est actuellement présenté au public dans la salle d’accueil du muséum. Karl von den Steinen en a publié une description dans Die Marquesaner und ihre kunst primitive Südseeornamentik (1925).

Jacques Brel aux Marquises, un film de Walter Ertvelt & Herwing Deweerdt (extrait 1)

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     Ce film (a lovely Belgian documentary made by Walter Ertvelt & Herwig Deweerdt) a été tourné à Hiva Oa en 1998 mais n’est sorti en salle qu’en 2002 et à la télévision en 2005. Dans cet extrait, Madly Bamy se recueille sur la tombe de Jacques Brel au cimetière du Calvaire et évoque la relation spirituelle qu’elle entretient avec lui depuis sa mort.

     La tombe est restée jusqu’à ces derniers mois, partiellement à l’abri sous une végétation luxuriante, jusqu’à ce que des travaux effectués par les services municipaux, réorganisent cette partie du cimetière pour les cérémonies du trentième anniversaire de la disparition de l’artiste.

     Nous pouvons regretter le bruissement des palmes de cocotiers lorsque la brise venait du large, et plus encore l’absence de pénombre qui dissimulait l’émotion des passants venus à ce rendez-vous solitaire ou collectif avec le poète.

     Nous pouvons regretter comme l’ont regrettée les Marquisiennes qui l’ont connue et beaucoup aimée lors de ses années passées à Atuona, l’absence de Madly ce jour-là auprès d’elles et de lui.

Le réveil des Marquises

Le musée du quai Branly rend hommage à l’art de Polynésie et à ses traditions aujourd’hui réinventées. Reportage aux îles Marquises, au cœur d’une culture en plein renouveau.

par Hortense Meltz, envoyée spéciale du magazine « Beaux Arts »

« Les Marquises, c’était l’archipel du silence. Mes parents refusaient de me raconter les rituels, les légendes marquisiennes car, pour eux, « c’était diabolique. Ils avaient été « lavés » par les missionnaires. On ne dansait plus sur les rythmes marquisiens, l’artisanat était en plein déclin, quelques vieux sculpteurs continuaient à travailler dans l’indifférence générale.» Nous sommes en 1968.

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Benjamin Teikitutoua, Président du Comité organisateur du festival des Marquises en décembre2007. Photographie prise lors du départ des délégations

À l’époque, Benjamin Teikitutoua est adolescent, à Ua Pou, l’une des six îles habitées de l’archipel marquisien. Aujourd’hui, il préside le festival des arts des Marquises. En décembre 2007, pendant une semaine, Ua Pou, célèbre pour ses douze necks, de hautes colonnes basaltiques qui lui donnent un modelé grandiose, a vu sa population passer, le temps du festival, de 2000 à 5500 habitants. Pourtant l’île est difficile d’accès, trois heures d’avion de Papeete à Nuku Hiva, puis encore une demi-heure de Twin Otter pour atterrir enfin à Ua Pou. Le festival des Marquises, organisé tous les quatre ans, est devenu l’événement phare de la vie culturelle polynésienne. Hier encore, personne n’aurait pu imaginer ce renouveau.

«Le peuple marquisien se meurt, il n’y a rien à en tirer»… À partir de 1887, les rapports sur l’état des Marquises se succèdent, ne pouvant que constater la rapide disparition d’un peuple. En 1842, après son annexion par la France, la situation de l’archipel continue de décliner car aucun moyen financier ou humain n’est mis en œuvre pour sauver la population. Les hommes

sombrent dans l’alcool, la drogue, et succombent aux épidémies apportées par les marins.

Sur 20 000 habitants en 1842, on n’en dénombre plus que 2000 en 1918. Il faut attendre le début des années 1920 et la politique démographique du docteur Rollin, administrateur des Marquises, pour enrayer la chute de la courbe de natalité. Au même moment, la lente évangélisation casse les structures traditionnelles en interdisant la pratique du tatouage, la danse et le chant. Les tiki, symboles païens, sculptures emblématiques en bois et pierre, sont détruits ou envoyés en Europe comme preuve de la conversion de la population. La culture de tradition orale n’y résiste pas. Paradoxalement, c’est un évêque, monseigneur Hervé Le Cléac’h, qui sera l’un des animateurs du réveil identitaire. «À mon arrivée, en 1971, j’ai d’abord regardé le paysage, puis j’ai étudié le comportement des gens et j’ai cherché à découvrir ce qu’était leur histoire. Les Marquisiens ne la connaissaient plus», raconte-t-il.

 

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Vue du tohua, grande place communautaire, île de Ua pou. Construit entre le XVIe et le XVIIIe siècle, il était utilisé lors des cérémonies festives. Abandonné au XIXe, il a été restauré à l’occasion du dernier festival. Au premier plan, une oeuvre  contemporaine en tuf rouge sculptée à Nuku Hiva et offerte à Ua Pou lors du festival .

Avec la prise de conscience de son identité et le réveil linguistique, une culture nouvelle s’ébauche aux Marquises.

Pour sauver cette culture en voie de disparition, Hervé Le Cléac’h lance une vaste enquête auprès de la population. « Connaissez-vous vos ancêtres ? Parlez-vous votre langue ? Que pensez-vous de vos traditions ? » En 1979, l’association culturelle Motu Haka (le rassemblement) est créée à l’initiative de l’évêque pour sauvegarder le patrimoine marquisien. Cette première prise de conscience s’accompagne d’un réveil linguistique en réaction à la décision du gouvernement territorial d’imposer, en 1982, des cours de langue tahitienne à l’école (différente du marquisien). Motu Haka obtient la reconnaissance officielle de la langue de l’archipel et la création d’une académie marquisienne.

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Danseur traditionnel pendant le festival des Marquises, en 2007. Vêtu d un costume en feuilles d’auti (plante sacrée), il exécute la danse du guerrier. Son casse-tête indique sa fonction de chef de danse.

Un salutaire retour aux sources

Sur sa lancée, l’association inaugure, en 1987, le premier festival des arts aux Marquises. « On a commencé à recueillir les souvenirs des personnes âgées, ensuite on a effectué des recherches sur la base des travaux des ethnologues et des navigateurs », raconte Benjamin Teikitutoua, alors instituteur à Ua Pou et membre fondateur de Motu Haka. La musique, qui rythme les chants et les danses (dont les fameux haka), est au cœur de ce processus de reconquête de la mémoire. Jadis, le pahu, un tambour traditionnel, était la base de la musique marquisienne et régnait en maître. Herman Melville, dans Taïpi, qui raconte son séjour à Nuku Hiva, en 1842, a évoqué une fête, centrée autour de pahu gigantesques, dont on jouait continûment pendant plusieurs jours. Ce tambour sur pied, un fût en bois évidé pouvant atteindre deux mètres de haut, était recouvert d’une peau de requin fixée par de la fibre de coco. Sa fabrication avait été abandonnée et même oubliée jusqu’à la création du festival qui vit renaître les grands pahu. Le musicien et chanteur marquisien Jean-Paul Landé a entrepris de fabriquer un pahu à l’ancienne à l’occasion du festival de 1991. «Je me suis rendu avec le sculpteur Tuarae Peterano au musée de Tahiti pour mesurer le pahu des Marquises qui y est conservé. J’ai aussi travaillé à partir de photographies. On s’est rendu compte que le même procédé était utilisé pour tous les tambours, quelle que soit leur taille. La difficulté du travail tenait au respect des proportions et à la reconstitution du système d’attaches. Pour les premiers pahu, nous avons attaché, détaché, attaché de nouveau, jusqu’à trouver la bonne technique.»

Cette mobilisation de la population à la recherche de ses racines a permis à monseigneur Le Cléac’h de se réjouir: «Il est certain qu’une culture nouvelle s’ébauche aux Marquises.»

Les voyagistes ne s’y trompent d’ailleurs pas, les îles Marquises sont devenues une destination recherchée et haut de gamme malgré la difficulté d’accès, le manque de vols internationaux et d’infrastructures locales.

Par quel miraculeux tour de force 8000 Marquisiens ont-ils réussi à faire renaître leur culture et revendiquer leur identité ? Débora Kimitete, première adjointe au maire de l’île de Nuku Hiva, capitale des Marquises, avance une explication : « C’est peut-être parce qu’en 1920 ils n’étaient plus que 2000. Un peu comme sur l’île de Pâques. Ce sont les survivants d’une culture qui a bien failli disparaître.» Une culture aujourd’hui bien vivante à l’image des tiki en bois ou en pierre qui envahissent les marchés et les maisons. Symbole du renouveau de la sculpture marquisienne, le tiki est le demi-dieu le plus connu du panthéon marquisien, en sa qualité de créateur de l’homme. La tête incarne le mana (la puissance), le visage est dévoré par d’immenses yeux en amande qui témoignent de ce pouvoir surnaturel alors que la bouche étirée, laissant voir la langue, ou parfois les dents, défie l’ennemi et l’adversité. Aux moments clefs de la vie de la tribu, il devenait indifféremment réceptacle de la divinité ou des ancêtres légendaires.

Symbole du renouveau de la sculpture marquisienne, le tiki est le demi-dieu le plus connu du panthéon local.

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Tiki  contemporain en cocotier (1,60 m de haut) sculpté par Philippe Amedé Teikitohe

Des tiki, Séverin Taupotini en vend beaucoup. Installé à Nuku Hiva, il sculpte avec ses deux derniers fils de 16 et 17 ans dans l’atelier qu’il a construit dans son jardin. Séverin fait partie de la vieille génération, celle qui a réussi à maintenir la sculpture en vie. Ce n’était au début qu’un complément de revenus dans une économie de subsistance. « En 1958, j’avais 13 ans, j’ai commencé à sculpter mais je faisais aussi le coprah, les cochons, les bananes et la pêche.»

Son neveu Damas Taupotini, installé quelques centaines de mètres plus loin, a aussi un coup de patte sans égal pour copier des pièces traditionnelles. À partir d’un catalogue d’exposition, il sculpte un magnifique casse-tête dans du bois de fer, commandé par un client de Papeete pour 250 000 francs CPF (2000 euros). Aujourd’hui, à 40 ans, il cherche sa propre inspiration.

De copiste à artiste

Il fait partie de ces sculpteurs que Débora Kimitete aurait aimé emmener avec elle, à New York, en mai 2005. Le Metropolitan Museum of Art inaugurait alors «L’art des îles Marquises». «Parmi nous, il y a des artisans.

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Le u’u (massue, casse-tête) était la propriété des guerriers. La partie supérieure porte le motif de la tête, censé  augmenter le mana (pouvoir). Les stries qui cernent les yeux représentent un motif de tatouage arboré par les guerriers.

Aujourd’hui, quelques-uns sont de vrais artistes, pas seulement des « reproducteurs ». Je voulais les faire voyager pour enrichir leur imaginaire et qu’ils posent un regard neuf sur le travail de leurs ancêtres. » Une idée que partage Mate Bruneau qui a hérité son nom d’un lointain ancêtre breton. Après avoir travaillé sur l’atoll de Mururoa, comme maçon puis agent de police, Mate commence à sculpter à son retour à Ua Pou. Pendant cinq ans, il ne réalise que des répliques. «Il y a une dizaine d’années, j’ai rencontré un sculpteur venu de France qui m’a dit de sculpter selon mes envies. À l’époque, je réalisais des objets culturels, du marquisien type. La première fois que j’ai vraiment créé quelque chose, il m’a fallu du temps. Le problème était dans ma tête, j’avais peur que l’on m’accuse de renier ma culture. Maintenant, j’en suis convaincu, quand tu crées, c’est universel, tu es toi, tu fais partie de l’univers et des Marquises aussi.»

Désormais, ils sont quelques-uns à signer leur œuvre, non à la demande du touriste qui veut s’assurer que son tiki n’est pas d’importation chinoise mais pour revendiquer une création à part entière. Art traditionnel et art contemporain sont étroitement associés à l’affirmation de l’identité culturelle des Marquises.

Trois questions à… Tara Hiquily, chargé des collections ethnographiques du musée de Tahiti et ses îles, Papeete

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Les danseurs portent des ornements en plumes de coq sauvage, en coquillages, en os de cochon ou de cheval.

Quel est le statut de l’œuvre d’art polynésienne ?

Un musée ne prend pas du tout en compte, et c’est normal, les dimensions immatérielles attachées à l’objet. On parle de réalisations sur lesquelles on a peu d’informations. On les réduit à une dimension esthétique. Dans la civilisation polynésienne, il y avait un goût pour les belles choses, une recherche de l’objet extraordinaire et de la difficulté. Mais la dimension esthétique était en arrière-plan. Un objet était le symbole du mana, le pouvoir d’une chefferie, de son principal ancêtre et l’incarnation de cette généalogie.

Qu’est-ce qu’un objet « authentique » ?

On parle d’objets « authentiques » jusqu’au milieu du XIXe siècle, c’est-à-dire au sujet des productions dans la lignée des objets avant le «contact» (Wallis débarque à Tahiti en 1767, Bougainville en 1768, Cook en 1769). On ne prend pas en compte ce qui va être créé à la fin du XIXe siècle dans un style acculturé, destiné uniquement à la vente et que l’on appelle «curios». Ici, il y a assez peu d’art populaire, comme les selles marquisiennes qui sont, par ailleurs, superbes.

Quel regard les polynésiens portent-ils sur leur patrimoine ?

Le statut de l’objet polynésien a évolué en Occident grâce au regard des artistes du XXe siècle. Depuis quelques années, on lui reconnaît le rang de chef-d’œuvre artistique. En Polynésie, nous n’en sommes pas là. Il y a eu un regain d’intérêt pour deux raisons. Ces objets ont symbolisé une quête identitaire qui passait par la revendication de leur propriété. Et parce que le monde commençait à s’y intéresser. Avant, les Polynésiens chrétiens les abandonnaient quand ils n’avaient plus d’utilité (herminettes en pierre, hameçons en nacre) ou les ont détruits ou déposés dans des lieux tapu (interdits, sacrés), comme pour les statues de divinités. Ces objets ont aussi servi de monnaie d’échange avec les étrangers.

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A lire :

Polynésie – Arts et divinités (1760-1860), catalogue de l’exposition sous la direction de Steven Hooper, coéd. Musée du quai Branly / RMN, 288 p., 300 ill.

 

« Le réveil des Marquises » : Texte original paru dans Beaux Arts Magazine Juillet  2008, publié ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Marquises : île de Fatuiva (Fatu Hiva)

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A en juger par le nombre de ceux qui l’ont décrite, la plus séduisante des Marquises, la plus sauvage aussi, est Fatuiva.  Albert t’Serstevens écrivait lors de son séjour aux Marquises :

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     « L’aspect de cette île a quelque chose de menaçant. La côte de l’est est si abrupte qu’on n’y trouve accès nulle part… La côte de l’ouest n’est pas moins tragique… La roche est hostile, battue par les vagues qui se replient dans un ressac bouillonnant. Il faut s’approcher de très près pour découvrir une lézarde qui s’ouvre peu à peu et laisse voir enfin l’étrange décor de cette baie de Hanavave que les cartes appellent Baie des Vierges.

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     On a vu sans doute, dans le groupe de pitons rocheux qui hérissent la gauche de l’entrée, de vagues figurations de femmes revêtues d’un long manteau droit comme en portaient les vierges espagnoles, à croire que ce nom leur a été donné par Quiros, le premier découvreur. Ils ressemblent beaucoup plus aux coupoles d’un temple siamois. Tout le fond de la baie, derrière la plage de galets noirs et le rideau de cocotiers, est fait de hautes roches aux découpures fantasques, d’un brun de vieille rouille sur le vert-gris lointain du massif. »

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Marquesas Islands : the manufacture of the beautiful banyan tapa

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But to turn to something a little more important. Although the whole existence of the inhabitants of the valley seemed to pass away exempt from toil, yet there were some light employments which, although amusing rather than laborious as occupations, contributed to their comfort and luxury. Among these the most important was the manufacture of the native cloth,–‘tappa’,–so well known, under various modifications, throughout the whole Polynesian Archipelago. As is generally understood, this useful and sometimes elegant article is fabricated from the bark of different trees. But, as I believe that no description of its manufacture has ever been given, I shall state what I know regarding it.

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A brownish, coarse tapa is made from the inner bark of young banyan branches

In the manufacture of the beautiful white tappa (1) generally worn on the Marquesan Islands, the preliminary operation consists in gathering a certain quantity of the young branches of the cloth-tree. The exterior green bark being pulled off as worthless, there remains a slender fibrous substance, which is carefully stripped from the stick, to which it closely adheres. When a sufficient quantity of it has been collected, the various strips are enveloped in a covering of large leaves, which the natives use precisely as we do wrapping-paper, and which are secured by a few turns of a line passed round them. The package is then laid in the bed of some running stream, with a heavy stone placed over it, to prevent its being swept away. After it has remained for two or three days in this state, it is drawn out, and exposed, for a short time, to the action of the air, every distinct piece being attentively inspected, with a view of ascertaining whether it has yet been sufficiently affected by the operation. This is repeated again and again, until the desired result is obtained.

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When the substance is in a proper state for the next process, it betrays evidences of incipient decomposition; the fibres are relaxed and softened, and rendered perfectly malleable. The different strips are now extended, one by one, in successive layers, upon some smooth surface–generally the prostrate trunk of a cocoanut tree–and the heap thus formed is subjected, at every new increase, to a moderate beating, with a sort of wooden mallet, leisurely applied. The mallet is made of a hard heavy wood resembling ebony, is about twelve inches in length, and perhaps two in breadth, with a rounded handle at one end, and in shape is the exact counterpart of one of our four-sided razor-strops. The flat surfaces of the implement are marked with shallow parallel indentations, varying in depth on the different sides, so as to be adapted to the several stages of the operation. These marks produce the corduroy sort of stripes discernible in the tappa in its finished state. After being beaten in the manner I have described, the material soon becomes blended in one mass, which, moistened occasionally with water, is at intervals hammered out, by a kind of gold-beating process, to any degree of thinness required. In this way the cloth is easily made to vary in strength and thickness, so as to suit the numerous purposes to which it is applied.

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When the operation last described has been concluded, the new-made tappa is spread out on the grass to bleach and dry, and soon becomes of a dazzling whiteness. Sometimes, in the first stages of the manufacture, the substance is impregnated with a vegetable juice, which gives it a permanent colour. A rich brown and a bright yellow are occasionally seen, but the simple taste of the Typee people inclines them to prefer the natural tint.

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The notable wife of Kamehameha, the renowned conqueror and king of the Sandwich Islands, used to pride herself in the skill she displayed in dyeing her tappa with contrasting colours disposed in regular figures; and, in the midst of the innovations of the times, was regarded, towards the decline of her life, as a lady of the old school, clinging as she did to the national cloth, in preference to the frippery of the European calicoes. But the art of printing the tappa is unknown upon the Marquesan Islands. In passing along the valley, I was often attracted by the noise of the mallet, which, when employed in the manufacture of the cloth produces at every stroke of its hard, heavy wood, a clear, ringing, and musical sound, capable of being heard at a great distance. When several of these implements happen to be in operation at the same time, near one another, the effect upon the ear of a person, at a little distance, is really charming.

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In “TYPEE A ROMANCE OF THE SOUTH SEAS” by Herman Melville 1846 Edition of 1892 – End of CHAPTER NINETEEN

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(1) To follow and see : the manufacture of the beautiful white tapa